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Full text of "Recueil des actes de Henri II, roi d'Angleterre et duc de Normandie, concernant les provinces françaises et les affaires de France; uvre posthume de Léopold Delisle"

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CHARTES ET DIPLÔMES 



RELATIFS 



À L'HISTOIRE DE FRANCE 



CHARTES ET DIPLÔMES 

RELATIFS 

À L'HISTOIRE DE FRANCE 

PUBLIÉS PAR LES SOINS 

DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 
ET BELLES-LETTRES 




PARIS 

IMPRIMERIE NATIONALE 



LIBRAIRIE C. KLINCKSIECK, RUE DE LILLE, 11 



MDCCCCIX 



RECUEIL 



DES 



ACTES DE HENRI II 

ROI D'ANGLETERRE ET DUC DE NORMANDIE 

CONCERNANT 

LES PROVINCES FRANÇAISES ET LES AFFAIRES DE FRANCE 

PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION 

DE M. H. D VRBOIS DE JUBAINVILLE 

MEMBRE DE L'INSTITUT 



M. LEOPOLD DELISLE 

MEMBRE DE L'INSTITUT 



INTRODUCTION 




PARIS 

IMPRIMERIE NATIONALE 



LIBRAIRIE C. KLINCKSIECK, RUE DE LILLE, 11 



MDGCGCIX 




l ÔCo/ 



AVANT-PROPOS. 

La collection des anciens actes diplomatiques de la France, dont 
l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres a entrepris la publica- 
tion, doit comprendre, à côté des pièces royales, les actes émanés 
des princes qui ont gouverné et administré des provinces, plus ou 
moins étendues, sur lesquelles le roi, quoique suzerain, n'a exercé, 
pendant plusieurs siècles, qu'une autorité purement nominale. 

Tel fut, au xi*" siècle et au xii*', l'état de la Normandie, dont l'admi- 
nistration fut absolument du ressort des successeurs de RoUon. Les 
actes auxquels ceux-ci ont attacbé leurs noms forment une série aussi 
importante que celle des actes royaux de la même époque, et ils se 
rapportent à des territoires plus considérables que les domaines sou- 
mis directement au roi. 

Les actes du gouvernement des ducs de Normandie qui nous sont 
parvenus pourraient remplir quatre volumes : un pour les premiers 
ducs jusqu'au milieu du xii'' siècle; deux pour Henri II, roi d'Angle- 
terre, et un pour les fds de Henri II, Richard Cœur-de-lion et Jean 
Sans-terre. 

L'intérêt des chartes de Henri II a attiré de bien bonne heure mon 
attention. C'est en me faisant lire les chartes de ce prince, copiées en 
tête du Cartulaire de Saint-Sauveur-le-Vicomte , que mon premier 
maître Duhérissier de Gerville, correspondant de l'Académie des In- 
scriptions, m'initia, en i845, à la paléographie, m'inculqua le goût 
de l'histoire de Normandie et me révéla l'existence de l'Ecole des 
chartes. Les années suivantes (i 8^6-1 85i), pendant et après mon 
séjour à l'Ecole, je consacrai tout le temps dont je pouvais disposer à 

CHARTES ET DIPLOMES. — IV. A 

IMCniMEnit NATIONALE. 



Il w wr Piu)iH)s. 

la rtHluMclic, à Paris el en iNorinandie, des aïKicnnes chartes noi- 
maiules el des actes de Philippe Augiisle. 

I']n i85.^, quand j'entrai à la Bibliothè([ue nationale, sous les au- 
spices d(^ mon illustre maître l^enjamin (îuérard, la direction de mes 
études lui complètement changée. Le jour même de mon installation 
au Département des manuscrits, Guérard, nouvellement nommé 
conservateur, me (Il entrevoir ce (pii était en soullrance et ce qu'il 
comptait entreprendre, sans espérer pouvoir l'achever, pour améliorei' 
le régime du Dé])artement des manuscrits. Les instructions confiden- 
tielles qu'il daigna me donner et que conhrma, peu d'années après, 
son ami el successeur Xatalis de Wailly, ont été ma règle de conduite 
pendant les cin([uanle-lrois années que j'ai eu l'honneur de servir la 
Bibliothèque. 

Je dus alors laisser de côté mes recherches normandes, qui ne 
furent cependant jamais abandonnées, grâce surtout à la collabora- 
tion, aussi fructueuse que modeste, de la compagne de ma vie, qui 
s'associa de grand cœur à tous mes travaux. 

Après avoir quitté la Bibliothèque, en 1906, passant la revue de 
mes papiers, je fus tout surpris de trouver mes vieux dossiers relatifs 
aux chartes de Henri II singulièrement grossis de pièces copiées 
pendant les cinquante années précédentes. Je conçus aussitôt le pro- 
jet de les utiliser et de les mettre en état de figurer dans la collection 
de l'Académie. 

Je commençai par aller coUationner sur place les documents que 
j'avais recueillis en Normandie et en Anjou de i845 à 1862, et par 
me procurer la photographie de la j^lupart des actes de Henri II qui 
sont en original dans nos archives et nos bibliothèques. 

Cette révision terminée, j'ai abordé l'examen des chartes, qui, sauf 
de très rares exceptions, sont toutes dépourvues d'indications chrono- 
logiques. J'en ai fixé approximativement la date, en tenant surtout 



AVANT-PROPOS. m 

compte d'un élément, dont l'importance n'avait pas été encore re- 
marquée, le changement de protocole effectué au cours de 1 172 ou 
1 173. Outre la chronologie proprement dite, j'ai dû traiter dans l'In- 
troduction d'autres questions de diplomatique : l'organisation de la 
chancellerie, le style et le sujet des actes en général, la forme et l'a- 
gencement des différentes parties de ces actes, la valeur de pièces qui, 
tout en présentant des anomalies, peuvent et doivent même être consi- 
dérées comme authentiques, les signes auxquels se reconnaissent les 
pièces fausses ou falsifiées. Deux chapitres concernent les actes rédigés 
au nom du prince Henri Plantegenêt avant son avènement au trône 
d'Angleterre et ceux du jeune Henri, fils de Henri II, associé, avec le 
titre de roi, à la royauté de son père. Un dernier chapitre est réservé 
aux noms des témoins et au parti qu'on en peuttirerpour donner plus 
de précision à la date de certains actes, en combinant cette donnée 
avec la situation, en Angleterre ou sur le continent, de la localité d'où 
la charte a été expédiée. 

Le texte de la plupart des chartes qui entreront dans un volume 
de texte est à peu près définitivement étabh. Un certain nombre de 
pièces devront être encore revisées sur les manuscrits et les éditions 
qui nous en ont conservé la teneur. Ce qui pourra en retarder encore 
l'impression, c'est la nécessité d'y joindre une annotation topogra- 
phique et la table des noms de lieux, de personnes et de sujets. En 
tout état de cause, l'Académie est assurée d'avoir à sa disposition 
tous les matériaux que j'ai réunis en vue de l'édition des actes de 
Henri II : photographies, copies, notes et tables provisoires. 

L'Académie n'a pas hésité à comprendre dans son recueil les actes 
de Henri II relatifs aux provinces et aux affaires de France La publi- 
cation en est d'autant plus légitime qu'elle a été annoncée en 181 3, 
au nom de notre compagnie, par un de nos plus savants et laborieux 
devanciers, dom Brial, qui, après avoir émis le regret de ne j^ouvoir 



DC 
U 

.AZ67 

InTfto. 



IV w wr PKopos. 

publitM" dans le liecueil de nos historiens (juiine trentaine de lettres 
de Henri II, se consolait à la pensée que les chartes laissées de côté 
trouveraient place dans la Collection des Chartes de la France aban- 
donnée pendant les vingt-cinq années précédentes ^'^ 

Espérons que rengagement pris il y a près d'un siècle dans un re- 
cueil de TAcadéniie ne tardera pas à être réalisé. Le volume qui paraît 
aujourd'hui, acconq:)agné d'un atlas de trente planches, sera suivi 
à bret délai d'un volume de textes à peu près en état d'être remis 
aux imprimeurs et dont la correction des épreuves, quoi qu'il ar- 
rive, ne présentera guère de difficultés; à mes copies de toutes les 
chartes originales dont j'ai pu constater l'existence en France et en 
Angleterre, j'ai pu joindre des reproductions photographiques qui 
méritent une entière confiance. 

Les résultats que j'ai obtenus sont dus, pour la France, âmes col- 
lègues et amis les bibliothécaires et les archivistes de Paris et des dé- 
partements, pour l'Angleterre, à M. Warner, conservateur des manu- 
scrits duBritislî Muséum, à sir Henry Churchill Maxwell Lyte, garde 
du Public Piecord Office ^^^ et au Rev. H. Salter, qui m'a procuré la 
photographie de plus de cent chartes originales de Henri II dispersées 
dans les cathédrales et les collèges du Royaume-Uni ^^^. 

l^a bibliographie qui occupe les j)ages suivantes fournit le moyen de recourir aisément 
aux livres imprimés et aux manuscrits qui sont brièvement indiqués dans cette Introduc- 
tion, — Tous les manuscrits cités sans titre ou sans indication du dépôt où ils sont con- 
servés appartiennent à la Bibliothèque nationale. 

•'- « Ka locum obtinebunt aliquando in col- paru en j 907 dans la Bibliothèque de l'Ecole 

lectione chartarum ad res francicas pertinen- des chartes, t. LXVIII, p. 272-314. — Le ca- 

tium. » Recueil des Historiens, t. XYI, p. 633. talogue des photographies du Rev. Salter est 

'■ Le catalogue des chartes originales du dans le même recueil, année 1908,1. LXIX, 

British Muséum et du Public Record ofTice p. 54i-58oet 738-7^0. 



BIBLIOGRAPHIE L 



I. — MANUSCRITS. 



Arde.nne (Abbaye d'), dioc. de Baveux. 

Carlulaire d'Ardenne du \i\' siècle. — 
Archives du Calvados. 

Bayeux (Eglise de). 

Livre noir écrit au xiii" siècle, conservé à 
rÉvéché de Bayeux. — Publié par Tabbé 
Bourrienne, en 1902 et igoS, pour la So- 
ciété de THistoire de Normandie. 

Bayeux (Léproserie de). — Voir Smnt-Nico- 
LAS de La Chcsnaio. 

Blanghelande (Abbaye de), dioc. de (^outan- 
ces. 

Copie de la table d'un carlulaire lait on 
1271. Bibl. nat. , ms. français 4902. 

Bollevii.le, dioc. de Coulances. 

Carlulaire de la léproserie de Bolleville , 
XV* siècle. — Ms. addit. 17307 du Musée 
britannique. 

BoL'RG-AcHARD, prieuré, dioc. de Boucn. 

Copie parlielle d'un cartulaire datée de 
1788. 

Bibl. nat., ms. latin 9218. 

Voir une notice de M. Louis Passy, dansla 
Biblioth. de l'Ecole des Chartes, i852 el 
i863, t. XXIIetXXlII. 

Bourges (Eglise cathédrale de Saint-Etienne 
de). 

Cartulaire rédigé dans la première moitié 
du xiii° siècle par Etienne de Gallardon , 
rédacteur du Registre E de Philippe Au- 
guste. 



Bibl. nat., ms. latin 127/i des Nouv. accj. 
— Voir la description , accompagnée de l'ac- 
similés , tjue j'en ai donnée dans la Biblio- 
thèque de l'Ecole des Chartes , t. LX, 1899 ' 
p. 5-44. 

Bourgogne (La Collection de), à la Biblio- 
thèque nationale, contient une importante 
série de chartes originales venues de l'ab- 
baye de Cluni. 

BouRGUEii. (Abbaye de), dioc. d'Angers. 

Extraits des Archives, par Gaignières, 
Bibl. Nat. , ms. latin 17127. 

Caex (Abbaye de Saint-Etienne de), dioc. de 
Bayeux. 

Copie d'un fragment de l'analyse d'un 
ancien cartulaire, dans le ms. i656 de 
la Bibliothèque Sainte-Geneviève; ce frag- 
ment a été publié par M. Etienne Deville 
dans les t. XIV-XV de la Revue catholique de 
Normandie. 

Caex (Abbaye de la Trinité de). 

Cartulaire de la lin du xii° siècle ou du 
commencement du xiif, contenant beaucoup 
de textes relatifs à l'Angleterre. 

Bibl. Nat., ms. latin 565o. 

Cartœ antiquœ. Sous cette dénomination sont 
conservées au Public Record OlTice les copies 
des anciens actes royaux qui furent renou- 
velés, à titre d'inspeximus, à la chan- 
cellerie des successeurs de Henri 111. Une 
série spéciale de rôles était affectée à ce 



''' Ne sont pas compris dans ce relevé les noms de fonds d'Arcluves auxquels ont été empruntées les 
chartes isolées, qui ont toujours été citées avec l'indication des dépôts auxcjuels elles appartiennent. 

Les recueils de pièces, tels que les Cartulaires, sont classés suivant l'ordre alphabétique des noms des 
établissements auxquels les chartes se rapportent, et souvent par voie de rappel avec renvoi aux noms des 
éditeurs des recueils, ou vice versa. 



VI 



BIBLIOGRAPHIE. 



genre de rajeunlssoinont des oharles. Kn 
tête d'un de ces rôles, portant au oonunen 
oeniont la cote KK, et qui contient sej)t 
chartes accordées aux lépreux de Jérusalem , 
les cinij premières par Henri 11, les deux 
autres par Richard Cœur-de-lion , on lit ces 
mots: « Hee sunt carte, confu'niationes et 
protectiones (pias niagister et i'ratres lepro- 
soruni Sancti La/.ari de Jérusalem pelunt a 
domino rege confirniari.» J'ni obtenu la 
pliotograpliie des fragments de ces rôles 
indiqués par le Rev. Eylon. 

La tenue du rôle spécial ne dispensait 
pas de copier sur le rôle général des Chartes 
le texte des chartes rajeunies , après que ce 
texte avait été mis en état de recevoir le 
sceau et qu'on v avait ajouté une note 
mentionnant l'acquit des droits de chancel- 
lerie. Il s'en trouve un grand nombre 
d'exemples dans les trois premiers volumes 
publiés du Calendar of the Char 1er Rolls. 

Cerisi (Abbaye de), dioc. de Bayeux. 

Traduction moderne, en français, d'un 
important Cartulaire qui devait avoir été ré- 
digé au xm* siècle. Archives de la Manche. 
J'en possède une copie faite par feu mon 
ami l'archiviste Dubosc. Cette copie est des- 
tinée à la Bibl. nat. 

Chaise-Dieu (Prieuré de), dioc. d'Evreux. 

Cartulaire consistant en un cahier de pa- 
pier, sur 80 pages duquel on a copié, au 
XV II" ou xviii° siècle, les anciennes chartes 
de ce prieuré. — Archives de l'Eure. 

Chartres (EgHse de). 

Deux exemplaires du Livre des privilèges. 
XIII* siècle. Bibl. nat., mss. latins loogd 
et loogô. Ils ont servi à l'édition du Cartu- 
laire par E. de Lépinois et L. Merlet. 

Cluni (Abbaye de), dioc. de Màcon. 
Cartulaire D, rédigé au xiii" siècle. 
Bibl. nat., ms. latin 766 des Nouv. acq. 
Editeurs des chartes de Cluni : Bernard et 

BiaiiL, DUCKETT. 

(^OUTANCES (Chapitre de). 

Cartulaire, ayant formé ie second article 
dune série de trois registres , dont les deux 



autres ne sont plus représentés que par des 
tables. Ce cartulaire , rédigé vers le milieu 
du xiv° siècle, contient environ 3oo pièces. 
Il est passé récenmient des Archives de l'E- 
vèché dans celles du Département. 

Devim.e (Achille). 

Copies de chartes de la Haute-Normandie. 

Bibl. nat. , mss. latins des Nouv. acq. , 
n" i2/i3-i246. Voir plus loin, p. xvi . au 
mot Léciiaodé d'Anisv. 

Dieppe (Le Coutumier de), rédigé en iSgô, 
par Guillaume ïieullier. 

Archives de la Seine-Inférieure. 

L'édition que M. Copplnger a donnée de 
ce curieux document, en 188A, ne contient 
pas le texte des anciennes chartes qui for- 
ment la seconde partie du manuscrit ; on les 
chercherait en vain dans l'exemplaire de la 
Bibliothèque nationale (8° F 35o6). 

Envermeu (Prieuré de Saint-Laurent-d' ) , dé- 
pendance de l'abbaye du Bec). 

Copie moderne d'un cartulaire rédigé au 
xv" siècle. — Bibl. nat., ms. latin iO()58. 

Eu (Comté d'). 

Cartulaire contenant des chartes émanées 
des comtes d'Eu, en faveur de divers établis- 
sements; recueil formé au xiii° siècle. 
Bibl. nat. , ms. latin iSgo/i. 

Evreux (Chapitre de l'église d'). 

Cartulaire I, du xiii" siècle, et Cartulaire 
II , du xv" siècle. — Archives de l'Eure. 

FÉCAMP (Abbaye de), dioc. de Rouen. 

Cartulaire du xnf siècle. 

Biblloth. de Rouen, n° 1210. 

Copie de ce cartulaire, faite au xv" siècle; 
venue de la bibliothèque de sir Thomas 
Phllllpps. 

Bibl. nat., ms. latin 2/112 des Nouv. acq.. 

Autre cartulaire du xiii' et du xiv° siècle. 

Archives de la Seine-Inférieure. 

Trois chartes originales de Henri 11 pour 
l'abbaye de Fécamp ont été acquises par la 
Société de la Bénédictine, à Fécamp. 

Fontenai-le-Marmion (Seigneurie de). 

Cartulaire du xiv' siècle, aux Archives de 



MANUSCRITS. 



VII 



Monaco. — Il a été publié en 1895 par feu 
Gust. Saige. 
FoNTE\EAU (Collection de Dom). 

La collection que Dom Fonteneau avait 
formée sur l'histoire du Poitou et des petiis 
pays voisins, et qui était passée vers 1781 
entre les mains de Dom Mazet, fut acquise 
en 1817 parla Bibliothèque de Poitiers. Elle 
comprend 2g volumes de copies de chartes, 
dont la table a été publiée en 1889 . avec un 
svipplement paru en i855, par la Société 
des antiquaires de l'Ouest. La Bibliothèque 
nationale a lait copier par M. PauldeFleury 
celles de ces chartes (pii n'étaient pas déjà 
représentées dans ses collections. Les copies 
de M. de Fleury sont classées sous les nu- 
méros 18376 et suivants du fonds latin. 

FoLCARMONT (Abbaye de), dioc. de Rouen. 

Gartulaire, en tète duquel, sur le verso 
du feuillet de f^arde, on lit cette inscription : 
«Summa omnium carlaiiun voluminis hujus 
n et un". Actum est hoc anno Domini M" cc° 
xi," lercio, mense ocfobri. » 

Bibliothèque de Rouen, ms. 123/1. 

Copie moderne par le docteur de Bonis. 

Bibi. nat., ms. latin 2.'38 des Nouv. acq. 

Gaioméres (Collection de Roger de). 

Cette collection, tlont les éléments ont 
été malheureusement disséminés dans les 
différentes pnrties de la Bibliothèque natio- 
nale, est peut-être la source où j'ai puisé 
le plus de textes pour le recueil des actes de 
Henri 11. Gaignières avait à peu près copié 
toutes les anciennes chartes des églises où il 
avait réussi à pénétrer, dans l'Ile-de-France, 
la Picardie, la Normandie, le Pays Char- 
train, la Touraine, le Maine et l'Ajijou. On 
ne s'explique pas qu'un homme réduit à ses 
seules ressources ait pu amasser en peu 
d'années de tels trésors. 

Grenier (La collection de Doni;. a la Biblio- 
thèque nationale, contient les documents 
que les bénédictins de la congrégation de 
.Saint-Maur avaient recueillis pour servir à 
l'histoire de la Picardie. Elle se compose de 
265 volumes, sans compter 78 volumes de 
chartes originales qu'on y a ajoutées. 



Housse AU (Collection de Dom). 

Cette collection , composée de documents 
que plusieurs bénédictins de la congrégation 
de Saint-Maur avaient rassemblés pour ser- 
vir à l'histoire de la Touraine et de l'Anjou, 
est conservée à la Bibliothèque nationale, 
en trente volumes. 

Voir l'ouvrage de M abille, Catalogue ana- 
lytique des diplômes, chartes et actes rela- 
tifs à l'histoire de Touraine contenus dans 
la Collection de Dom Housseau. 

Tours, 1863, in-8''. 

IxspExnms (Chartes d') ou de Vidimus. — 
Voir plus haut au mot Cvrï;E antiqu/E. 

JuMiKGES (Abba>e de), dioc. de Rouen. 

Grand cartulaire, rédigé au commence- 
ment du xiii' siècle. In-folio, 3i 1 p. à deux 
colonnes. 

Archives de la Seine-lnferieuro. 

Petit cartulaire sur papier, xiv'-xv' s. 
Mêmes archives. 

La Chaise-Dieu 



du 



Voir Chaise-Dieu, p. vi. 
Mans. — Cartulaire du 



La Couture 
xiii' siècle. 

Bibliothèque du Mans, ms. 198. 

Employé pour la publication du Cartu- 
laire des abbayes de Saint-Pierre-de-La- 
Couture et de Saint- Pierre dcSolesmes, par 
les Bénédictins de Solesiiies. 

Le Mans, 1881, in-/i". 

La Haie aux Bonshommes, dioc. d'Angers. 
Cartulaire de cette maison. Fin du 
xv' siècle. — Bibliothèque d'Angers, n° 856. 

La Roi; (Abbaye de), diocèse d'Angers. 

Cartulaire du xii" siècle. 

Archives de la Mayenne. 

Edition photographique publiée par l'abbé 
Angot. — Au Département des manuscrits de 
la Bibliothèque nationale. 

Edition typographique par Planté, voir 
plus loin , p. xvii. 

La Rue (Collection de l'abbé de). — Voir 
plus loin , au mot Stapleïon. 

La Trappe (Abbaye de). 

Cartulaire du xiu'' siècle. 



VIII 



BIBI.IOCUVPIIIK. 



Bibl. nat., ms. latin i 1060. 
Kdition du comte de Charencey, voir plus 
loin, p. XIV. 

Lk Bec, abbaye du dioc. de Rouen. 

Fragments de Cartulaires, aux Archives 
de l'Eure el à la Bibliothèque nationale, 
nis. latin 1771 des Nouv. accj. 

Une compilation de Dom Bénigne Thi- 
]>ault (ms. latin 1288/1 de la Bibl. nat.) 
intitulée .u Chronicon Becccnse auctuni et 
illustralum» , et disposée suivant l'ordre 
chronologique, contient l'analyse détaillée 
d'un grand nombre de chartes du Bec. 

L ne autre compilation de D. .1. .louvclin- 
Thibault, moins développée, se trouve dans 
le ms. latin i.t^oo. 

Lkchaldé d'Amsv (Collection). 

Ail commencement du règne de Louis 
Philippe, l'attention des antiquaires français 
fut attirée sur les ressources que les archives 
de nos anciennes provinces, et principa- 
lement les archives de la Normandie, 
devaient fournir pour l'histoire de l'Angle- 
terre "'. La Commission des Archives de la 

Grande-Bretaone avait décidé de faire re- 

o 

chercher et transcrire pour le Public Record 
Ofïice les documents relatifs à l'Angleterre 
qui pouvaient exister dans les dépôts de 
Paris et des départements, et, pour mieux 
atteindre le but qu'elle se proposait, elle 
s'assura le concours de deux membres de la 
Société des Antiquaires de Normandie, 
Deville, de Rouen, et Léchaudé d'Anisy, 
de Caen. Le premier fut chargé d'explorer 
la Haute Normandie , pendant que le second 
fouillerait les Archives du Calvados, de 
l'Orne et de la Manche. Le résultat de la 
mission qui leur avait été confiée fut envoyé 
au Record Office, et les copies qu'ils avaient 
exécutées ont été mise^ à profit en 1878 par 



le l\evérend Eyton''', el, un peu plus tard, 
elles ont servi de base à l'ouvrage de M. ,1. 
Horace Round ^'^ Un double des copies en- 
voyées à Londres, resté entre les mains de 
Deville et de Léchaudé d'Anisy, a été ac- 
quis par la Bibliothèque Nationale ''', Le 
recueil de Deville remplit quatre volumes 
du fonds latin des Nouvelles acquisitions, 
n"" 12,43-1246'''; le recueil de Léchaudé 
d'Anisy, beaucoup plus considérable, se 
trouve dans les n" ioo63- 10080 de l'an- 
cien fonds latin. 

Le Licet, chartreuse du dioc. de Tours. 

Cartulaire du xiv' siècle. — Aux Archives 
d'Indre-el-Loire. 

Le Mans, chapitre cathédral. 

Cartulaire du chapitre, dit le Livre blanc, 
xiir s. 

Bibliothèque du Mans, ms. 259. — Un 
fragment du même Cartulaire forme le ms. 
latin 17754 de la Bibl. nat. 

Edition de Lottin, sous ce titre : Chartu- 
larium insignis ecclesiaf Cenomanensis quod 
dicilur Liber albus capituli. — Le Mans, 
1869. Jn-4°. 

Voir la notice que j'ai publiée en 1870 
dans la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, 
t. XXXI, p. 194-210. 

Chapelle de Saint-Pierre-de-la-Cour au 

Mans. 

Recueil formé par Gaignières (ms. la- 
tin 17123 de la Bibl. nat.), auquel j'ai fait 
des emprunts importants pour les Preuves 
de la préface du t. XXIV du Recueil des His- 
toriens de la France. (Chronologie des baillis 
et des sénéchaux.) 

Fragment d'un cartulaire publié en 1904 
par Menjot d'Elbenne, dans le premier fas- 
cicule du tome IV des Arcliives historiques 
du Maine. 



'•' Voir plusieurs des ouvrages de Ci. Purton Cooper, indiqués sous ce nom dans le Cataligae général de 
la Bibliotltè(jue nationale, t. XXXI, col. 979-981. 

''' Voir plus loin, p. xv. 

'*' Plus loin, p. XVII. 

'*' \oir Delisle, Manuscrits latins et français ajoutes aux fonds des Nouvelles ac(juisitions, 1875-1880, 
partie I, p. 218. 

'*' Delisle, Inventaire des manuscrits 8823-1 i5o3 du fonds latin, p. 09-60. 



MANUSCRITS. 



IX 



Le Moxt- Saint -Michel, abbaye du dioc, 
d'Avrancbes. 

Cartulaire rédigé au xii" siècle par les 
soins de Robert de Torignl. 

Ce manuscrit, orné de peintures, est le 
plus beau cartulaire de la Normandie. Il est 
à la Blbllothècpie d'Avranches. 

Le Nom (Collection de Dom). 

Cette collection , propriété de la famille 
de Mathan, conservée au château de Se- 
mlUi, ne se compose guère que de copies 
ou analyses de pièces relatives aux fiefs de 
la Normandie. Elle contient cependant la 
copie d'un cartulaire de Tabbaye de Lire, 
jadis au Collège de Clermont, où j'ai ren- 
contré une charte de Henri II que je n'avais 
pas trouvée ailleurs. 

Le Plessis-Grimollt, prieuré du dioc. de 
Bayeux. 

Cartulaire en trois volumes, contenant 
plus de i,doo chartes, (jue des tabellions 
transcrivirent en i483 sous forme authen- 
tique. 

Archives du Calvados. 

Le Rongerai d'Angers , abbaye dédiée à Notre- 
Dame. 

Cartulaire en six rouleaux, du xii' siècle. 

Bibliothèque d'Angers, ms. 8/i4-8i48b. 

Publié par Marchegay : ^\rchives d'Anjou, 
t. III. Angers, i854, in-8°, avec une table 
publiée en igoo. 

L'EsTRÉE (Abbaye de), dioc. d'Evreas. 

Cartulaire écrit au xvi^ siècle, composé 
de 106 feuillets, contenant 197 pièces. 
Archives de l'Eure. 

Le Valasse, abbaye du diocèse de Rouen. 

Cartulaire du xvi' siècle, en cinq volumes. 
Archives de la Seine-Inférieure. 

Lire (Abbaye de), dioc. de Lire. 

Cartulaire jadis conservé au Collège de 
Clermont. Voir même page, col. 2 , au mot 
Le Noir. 

Longues (Abbaye de), dioc. de Bayeux. 

Cartulaire écrit vers Tannée layo, com- 



posé de 59 feuillets, contenant igo chartes. 
— Archives de l'évéché de Bayeux. 

Luce (Slméon). 

Copie d'anciennes chartes des Archives de 
la Seine-Inférieure et de la Manche, copiées 
en vue du Recueil des chartes et diplômes 
de l'Académie des Inscriptions. 

Archives de l'Académie. 

Marmoutier. Abbaye du diocèse de Tours. 

Extraits des Archives faits par Galgnlères , 
en quatre volumes. 

Blbl. nat., ms. latin 54/ii. 

Le prodigieux travail de Galgnlères, qui 
a porté sur l'enseml)le du chartrier de Mar- 
moutier, et celui de Baluze et de plusieurs 
bénédictins de la congrégation de Salnt- 
Maur, notamment Dom Anselme Le Michel, 
dom Claude Chanlelou et Dom Edmond 
Martène, nous ont, dans une notable pro- 
portion , dédommagés de la dispersion et de 
la destruction partielle des archives du grand 
monastère , dont beaucoup de pièces se re- 
trouvent dans plusieurs de nos Archives dé- 
partementales. 

C'était antérieurement au règne de 
Henri II que les abbés avaient fait composer 
des cartulaires spéciaux pour chacune des 
provinces où s'étaient fondés, comme par 
enchantement, de nombreux prieurés com- 
parables à des abbayes, en ïouraine, en 
Anjou, en Bretagne, en Normandie, dans 
le Maine, le Dunols et le Vendômois. 

Martène (Dom Edmond). 

Histoire manuscrite de Marmoutier, avec 
les Preuves contenant une grande quantité 
de pièces justificatives. 

Blbl. nat., mss. latins 13876-12880. 

Merlet (Lucien). 

Copies de chartes des Archives d'Eure-et- 
Loir copiées en vue du Recueil des Chartes et 
Diplômes. 

Archives de l'Académie 

Monnais (Prieuré de), ordre de Grammont, 
dioc. d'Angers. 

Cartulaire de ce prieuré. 
Archives de Maine-et-Loire. 



chartes et DIPLOMES. — IV. 



iMpnniEr.iE nationale. 



niBIJOC.R \P1IIK. 



MoNTEBOi lu; (Abbaye de), dioc. cleCoutances. 
Cartulaire do l'année 127/». 
Blbl. nat., ms. latin 10087. 

MoUEAl. 

La Collection Morcau, ou le Cabinet des 
chartes, se compose des documents qui sont 
arrivés au Déparlenienl des nianuscrils de la 
Bibliolliè([uo Nationale lors de la suppression 
du bureau qui avait fonctionné à la chan- 
cellerie du royaume, au xyiiT siècle, en vue 
des Jurandes publications entreprises par le 
Ciouvernenient sur riùsloire de France, no- 
tainnient la publication des Chartes et Di- 
plômes. 

MoRTAiN (Les religieuses de), ou de rAbl>ayo 
blanche, dioc. d'Avranches. 
Voir plus loin au mot Savigm. 

MoRTEMEii (Alibaye de), dioc. de Rouen. 

Carlidaire du xii'-\in' siècle. 

Bibl. nat., ms. latin 18069. 

Notice sur ce cartulaire par Ch.-\.-M. 
Langlois, dans le Bulletin de la Société des 
Antiquaires de Normandie, i885, t. XIII, 
p. 94-1 18. 

Normandie (Cartulaire de), ou C. normand. 

Recueil formé au xui" siècle et contenant 
surtout des chartes relatives au bailliage de 
Caen. Bibl. de Rouen, ms. i235. 

La table des pièces contenues dans ce 
recueil se trouve en tête de mon Cartulaire 
normand, t. XVI des Mémoires de la Société 
des Antiquaires de Normandie , p. vu. 

OuRSGAMP (Abbaye d'),dioc. de Noyon. 
Cartulaire du xiv" siècle. 

Archives de l'Oise. — Publié en i865, 
par Peigné Delacourt, pour la Société des 
Antiquaires de Picardie. 

Philippe d'Alencon (Cartulaire de), ou de 
l'archevêché de Rouen, 1359-137/1. 
Archives de la Seine-Inférieure. 

Philippe Auguste (Registres de). 

Reg. A. — Ms. 2796 du fonds Ottoboni 
au\atican, que j'ai fait reproduire en pho- 
tolypie : Le premier Registre de Philippe Au- 
fjuste. Reproduction héliotypiqiie du manuscrit 
dn Fot/can , Paris , i883,in-4''. 



Reg. B. — Registre JJ8 des Archives na- 
tionales. 

Wog. C. — Registre JJ7. 

U,.g. I). _ Registre JJ 23. 

Reg. K. — Registre .1.126. — Sur l'ori- 
gine de ce volume et celle du registre F , 
qui en est une copie , voir le travail indiqué 
ci-dessus, p. v, au mot Bourges. 

Reg. F. — Ms. latin 9778. 

Reg. G. — Ms. perdu, mais représenté 
par un texte (peut-être incomplet), appelé 
Reg[istrum] domini régis de Cadomo dans le 
Terrier de Pierre du ïhillai. Voir la Biblio- 
thèque de l'Ecole des Chartes, 1859, t. XX, 
p. 122. 

Pom-Audemer (Léproserie de Saint-Gilles de) , 
dioc. de Rouen. — Cartulaire du xiii" siècle. 
Bibl. de Rouen, ms. i232. 

Port (Célestin). 

Copies d'anciennes chartes des Archives 
de Maine-et-Loire faites en vue du Recueil 
des chartes et diplômes de l'Académie des 
Inscriptions. 

Ai'chives de l'Académie. 

Préaux (Abbaye de Saint-Pierre de), dioc. de 
Lisieux. 

Cartulaire du xin° siècle. 

Archives de l'Eure. 

Copie de ce cartulaire, exécutée au 
xv° siècle, et venue de Cheltenham. — Bibl. 
Nat., ms. latin 1920 des Nouv. acq. 

Rouen (Eglise de). 

CartvJaire consistant en 208 feuillets et 
contenant 363 chartes, dont les 58 pre- 
mières ont été copiées au commencement 
du xm* siècle; le reste du volume ne doit 
être que de la fin du siècle. 

Bibliothèque de Rouen, ms. 1193. 

Copie moderne de ce ms. à la Bibl. nat. , 
ms. latin i363 des Nouv. acq. 

Cartulaire de l'archevêque Philippe 

d'Alencon (1359-1374.). 

Archives de la Seine-Inférieure. 

Saint-Aman D de Rouen (Abbaye de). 
Cartulaire du xiii° siècle. 
Archives de la Seine-Inférieure. 



MANUSCRITS. 



XI 



Saint-André en Gouffern. Abbaye du dioc. de 
Séez. 

Cartulalre de la fin du xiii° siècle, conte- 
nant 625 actes. 

Archives du Calvados. 

Saint-Aubin d'Angers (Abbaye de). 

Cartulaire écrit auxii" siècle, que M. Ber- 
trand de Broussillon a employé pour son 
édition. — Bibliothèque d'Angers, ins. 820.' 

Saint-Bertin. Abbaye du dioc. de Saint- 
Omer. 

Cartulaire du xiii" siècle. — Bibliothèque 
de Saint-Omer, n° i/i/i. — Voir plus loin, 
p. \v , au mot Haigneré. 

Saint-Etienne de Caen. Voir Caen , p. v. 

Saint-Evroul. Abbaye du dioc. de Lisieux. 

Cartulaire en deux volumes, du xni' siècle. 
— Bibl. nat. , mss. latins iio55 et iioôG. 
C'est à tort que, dans le Catalogue des 
Cartulaires de M. Stein (p. /i64), le tome il 
de ce cartulaire est indiqué comme parais- 
sant manquer. 

Saint-Fi.orent de Saumur. Abbaye du dioc. 
d'Angers. 

Cartulaire noir de la seconde moitié du 
XI' siècle. — Bibl. nat., ms. latin igSo des 
Nouv. acq. — M. Omont a donné une 
page de ce cartulaire en fac-similé phototy- 
pique dans son Catalogue des mss. de la 
Collection Phillipps, qui ont été acquis en 
1908 par la Bibliothèque nationale. 

Les autres cartulaires, du xii" et du 
XIII* siècle (Livre blanc. Livre d'argent et 
Livre rouge), sont aux Archives de Maine- 
et-Loire. 

Marchegav , dans plusieurs de ses opus- 
cules, a inséré le texte d'un certain nombre 
de chartes empruntées aux différents cartu- 
laires de Saint-Florent. 

Saixt-Georges de Boscherville , ou Baucher- 
ville, dioc. de Bouen. 
Cartulaire du xiii' siècle. 
Bibliothèque de Bouen, n" 1227. 

Saint-Imer (Prieuré de), dioc. de Lisieux, dé- 
pendance de l'abbaye du Bec. 



Cartulaire moderne, rédigé au xviii* siècle 
par l'abbé de Boquette. — Bibl. nat. , ms. 
latin 2097 des Nouv. acq. 

Publié par M. Bréard, pour la Société de 
l'histoire de Normandie. 

Saint-Just (Le Livre de). 

Mémorial de la Chambre des comptes, 
perdu depuis longtemps, mais dont la table 
a été publiée par Marnier, dans les Mémoires 
de la Société des antiquaires de Normandie, 
2° série, t. Mil, 1'° partie, p. 17. 

Saint-Laud d'Angers. 

Cartulaire conservé dans la bibliothèque 
de feu le marquis de Villoutreys. Voir ma 
notice dans la Bibliothèque de l'École des 
Chartes, t. LIX, 1898, p. 533. 

Publié par Planchenault. Voir plus loin, 

p. XVII. 

Saint-Lô (Abbaye de), dioc. de Coutances. 
Cartulaire soigneusement rédigé pour les 
Archives de la Manche par l'archiviste 
N. Dubosc, d'après les pièces conservées 
dans ces Archives. 

Saint-Nicolas de la Chesnaie, léproserie de 
Bayeux. 

Cartulaire du xv'' siècle. 
Bibliotlîèque de Bayeux, n" i. 

Sai\t-Oie\ de Bouen (Abbaye de). 

Le Livre des jurés, de la fin du xiii" siècle. 
— Archives de la Seine-Inférieure. 

Saint-Salvedu-le-Vicomte (Abbaye de), dioc. 
de Coutances. 

Cartulaire du xiii" siècle. 
Archives de la Manche. 
Copie moderne de ce manuscrit. 
Bibl. nat., ms. latin 17137. 

Saint-Serge d'Angers (Abbaye de). 

Extraits par Gaignières du premier car- 
tulaire, qui est perdu. — Bibl. nat., ms. 
latin 5A4(3. 

Second cartulaire , ms. du xii" siècle. — 
Musée Dobrée à Nantes. — Analysé par 
l'abbé G. Durville, Catalogue de la Biblio- 
thèque du Musée Thomas Dobrée, t. I, 
p. 58-200. 



XII 



nrBMor.R vnii 



SAi\T-\\'\NDnil.i.K (Al)l)a\e (lo\ dioc. de 
Woucxt. 

Cartulaire du xm" sii-clp, au\ Archives de 
la Seinc-lnfërieiire. 

Smnt-Ymkr. A'oir SAiXT-hiKn, p. \t. 

Salter (Le Rev. II.) '•. 

Photographies de charlrs originales du 
roi Henri 11, conservées dans diserses ar- 
chives do rAnglelerro, au nombre de i 17. 
Ces pièces se rapporteni au\ élablisscments 
dont les noms suivent : 

Chapitre de Cantorbéry. — (>athédrale 
d'Ely. — Abbaye de Kirkstall. — Chanoines 
Il de Landa». — Cathédrale de Lincoln. — 
Hôpital de S. Bernard de Montjou. — 
Prieuré de Neuwington Longueville. — Ab- 
bave d'Oseney. — Abbave de S. Florent de 
Saumur. — Alibaye de S. Valeri-sur- 
Soninie. — « Salopesberiensis ecclesia». — 
Prieuré de Sandfort. — Prieuré de Stanlev. 
— Abbaye de Warringlon. — Eglise de 
\\ estminster. — Prieuré de WroxhaH. 

Le catalogue de ces chartes a été publié 
dans la Bibliothèque de 1 Ecole des Chartes, 
1908, t. LXIX, p. 54 1. 

SwiGM (Abbaye de), dioc. d'Avranches. 

Le cartulaire , conservé aux Archives de la 
la Manche, volume in-folio, contenant 
6*79 chartes, et dont l'exécution remonte 
à la fm du xii' siècle ou aux premières an- 
nées du X1II^ doit être cité, pour la dispo- 
sition des pièces, la correction du texte et 
la fermeté de l'écriture , comme un des 
meilleurs types de cartulaire cistercien. 11 
s'ouvre par un prologue dans lequel le ré- 
dacteur indique en termes très clairs le plan 
qu'il a suivi : 

« Opus siquidem istud in septem partibus 
distribui, et ei singularum cartanam capi- 
tula censuimus preponi, ut per distinctio- 
num partes brevisslmas et numerorum capi- 
lulis adjacentlum notas, que desideratlectoris 
diligentia absque gravi labore possit inve- 
nire. Prima autem parte continentur carta* 



possessit)nuiu in episcopatu Abrincensi; se- 
cunda Baiocensi; lercia Constanciensi; 
(|uarla Bedonensi; (juinta Cenomanensi; 
sexta continet cartas diversorum episcopa- 
tuuni, et générales conlirmaliones regum 
et archiepiscoporum ; septima privilegiorum 
transcripta Bomanorum pontificum. » 

Le fonds des chartes originales de Sa- 
vigni remplit aux Archives nationales les 
cartons L C)66-Vj']8. Mais des pièces en qnt 
été distraites, pour être rallachées à la sé- 
rie K. De plus, on y a mêlé des chartes qui 
appartenaient au fonds des religieuses de Mor- 
tain ou de l'Abbaye Blanche. Enfin , les cotes 
en ont été plusieurs fois changées depuis 
que j'ai pris mes copies, de sorte que mes 
renvois ne correspondent pas toujours à 
l'état actuel. 

Outre ce qui constitue aux Archives na- 
tionales le fonds de Savigni, on en trouve 
encore de notables morceaux dans la Collec- 
tion de Leber à la Bibliothèque de Rouen 
(ms. n° 3 122) et dans les Archives de la 
Manche. 

Skez. Abbaye de Saint-Martin de Séez. 

Cartulaire écrit au xii' et au xiii° siècle, 
intitulé à la fm : « Explicit Liber albus car- 
tarum Sancti Martini Sagiensis ». 

Archives de l'évêché de Séez. 

Copie moderne à la Bibliothèque d'Alen- 
çon. 

SiLLi (Abbaye de), dioc. de Séez. 

Cartulaire du xiii" siècle, contenant en- 
viron 680 chartes. 

Bibl. nat. , ms. latin iioSg. 

Stapletox (Collection). 

Collection de chartes tirées des Archives 
du Calvados . par l'abbé de La Rue , acquise 
par Thomas Stapleton et aujourd'hui con- 
servée chez lord Beaumont, au château de 
Carlton. La copie ou l'analyse de ces chartes 
se trouve à la Bibliothèque nationale sons 
le n° 1^28 du fonds latin des Nouvelles ac- 
quisitions, et j'en ai donné la liste en 1880 



('■ Shirburn vicarage, Wallingford, Oxon. 



MANUSCRITS. 



xnr 



dans le Catalogue des manuscrits du fonds 
de La Trémoille, p. ^g. 

Templarii et Hospitalarii. Registrum muni- 
mentorum in Anglia inceptum anno Do- 
mlni i442. — British Muséum, Cotton , 
Nero, E. VI. 

TiROX, abbaye. 

Cartulaire de la fin du xii* siècle. — Ar- 
chives d'Eure-et-Loir, 

Publié par Lucien Merlet en i883 pour 
la Société archéologique d'Eure-et-Loir. 

Troarx (Abbaye de), dioc. de Baveux. 

Cartulaire, dit le Livre blanc, rédigé en 
iSSq et commençant par une table inti- 
tulée : «Hec est ordinatiohujus libri cpii vo- 
catur Liber ecclesiarum Troarnen[sium] ». 
Il V a nombre de pièces extraites d'un an- 
cien cartulaire, dont la perle est fort regret- 
table. 

Bibl. nat. , ms. latin 10086. 

Cartulaire dit le Livre rouge, copié dans 
la seconde moitié du xv" siècle, contenant 



environ /i32 pièces, et au commencement 
duquel on lit : « Le chartrier blanc a en soy 
sept vingt neuf feuillets ». 
Archives du Calvados. 

Vendôme (Abbaye de la Trinité de), dioc. de 
Chartres. 

Les cartulaiies ou fragments de Cartu- 
laires de cette abbaye, qui étaient à Chel- 
tenham dans la bibliothèque de sir Thomas 
Phillipps , et qui ont été employés pour l'édi- 
tion de M. l'abbé Métais, sont aujourd'hui à 
la Bibliothèque nationale, savoir : 

1° Sous le n" 940 du fonds latin des 
Nouv. acq. , deux feuillets du xii° siècle , 
jadis 17712 de Phillipps; 

2° Sous le n° 1935 du même fonds, le 
premier cartulaire, du xi'' siècle, jadis 2970 
de Phillipps; 

3° Sous le n" 1936 du même fonds, le 
second cartulaire, du xii'-xiii" siècle, jadis 
2971 de Phillipps. 

Voir le Catalogue de M. Omont, p. /|3 , 
69, 70, et 91 . 



IL — IMPRDIES. 



AxGERS. La cathédrale. — Voir Urseai , plus 
bas, p. XVIII. 

Le Roncerai. — Voir Marchegay, p. xvi. 

Saint-Aubin. — Voir Bertrand de 

Broussillon, p. xiii. 

Saint-Jean. — Voir Port, p. xvii. 

• Saint-Laud. — VoirPLANCiiEXAULT. p. xvii. 

Saint-Serge. — Voir Durville, p. xv. 

Angot (L'abbé). — \ oir plus haut, p. vu, au 
mot La Rqë. 

Benedict of Peterborough . Benedictus abbas. 
— \ oir plus bas, p. xv. Gesta régis Hen- 
rici II. (Rolls séries.) 

Bernard (Aug.) et Al. Bruel. 

Recueil des chartes de l'abbaye de Cluny. 
Paris, 1870-1903. In-A". 6 vol. (Collection 
de documents inédits.) 



Bertrand de Broussillon (Comte). 

Cartulaire de l'abbaye de Saint-Aubin 
d'Angers. Angers, 1903. In-8°, 3 vol. (So- 
ciété d'agricvdture, sciences et arts d'An- 
gers.) 

BiRGH (Walter de Gray). On the Great Seals 
of William the Conqueror. 1870. In-8°. 
(From the Transactions of ihe Royal So- 
ciety of Literature, vol. X.) Avec un adden- 
dum. 

On the Great Seals ofKing William II. 

S. d. In-8°. 

The Great Seals of King Henry l. ln-8', 

p. 233-262. (Journ. of British Arch. Assoc. , 
1873, vol. XXIX, ) 

On the Great Seals of King Stephen. 

(Transactions of the Royal Soc. of Lit., 
vol. XI.) 



XIV 



B1BLI()(;UA1MIIK. 



BiRf.H. A Fasclculns of the Chailersof Malliil- 
(lis. l'.mpress ol the lUimans. S. d. in-S". 

On llie Seals ol Kiiig Henry the second 

and of his Son (he so called Henry the tlùrd. 
(Trans. oftho W. Soc. olLit., vol. XI.) 

('atalogue ofSeals in the Department of 

Mannscripts in the Hritish Mnseum. Lond., 
1887-1898. ln-8°. 5yo1. 

BoiiiuiENNE (L'abbé). 

Antiqnns cartularins ecclesiaî Baiocensis. 
Livre noir. Rouen. igci-igoS. ln-8°, 2 vol. 
( Société de l'histoire de Normandie). 

Bréard (Ch.). 

Cartulaire de Saint-Ymer en Auge et de 
Bricquebec. Rouen. 1908. Iii-8°. (Société de 
l'Histoire de Normandie.) 

Brewer. — Voir GiRALDLS Cambrensis. 

Brcssel (N.). 

Nouvel Examen de l'usage général des 
liels en France. Paris, 1727. In-4°, 2 vol. 

Bit (Adrien de). 

Cronica abbatum monasterii de Dunis. 
Brugis, 1889. In-4^°. 

Calend.\r of Charter RoUs. London. In-8°. 
Les trois premiers volumes. 
(Publication du Public Record Office.) 

Canterbluy (Christ church).TheLet(er Books. 
— Voir Scheppard, p. xviii. 

Charencey (Comte de). 

Cartulaire de l'abbaye de Notre-Dame de 
La Trappe. Alençon, 1889. In-8°. 

Chartres (Notre-Dame de). 

Cartulaire. — Voir Lépinois (de). 

Cologne (Merchants of). — ^ oir Twiss. 

Copin(;er. — Coutumier de Dieppe, i884. — 
Voir plus haut, p. vi, au mot Dieppe. 

Delaville-i.e-Rollx. 

Cartulaire général de l'Ordre des Hospi- 
taliers de Saint-Jean de Jérusalem. Paris, 
189/1-1904. In-fol., 4^ vol. 



Dei,isi,k(L.). 

Cartulaire Normand de Philippe Auguste, 
Louis VIII, saint Louis et Philippe le Hardi. 
Caen, i852. In-4". (Extrait du tome X\ I 
des Mémoires de la Société des antiquaires 
de Normandie.) 

Examen de treize chartes de l'Ordre de 

Grainmont. Caen, 1854. In-4". (Exlr. des 
Mémoires de la Société des antiquaires de 
Normandie , t. XX , p. 1 7 1 -2 2 1 . ) 

Inventaire des manuscrits 88<3-ij5o3 

du fonds latin de la Bibl. nat. Paris, i8G3. 
ln-8°. (Extrait de la Bihiiotlièque de l'Ecole 
des Chartes, 5' série, t. III et IV.) 

Magni Rotuli Scaccaril Normanniae, de 

anno Doniini ut videtur 1 1 84 , Fragmentum. 
Cadomi, i85i. In-8°. (Extrait des Mémoires 
de la Société des antiquaires de Normandie, 
i85i,t. XVL) 

Manuscrits latins et français ajoutés au 

fonds des nouvelles acquisitions, 1875- 
1891. Paris, 1891. In-8'', 2 vol. 

Mélanges de paléographie et de biblio- 
graphie. Paris, 1880. In-8°. 

Voir Robert de Torigni. 

Demay. 

Inventaire des sceaux de la Normandie. 
Paris, 1881. In-4°. 

Dewitte. — Voir plus loin, au mot Haigxeré. 

Douët d'Arcq. Collection de sceaux [des Ar- 
chives nationales]. Paris, i863-i868. In-4°, 
3 vol. 

Dlbosc (N.). 

Cartulaire de la Manche. Abbaye de la 
Luzerne. Saint-Lo, 1878. In-4°- 

DiT.KETT (Sir G. F.). 

Charters and Records among the Archives 
of the ancient abbey ol Cluni. London, 
1888. In-8°, 2 vol. 

DuGDALE (William). 

Monasticon anglicanum. A new édition. 
London. 1817-1830. In-fol., 8 vol. 



IMPRIMES. 



XV 



Du MONSTIER (A.). 

Neustria pia. Rothomagi, i663. In-fol. 

DiiwiLLE (L'abbé G.). 

Catalogue de la bibliothèque du Musée 
Thomas-Dobrée , t. I, Nantes, 190/i. In-8°. 

Ce volume contient , p. 58-200 une longue 
analyse du Cartulaire de Saint-Serge d'An- 
gers. 

ExpuGN. HiB. Expugnatio Hibernica. Voir Gi- 
RALDUS Cambrensis. Opéra. 

Eyton (The Rev. R. VV.). 

Court, Household and Itinerary of King 
Henry 11. London, 1878. ln-4°. 

Fi.ELRV (Gabriel). 

Cartulaire de l'abbaye cistercienne de 
Perseigne. Mamers, 1880. ln-4°. 

FoN ïexai-i.e-Marmion. 

Cartulaire. — \ oir Sai(;e, plus loin. 

p. XVIII. 

Gervasils Cantuariensis. Historical Works. 
Edit. W. Stubbs. Lond.. 1879-1880. In-8", 
'i vol. (Rolls séries.) 

Gesta régis Henrici secundi. known commonly 
under the name of Benedict of Peterborough . 
Edit. W. Stubbs. London, 1867. ln-8^ 
2 vol. (Rolls séries.) 

GiRALDLS Cambrensis. (Giraud de Cambrie, 
G. le Cambrien.) Opéra. 

I-IV. Edit. J. S. Brewer. 

V-VII. Edit. Rev. .lames F. Dimock. 

Vlll. Edit. George F. Warner. 

London, 1861-1891. ln-8°, 8 vol. (Rolls 
séries. ) 

GlolcestbIjE (S. Pétri) Cartularium. — Voir 
Habt, à la même page. 

Gr\silier (L'abbé Th.). 

Cartulaire de l'abbaye royale de Notre- 
Dame de Saintes. Niort, 1871. ln-8°. 

Grellet-Balguerie. 

Cartulaire du prieuré conventuel de Saint- 
Pierre de La Réole en Bazadais, du ix' au 
xii* siècle. i865. (Archives historiques du 



dép. de la Gironde, t. V, 1864, p. 99 
186.) 

GuÉRARD (B.). 

Cartulaire de Saint-Père de Chartres. 
Paris, i8/io. ln-4°, 2 vol. (Collection de 
documents inédits.) 

GiRNEY (Daniel). 

The Record of the House of Gournay. 
London, i848. Avec supplément daté de 
i858. In-4°. 

HviGNERÉ (L'abbé D.). Les Chartes de Saint- 
Bertin, d'après le grand Cartulaire de Doni 
Ch. Jos. Dewitte (6/18-1770). Saint-Omer, 
1886-1899. In-4°, /tvol. 

HvRDY (Thomas Dufliis). Rotuli Normannine in 
turri Lond. asservati. 1 200-1 2o5. Lond., 
i835. ln-8°. 

Rotuli chartarum, 1190-1216. Lond., 

1887. In-fol. 

Rotuli litlerarum clausarum , 1 2o4-i 224. 

Lond., 1 833. In-fol. 

Rotuli litterarum patentium , 1201-1216. 

Lond., 1 835. In-fol. 

Hardy (Sir Thomas Duffus). 

Descriptive Catalogue of mss relative to 
the history of Great Britain. Lond., 1862- 
1871. ln-8''. 3 vol. (Rolls séries.) 

H ART. 

Historia et Cartularium monasterii S. Pé- 
tri Gloucestriae. Edit. W. H. Hart. Lond., 
1863-1867. In-8°. 3 vol. (Rolls séries.) 

Chartulary of theabbey of Ramsey. Edit. 

W. H. Hart et Rev. Ponsonby Annesley 
Lyons. Lond., 188^-1893. In-8°. 3 vol. 
(Rolls séries.) 

HOVVLET. 

Chronicles of the reign of Stephen , 
Henry II and Richard 1. Edit. R. Hovvlelt. 
Lond", 1884-1890. In-8°. 4 vol. (Rolls 
séries.) 

Hearne. 

Liber Niger Scaccarii. Editio altéra- 
Lond., 1774. ln-8°. 2 vol. 



\\1 



BlJiLlOCK APIIIK. 



Histoire fL') de (iulHaunio Le Maréchal, 
poème français, publie j)ar Paul Mever. l^i- 
ris, 189 1-1901. In -8°. 3 vol. (Société de 
riiistoire de France.) 

James (Montague Rhodes). 

A descriplive Catalogue of the manu- 
scripfs in the libran' ofGonville and Caius 
(lollege. ^ol. 1. Cambridge, 1907. ln-8". 

Jeusey. 

Rolls of the assises. — ^ oir Société Jei\- 

SIAISE. 
JOHANNES SaRISKERIENSIS. 

Opéra, éd. Giles. Oxonii, 1 848. ln-8°. 5 vol. 
— Migne, Patrohgiahlina, vol. (^XCIX. 

Lappemu;r(;,1 rkundliche Geschlchfe des Ilan- 
sischen Slahlhofes zu London. — YoirTwiss 
{Sir Travers), plus bas, p. wiii. 

La Roe( Abbaye de). — \ oir Planté, plus bas. 

p. XVII. 

Layettes du Trésor des Chartes. — Voir 
Tedlet, plus bas, p. xviii. 

Léchaudé d'Anisy. 

Inventaire des anciennes chartes des Ar- 
chives du Calvados. Caen, i834- — Voir 
même page, col. 2 , Mémoires de la Société 
des Antiquaires de Normandie. 

LÉpiNOis (E. de) et L. Merlet. 

Cartulaire de Notre-Dame de Chartres, 
d'après les cartulaires et les titres originaux. 
Chartres, 1862-1865. In-4°. 3 vol. (Société 
archéol. d'Eure-et-Loir. ) 

Le Prévost (Aug.). Mémoires et Notes pour 
servir à l'histoire du département de l'Eure. 
Evreux, 1862-1869. 3 vol. in-8°. 

Les ^ alx de Cernav. — Voir Merlet, même 
page, col. 2. 

LoTTiN. — Voir plus haut, p. viii, au mot Le 
Maxs. 

Llard (H.-R.). 

Annales monastici. Lond. , 1864-1869. 
In-8°. 5 vol. (RoUs séries.) 



Llciiauu; (Ach.). 

Etudes sur les actes de Louis VU. Paris, 
i885. ln-4". 

LvTTELTOx (Lord). 

History of the Life ol the King Henry the 
second. London, 1767-1771. In-4''. 4 vol. 

Madox (Thomas). 

Formularc anglicanum. London, 1702. 
In-fol. 

The History andantiquities of the Exche- 



quer. London, 1711. In-fol. 

Marchegav. 

Cartulaire de l'abbaye du Ronceray, An- 
gers, 1854. In-8°. Table par Eug. Vallée. 
\ngers, 1900. In-8". (Tome 111 des Archives 
d'Anjou.) 

Martène (Dom E. ). 

Thésaurus novus anecdotorum. Par., 1717. 
In-fol. 5 vol. 

Mémoires de la Société des Antiquaires de 
Normandie. Année i834, tomes VII et VIII. 
Caen, i834. In-8°. 2 vol., avec atlas de 
3o planches. 

Ces deux volumes sont consacrés à l'in- 
ventaire des anciennes chartes des Archives 
du Calvados. J'ai rarement renvoyé aux ci- 
tations qui s'y trouvent des chartes de 
Henri II conservées dans ces archives. 

Menjot d'Elbenne (Vicomte). 

Editeur d'un fragment du Cartulaire du 
chapitre de Saint-Pierre-de-la-Cour au Mans. 
— Voir, plus haut, p. viii, au mot Le 

Mams. 

Merlet (Lucien). 

Cartulaire de l'abbaye de la Sainte-Tri- 
nité de Tiron. Chartres, i883. In-4°. 

(Publication de la Société archéologique 
d'Eure-et-Loir. ) 

Cartulaire de N.-D. de Chartres. — Voir 



LÉpiNOis (de). 

Merlet (Lucien) et A. Moutié. 

Cartulaire de l'abbaye de N.-D.-des-Vaux 
de Cernay. Paris, 1857-1858. In-4°. 2 vol. 



IMPRIMES. 



XVII 



MÉTAis (L'abbé Ch.). 

Cartulaire de l'abbaye cardinale de la Tri- 
nité de Vendôme. Vendôme, iSgS-igo/i. 
In-8". 5 vol. 

MÉTAis. (L'abbé Ch.). 

Cartulaire saintongeois de la Trinité de 
Vendôme, iSgS. In-8°. (Tome XXII des 
Archives historiques de la Saintonge et de 
l'Aunis. ) 

Meyer (Paul). — Voir Histoire de Guillaume 
Le Maréchal. 

MOUTIÉ . 

Cartulaire des Vaux de Cernay. — Voir 
Merlet. 



OuRSCAMP (Cartulaire d'j. 
Dblacourt. 



— Voir Peigné- 



Paleographical Society (Les recueils de Thej , 
et de The new Paleographical Society. 

Peigné-Delacourt. 

Cartulaire de Notre-Dame d'Ourscamp. 
Amiens, i865. In-A". (Publication de la 
Société des antiquaires de Picardie. ) 

Pérard (Estienne). 

Recueil de plusieurs pièces curieuses ser- 
vant à rhistoire de Bourgogne. Paris, i664. 
In-fol. 

Petrus Blesensis. 

opéra. Ed. Giles. Lond., 1847-18/18. 
In-8°. k vol. 



Migne, Patrologia latina. Vol. CCVll. 



Pipe Roi.i.s. 

The Great Rolls of the Pipe for the second , 
third and fourth years of the reign of King 
Henry the second, A. D. 11 55, 11 56, 
1157, 11 58. Edit. Rev. Joseph Hunter, 
London, i844- In-8°. 

Les rôles des années suivantes, depuis 

la cinquième année du règne (ii58-ii5g), 
jusqvi'à la vingt-sixième (1180-1181), ont 
été publiées séparément, depuis 1881 par 
The Pipe Rolls Society. 



Pipe Rolls. 

Introduction to the study of the Pipe 
Rolls. Lond., 1884. In-8°. 

Planchenault. 

Cartulaire du chapitre de Saint-Laud 
d'Angers. Angers, igoS. In-S". (Société 
d'agriculture , sciences et arts d'Angers. ) 

Planté (Jules). 

Cartulaire de l'abbaye l'oyale des cha- 
noines de Saint-Augustin de Notre-Dame- 
de-La-Roë. Mamers. 1888. In-8°. 

Port (Célestin). 

Cartulaire de l'hôpital Saint-Jean d'An- 
gers. Angers. 1870. In-8°. 

Radulfus de Digeto. 

Opéra historica. EdiL. Rev. W. Stubbs. 
Lond., 1876. In-S". 2 vol. (Rolls séries.) 

Ramsey (Cartulaire de). — Voir plus haut, 
p. XV , au mot Hart. 

Raoul de Dicet. — Voir Radulfus. 

Report (First) of the Royal Commission on 
Historica! manuscripts. Lond., 1870. In-fol. 
— Fourth. London , 1874. In-fol. 

Reports (Appendix to) from the Commis- 
sioners . . . respecting the Public records of 
Kingdom. 1819. In-fol. 

Riley. 

Chronica monasterii S. Albani. Edit. 
H. T. Riley. Lond., 1863-1876. In-S". 
i3 vol. (Rolls séries.) 

Robert de Torigni. . 

Édit. L. Delisle. Rouen, 1872 et 187^. 
(Société de l'Histoire de Normandie.) 

Edit. R. Howlett. Dans le t. IV des 



Chronicles of the Reigns of Stephen, Hen- 
ry II and Richard I. (Rolls séries.) 

Robertson. 

Materials for the History of Thomas Bec- 
ket. Edit. Rev. James ChaigieRobertson and 
Jos. Brigstocke Sheppard. Lond., i865- 
i885. In-8". 7 vol. (Rolls séries.) 



CHARTES ET DIPLOMES. 



X\lll 



IMPUIMKS. 



RocEiu OK HovKDKN (ïliroiiica. 

Kdit. William Slubbs. Lond., 18G8-1871. 
ln-8'\ !\ vol. (Rolls séries.) 

lîoUND (J. Horace). 

(]alendar of DocuiikmiIs proseivotl in 
France illiistrative of the hislory of Greal 
Brilain and Ireland , vol. 1 , C)i8-i'.>.o6. Lond.. 
I 8c)c). ln-8°. 

Hymkr. 

Fœdera. New édition. Lond. 181 G. In-fol. 
3 vol. en six parties, plus le connnencement 
du tome IV. L'édition a été arrêtée à l'année 
i383. 

S.\ir.E (Gustave), 

Carlulalre de la Seigneurie de Fontenav- 
le-Marmion, provenant des Archives de Ma- 
tignon. Monaco, 189"). In-/i". 

.S.\i\T- Victor de Paris (Recueil épistolaire de 
l'abbaye de). 

Ce recueil, publié par Du Chesne, dans 
le tome 1\' des Ilist. Franc, scriptores 
(p. 557-762), et reproduit en partie dans 
le Recueil des Historiens (t. XVI, p. a- 170), 
nous a été conservé par un manuscrit de 
l'abbaye de Saint- Victor, qui est passé au 
\\ n' siècle dans la bibliothèque de Petau , 
et de là dans celle de la Reine de Suède. Il 
est aujourd'hui au Vatican, sous le n" 179 
du fonds de ia reine de Suède. — 11 figure 
en ces termes sur le catalogue des manuscrits 
de Saint-Victor, dressé vers ia fmdu xv" ou 
le commencement du xvi" siècle par Claude 
de Grandrue (Bibl. nat., ms. latin 1^767) : 
«JJ. 22. Quedam epistole Alcxandri tercii, 
cum pluribus aliis divérsorum el de diver- 
sis, in 1er (juas multe concernantes primum 
statum hujus monasterii Sancli Victoris. 
Cujus libri folium decimum incipit : dicalur 
idem rcx ; centesimum : ecclesia retinere vole- 
bal laboral ; ducentesimum : qiiando véniel; 
sexagesimum nonum : congregalione constat. 
A. ei quem gcnuit. B. arridebat aprica. C. 274 
et usque 276. » 

Le savant préfet de ia Vaticane a bien 
voulu copier à mon intention le double de 
cet article de catalogue , tel qu'il est inséré 



dans le ms. 879 du fonds de la Reine. — 
\ oir aussi une note de Lnchaire dans la Bi- 
bliathcqnc de la Faculté des lettres de ]*ari^- , 

t. VlU, p. 32-39. 

.Saintes (Notre-Dame de). — Cartulaire. — 
\ oir, p. XV, Grasii.ier, 

Sanc. 1 1 A1.BVN1 Chronica. — Voir, p. xvii, 

RiLEY. 
SCACCARIU.M NOUMANNI/Ii. Voir DeLISLE, 

Stapletox. 
Sceaux. — Voir Biuch, Demay, Douët d'Arcq. 

ScHEPPARD. 

The Letter books of Christ Church Can- 
terbury. Edit. .los. Sheppard. Lond., 1887- 
1889. In-8°. 3 vol. (Rolls séries.) 

Société jersiaise. 

Rolls of the Assises held in the Islands in 
the second year of the reign of the king 
Edward II, A. D. i3o9 Jersey, igo3. In-4°. 

Solesmes (Les Bénédictins de). 

Cartulaire de Saint-Pierre de La Couture. 
— Voir plus haut , p. vu , au mot La Cou- 
ture. 

Stapletox (Thomas). 

Magni Rotuli Scaccarii Normanniae sub re- 
gibus Angliae. Londini, 18^0-18/i/i. In-8", 
2 vol. 

Stevenson (Rev. Joseph), 

Chronicon monasterii de Abingdon. Lond,, 
i858. ln-8°. 2 vol 

Tardif (Jules). 

Monuments historiques [des Archives na- 
tionales]. Paris, 1866, In-4°, 

Teulet. 

Layettes du Trésor des chartes. Paris, 
1863-1902. In-d". 4 voL : I et 11, par Teu- 
let ; III, par Jos. Tardif; IV, par Élie Berger, 

Thomas Becket. — Voir Robertson, 

Twiss (Sir Travers), 

The early Charters granted by the Kings 



IMPRIMES. 



XIX 



of England to the merchants of Cologne. 
Lond., 1881. In-8". 

Urseau (Ch.). 

Cartulaire noir de la cathédrale d'Angers 
reconstitué. — Paris et Angers, 1908, in-8°. 



Vendôme (Abbaye de). — Voir Métais, plus 
haut, p. XVI. 

Warneb (George F.) et Henry J. Ellis. Fac 
similes of royal and other charters in the 
British Muséum. Lond., igoS. In-fol. 



INTRODUCTION. 



IMPORTANCE DES SUSCRIPTIONS DES ACTES DE HENRI II 
POUR EN ÉTABLIR LA CHRONOLOGIE, 

I. La chancellerie de Henri II. - Multiplicité des actes qui en sont 
SORTIS. - Rareté de ceux qui subsistent. — Henri II a gouverné le duché de 
Normandie pendant quarante années, de i i 5o à i 189, et le royaume d'An- 
gleterre pendant trente-cinq, de 1 i5/i à 1 189. Les actes qui, pendant cette 
longue période, ont été expédiés en son nom, pour l'Angleterre et pour les 
provinces françaises placées sous sa domination, sont tous rédigés sur le même 
plan, d'après des formules identiques, arrêtées avec une irréprochable jus- 
tesse, dans un style simple, précis, correct et remarquablement uniforme, à 
l'exception d'un petit nond^re de pièces auxquelles les officiers royaux n'ont 
pas seuls mis la main. 

La chancellerie de Henri II devait avoir une organisation analogue à celle 
qui était déjà en vigueur sous les prédécesseurs de ce roi. Les usages qu'on y 
suivait s'étaient peu à peu fixés pendant les règnes des premiers rois de la 
dynastie normande; mais les développements qu'ils reçurent dans la seconde 
juoitié du xii*^ siècle et auxquels ne furent point étrangers les chefs de la 
dynastie des Plantegenêts , le comte Geofïroi et l'Impératrice Mathilde, témoi- 
gnent du degré de perfection qu'avait atteint l'administration anglo-normande , 
tant elle était fortement centralisée , malgré les sérieux embarras que devaient 
causer les déplacements continuels de la maison du roi, tantôt en Angleterre, 
tantôt sur le continent W. 

>'^ Pierre de Blois, dans le beau portrait Henri II : « Non enim sicut alii reges in palatio 

qu'il a tracé de Henri II (0/jera, éd. Giles, suo jacet, sed per provincias currens explorât 

t. I, p. 195, et Robertson, t. VII, p. 372 ), facta omnium, illos potissime judicans quos 

signale ainsi les perpétuels déplacements de constltuit judices aliorum. » — Un premier 

CHARTES ET DIPLO.MES. IV. 1 



IIMEBIE KATIONAtE. 



2 I. IVVSK DE LA ClIKONOLOCIK DES VCÏKS. 

A celle épocjuc, l'activité de la chancellerie est vraiinenl admirable. Les 
actes qui en sont sortis nous sont connus par un nombre très resUeiiil 
d'exemplaires, (pie nous ont transmis, en original ou en copie, les archives 
d'établissements civils ou religieux ou de grandes familles féodales, (^eia ne 
peut pas donner la moindre idée de la somme de travail exécutée par les 
clercs du roi. A peine avons-nous quelcjues exemples des brefs ou mandats 
relatifs à la comptabilité; il a cependant diï exister des milliers et des milliers 
de pièces de ce genre. Deux exemples d'un seul genre de brefs suffiront pour 
montrer quelle en était la multiplicité. 

En dehors des dépenses ordinaires, les mêmes chaque année, auxquelles 
les fermiers des domaines royaux et ducaux devaient faire face, il leur était 
interdit de solder des dépenses accidentelles, même les plus minimes, sans 
avoir reçu un bref ou mandat spécial, qui indiquait l'objet de la dépense, le 
nom du créancier et le chiffre de la somme à payer. Les comptables devaient 
produire ces brefs quand ils faisaient vérifier annuellement leurs comptes par 
lEchiquier. 

Voici, d'après un Pipe Holl(*), un extrait du compte que rendit en i 176 
le fermier du domaine de Southampton. Il ne produisit pas moins de treize 
brefs ou mandats, correspondant à une quinzaine de payements faits presque 
tous aux maîtres des vaisseaux employés à faire passer les messagers et les 
gens du roi d'Angleterre en Normandie : 

lu iiberatione esnacche ad transfretandum thesaurum, quem Andréas ciericiis dvixit in 
Piirilîcatione, 7 1. et lO s., per brève Ricardi de Luci^^'. 

Et in custamento thesauri illo itinere et quodam alio, 3 s. et 3 deu. Et in Iiberatione 
esnacche quando transfretavit in Quadragesima contra regem, 7 i. et 10 s., per brève 
reffis. 



essai d'Itinéraire de ce roi a été publié en 1867 
par William Stubbs, comme appendice à la 
préface du tome II de l'édition des Gesta Hen- 
rici II. Un travail beaucoup plus détaillé est 
celui cpie le Rév. i«. W. Eyton a fait paraître 
en 1878 sous le titre de Court , Hoiisrliold and 
Itinerary of king Henry II (vol. in-4° de xii et 
344 p). — C'est surtout dans l'itinéraire de 
Jean Sans-terre, dressé par Thomas Duffus 



Hardy, en tête des Rotuli chartarum, qu'on 
peut se faire une idée de la vie nomade des 
premiers Plantegenèts. 

'*) RoU oftlie Pipe, xxi H. II, p. 200. 

^^' Ici, Richard de Luci, ou Lucé, joue le 
rôle de lieutenant du roi ou de vice-roi. Voir 
Eyton, p. 320, cpii l'indique comme ayant 
tenu cette place à plusieurs reprises, de 1169 
à 1178. 



(;r\nd nombrk des actes. 3 

Et in liberatione navis Willelmi de Baiona, que portavit thesauium, quem Walterus de 
Constanciis et Henricus de Aveneio duxerunt ultra mare, 25 sol., per brève Ricardi 
de Luci. Et eidem Henrico 20 sol. de liberatione sua, per idem brève. Et in custa- 
mento ducendi eundem thesaurum de Windresores ad Sudhantonam, i8 d., per idem 
brève. 

Et in liberatione esnacche quando transfretavit cum Mauricio de Greon, 7 1. et 10 s., 
per brève régis. Et in liberatione m aliarum navium ad opus Willelmi de Humetis et Ha- 
monis Pincerne et Willelmi de Vou, 100 s., per idem brève. 

Et pro locando i sornet ad significandum régi rumores Anglie, i marcam, per brève 
régis. Et pro i navi locanda ad portandum Hamonem deVaioniis etWiilelmum de Bosco 
et Petrum de Lincolnia, ào sol., per idem brève. 

Et in liberatione navis quam Willelmus de Vernun et filius ejus habuerunt, ,4© sol., 
per brève régis. 

Et in liberatione navis quam Eugelrannus de Humetis habuit, 35 sol., per brève 
régis. 

Et in liberatione navis quam Osbertus de Caméra et Johannes Cumin habuerunt, 
3o sol., per brève régis. 

Et in liberatione navis quam abbas d(; Reddonis et nuncii Ricardi et Gaufridi, filiorum 
régis, et Herveus panetarius habuerunt, 20 sol., per brève régis. 

Et in liberatione navis et custamento ejus quam Ricardus Ruffus duxit, 25 s. et 9 d., 
per brève régis. 

Et Philippo armigero régis 1 marcam, ad pascendum equos régis, per brève régis. 

Et in minutis passagiis, per brevia régis, M. et 3 s. 

Et pro nii miliariis de franca petra ad oapellam régis in castro Wintonie, et in custamento 
ducendi eandem petram ad Wintoniam, 6 1. et 2 s. et 8 d., per brève régis. 

La coiiiplal)ilité des finances du duché de Normandie était organisée d'après 
les mêmes principes et sur le même plan que celle des finances du royaume 
d'Angleterre. Aucun payement n'y était effectué, aucune dépense n'y était 
allouée au comptable sans avoir donné lieu aux mêmes formalités qu'en An- 
gleterre, n y avait pour ia province le même luxe d'écritures que pour le 
royaume. La formule per brève reçjis n'est guère moins rare dans le peu qui 
nous reste des Grands rôles de l'Echiquier normand que dans les Pipe Rolls 
du royaume. Nous ne possédons pas un seul exemple des milliers de brefs qui 
ont été ainsi expédiés par le roi, ou au nom du roi, pour le service provin- 
cial de la trésorerie. On pourra calculer quel en a été le nombre, en jetant les 
yeux sur un seul passage du compte rendu, en 1 180, par le maire de Rouen 
pour la ferme de la vicomte de Rouen, qui, plus tard, sous le règne de 



4 I. liASK l)K LA CIIUONOI.OCIK \)V.S \CTIvS. 

saint Louis, était appelée la vicomte de l'eau ('^. On y voit énumérés Vingl- 
trols payements mandatés par le roi, avec indication de la nature de chaque 
dépense ('-^ : 

Bartliolonu'us major et Hugo Wastcl reddunt coinpoliim , pro se et pro lola coimnnnia 
Rotlioinagi, de 078 I. iH s, et /i d. de rémanente veteris firme de Rothomago. 

Engerranno Porlario, ad operationes castri de Bellovidere, 23o 1., per brève régis. 

Theobaldo Diviti. pro vinis ad opus régis, 120 1., per brève régis. 

ludtMU ivddiint compofum de 3, 000 1. de nova lirma vicecomitatus Rothoinagi et mo- 
diationis et molondinornm et canardorum et escaietaruin infra civitatem recuperatarum per 
jiiream, etc. 

Martino de Hosa, ad operationes castri de Neelfa et Novi Castri, l\o ]., per brève 
régis. 

hî couredio ducis Burgondie et comitis de Bar apud Gisortium, 1 4 1- et 12 d., per brève 
régis. 

Teobaldo Frogeri, 80 i., pro 10 tonellis vini ad opus régis, per brève régis. 

Herberto Trenteinnes, 45 1., pro 12 tonellis vini ad opus régis, per brève régis. 

In roba i5 sociorum comitis Teobaldi et in hernesio duorum novorum militum, 280 1. 
et 20 s., per brève régis. 

Pro plumbo quod rex dédit abbati de Clarevalle jwrtando a Rothomago ad Parisiiis, 
1 3 1. et 1 5 s., per brève régis. 

Pro venatione régis, portanda de Rothomago ad Parisius, 10 1., per brève régis. 

Pro 20 baconibus liberatis Wiilelmo Guernon, ad munitionem castri de Neelfa, 10 1. 
10 s. et 4 d., per brève régis. 

Pro bolgis et bahurdis et sella summarii et frenis et capistris ad capellam régis, 70 s. et 
2 d., per brève régis. 

Pro vino ad perimplendum tonellos régis et portandum de Rothomago ad Cadomum, 
6 1. et 8 s. et 3 d., per brève régis. 

Pro 3o marcatis vasselle quam rex dédit duci Burgondie et comiti de Bar, 79 1. et 7 s., 
per brève régis. 

Pro bolgis et bahurdis et sellis et aliis necessariis ad summarios de caméra régis et qua- 
drigis, i4 1. et 3 s., per brève régis. 

Pro summario et hernesio ejusdem ad portandum vaissellam régis, 6 1., per brève 
régis. 

C' « Exceptis omnibus aliis que spectant ad parez les comptes rendus en 11 96 par Raoul 

vicecomitatum aque Rothomagensis » (Charte de Cotevrart pour la commune de Rouen ( ?tic/. , 

de novembre 1262 , dans Layettes du Trésor des p. i53) , et en 1 198 par le maire Mathieu Le 

chartes, t. IV, p. 49). Gros, Raoul Groinnet et Raoul de Cailli [ibid., 

(') Rot. Scacc. Noiin., l. J, p. 69. — Com- t. Il, p. 3o3). 



GRAND NOMBRE DES ACTES. 5 

Pro quadriga ferrata et bâtis et bocellis et bahiirto et tractis et frenis et capistris ad très 
equos ad pincernariam régis , et in conredio WiHelmi de Sparsis Fontibus et Stephani qua- 
drigarii, 25 i. i5 s. et 9 d. , per brève régis. 

Pro tribus toneilis vini missis in Leons ad opus régis, 19 1., per brève régis. 

Pro presentis régis portandis de Rothomago ad Parisins ad regem Francorum, /il., per 
brève régis. 

Comiti Wiilelmo de Magnevilla , per Seherum Caneni et Bodin, ad faciendas liberationes 
servientibus Flandrie, i4o 1., per brève régis. 

Ricardo Crasso, pro roba ad opus régis, 17 i. id s. et 8 d., per brève régis. 

Pro duobus toneilis ad opus régis, 17 1. 1 4 s. et 8 d., per brève régis. 

Pro duobus toneilis vini portandis a Rothomago ad Bonani Villam, Sa s., per brève 
régis. Pro toneilis vini régis apportati de Francia, collocandis in cellario régis, 19 s., per 
ideni brève. 

In quietancia vini iiionacorum de Cantuaria de duobus annis, 32 1. 1 1 s. et 4 d. , per 
brève resis. 



D*après ces exemples, à quel chifTre arriverait-on si on pouvait supputer les 
dépenses effectuées pendant trente-cinq années dans l'immense étendue des 
états de Henri 11.^ Encore ne s'agit-il ici que d'une minime partie de la cor- 
respondance financière, celle qui a trait à l'ordonnancement des dépenses. 
A peine avons-nous des exemples de la correspondance militaire, et de celle 
que nécessitaient les rapports avec les princes étrangers, avec les grands vas- 
saux, avec les officiers préposés à la tenue de la maison du roi, à l'adminis- 
tration des villes, des châteaux, des ports et des forêts, avec les membres du 
haut clergé et avec les clercs chargés de missions spéciales à l'intérieur des 
états et dans les pays étrangers l 

Un mot seulement sur la correspondance militaire, qui a dû occasionner 
l'expédition d'une multitude de brefs, parfois expédiés d'urgence, ne fût-ce 
que pour la mobilisation des troupes. Nous en avons un exemple remar- 
quable, qui se rapporte à Richard Cœur-de-Lion , mais qui est du temps de 
Henri II. On ne saurait douter que le père n'était pas moins que son fils en 
mesure de convoquer rapidement les gens d'armes dont il avait besoin pour 
étouffer une révolte ou repousser une invasion tout à fait imprévue. 

Voici ce qui eut lieu au début du dernier soulèvement de Richard Cœur- 
de-Lion, comte de Poitou, contre son père, au printemps de 1189. Dans 
une seule nuit passée à Amboise, Richard fit écrire plus de deux cents man- 



6 



I. B\SK l)K l.\ (;II110N0L0(;IK DES ACTES. 



(iemeiits. Ce ilétail est consigné dans V Histoire de Guilldumc le Marêc/tal , t. I, 
p. 397 et 298, vers 82/17 ^^ suivants : 

Si lui' voix bien dire et retraire 

Que il (Kichard) aveit la nuit l'ait l'aire 

Letres hion 11 cenz paire ou plus; 

Mais si angossos ne! vit nuls 

Com il csleil denveier querre 

Sa gent par treslute sa terre , 

E cels qui à lui se teneient 

Et son a faire malnteneient. 

Henri IF était certainement en mesure de convoquer avec non moins de 
tliligence les chevaliers qu'il avait à opposer à l'armée du prince révolté. 

Nous ne possédons que de rares exemples des conventions ou transactions 
[finis, finalis concordia, finalis convenlio) que les parties faisaient homologuer 
par des chartes royales et dont le nombre, surtout en Angleterre, ne tarda 
pas à devenir considérable, parce que ce genre d'homologation fournissait le 
meilleur moven d'assurer l'authenticité des actes, et que, d'ailleurs, dans 
beaucoup de cas, les parties ne pouvaient pas, sans encourir des amendes (^), 
se dispenser de remplir une formalité qui donnait lieu à de nombreuses écri- 
tures : procès-verbaux, ou actes synallagmatiques^'-), copies sur rôle officiel. 



t') Ricardus Burnulfi reddit compotum de 
ao libris quia fecil concordiam de judicio ferri 
sine assensu justicie. Rot. Scacc. Norm. , t. I, 
p. 26. 

De Rogero de Monasteriis 7 1. . quia interfuit 
concordie de inorle Sinionis Bisel. Ibid., p. 3?.. 

Robertus Canutus reddit compotum de 20 li- 
bris pro concordia facta cum fratre suo sine 
licentia. Ibid., p. •jô. 

'"^ Voir un peu plus loin , p. 1 o , le procès- 
verbal tiré du Cartulaire de Ramsey. — On 
considère comme un des plus anciens exemples 
connus àejinis celui que je reproduis d'après 
l'édition de M. Warner dans les Facsi miles of 
Royal and ancient charters, n" 55 : 

« Hec est fmalis concordia que facla fuit 



apud Oxeneford , in curia legis , corain Ricardo 
GiiFard et Rogero Filio Reinfridi et Johanne 
de Caerdif, justiciis régis, [ad] proximum fes- 
tuni apostolorum Pétri et Pauli postquam do- 
minus rex cepit liganciam baronum Scocie 
apud Eboracum (ii^ô), inter canonicos Ose- 
neie et Ingream et très filias ejus , scilicet Gun- 
dream et Isabellam et Margaretam , de terra 
de Oxeneford, unde placitum fuerat inter eos 
in curia régis, scilicet quod Ingrea et très filie 
sue prenominate clamaverunt predictis cano- 
nicis quietam terram illam in Oxeneford de se 
et de heredibus suis , pro xx solidis quos cano- 
nici illis dederunt, et omne jus quod in eadem 
terra habebant quietum illis clamaverunt. 
«CIROGRAPHVM... 



GRAND NOMBRE DES ACTES. 7 

confirmations sous forme de chartes royales. S'il nous est parvenu peu de 
chartes d'homologation, nous possédons beaucoup d'insertions sur les rôles ^^) 
et beaucoup de mentions de sommes inscrites sur les comptes de l'Échicruier 
anglais (^) et de f Echiquier normand (^), comme payées par les parties qui 
avaient conclu des accords, ce qui laisse entrevoir la quantité de chartes expé- 
diées pour f homologation d'accords. 

Que de chartes et de lettres Henri II a fait expédier en faveur des établisse- 
ments ecclésiasticpies , cathédrales ou collégiales, abbayes ou prieurés, hôpi- 
taux ou léproseries, pour leur concéder ou confirmer des domaines, des 
privilèges et des droits de toute nature! Ce qui nous en est arrivé n'est rien 
en comparaison de ce qui devrait exister, si les archives de ces établissements 
avaient été soigneusement constituées et administrées, et si les révolutions, les 
accidents de tout genre et l'incurie des gardiens n'en avaient pas fait dispa- 
raître la meilleure partie. Quelques exemples peuvent faire apprécier l'étendue 
des pertes que de ce chef nous avons à déplorer. 

Le rédacteur du Gartulaire de f église de Bayeux a pu faire entrer dans son 
recueil plus de vingt chartes accordées à cette église par Henri II. Les cathé- 
drales voisines n'ont pas dû en recevoir un moindre nombre. Or, pour Coii- 



'*^ Il faut voir les volumes suivants compris 
dans la série in-8' des Publications of tlie Re- 
cord Coininissioners : 

Rotuli de nblatis et finibus in turri Londi- 
nensi asservati, tempore régis Johannis, accu- 
rante Thoma Duffus Hardv, i835. — Excerpta 
e rotalis Jiniuin in turri Londinensi asservatis , 
Henrico III rege, 12 16-1 2 7 2. Cura Caroli Ro- 
berts éd. i835 et i836. Deux vol. — Fines 
sive Pedes Jiniam , sive finales concordiœ in curia 
domini régis. 7 Richard I— 16 John (iigô- 
i2i4)- Edente Josepho Hunier. Deux vol. — 
Rotuli iSormanniee , vol. I (i835); le rôle fpii 
occupe les pages 1-22 est consacré aux « fines» 
de Normandie de l'année 1200-1201. 

^*' Radulfus Filius Rogeri reddit compotum 
de 20 libris, pro convenlione Warneri avunculi 
soi habenda. Pip. xiv H. H, p. 85. 

Walterus Percehaie reddit compotum de 



5 marcis, pro concordia duelli de terra. Rober- 
tus de Breideshala débet 5 marcas , pro concor- 
dia cjusdcm duelli. Ibid. 

Willelmus de Liega reddit com;>otum de 
10 libris, pro concordia inter eum et Rogerum 
de Mueles. Rogerus de Mueles reddit compo- 
tum de loo solidis pro eaden concordia. Ibid., 
p. i35. 

Mauritius de Pola reddit compotum de 4o so- 
lidis , pro fine duelli versus Robertum Marmiun . 
Ibid. 

'*' Dans mon exemplaire des Rotuli Scaccavii 
Normanniœ se trouve une table manuscrite ren- 
voyant aux passages où se trouvent les expres- 
sions «Concordia combustionis , C. dotis, C. 
duelli, C. insulti, C. judicii ferri, C. meslee, 
C. mehaimi, C. mortis, C. partis, C. propor- 
tionis, C. plage, C. roberie, C. terre, C. facta 
sine licencia » , etc. 



8 I. B\SK DE LA CHRONOLOGIE DES VCTES. 

tances, nous (Ml connaissons trois. Il iTv (MI a aiicuno ni pour LisieuK, ni pour 
Avranclies, ni pour Séez, 

Nous n'avons pas de constatations plus satisfaisantes à présenter sur les 
archives monasti(|ues. Si pour l'abbaye de Montebourg, établissement d'une 
importance secondaire, nous possédons seize chartes de Henri II, les plus 
grandes et les plus fameuses abbayes de Normandie ne fournissent qu'un 
nombre insignifiant de chartes émanées de ce roi : quatre à Jumièges, trois à 
Saint -Wandrille, deux à Saint-Ouen de Rouen. C'est seulement par quelques 
unités que sont représentées les chartes de vassaux ecclésiastiques ou laïques, 
de favoris, d'officiers et de simples clercs, qui recevaient des terres ou des 
pensions comme récompenses de leurs services. 

Au cours de recherches poursuivies pendant près de soixante années, je 
suis parvenu à recueillir un peu plus de 5 7 o pièces concernant les rapports de 
Henri II avec la France, la plupart relatives au gouvernement et à l'administra- 
tion de la Normandie et de l'Anjou, sans compter les chartes émanées de 
Henri duc de Normandie, avant la mort du roi Etienne. Il ne faut peut- 
être pas estimer à plus d'un millier le nombre de celles qui se rapportent 
à l'Angleterre (^'. Ce ne doit pas être, à beaucoup près, la centième partie des 
chartes qui ont été expédiées au nom de Henri II. 

Quant au nombre des actes qui sont parvenus en original, je ne puis parier 
que de ceux qui rentrent dans le cadre de notre recueil et que, sauf de rares 
exceptions, j'ai tous vus une première fois de 18^7 à i852, et revus ou fait 
photographier pendant ces trois dernières années. Le nombre s'en élève à 
plus de cent trente, y compris plusieurs pièces sur lesquelles il n'y a point 
traces de sceau et qui sont peut-être simplement des copies contemporaines. 
Encore n'ai-je pas cru devoir tenir compte ici des pièces expédiées au nom 
du prince Henri, avant qu'il eut été reconnu roi d'Angleterre en 1 i5/i. Les 
pièces originales de Henri II que je suis arrivé à voir ou à faire photographier 

^'' Le nombre des pièces analj^sées par le compté un peu plus de i/io chartes du roi 
Rév. Eyton ne doit guère dépasser i4oo; il y Henri II dans le Cnlendar de M. Horace Round , 
en a environ i3o qui figurent dans notre re- qui a travaillé non seulement sur les recueils 
cueil et que le savant anglais a tirées des de Deville et de Léchaudé d'Anisy, mais en- 
copies que Deville et Léchaudé d'Anisy en- core sur des pièces conservées à la Bibliothèque 
voyèrent, il y a près de soixante-dix années, à nationale et dans les dépôts de la Normandie 
l'ancienne Commission des Archives. J'ai et de l'Anjou. 



EXEMPLAIRES ORIGINAUX DES ACTES. 9 

dans les Archives françaises (^' se répartissent comme il suit : i 3 aux Ar- 
chives nationales; 5 à la Bibliothèque nationale; 29 aux archives de la 
Manche; 27 aux archives de la Seine-Inférieure; 26 aux archives du Calva- 
dos; 8 aux aixhives de l'Eure; 4 aux archives de l'Orne; 1 aux archives 
du Pas-de-Calais; 1 aux archives de Seine-et-Oise; 1 aux archives de TAube; 
1 aux archives d'Indre-et-Loire; i3 aux archives de Maine-et-Loire; 1 à la 
bibliothèque d'Angers; 1 aux archives municipales de Saint-Omer; 10 dans 
des collections particulières. 

J'ai pu mettre à contribution une notable partie des chartes originales 
consei'vées en Angleterre. Grâce à la grande obligeance de M. Warner, con- 
servateur des manuscrits du Musée britannique, et de sir Henry Churchill 
Maxwell-Lyte , garde du Record Office à Londres, qui m'ont procuré la repro- 
duction photographique de 7 4 pièces. — Je dois au Rév. H. Salter, du 
Shirburn vicarage, la photographie de plus de cent chartes tirées de dépôts 
anglais : bibliothèques diverses , archives de cathédrales , de corporations et de 
collèges, surtout de ceux qui ont hérité des alien priories. 

C'est donc sur le vu de plus de trois cents pièces originales qu'ont été 
établies les règles diplomatiques proposées dans mon Introduction à cette 
collection de chartes de Henri II. 

Le recueil, tel que je l'ai formé, donnera lieu à des rapprochements et des 
comparaisons qui pourront jeter quelque lumière sur divers points de notre 
histoire administrative au temps de Phi lippe- Auguste. 

II. Absence de toute date chronologique dans les actes de Henri IL — 
Quand on veut étudier les actes d'un souAcrain, il faut, dans la limite du pos- 
sible , les disposer suivant l'ordre chronologique. C'est le seul moyen de les 
présenter sous leur véritable jour, d'en comprendre la portée et d'en tirer tous 
les renseignements qu'on peut leur demander pour l'histoire du règne et pour 

''^ Le travail de reproduction a été opéré L'Hermitte, au Mans; Déprez, à Arras. Les 

d'après les indications et sous la direction des photographies des chartes du Calvados sont 

archivistes, que je ne saurais assez remercier dues au généreux concours d'un habile ama- 

de leur collaboration : MM. Ch. de Beaure- teur, M. Magron; celles des chartes de la 

paire, Paul Chevreux et Vernier, à Rouen; Manche m'ont été offertes par le fds de l'ar- 

Besnier, à Evreux et à Caen; Duval, à Alen- chiviste. — Un atlas de reproductions photo- 

çon; Dolbet, à Saint-Lô; Sache, à Angers; typiques par Berthaud sera joint à notre Recueil. 

CHARTES ET DIPLOMES. IV. 2 



10 I. BASK l)K L\ (;illU)NOLO(;iK DKS \CTKS. 

la connaissance du jou des institutions. Mais quand on s'alUujue aux actes de 
Henri II , on est tout d'al)ord arrêté par un obstacle qui , au premier abord , paraît 
à peu près insurmontable. Tous ces actes, à fort peu d'exceptions près, sont 
absolument dépourvus d'indications chronologi((ues. C'est là un fait aussi 
facile à constater que dilïicile à expliquer. Rien n'est plus étonnant qu'une 
omission de ce genre dans une chancellerie aussi bien organisée que celle de 
Henri II. Toutes les pièces qui en sortaient, les plus solennelles, celles qui 
conféraient de grands privilèges, celles qui réglaient à perpétuité les rapports 
du souverain avec ses sujets et garantissaient la jouissance de droits de toute 
nature, les chartes, les lettres patentes, les moindres brefs, prescrivant, sou- 
vent d'urgence, l'exécution d'une mesure administrative, tout était expédié 
sans porter aucune indication chronologique. Ainsi l'exigeait le protocole. Je 
puis citer une particularité qui montre avec quel soin les clercs de la chancel- 
lerie évitaient de mettre une date sur une charte royale. 

Rien n'est plus connnun dans les procédures anglo-normandes du xii^ siècle 
que les accords ou transactions (fines) conclus à la cour du roi pour mettre 
fin à des débats judiciaires souvent fort compliqués (i). De là des procès- 
verbaux, ou actes synallagmatiques, des transcriptions sur rôles, et des homo- 
logations par chartes royales. 

Le Cartulaire de l'abbaye de Ramsey(^), pour une même affaire, nous a 
conservé le procès-verbal et l'homologation par charte royale de l'accord final 
(Jinalis conventio), conclu l'an 33 du règne de Henri II (i 187-1 188), dans la 
cour du roi à Clarendon, au sujet d'une terre qui avait donné lieu à un procès 
entre l'abbaye de Ramsey et Geofifroi Péché. 

Voici le procès verbal en regard de l'homologation : 

PROCÈS-VERBAL. CONFIRMATION DU ROI. 

Hec est finalis conventio facta in curia H., Dei gratia rex Anglorum et dux 

domini régis apiid Giarendone, anno trice- Normaimorum et Aquitanoruin et cornes 

simo tertio regni régis Henrici secundi, co- Andegavorum, archiepiscopis , episcopis et 

ram domino rege et Johanne, fiiio ejus, et ahbatibus, haronibus, justiciis, vicecomitibus 

Randulpho de Glanville, et Huberto decano et omnibus ministris et Jidelibus suis, salu- 

Eboracensi, et Radiilpho archidiacono He- tem. Sciatis me concessisse et presenti caria 

(1' Voir un peu plus haut, p. 5. — ^^^ Chartalary of the aiicient bénédictine Abbey of Ramsey, 
t. I, p. 1 21 et 122. 



ACTES DU ROI DEPOURVUS DE DATES. 



11 



refordie , et Roberto de Witefeld , et Rogero 
Filio Reinfridi, et Roberto de Inglishani 
archidiacono Gloecestriensi, et Joceiino ai- 
chidiacono Cicestrensi, et magistro Thoma 
de Husseburne, et Michaele Belet, et aiiis 
baronibus et fidelibus domini régis, qui 
tune ibi présentes erant, in ter Robertuni 
abbatem Ramesieusem et ejusdem loci 
conventiim, et Gaufridum Pecché, de tota 
terra quam ipse Gaiifridus tenuit in villa 
de Oura de predicto abbate et conventu , et 
uude piacitum fuit inter eos in curia régis , 
scilicet quod predictus al)bas et couvent us 
concesserunt eidem Gaufrido totam terram 
illam de Oure, cum piscariis et aiiis perti- 
nentiis suis, tenendam de eo et de ejusdem 
conventu, tota vita sua, pro septem libris 
annuatim inde reddendis ad hos termines, 
ad Pascha septuaginta soiidis et ad festum 
sancti Michaelis septuaginta soiidis, ita 
quod, post mortem ipsius Gaufridi, redibit 
tota terra iila, cum piscariis et aiiis perti- 
nentiis suis, ad dominium ipsius abbatis 
Ramesiensis et ejusdem loci conventus, sine 
ullo retenemento et reclamatione heredum 
ipsius Gaufridi et heredum Hamonis Pec- 
ché. Juravit etiam idem Gaufridus quod 
imllum queret ingenium vei artem, unde 
predictus abbas et ejusdem loci conventus 
aliquid de predicta terra vel piscariis vcl 
aiiis pertinentiis suis amittant. 



men confirmasse conveniionem factam inter 
Robertum abbatem Ramesiensem et ejus- 
dem loci conventum, etGalfridum Pecché, 
de tota terra quam idem Galfridus tenuit 
in villa de Oure, de predicto abbate et con- 
ventu, unde piacitum fuit inter eos in 
curia mea, scilicet quod predictus abbas et 
conventus Ramesie concesserunt predicto 
Gaifrido predictam terram de Oure, cum 
piscariis et aiiis pertinentiis suis, tenendam 
de eis tota vita sua, pro septem libris an- 
nuatim inde eis reddendis, scilicet ad Pascha 
septuaginta soiidis , et ad festum sancti Mi- 
chaelis septuaginta soiidis, ita quod post 
mortem ipsius Gaufridi redibit predicta 
terra de Oure, cum omnibus pertinentiis 
suis, in dominium abbatis et conventus 
Ramesie, sine idio retenemento et reclama- 
tione heredum ipsius Galfridi et postero- 
rum Hamonis Pecché. Et ipse Galfridus 
juravit in curia mea apud Ciarendone quod 
non vastabit terrant illam, nec in virgiiltis 
nec in edificiis nec in aiiis pertinentiis suis, 
ea occasione quod terra illa redibit ad pre- 
fatum abbatem et conventum post mortem 
snam, et quod non queret artem nec inge- 
nium per quod abbas ille et conventus ali- 
cpiid de terra iiia vei de pertinentiis suis 
amittant, quia audivi coram me, per cartam 
reçjis Ileiirici, avi mei, quod exitus illius terre 
débet poni in operatione illius ecclesie Rame- 
seie, et in elemosinis ejusdem ecclesie. 

Quare volo et firmiter precipio quod hec 
conventio inter eos factafirma et stabilis per- 
maneat. 

Testibus : Johanne filio meo, Ranuifo 
de Gianviile, Huberto decano Eboracensi, 
Rogero Filio Reynfridi, Hugone deMorwic, 
Hugone Bardolfi, dapiferis. Apud Ciaren- 
done. 

On voit que le texte de la charte confirmative , sauf quelques lignes du 
commencement et de la fin , est identique au texte du procès-verbal. La seule 



12 I. BASE DE LA CHRONOLOGIE DES ACTES. 

différence, c'est que la date de i 187, consignée dans le procès-verbal, est lout 
à fait omise dans la charte d'homologation. Ainsi, le clerc qui a expédié cette 
charte avait sous les yeux le procès-verbal; il la transcrit mot pour mot, se 
bornant à mettre à la lin de la charte les noms des témoins qui étaient en tête 
du procès-verbal, et à supprimer la date Anno tricesimo terlio regni régis Hen- 
rici seciindi, par laquelle débute le procès-verbal. Le greffier de la cour avait 
bien eu soin de consigner la date sur le procès-verbal de la transaction, mais 
le notaire de la chancellerie se garda de reproduire celte date sur la charte exé- 
cutoire, qui devait être remise à la partie intéressée, en même temps que le 
procès-verbal. 

TU. Indice chronologique fourni par la formile de suscription. — Ainsi, 
les chartes de Henri II sont dépourvues de dates chronologiques; mais les 
noms des témoins, souvent nombreux, qui étaient à la cour près du roi quand 
Tordre était donné d'expédier les chartes, y sont soigneusement énumérés sui- 
vant un ordre hiérarchique, de sorte que ces noms peuvent servir et ont sou- 
vent servi à déterminer les limites de la période au cours de laquelle une 
charte a été dressée. J'aurai à revenir sur l'usage qui peut être fait de ces 
listes, concurremment avec les dates de lieu et plusieurs autres particularités, 
pour fixer l'époque à laquelle doit être rapportée l'expédition des chartes. 
Mais il faut commencer par présenter une observation qui s'applique à toutes 
les chartes de Henri II, et qui fournit un élément de classement chronolo- 
gique d'une rigueur absolue , dont on ne parait pas avoir jusqu'ici soupçonné 
la grande valeur. 

Personne ne peut avoir lu un certain nombre de chartes de Henri II sans 
avoir remarqué que dans les unes il s'appelle H. rex Anglorum (le plus sou- 
vent AngL), et dans les autres H. Dei gratia rex Angloram (le plus souvent 
Ang}.). 

J'ai toujours été étonné de voir ainsi désigner officiellement le même sou- 
verain de deux manières différentes. Pour une chancellerie aussi réguhère- 
ment organisée que celle de Henri II, une telle variété dans le titre donné au 
souverain, par les actes mêmes du souverain, me paraissait aussi étrange que 
si dans les actes di^essés au nom de Louis XIV, le roi avait été indifféremment 
désigné par les mots : Louis, par la grâce de Dieu roi de France, ou Louis roi 



LES FORMULES H. REX ET H. BEI G R ATI A REX. 



13 



des François. Mais c'est seulement dans ces derniers temps que j'ai été amené 
à rechercher la cause de cette singularité, persuadé qu'en pareille matière 
une telle fluctuation ne devait pas s'être produite accidentellement dans une 
chancellerie aussi bien administrée que celle de Henri II (i). J'ai assez vite re- 
connu que cette dualité dans la façon de qualifier l'auteur des chartes, quand 
elles émanent d'un souverain tel que Henri II, ne pouvait s'expliquer ni par 
l'emploi de formules spéciales dans le corps des chartes, ni par des différences 
dans la manière de sceller, ni par le rang des destinataires ou des bénéficiaires 
dans la hiérarchie ecclésiastique ou féodale, ni par la nature des sujets 
auxquels les documents se rapportent. Qu'il s'agisse de traités, de privilèges, 
de sauvegardes, de concessions perpétuelles ou viagères, de confirmations 
ou d'homologations, de décharges, de mandements ou brefs administratifs 
ou judiciaires, et même de lettres missives, nous voyons que, dans tous les 
documents pouvant être rattachés à chacune de ces nombreuses catégories, 
les clercs de la chancellerie font indifieremment parler H[enricus] rex Amjlo- 
rum, et H\enriciis\ Dei fjratia rex Anglorum. En veut-on un exemple? Voici 
deux lettres de sauvegarde accordées à la même abbaye ('^\ rédigées dans des 
termes à peu près identiques, et rpii sont écrites, l'une au nom de H[enricus] 
rex Amjloram , l'autre au nom de H[enriciis] Dei gratia rex Amjfonim : 



H., rex Angloiuiii et dux Normannoium 
et Aquitanorum et cornes Andegavoriim. 
justiciis et ministris suis Anglie et Nor- 
mannie, salutcm. Sciatis quod abbatia de 
Monte Burgi et omnes res ei pertinentes iii 
manu et protectione mea sunt. Et precipio 



H., Dei gratia rex Angloruni et dux Nor- 
mannorum et Af(uitanorum et cornes An- 
degavorum, Willelmo de Curceio et om- 
nibus baillivis suis Normannie, salutem. 
Sciatis (|uod al)l)atia de Monteborc et mo- 
nachi et omnes res et possessiones eorum 



<'^ Comme exemple de la minutie des règles 
observées dans les chancelleries du moyen 
âge bien organisées, je me permets du citer 
une assez curieuse particularité, bien qu'elle 
soit d'une époque postérieure au règne de 
Henri J-I. Je rempninte au protocole d'Odart 
Machesse, secrétaire du roi Charles VII en 
i446. Il s'exprime ainsi au sujet de la colla- 
tion des lettres royales : « Et doit prendre garde 
le notaire qui les signe qu'elles soient bien 
orthographiées, car souventes fois on les trouve 



mal escriples et mal pointées. Item nota que 
ce mot FAITES , quand il vient du verbe et 
qu'on en diroit en latin faciaiis , il doit estre 
escript sans c; mais, quand il vient du parti- 
cipe, et qu'on diroit comme telle chose est 
FAiCTE, on le doit écripre par c et t.» (Ms. 
français 5o24., fol. 53 v" et 9. Passage cité par 
M. Henry Débraie, dans une thèse soutenue 
à l'Ecole des chartes en 190/1.) 

'•*' Cartulaire de Montebourg, cliartes aS 
et rî5. 



14 1. BASE DE I.V CHRONOLOGIE DES VCTES. 

vobisquod laciatis ci hal)erejuste et plena- snni iii iiioa cnslodia et protectione. Ei 
rie et quiele et honorifice omnes liberlatcs idco volo et precipio quod predictam abba- 
rt consuotudines suas quas habuit tcmporo liam et inoiiachos et oiunes res ad ipsos 
régis Henrici, avi moi,. sicut carta ejusdem peilineiilos manu tencatis et protegatis, 
régis Heniici testatur. Teste Willelnio lilio ueque de aliquo tenemento quod tenuerint, 
Hamonis. Vpud Wiutoiiiani. quando ullimo transfretiivi, ponanlur in 

placitum quandiu ero in Anglia, nisi per 
preceptum meum. Et si quis eis forisfacere 
presumpserit, plenariam inde justiciam eis 
sine dilatione exhibeatis. Teste Alveredo de 
Sancto Martino. Apud Cesaris Burgum. 

Ce n'est donc ni la forme ni le sujet de la cliarte ([ui déterminait le choix 
de lune ou de l'autre des formules dont il s'agit, et l'état de la question, tel 
qu'on l'a envisagé jusqu'à présent, a été assez exactement défini par Giry, 
quand il a dit que le titre attribué à Henri II dans la suscription des chartes 
de ce prince était : Henricus rex AngL et dux Norm. et Aquit. et cornes Andecj., 
et cpie la formule Dei gratia s'y rencontrait « accidentellement (i) ». Pour être 
tout à fait dans le vrai, il aurait dû dire que la formule Dei gratia se rencontre 
dans la suscription, non pas accidentellement, mais fréquemment, puisque le 
nombre des chartes à la formule Henricus Dei gratia rex . . . doit être à peu 
près égal au nombre des chartes où elle fait défaut. Notre recueil contient en- 
viron 280 chartes qui contiennent la ïormiAe Henricus rex, et 260 la formule 
Henricus Dei gratia rex. 

Il faut donc renoncer à découvrir la cause de l'emploi de chacune des 
deux formules dans la forme ou le sujet des chartes. C'est d'un autre côté 
qu'il faut chercher la solution du problème. Thomas Duffus Hardy ne l'a-t-il 
pas fait entrevoir dans l'Introduction aux Rôles des chartes de Jean Sans- 
terre , publiée en 1 8 3 7 (^^ ? 

Après avoir dit que Henri II, dans la suscription de ses chartes, se quali- 
fiait Henricus rex AngL et dux Norm. et Aquit. et cornes Andeg., il prévient le 
lecteur que ce roi, sur la fin de son règne, ajoutait la formule Dei gratia, de 
manière à faire commencer la pièce par ces mots : Henricus Dei gratia rex 

«'' «La formule Dei </rrt<m se rencontre déjà, ^''Rotuli cliartarum in Tiirri Londineiisi 

mais accidentellement, sous Henri II et ses asservati, vol. I, pars J, ab anno 1199 ad an- 
prédécesseurs. » Manuel de diplomatique , p. 796. num 1216, p. xvi. 



LES FORMULES H. REX ET H. DEI GRATIA REX. 15 

Angl. et dux Norm. et Aquit. et cornes Andecj. Cette remarque a été répétée en 
1 838 par sir Harris Nicolas (^). 

La voie était ouverte : j'y suis entré, et je crois qu'elle m'a conduit à un 
résultat dont personne, je l'espère, ne pourra contester l'exactitude. On va 
voir comment j'ai été amené à poser cette double règle de critique : 

Les actes de Henri II qui commencent par les mots Henricus rex An- 
GLORUM appartiennent aux dix-huit premières années du règne de ce prince 
( 1 i55-i 1 72-3). 

Les actes dont les premiers mots sont Henricus Dei gratlv rex Anglorum ont 
été rédigés pendant les dix-sept dernières années du règne (i 172-3-1 189). 

Le changement de style s'est effectué après le mois de mai 1 172, et au 
plus tard vers le commencement de l'année 1173. 

Pour faire accepter ma proposition, je devrai entrer dans des détails dont 
la longueur sera justifiée par la nécessité d'établir sur une base inébranlable la 
chronologie des actes d'un règne qui intéresse également l'histoire de France 
et celle d'Angleterre. 

La valeur du nouveau critérium que je propose d'adopter pour aider au 
classement chronologique des actes de Henri n'a pas été reconnue par 
M. Round, qui m'a combattu dans un écrit intitulé : The Chronolocjy of 
Henry Il's chariers^^\ qui a paru au courant de l'été 1907, et auquel j'ai 
immédiatement répondu par une lettre adressée à M. Round, sous le titre 
de : Les formules rex Anglorum et Dei grvtia rex Anglorum ('). 

Gomme principe général, j'ai soutenu que, pour la diplomatique des chan- 
celleries du moyen âge, dont il subsiste un assez grand nombre de pièces 
originales, la critique doit s'établir exclusivement sur l'ensemble des pièces 
parvenues jusqu'à nous en exemplaires originaux. En ce qui touche la critique 
des actes de Henri II, je n'admets que de très rares exceptions à la règle géné- 
rale, et j'explique ces exceptions par des circonstances particulières dans 

'"' The Chronology of historj. p. 368. '^' Chantilly, août 1907. In-8°, i3 p. avec 

'*' Reprinled from The ARCHAEOLOGiCAr, le fac-similé d'une charte préparée en dehors 

JOURNAL, vol. LXIV, n" 2bà, p- 62-79. — ^^ ^^ ^^ chancellerie. — Ma brochure a été fidè- 

cours de son mémoire, M. Round a bien voulu lement analysée par M. Reginald L. Pool, 

me signaler quelques erreurs de détail. Je me dans The English historical Review , de janvier 

suis fait un devoir de le remercier et j'aurai igoS. Elle a été reproduite en 1907 dans la 

ici Toccasion de rectifier mes erreurs. Bibliolheciue de l'Ecole des chartes. 



16 I. inSK l)K L\ CIIUONOLOCIK DKS VCTES. 

l(\s(jii('lli's cerlainos cliarlcs oui rlé ré(lig(''cs ol écrites avant d'être livrées au 
iDiiclionnaire de la cliancellerie chargé d'y faire apposer le sceau royal. 

IV. Changement du protocole dk la chancellerie aiï milieu du règne. — 
On vient de voir que, suivant Thomas Duflus Hardy, la formule Henricus 
Dei ijratia rex se rencontre dans des actes de Henri II expédiés sur la fin du 
règne. Il faut vérifier jusqu'à (juel point l'assertion est juste, et rechercher 
à quel moment s'introduisit cette formule. Fut-elle employée concurremment 
avec l'autre formule Henricus rex, ou bien fut-elle, à une date déterminée, 
olliciellement et absolument substituée à la première.^ J'ai cru pouvoir ré- 
soudre le problème en mettant à part un certain nombre de pièces, à l'expé- 
dition desquelles ont pris part, comme témoins, des personnages dont les 
historiens, d'accord en cela avec des documents diplomatiques, nous ont 
annoncé la date de la mort ou de la retraite, ou bien celle de l'appel à une 
fonction, ou de la promotion à une dignité. Nous devons apprendre ainsi 
quel était le protocole suivi à une époque nettement déterminée. 

J'ai formé un premier groupe de chartes dans lesquelles figurent, presque 
toujours à titre de témoins ou de destinataires, quatre personnages qui ont 
brillé aux premiers rangs de la cour de Henri II uniquement pendant les huit 
premières années du règne : Robert du Neubourg, sénéchal de Normandie, 
Thibaud, archevêque de Cantorbéry, Thomas Becket, chancelier du roi, suc- 
cesseur de Thibaud sur le siège de Cantorbéry, et Philippe d'Harcourt, évêque 
de Bayeux. 

1** Robert du Neubourg, sénéchal de Normandie, mourut le 3o août i i 69 
dans l'abbaye du Bec, on il s'était retiré un mois avant sa mort. Les chartes 
dans lesquelles il intervient sont au nombre de trente-huit. 

a** Le nom de Thibaud, archevêque de Cantorbéry, mort en avril 1161, 
se trouve dans huit chartes. 

3** Celui du chancelier Thomas revient dans soixante -dix -sept; toutes 
sont antérieures à la fin de l'année 1 161 ou au commencement de 1 162, 
date à laquelle il passa en Angleterre, et resta éloigné de la cour du roi, 
cpii ne quitta la France qu'au mois de janvier 1 163. 

ll° Quant à Philippe d'Harcourt, évêque de Bayeux, mort en 1 i63, j'ai 
relevé son nom dans trente-cinq chartes. 



CHANGEMENT DE FORMULE AU MILIEU DU RÈGNE. 17 

Voilà, défalcation faite des doubles emplois, cent onze chartes de Henri II 
qui sont incontestablement des huit premières années du règne. Ce total de 
cent onze articles fournit quatre-vingt-dix-huit exemples de la formule H, re\ 
Angl., et treize de la formule H. Dei gratia rex Angl. D'où il faut conclure 
que la formule officielle et protocolaire employée à la chancellerie royale au 
commencement du règne était Henricus rex. 

Je dois expliquer pourquoi je n'ai pas cru devoir tenir compte ici des treize 
chairtes contenant la formule H. Dei gratia rex Angl. Ces treize pièces 
appartiennent au groupe des chaînes qui mentionnent le cliancelier Thomas; 
huit(') ne sont connues que par des exemplaires de seconde main (copies 
ou éditions modernes), dans lesquels les mots Dei gralia ont bien pu s'inter- 
caler indûment sous la plume de scribes entraînés par l'habitude de les faire 
toujours précéder le mot rex. 

Je ne conteste pas l'authenticité ni même l'intégrité des autres cinq chartes 
qui portent dans notre Recueil les n°^ 6, 7, 3o, 7 4 et 58. 

Je n'ai pu voir ni l'original ni une copie photographique du n" 58, charte 
(lu prieuré du Plessis Grimoult, qui fait partie des collections de Stapleton au 
château de Carlton. Elle est comprise dans un recueil de pièces que l'abbé de 



<'^ En voici la liste , avec les n"' que les 
pièces portent dans notre Uecueil : 

24. (Charte pour les abbayes de Sablonceau\ 
et de Fontaine-le-Comte. — Vidimus de i320. 
C'est, d'ailleurs, probablement le texte pri- 
mitif qui, rédigé à Bordeaux, s'éloigne en 
plusieurs endroits des habitudes suivies à la 
chancellerie royale. 

44. Charte pour l'établissement, dans l'ile 
d'Erm, de chanoines appartenant à l'ab- 
baye du Vœu à Cherbourg. — Acte inséré 
dans le procès-verbal d'une enquête faite en 
iSog. 

60. Charte pour l'abbaye de Saint-Evroul. 

— Texte abrégé dans les Carlœ anhquœ du 
Record Office. 

68. Charte pour l'abbaye de La Chaise-Dieu. 

— Copie moderne, d'après un vidinuis de 
1279- 

CHARTES ET DIPLOMES. IV. 



97. Charte pour l'abbaye du Vœu. — Vi- 
dimus de i3g6. 

98. Charte pour l'abbaye de Montierneul". 

— Vidimus de i3o5. La rédaction est tout à 
fait étrangère aux liabitudes de la chancellerie 
royale. 

99. Charte pour l'abbaye de Saint-Julien 
de Tours. — Vidinuis de l'année 1296 et 
confirmation du roi Philippe de Valois en 
i33o. Texte tout à fait en dehors des règles 
de la chancellerie. 

123. Charte pour l'abbaye de Foucarmont. 

— Cartulaire de Foucarmont, fol. 35 v°. (]e 
Cartulaire, d'une exécution matérielle très 
soignée, n'est pas toujours correct. La copie 
de la charte, qui porte indûment la formule 
Henricus Dei gratia rex, contient une autre 
faute : T. canonico au lieu de T. cancellario; il 
y avait sur la pièce originale T. cane. 

3 



18 I. BASK DK L\ CIIUONOI.OCJIE DKS VCTKS. 

La lUie iiMiil, |)araîl-iL rir aulorisp par le profcl (lallaiclll à faire sortir dos 
archives du Calvados. 

Les n"" 3o et y/j, le premier inséré dans le cartulaire de Savigni (n" 568), 
le second en original aux Archives nationales (K24^"'), appartiennent à une 
catégorie de chartes préparées en deliors de la chancellerie royale dont je 
m'occuperai dans le chapitre VIIL 

Quant aux n*** 6 et 7, insignes privilèges, datés de Westminster, accordés 
par le roi, tout au commencement du règne, à Tabbaye de Fécamp, et dont 
l'ensemble de la rédaction est conforme aux habitudes de la chancellerie, 
il convient d'y signaler l'élégance de la calligraphie et surtout le soin qu'on a 
pris d'v rappeler la parenté de l'abbé avec le roi : ego rex Henricas concéda 
Henrico, abbali Fiscannensi, cognato meo . . . Il y a là une anomalie que je ne 
me charge pas d'expli((uer, mais qui ne nî'empèche pas de prétendre que 
les quatre-vingt-dix-huit exemples relevés dans notre Recueil sont ample- 
ment suffisants pour montrer que, pendant la première période du règne 
(1 i5^i-i 16?.}, la suscription protocolaire était H. rex Anglorum. 

Afin de contrôler les résultats obtenus sur les chartes normandes, j'ai exa- 
miné les chartes de Henri II expédiées du temps du chancelier Thomas 
Becket, qui sont disséminées dans les huit volumes in-folio du Monasticon 
aïKjlicomini^^h II n'y en a pas moins de trente-sept. Trois seulement sont ré- 
digées au nom de Henricus Dei gratia rex Anglorum. Toutes les autres sont au 
nom de Henricus rex Anglorum. On peut ne pas faire entrer en ligne de 
compte les trois actes qui commencent par la formule Dei gratia rex, car ils 
sont fournis par des copies relativement modernes. 

Tenons donc pour établi qu'au commencement du règne de Henri II la 
formule initiale des actes royaux était Henricus rex Anglorum. 

Voyons maintenant quel était l'usage suivi à la fin du règne , et examinons 

''' L'Insuffisance de la table du Monasticon T. I\ , p. 17, 538, GaS. 

anglicanuni me détermine à indiquer ici la ï. ^ , p. 101 , i5o , 179 , 385, àà'J, 479, 

place occupée dans l'ouvrage anglais par les 535. 

chartes de Henri II que Thomas Becket a sou- T. VI, part i, p. 93, 116, 157, 166, 189, 

scrites : 286, M6, ^67, A']0. 

T. I, p. 391, 435. T. M, part II, p. 639, 938, 100/1. 

T. III, p. 20 (n" xwviii et XI,), /u, 88, T. VI, part m, p. 1276 (n"' liv, lv, lvi, 

àô^, 548. lAii, i.x, i.xiii), 1296. 



CHANCEMENT DE FORMULE AU MILIEU DU RÈGNE. 19 

les chaînes au bas desquelles ont été inscrits les noms de fonctionnaires dont 
l'entrée en exercice est postérieure à 1177. J'en ai choisi quatre, dont la no- 
toriété ne laisse rien à désirer, et je n'ai pris que des textes où le nom est 
suivi de la désignation de la l'onction. Ce sont : 

Guillaume Fils de Raoul , sénéchal de Normandie à partir de 1177. 

Guillaume du Hommet, connétable de Normandie à partir de 1179. 

Jean Fils de Luc , évéque d'Evreux à partir de 1181. 

Gautier de Coutances, évéque de Lincoln en 1 i83, et depuis 1 i85 arche- 
vêque de Rouen. 

Le premier de ces personnages m'a fourni 2 6 exemples , le deuxième 3 2 , 
le troisième 1 2 , et le dernier également 12, soit un total de 92, que, par 
suite de doubles emplois, il faut ramener à 68. 

Toutes les cliartes de ce groupe, qui appartiennent aux douze dernières 
années du règne (1 178-1 189), nous otfrent sans exception la formule Dei 
(jratia rex. Il est donc certain qu'à la fin du règne la formule protocolaire était 
Henncus Dei (jratia rex, tandis cju'au commencement (1 i5/t-i 162) elle avait 
été Hcnricu.s rex. 

Les observations que j'ai faites sur la période intermédiaire (1 i63-i 178) 
m'ont amené à couper cette période en deux sections à peu près égales. 

A la première section, j'ai rattaché une trentaine de cliartes portant le 
nom de Geoflroi Ridel, qualifié tantôt de chancelier, tantôt d'archidiacre de 
Cantorbéry; il avait succédé en 1162 comme chancelier à Thomas Becket, et 
il fut promu à la dignité d'évécjue d'Ely en 1173. J'y ai joint les chartes dans 
lesquelles Rotrou de Warwick intervient avec le titre d'évêque d'Evreux, 
titre qu'il échangea en 1 i65 contre celui d'archevêque de Rouen. Toutes ces 
chartes (') contiennent, comme celles de la première période, la formule 
Henricus rex Ancjlorum. Il serait donc inutile d'objecter rpie plusieurs sont 
peut-être antérieures à 1 1 6 2 ; ce qui est certain , c'est qu'aucune n'est posté- 
rieure à 1 173, de sorte qu'ellesforment avec les quatre-vingt-quatorze chartes 
ci-dessus énuinérées un bloc homogène attestant que la formule Henricus 
RFA Anglorum a été en usage depuis l'avènement de Henri II jusqu'en 1 173. 

Il ne reste plus en souffrance qu'une assez courte période, commençant en 

■'' La charte n" 297 v fait seule evception; apparente confirme Ja règle que j ai ciii pou- 
on veria un peu plus loin que cette anomalie voir poser. 

3. 



20 I. liVSK l)K LV CIlKONOLOdlK DES VCTES. 

1173 (peut-être aii\ derniers mois de 1172) et se prolongeant jusqu'en 
1 178. Le point initial doit être la date de la nomination du chancelier Raoul 
de Wanneville, qui précéda ou suivit de très près l'élection de GeofTroi Ridel 
à la dignité d'évèque d'Elv, au mois de mai 1 173. Raoul de Wanneville con- 
serva les fonctions de chancelier jusfpi'en 1 182 , date de sa nomination aux. 
fonctions d'évèque de Lisieux^'^. Les six chartes qui le mentionnent sans lui 
donner le titre d'évèque contiennent toutes, à l'exception d'une seule (^), la 
formule Henricis Dei grvtia ri:\. Elles s'ajoutent donc aux cpiatre-vingl-douze 
chartes indiquées un peu plus haut comme appartenant aux douze dernières 
années du règne. 

Si on trouvait que le nombre de six est insuffisant pour apprécier l'usage 
suivi à la chancellerie depuis 1 173 jusqu'en 1 178, je ferais observer qu'il 
faut le grossir d'une vingtaine d'unités (^^ parce que, en bonne justice, il faut 
Faire entrer en ligne de compte une trentaine de chartes qui débutent par les 
mots Henricus Dei gratiârex et dont la plupart, sinon toutes, appartiennent 
aux dernières années de la vie de Richard du Hommet, connétable de Nor- 
mandie, mort en 1 178. 

Je considère donc comme mathématiquement démontré qu'à la chan- 
cellerie de Henri 11 les chartes royales ont été expédiées : de 1 1 54 à 1 1 73, au 
nom de Henricus rex Anglorum, et depuis 1 173, au nom de Henricus Dei 

GRATIA REX AnGLORUM. 

V, La date du changement du protocole fixée entre mai 1172 et MAI 

1173. — Le changement du titre officiel d'un des plus puissants souverains 
de l'Europe au xii*^ siècle est à coup sûr un événement mémorable , et nous 
sommes en droit de nous étonner qu'aucun historien du temps, ni aucun 
historien moderne, n'ait cru devoir le signaler. Mais ce qui est le plus éton- 
nant , c'est que la formule Henricus Dei gratia rex n'ait pas été employée dans 

>'' I-ie temps que dura l'exercice des chan- Georges, au fol. 62 >". L'omission des mots Dei 

celiers GeolTroi Ridel et Raoul de W anneville gratia n'est pas la seule faute que le copiste ait 

sera fixé dans le chapitre relatif à l'histoire commise : il a appelé le chancelier Robertus de 

des chanceliers, p. 92 et s. Warnevilla au lieu de Radulfus de Warnevilla. 

f-> Cette charte (n° iiy), datée de Lille- <■''> N"' 807, 3o8, 3i3, 817, 325, 827, SsS, 

bonne et relative à une exemption de droits de 335, 337, ^38, 3/17, 348, 35o, 35/i , 358, 

péage, est insérée dans le Cartulaire de Saint- 359, '^60, 36i, 365, 366. 



CHANGEMENT DE FORMULE EN 1172 Oli 1173. 21 

les suscriptions des actes de Henri II dès le commencement du règne. Cette 
formule est, en effet, celle qui a été gravée sur tous les sceaux dont Henri II 
s'est servi depuis son avènement au trône jusqu'à sa mort(^). 

Plus une telle particularité est extraordinaire, plus il importe de fixer aussi 
rigoiu'eusement que possible à quelle date le changement de protocole s'est 
opéré, et c'est afin d'y parvenir que j'ai cru devoir soumettre à un examen 
tout spécial une charte de Richard de Bohon, évêque de Coutances, pour le 
prieuré de Bohon, et six chartes de Henri II dans lesquelles interviennent 
Raimond, comte de Toidouse, et deux des principaux ministres du roi, Ri- 
chard d'Ilchester et Geoffroi Ridel, personnages dont la carrière fut aussi 
brillante à la Cour que dans l'Église , comme l'a très heureusement dit un 
contemporain , Raoul de Dicet (-) ; « Sicut in palatio régis fuere primi , pre- 
cellentes, precipui, sic in Ecclesia levitici ordinis sorte pariter insigniti. » 

Prenons ces sept chartes en suivant l'ordre chronologique : 

I . Charte de Richard de Bohon , cvêqae de Coutances , pour le prieuré de Bohon. 
— On verra à la page 2 3 que l'authenticité de cette charte est incontestable. 

Dilectis in Christo saiictc inatris Ecclesie fidelibus iiniversis ad quos présentes littere 
pervenerint, Ricardus, Dci gratia Constanticnsis episcopus, in Domino saluteni. Notum 
vobis facimus cpiod Engeri'anins do Campo Rotnndo contendohat adversus dominiun suum 
Engelgerum de Bohun et calnmpniabatur pro ecclesia de Capella, quam idem Engelgerus 
prioratui suc monacornm de Bohun dederat, et Engerramus dicebat suam esse et de pre- 
sentatione sua et de feudo suo quod Icnebat de eo in (îapeHa. Tandem, per ajnicos et 
prolocutores, coram nol)is composiUim est amicaliiliter inler eos in hune moduni. Enger- 
ramus donationem hanc concessit, ipse et uxor sua, cum qua feudum ilhid acceperat, et 
fdii eorum, Willelnuis primogenitus et Gaufridus clericus, et super sanclum evangeiium 
unusquisque eorum con[inna\it in perpetuum, et calumpniam omncni inde propositam 
abjuravit, nulla re alia sibi aut posteris suis inde retempta, nisi quod, ex prescntationo 
venerabilis filii nostri Roberti, tune prions monacorum de Bohun, et assensu sui capi- 
tuli, donavimus prescriptam ecclesiam cum pertinentiis suis omnil)us in perpetuam ele- 
mosinam predicto clerico nostro Gaufrido Fiiio Engerrami, tenendam de iilo priore et 
successoribus ejus, integralitev Hberam et quietam , pro xv quarteriis frumenti ad mcnsuram 
ville de Capella, annuatim reddendis in festo sancti Michaelis, et coram nobis juravit ei 

^'^ La question des sceaux de Henii II sera examinée plus loin dans le chapitre VI. — '^' T. I, 
p. 395. 



2-2 I. IVVSK DE \A (:ilJU)N()I.O(.l K DES \CTES. 

lidclitalcm el aiuuiain istam j)ensioiiein, cl post cloc«\s.siiin cjusdom GanIVidi, {|uocun([!ic 
dccessei'it a seculo, sive morte vol mulalione hahiliis in reli^noiicm, \r\ si l'iKMit conviclns 
aut confossus aliciijiis criminis (qiiod absit), tota occlesia ista irdcal iii propiielalein mo- 
iiacoruin de Boluin, salvo jure Constantieiisis ecclesie, et consuetudiiubus episcopalihus. 
Ipse etiaiii Engelj;eriis sopcdictam ecclesiani (luietavit et liberaiu reddidil, in presenlia 
nostra, de auxilio régis et sno, in qnibus C()mpiital)atnr pro xwacris terre. Teslibus : Petro 
abbate Exacpiii, Willebno abbate Sancti Laudi, Alveredo canlore, Savario, Willelmo, 
Ricardo, Rolierlo, archidiaconis, Willelmo arclud[iaconi] fdio, Uoborto de Sanclo Laiido, 
Fetro, llanullo, Roberlo de Piro, (iilleberto et Willelmo IValribius, magistro Thoma, 
Willelmo filio decani, Kogero, canonicis nostris, cum priore Walkeliiio [et] Thoma, mo- 
iiachis suis, Alano clerico de MagneviHa, Willelmo de Port capellano monachorum, 
Willelmo Geron, Roberto Salsart, Ricardo Ferrant, Willelmo Piscc; de laicis : Ingelgero, 
Thoma cl Ricardo de Groccio, Iratribus, Radulfo de Bohun, Jordano de Maisnillo Am[ato], 
Hugone de Burgo, Pagano cl Hngonc Carboneliis, Radulfo de Sancta Maria, Gaufrido de 
SanctoGeorgio, Hugone Maie Herbe, cum Engerramo de Gampo Rotundo [et] fratribus suis 
Hcnrico, Willelmo; Ricardo cl Willelmo de Mosleros, Rogero de Monasteriis , Roberto de 
Cignc, Thoma de Bricavilla. Ricardo de Maisnildo et aliis mullis. 

Actum est hoc anno ab iucarnatione Domini M. C. LXXII, vi idus martii, Gonstanciis, 
in capitulo, sub regibus nobilissimis nostris paire el filio Henrico ulroqne, paire pacifi- 
canle Yberniam, fdio existente in Normannia, nostroque cl capituli nostri sigillo confir- 
malum. 

L'acte a été passé, dans le chapitre de Coutances, « Tan de l'incarna tion 
1 1 72 , le 6 des ides de mars, sous le règne des deux très illustres rois Henri, 
le père et le lils, alors que le père pacifiait l'Irlande et que le second résidait 
en Normandie ». Ainsi s'exprime le rédacteur de l'acte. La charte est donc du 
1 G mars 1172, et je puis ajouter que c'est hien le 1 o mars de l'année 1172, 
suivant notre manière de compter; les Anglo-Normands faisaient alors géné- 
ralement commencer l'année à la fête de Noël. 

Qu'il s'agisse bien ici de l'année que nous comptons 1172, c'est ce qui 
est surabondamment établi par le synchronisme que le rédacteur du do- 
cument a pris soin de noter. Au mois de mars de l'année 1172, le roi 
Henri II était bien occupé à pacifier l'Irlande, suivant l'expression de l'auteur 
de la charte. Nous savons (^) que le 1 7 avril 1172 il quitta cette île, où il était 
arrivé six mois auparavant, et qu'il débarqua le même jour à Portfmnan en 
Angleterre. Nous savons aussi que, comme findique la charte, le jeune roi 

■'' Eyton, p. i63 et 166. 



CHANGEMENT DE FORMULE EN 1172 OU J173. 23 

Henri élail alors en Normandie, d'où il partit en août 1172, pour aller, avec 
sa femme Marguerite, faire renouveler à Winchester, le 27 de ce mois, la 
cérémonie de son couronnement (^). 

La charte de Richard , évéque de Coutances , que nous allons voir expressé- 
ment visée dans la confirmation du roi [siciit caria Ricardi, Constantiensis 
episcopi, cum sicjillis predictis, testatur), est donc incontestablement du 
1 G mars 1172. 

Elle constate de quelle façon se termina un litige portant sur l'église de 
La GhapeHe-[Enjuger] et détermine les droits respectifs qu'avaient sur cette 
église Enguerran de Camprond, Enjuger de Bohon, seigneur de La Chapelle, 
et le prieur de Bohon, représentant l'abbé de Marmoutier. 

Les destinées de cette charte , qui tiendra désormais une place importante 
dans les études de diplomatique anglo-normande, sont assez curieuses pour 
être ici racontées. L'original en fut soigneusement conservé pendant six siècles 
et demi dans les archives de l'abbaye de Marmoutier, Après la suppression du 
monastère, le feudiste chargé d'organiser les archives du département d'hidre- 
et-Loire, conformément à un principe suivi dans quelques départements, 
mit à part les dossiers concernant les prieurés (|ue l'abbaye de Marmoutier 
avait possédés dans un grand nombre de diocèses du nord et de l'ouest de la 
France. Il estimait que la place de ces dossiers était marquée dans les archives 
des départements où s'était trouvé le siège des ci-devant prieurés. En consé- 
cjuence, il envoya le dossier du prieuré de Bohon à l'administration du dépar- 
tement de la Manche, laquelle refusa d'acquitter le prix du port, de sorte 
cpie les précieux parchemins dont il se composait, mis au rebut, ont disparu. 
L'archiviste d'Indre-et-Loire a consigné le fait sur son registre, pour ne pas 
encourir la responsabilité de la perte des chartes des prieurés de Bohon, de 
Héauville, de Sacey et de Mortain. 

Heureusement, la charte de l'évêque Richard relative au prieuré de Bohon 
avait attiré , au xvii*" siècle , l'attention de l'incomparable Gaignières , qui avait 
jugé utile d'en faire entrer dans ses collections une bonne copie, avec le dessin 
des sceaux qui en garantissaient l'authenticité (■^). C'est ainsi que, grâce à Gai- 

^^'' Eyton, p. 168. dictin de Marmoutier, dom Eyme, au Cabinet 

'^^ Ms. latin 544i, t. Il, p. 3i. — Une copie des chartes, Collection Moreau, vol. 78, 
de la charte a été aussi envoyée par un héné- fol. 76. 



2^1 I. B\SK l)K l.\ ClIUONOl.OCIK DKS VCTIvS. 

gnu-res, nous possédons une lopie Irrs lldèlc do Ja pièce (|ui nous sert aujour- 
d'hui à résoudre un intéressant problème de clironologie. 

2. Homolo(jatwn par Henri II de la cliarle précédente. — l^e roi avait été 
saisi de la charte de l'évèque de Coutances aussitôt après son retour en Nor- 
mandie, où il était débarqué à Barlleur tout au commencemenL du mois de 
mai. Quelques jours après son débarquement, il se rendit à Caen, où il eut 
une conférence avec les légats du papeC', et ce fut pendant son séjour à Caen 
qu'il vit ou fit voir aux clercs de la chancellerie la cliarte de Marmoutier et 
qu'il ordonna de l'homologuer. La charte d'homologation, qui reproduit tex- 
tuellement les termes de l'accord, nous est parvenue dans les mêmes con- 
ditions (-) que la charte de l'évèque de Coutances ; 

11., rex Anglorum et dux .Normannorum et Aquilanorum el cornes Andegavorum, 
archiepiscopis, episcopis, comitibus, baronibus, justiciis, vicecomitibus, ministris et om- 
nibus fidelibus suis, francis et anglis, salutem. Sciatis me concessisse et hac presenti carta 
mea confirmasse concordiam que rationahiliter facta fuit inter Ingelgerum de Bohun et 
Engelrannum de Campo Rotundo et monachos Majoris Monasterii de Bohun, de ecclesia 
Sancti Pétri de Capella, sicut carta Ricardi Constancicnsis episcopi, cum sigillo Ro- 
trodi Rotoraagensis archiepiscopi , et sigillo capituli Sancte Marie de Constanciis, testatur. 
Quare volo et firmiter precipio quod concordia illa firmiter et stabiliter teneatur, sicut 
carta Ricardi Constancicnsis episcopi, cum sigillis predictis, testatur, et sicut concessi et 
hac carta mea confirmavi. Testibus : Jocelino episcopo Saresberiensi , et Ricardo arclii- 
diacono Pictavensi, et Reginaldo archidiacono Saresberiensi, comité Willelmo de Mande- 
villa, Willelnio de Sancto Johanne, Willelmo de Curci dapif'ero, Hugone de Croissi. 
Apud Cadomum. 

Que l'homologation soit à peu près de la même date que l'accord du 

I o mars 1172, c'est ce qui résulte de la mention d'un des témoins qui assis- 
tèrent à l'expédition de la charte royale : Ricardns arcliidiaconus Piclavensis. 

II s'agit là de Richard d'ilchester, qui cessa d'être archidiacre de Poitiers 

C' L'auteur des Gesta lien. H (t. I, p. /îi) '^^ Nous en avons deux copies, venues, l'une 

mentionne l'entrevue de Caen aussitôt après le de Gaignières (ms. latin 54/u, t. II, p. 29), 

débarquement du roi : « Applicuit in Norman- et l'autre du bénédictin qui travaillait pour 

niam apud Barbefluctum, et invenit apud Ca- le Cabinet des chartes (Collection Moreau, 

domum predictos cardinales. .. » vol. 78, fol. 68). 



CHA>JGEMENT DE FORMULE EN 1172 OU 1173. 



25 



quand il fut intronisé sur le siège épiscopal de Winchester, au mois de mai 
in 3. Il est donc certain que la formule Henricus rex Angloram était encore 
en usage à une date comprise entre le i o mars 1172 et le mois de mai 1 1 7.3. 
Je considère donc comme superflu de démontrer que cette formule a été 
employée par la chancellerie de Henri II au cours des années 1 1 70 et 1 1 7 1 , 
ce qui pourrait être établi à l'aide de chartes expédiées en faveur des abbayes 
de Bauoerais('), de Lonlai^-^ de Savisrni (^) et de Montebours: (^''. 

3. Charte de Henri II pour une cousine de Geojjfroi Ridel. — Richard d'Il- 
chester, dont il vient d'être question à propos de la charte du prieuré de 
Bohon, et son ami GeofProi Ridel, furent, comme je l'ai déjà dit, deux des 
plus influents ministres de Henri IL Richard d'Ilchester, archidiacre de Poi- 
tiers, s'est signalé par son hostilité contre l'archevêque de Cantorbéry, et 
GeolFroi Ridel, archidiacre de Cantorbérv, avait succédé à Thomas Becket 
dans les fonctions de chancelier. Tous deux, le 1 7 mai 1178, échangèrent leur 
titre d'archidiacre contre celui d'évêque. Richard fut appelé à gouverner le 
diocèse de Winchester, et Geoffroi celui d'Ely(^). Ils portèrent le titre d'élus 
de Winchester et d'Ely depuis le jour de leur élection (mai i 173) jusqu'au 
jour de leur installation (i3 octobre 1 174) ^''^. C'est antérieurement à cette 
période, c'est-à-dire antérieurement au mois de mai 1 178, que doit être 



'•' Charte datée de Châtillon en Béni, dont 
l'original a figuré dans une vente faite à Paris 
en i8g4. 

(^' Charte datée de Ger. Ms. latin 10071, 
fol. 193. 

■'' Charte datée du même lieu. Cartul. de 
Savigni, charte 566. 

'*^ Charte datée de Cherbourg. Cartul. de 
Montebourg, charte 673. 

'*' « Wintoniensis , Helvensis , electi sexto de- 
cinio kalendas junii, die sciilcet Ascensionis. . . » 
R. de Diceto, t. T, p. 368. — A la veille de 
l'élection , les deux archidiacres , par ordre du 
roi, passèrent d'Angleterre en Normandie, 
comme on le voit dans le Pipe Roll de 
l'an 1172-1173 (p. ilx de l'édition), où sont 

CHARTES ET DIPLOMES. IV. 



inscrites les sommes payées par le fermier de 
Southampton pour l'affrètement des bâtiments 
qui firent passer en Normandie les gens du 
roi : « In liberatione ix navium que debuerunt 
transfretare cum Uicaido de Luci, et Ricardo 
Pictavensi archidiacono , et Gaufrido Cantua- 
riensi archidiacono , et aliis baronibus , précepte 
régis, i3 1. i5 s. , per brève Ricardi de Luci. 
— In liberatione esnacce quando transfretavif 
cum thesauro ad Ascenslonem, quem Baldui- 
nus clericus duxit ,71. 10s., per brève régis. « 
^''' « Wintoniensis , Helyensis , episcopi , . . . si- 
cut una hora comiiuiniter consecrati, sic in 
uno eodemque die suis sollempniter sunt in 
sedibus constituti, m" idus octobris. » R. de 
Diceto, t. I, p. 395. 



26 I. BASK DK L\ CIIRONOLOGI K. DES ACTES. 

rapportée une diarte par laf[uclle le roi Hoiiri II avait confirmé l'assignation 
de dot que Galf ridas Hidelliis, Canluariensis archidiaconiis, avait faite à sa 
cousine Gallienne La Blonde, (|uand elle épousa Kobert de L'Ile. 

II., Dei gratia rex Angloruni... 

Sciatis me dédisse et presentl carta confirmasse donationem quam Galfridus Ridellus, 
(^.antuariensis archidiaconus, fecit Roberto de Insula et Galliene, cognatc sue, fille Wil- 
lelmi Bluiidi..., ad se maritandum prenominato Roberto... 

Testibus : Rogero archiepiscopo Eboracensi, Arnulfo episcopo Lexoviensi, Willeimo 
de Curci dapifero, Willeimo Filio Hamonis, Willeimo de Cainet. 

Apud Ai^entomumC. 

Voilà un exemple de la formule Henricus Dei gratia rex Anglorum antérieur 
au mois de mai 1173 et postérieur à celui du mois de mai 1172, qui vient 
de nous être fourni par la charte du prieuré de Bohon. 

^1. Charte de Henri II pour l'abbaye de Fontevraalt. — Ce n'est pas sans 
hésitation que j'ai cité la charte relative au mariage de la cousine de Geoffroi 
Ridel , comme exemple de femploi de la formule Dei gratia rex avant le mois 
de mai 1178. Cette charte, en effet, n'est point arrivée jusqu'à nous en ori- 
ginal; nous ne la connaissons que par une copie conservée au Piecord office 
dans la série des Cartœ antiqiiœ. Mais, heureusement, elle n'est pas seule à mon- 
trer que la formule Dei gratia rex a été en usage à la chancellerie de Henri II 
au commencement de l'année 1173. Comme preuve de cette assertion, je 
puis citer une autre charte de la même date , dans laquelle Henri II est 
appelé H. Dei gratia rex Anglorum. C'est une charte relative au minage de 
Saumur, que Gaignières (^) a copiée d'après foriginal, et dont je reproduis les 
passages qui viennent à l'appui de ma thèse : 

H., Dei giatia rex Anglorum et dux Normannorum et Aquitanorum et comes 
Andegavorum, archiepiscopis , episcopis, abbatibus, comitibus, baronibus, justiciis, vice- 
comitibus, seneschallis , prepositis et omnibus ministris et fidelibus suis, salutem. 

Sciatis me concessisse et presenti carta mea confirmasse Deo et Sancte Marie et ecclesie 
Fontis Ebraudi et sanctiraonialibus ibidem Deo servientibus omnia subscripta que, in 

C' Rymer, dernière édition, t. I, part 1, Record Office; ie Rév. R. W. Eyton (p. m) 
p. ^2. Cette charte, datée d'Argentan, fait l'a indûment classée à l'année 1167. 
partie de la collection des Cartœ antiquœ du '*^ Ms. latin 548o, t. I, p. 75. 



LA NOUVELLE FORMULE EMPLOYEE EN 1173. 27 

presentia mea, in liberam et perpetuam elemosinani fuerunt eis data et concessa. Ex 
dono Pagani de Mange et Dionisie, uxoris sue, concedentibus fiiiis suis Willelmo et Phi- 
lippe, terciam partem omnium reddituum ipsorum in minagio Salmuri... 

Testibus : R. comité Sancti Egidii, et Hamelino comité Warenne, et vicecomite de 
Toreunia, Stephano de Turonis seneschallo Andegavensi, Hugone de Creissi, Willelmo 
Filio Radulfi, Hugone Galler., Johanne Rainardi. 

Apud FoDtem Ebraudi. 

Le premier des témoins de cette charte est Haimond V, comte de Toulouse , 
qui , au commencement de l'année i 178, vint à Limoges , à la cour de 
Henri II, et qui rendit son hommage au roi le dimanche 26 février 1 1 78 : 
" dominica qua cantatur Invocavit me, factum est hominium istud v kalendas 
martii. » Ainsi s'exprime Geoffroi de Vigeois(^), et c'est en 1173 que le 
dimanche où se chante Invocavit me, c'est-à-dire le premier dimanche de 
carême, tomba le 5 des calendes de mars. Il faut donc placer aux environs 
de la fin de février la date de la charte du minage de Saumur, dans laquelle 
Raimond V intervient comme témoin et dans laquelle nous voyons la suscrip- 
tion H. Dei graiia rex. 

5. Charte de Henri II pour maître Gautier de Coutances. — J'ajouterai en- 
core trois chartes portant la formule Henricus Dei (jratia rex et qui appar- 
tiennent à la période comprise entre le mois de mai 1173 et le mois de 
novembre 1 174, puisque Richard d'Ilchester et Geoffroi Ridel y figurent en 
qualité d'évéques élus de Winchester et d'Ely. 

La première , concernant la concession de la chapellenie de Blythe à maître 
Gautier de Coutances, a été expédiée de Stokes-Bay, petite localité du Hamp- 
shire, où le roi n'avait guère l'occasion de s'arrêter, sinon quand il devait 
s'embarquer ou qu'il venait de débarquer à Portsmouth. Aussi l'Itinéraire 
dressé par le Rév. Eyton ^^^ la mentionne-t-il seulement une fois à l'occasion du 
passage de Henri II en Normandie dans l'été de 1 1 7 7 . La charte accordée à 
Gautier de Coutances prouve que le roi s'y arrêta aussi pendant un des deux 
séjours qu'il fit en Angleterre, au cours des années 1173 et 117/1. 

''^ Recueil des historiens, t. XII, p. /143 a. leçon viii kalendas^ c'est-à-dire le 22 février. 
C'est à tort que les éditeurs ont proposé la '^^ P. 216. 

4. 



28 



r. BASK l)K LA ClIUONOLOGiE DES ACTES. 



Le voyaj,'e de 1173 esl alLeslé par le Pipe Koll de la 1 9*= année du 
règne : on y voit mentionnées, au compte du fermier de Soutliampton, la 
traversée du bâtiment qui alla en Normandie à la rencontre du roi, et la dé- 
pense de la maison royale pendant quatre jours dans la ville de Norlhampton^*). 

Quant au second voyage , l'auteur des Gesia Hcnrici II nous apprend que 
Henri II s'embanjua à Barlleur le 7 juillet 117/1, ([u'il débarqua à Soulhampton 
le lendemain lundi, et qu'au retour il se rembarqua le 7 août à Portsmouth 
pour prendre terre le lendemain jeudi 8 août à Barlleur en Normandie ('^l 
Nous savons même que, pendant son mois de séjour en Angleterre, il vint à 
Huntingdon voir un ingénieur qui dirigeait la construction de machines de 
guerre ('). < 

La charte dont il s'agit est ainsi conçue : 

H., Dei gratia rex Anglorum et dux Normannorum et Aquitanorum et cornes Anclega- 
voriim, archiepiscopis, episcopis, abbatibus, comitibus, baronibus, justiciis, vicecomi- 
tibus et omnibus ministris et ficlelil)us suis, francis et anglis totius Anglie, salutem. 

Sciatis me concessisse et dédisse in Hberam elemosinam et presenti carta confirmasse 
dilecto clerico meo magistro Waltero de Constanciis capellaniam de Blia, cum omnibus 
pertinenciis suis, in ecclesiis et capellis et terris et decimis et in omnibus aliis ad eam 
pertinentibus, tenendam quamdiu vixerit in habitu clericali, sicut aïiquis predecessorum 
suorum ea melius et liberius et integrius tenuit aliquo tempore. Quare volo et firmiter 
precipio quod magister Walterus de Constanciis habeat et teneat bene et in pace, libère 
et quiète et intègre et lionorifice predictam capellaniam, cum omnibus pertinentiis et 
libertatibus et liberis consueludinibus suis, in J)osco et piano, in pratis et pasturis, in 
aquis et molendinis, et vivariis et piscariis, in ecclesiis et capellis et terris et decimis, 
in viis et semitis et in omnibus aliis locis et aliis rébus ad eandem pertinentibus capella- 
niam, sicut aliquis predecessorum suorum eam melius et liberius et integrius ante eum 
habuit et tenuit. 



f'' « In liberatione esnacce quando transfre- 
tavitin Nornianniam contra regem. » Pipe Roll 
XIX H. II , p. 55. — « Pro corredio régis apud 
Norhantonam per ini dies. » Ibid., p. 33. — 
Cf. Eyton, p. 173. 

'*' « Circa octabas aposlolorum l'etri et 
Pauli. .., iiscjue ad Barbefluctum, ubi naves 
suae congregalae erant, transvolavit, et statim, 
navibus ascensis, in crastino applicuit in An- 
gliam apud Suthamtonam feria secunda, viii 



idus julii. — ... Postpositis quibusdam ne- 
goliis suis, ad mare transvolavit, et navibus 
adscensis apud Portesmutam , in crastino appli- 
cuit apud Barbefluctum in Normannla, sci- 
licet VI idus augusti, feria quinta. » Gesta 
Ilenrici II, t. I, ^. 72-7/i. 

' '^ « Yvoni ingénia torl , i marcam ad iocan- 
dos carpentarios ad faciendas machinas , quando 
rex venit ad Huntedoniam , per brève régis. » 
Pip. XX H. 11.^. 82. 



LA NOUVELLE FORMULE ADOPTÉE EN 1172-3. 29 

Testibus : R. archiepiscopo Eboracensi, R. Wintoniensi, G. Elyensi, electis, comité 
Reginaldo Cornubie, Ricardo de Luci, Reginaldo de Gurtenaio, Willelmo de Albigneio, 
Unfrido de Bohun, Roberto Marmion, Hugone de Creissi, Willelmo de Lamvalleio, 
Thoma Basset. 

Apiid Stokes juxta mare. 

Celte charte est copiée dans le Gartulaire de la cathédrale de Rouen sous 
le numéro 102. 

6. Charte de Henri II pour l'abbaye de Readiiuj. — C'est aussi d'Angleterre, 
du château de Windsor (^), que fut expédiée en faveur de l'abbaye de Reading 
une charte portant la souscription de Geoffroi, non encore sacré évêqiie 
d'Ély. 

H., Dei gratia rex Anglorum et dux Normannorum et Aquitanorum et cornes Andega- 
vorum, justiciis, vicecomitibus et omnibus ballivis suis in quorum balliis monachi de 
Radingis terras habent, salutem. 

Precipio volns quod custodiatis et manuteneatis et protegatis terras et horaines et omnes 
res et possessiones monachorum de Radingis, sicut meas proprias, ita quod nullam mo- 
lestiam vel injuriam aut gi'avamen eis faciatis nec fieri permittatis, quia omnia sua sunt 
in manu et custodia et protectione mea. Et prohibeo ne de ullo tenemento quod in domi- 
nico suo teneant, ponantur in placitum nisi coram me vel coram capitali justicia mea. 

Teste G. electo Elyensi episcopo. 

Apud W indesoram. 

Un exemplaire de cette charte est au Musée britannique (^). Elle a été publiée 
par M. W. de G. Birch^^' sous la date de 1 17/1-1 189; mais elle doit être 
de l'année 1178 ou 11 7/i. 

7. Charte de Henri II pour Richard du Hommel, connétable de Normandie. — 
J'arrive à la dernière charte dont j'invoque le témoignage pour montrer que 

''^ La charte dont il est ici question doit '*' Additional charter, 1969 2. 

avoir été faite pendant le séjour que le roi fit ''^ W. de G. Birch, On the seuls of king 

à Windsor en 117^ et que mentionne le Pipe Henry the second, p. 27 (extr. des Transactions 

Roll de la 20' année (p. lo) : « Pro ducendo of the R. Society of lite rature , vol. XI, new 

ihesauro tribus vicibus, semel ad Windr. , bis séries). — L'éditeur date cette charte de 117/1- 

ad Wintoniani. » 1 189. 



30 I. BASK DE LA CIIRONOLOGIK DES ACTES. 

l'adoption du nouveau protocole était un fait accompli en i 173-1 \^l\. C'est 
une confirmation des biens que le connétable Richard du Ilommet possédait 
(le toute ancienneté en Angleterre (') ; mais elle n'est certainement que de 
l'année 1 173-1 17/1, puisqu'elle a été expédiée pendant un séjour que le roi 
faisait à Caen, accompagné de l'évèque élu de Winchester. 

H., Dei gratia rex Angloruni (>t dux Normannorum et Aquitanorum et cornes Andega- 
vorum, archiepiscopis, episcopis, abbatihus, comitibus, baronibus, justiciis, vicecomi- 
tibiis et omnibus ministris et lidelibus suis Anglie et Normannie, saluteni. 

Sciatis me concessisse et dédisse et presenti caria confirmasse Richardo de Huiii[etis], 
constabulario meo, et heredibus suis, pro suo servitio, Stamfort, cum omnibus pertinenciis 
castelli et burgi, excepto servitio abbatis de Burgo et Guiilelmi de Lanvallé. Dono etiam 
eis et coiifirmo katen[am] , cum j)ertinenciis suis, etDodintonam , cum pertinenciis suis, et de 
feodo comitis Gifardi Risembergam et Sirigeham, cum pertinenciis suis, et in Normannia 
Meisy, cum omnibus pertinenciis suis, et haiam de Lutemai'c, cum pertinenciis suis, te- 
nenda in feodo et hereditate, sibi et heredibus suis, de me et heredibus meis. Quare volo 
et firmiter precipio quod Richardus de Hum[etis], constabuiarius meus, et heredes sui hec 
prenominata habeant et teneant de me et heredibus meis, cum omnibus pertinenciis suis, 
in bosco et piano, in pratis et pasturis, in aquis et molendinis, in stagnis et vivariis, in 
viis et semitis, et in omnibus ahis locis et aliis rébus ad ea pertinentibus , bene et in pace, 
hbere et quiète, intègre, pienarie et honorifice, cum omnibus hbertatibus et liberis con- 
suetudinibus suis. 

Testibus : Rotrodo archiepiscopo Rothomagensi, Henrico episcopo Baiocensi, Arnulfo 
episcopo Lexoviensi, Frogero episcopo Sagiensi, R[icardo] eiecto Wintoniensi , Johanne 
decano Sarisberiensi, Willelmo de Curci dapifero, Jordano Taissun, Fulcone Paenello, 
Johanne de Solineio, Roberto Bertram, Hugone de Gund[eviHa], Ricardo Filio comitis, 
Hugone de Cressy, Roberto de Stutevilla, Roberto de Briecuria. 

Apud Cadomum. 

Suivant le Calendar de Round (n° 53o), cette charte serait en original aux 
Archives du Calvados; mais elle n'est représentée dans ce dépôt que par un 
vidimus de Jean, duc de Normandie, daté de 13^7, comme a bien voulu 
m'en avertir mon confrère l'archiviste M. G. Besnier. La plus ancienne copie 
fpie nous en possédions est celle que contiennent les registres C, D et E de 
Philippe- Auofuste. 



o 



'^' The Great rolls of tke Pipe for the 11, 111 and IV years of tke leign of king Henry second, 
p. 2/1, 83 et 106. 



LA NOUVELLE FORMULE ADOPTÉE EN 1172-3. 31 

Le hasard fera peut-être trouver une charte de Henri II qui sera reconnue 
appartenir à l'année 1172 ou 1 1 78 et qui permettrait de resserrer encore les 
limites extrêmes de la période au cours de laquelle s'est elfectué le change- 
ment de protocole. 

S'il était permis de tenir compte , pour tous les détails , des lettres missives 
qui ont été transmises par les historiens ou par les compilateurs de recueils 
épistolaires, on pourrait dès maintenant serrer, de plus près encore, les limites 
de cette période. Dans le recueil des lettres de Jean de Salisbury (1) sont entrées 
deux lettres de Henri II postérieures au 2 2 mai 1 172, puisqu'il y est question 
de l'absolution du roi solennellement donnée ce jour-là dans la ville de Caen , 
et dans ces deux lettres parait la formule Henricm rex. Il en est de même de 
la lettre insérée dans le même recueil épistolaire, par laquelle le roi implore 
l'intervention du pape dans la révolte de ses fils, ce qui est du commence- 
ment de l'année 1 1 73 (^K La suscription de cette lettre, qui a été insérée dans 
le recueil épistolaire de Pierre de Blois , contient aussi la formule Henricus rex. 

Je n'ai pas voulu citer comme exemple de l'emploi de la formule Henricus 
rex au commencement de l'année 1 173 la lettre de Henri II relative à l'élec- 
tion de Richard d'Ilchester à l'évèché de Winchester. La citation qu'en a faite 
le jeune roi Henri ^^^ peut avoir été faite de mémoire et n'est peut-être pas 
textuelle. 

VI. Ressources fournies par les formules de suscription pour dater les 
CHARTES DE Henri II. — Il est douc surabondamment prouvé que les chartes 
de Henri II se partagent en deux séries bien distinctes : d'une part, les chartes 
expédiées pendant les dix-huit premières années du règne, de 1 1 55 à 1 1 7 2— 3 : 
elles sont caractérisées par l'emploi de la formule Henricus rex Anylorum; 
d'autre part, les chartes des dix-sept dernières années, de 1 172-3 à 1 189; 
on les reconnaît à l'emploi de la formule : Henricus Dei gratia rex Anglorum. 

''' Epist. 28g et 290, Rec. des historiens^ constatée le 8 mars iiyS, et où il fut immé- 

t. XVI, p. 487. diateinent rejoint par ses frères. Voir Gesia 

'•'' Epist. i36, Rec. des kistor., t. XVI , p. 64<j. Henrici II, t. I, p. ^2. 
Le premier événement connu de la révolte est '^^ Dans la longue lettre publiée par dom 

la fuite clandestine de Jean Sans-terre à la Brlal, jRecuei/f/es/iisiorieHs^t.XVI, p.6/i5,d'après 

cour du roi de France, où sa présence fut un ms. de S'- Victor, qu'avait vu dom Martène. 



yi I. BASE DE LA CHRONOLOGIE DES \CTES. 

Maint(>naiil <jue la date du changement de protocole est bien établie, pou- 
vons-nous en indiquer la cause? S'esl-il produit en i 172 un événement qui 
ait pu occasionner le changement ? 

Au premier abord , on est frappé de la coïncidence de ce changement avec 
l'amende honorable à laquelle Henri II fui obligé de se soumettre pour être 
absous de participation au meurtre de rarchevéque de Ganlorbéry. 

L'amende honorable fut reçue par les cardinaux dans la calliédrale 
d'Avranches le 27 septembre 1172, et c'est seulement quelques mois après que 
nous constatons pour la première fois l'emploi de la formule Ilenricus Dei 
(jratia rex Angloriim. Henri H, après avoir fait sa soumission à l'Eglise, a-t-il 
trouvé à propos de reconnaître, dans les actes de son gouvernement, qu'il 
tenait son pouvoir royal de la toute-puissance divine ? Je laisse la question in- 
décise. En tout cas, il faut prendre en considération le fait qu'au moment 
même où le nouveau protocole fut adopté, la direction de la chancellerie fut 
confiée à un nouveau titulaire , comme on le verra dans le chapitre relatif aux 
directeurs et aux clercs de la chancellerie. 

Je reconnais que l'absence de la formule Dei gratia dans la suscription des 
actes de la première moitié du règne est étonnante d'autant plus qu'on la 
trouve sur le sceau que Henri II employa pendant toute la durée du règne, et 
même sur le sceau dont il se servait quand il n'était encore que duc de Nor- 
mandie (^). Je renonce donc à expliquer la cause du changement de protocole; 
je me bornerai à rechercher le parti que les diplomatistes peuvent en tirer 
pour l'étude des actes de Henri IL 

Désormais il suffira de jeter les yeux sur ia première ligne d'une charte de 
ce roi pour reconnaître si elle est antérieure ou postérieure à l'année 1 1 72—8 : 
elle est antérieure à 1 172-8 si elle porte les mots Henricus rex Anglorum, 
postérieure s'il y a Henricus Dei gratia rex Anglorum. L'application de cette 
règle permettra de réformer beaucoup des millésimes proposés ou acceptés 
pour suppléer à l'absence des dates. Un seul exemple suffira pour montrer 
combien de services peut rendre l'application de la règle qui vient d'être pro- 
posée. Je l'emprunte à l'un des plus savants et plus utiles recueils diploma- 
tiques que nous devions à la jeune école historique de la Grande-Bretagne : 

'' \ oir ce qui sera dit des sceaux dans les chapitres IV et VI. 



CONSÉQUENCES DE LA DIVISION DU RÈGNE. 



33 



le Calendar of documents preserved in France illastralive of the hislory of Great 
Brilain and Ireland, de M. Horace Round. Sur les i47 actes de Henri II 
compris dans ce livre, on compte 4 2 pièces dont la date aurait pu être plus 
rigoureusement fixée à la simple lecture de la première ligne des actes. 

Dans le tableau suivant, à la suite du numéro du Calendar et de la date 
proposée par M. Round, on trouvera la date telle qu'on la peut déduire 
imiquement de la suscription, même sans tenir compte des particularités qui 
permettent d'arriver à une plus grande précision, et, dans la dernière colonne, 
le nom de rétablissement ou du personnage auquel la charte est relative : les 
mots antérieur ou postérieur à 1 172—3 désignent les actes antérieurs ou posté- 
rieurs à une date, encore indéterminée , qui doit être comprise entre le mois de 
mai 1172 et le printemps de il 73. 



NDMEROS 


DATES 


DATES DÉDUITES 


CALKSDAR. 


DO CÀIESDAK. 


BE LA SOSCniPTION. 


1k. ] 


166-1 175 


Post. à 1 172-3. 


25. 1 


i65-ii83 


Post. à 1 172-3. 


27. ] 


L173-1 ]8i 


Ant. à 1 172-3. 


105. j 


170-1177 


Post. à 1 172-3. 


137. J 


uin 1 174. ? 


Ant. à 1 172-3. 


173. ] 


i56-i 1 70 


Ant. à 1 172-3. 


218. 1 


166-11 83 


Post. à 1 172-3. 


2'47. 


Non daté. 


Post. à 1 172-3. 


259. ] 


166-1 167 


Post. à 1 172-3. 


302. 1 


1 70-1 170 


Post. à 1 172-3. 


345. 1 


L i65-i 178 


Post. à 1 172-3. 


406. ] 


i i56-i 175 


Ant. à 1 172-3. 


458. ] 


1G9-1 180 


Ant. à 1 172-3. 


482. ] 


L167-1 17/i 


Ant. à 1172-3. 


492. 1 


i i56-i 175 


Ant. à 1 172-3. 


529. 


L 170-1 180 


Post. à 1 172-3. 


548. 


1 169-1 18/4 


Post. à 1 172-3. 


550. 


i 167-1 175 


Post. à 1172-3. 


551. 


i 170-1 176 


Post. à 1 172-3. 


577. 


L169-1175 


Post. à 1 172-3. 


600. ] 


L169-1175 


Ant. à 1172-3. 


617. 


1166-1 181 


Post. à 1 172-3. 


CHARTES 


. ET DIPLÔMES. 


— IV. 



NOMS DE LA PARTIE INTERESSEE. 

Gautier de Saint-Valeri. 

Les chanoines de Rouen. 

Les mêmes. 

Les tanneurs de Rouen. 

Les bourgeois de Fécamp. 

L'abbaye de Saint- Wandrille. 

L'abbaye de Bondeville. 

La léproserie de Pont-Audemer. 

L'abbaye du Valasse. 

Jean Fils de Luc, qui devint évêque 

d'Evreux. 
L'abbaye de Préaux. 
L'abbaye de Lire. 

L'abbaye de Saint-Etienne de Caen. 
L'abbaye de Troarn. 
Le prieuré de Brieweton. 
L'abbaye d'Aunai. 
Le prieuré du Plessis. 
Le même. 

Hugues Fils d'Osbert. 
Les religieuses de Lisieux. 
L'abbaye de Saint-André de Goufler. 
Hugues de Laci. 



3/| 





1. BASF. 1)1- 


: \A CUKONOLOGIK DES ACTES. 


KOMÉROS 


DATES 


D\TES DKDIIITES 




DU CàLSXDAK. 


Dl' CALMUDAK. 


i>K i.A suscnirTiox. 


NOMS DE LA PARTIE INTÉRESSÉK. 


620. 


1 166-1 189. 


Anl. à 1 i7:>-.'^. 


Haimon le Bouleiller. 


894. 


Non daté. 


Post.à 1 172-3. 


L'abbaye de Montebourg. 


895. 


Non daté. 


Ant. à 1 172-."^. 


La même. 


896. 


Non daté. 


Ant. à 1 17.2-3. 


La même. 


910. 


1 i56-i 181. 


Ant. à 1 172-.'). 


L'abbaye de Saint-Lô. 


936. 


1 i5()-i 161. 


Post.à 1 17 2-15. 


L'abbaye de NoIre-Dame-du-Vœn 


937. 


1 i56-i 166. 


Post.à 1 172-3. 


La même. 


939. 


Non daté. 


Ant. à 1 1723. 


La même. 


948. 


Vers 1175. 


Ant. à 1 172-3. 


La même. 


963. 


1 i65-i 175. 


Post. à 1172-3. 


Le chapitre de Coutances. 


911. 


Non daté. 


Post.à 1 172-3. 


L'abbaye de Saint-Sauveur. 


978. 


Non daté. 


Post.à 1 172-3. 


La même. 


980. 


1 160-1 170. 


Post.à 1 172-3. 


La même. 


1068. 


1 167-1 175. 


Ant. à 1 172-3. 


L'abbaye de Fontevrault. 


1073. 


1 167-1 177. 


Post.à 1172-3. 


La même. 


1074. 


1 166-1 178. 


Post.à 1172-3, 


La même. 


1075. 


1 166-1 178. 


Post.à 1172-3. 


La même. 


1076. 


1 175-1 185. 


Ant. à H72-3. 


La même. 


1398. 


Non daté. 


Ant. à 1 172-3. 


L'abbaye de Clnni. 


1428. 


Non daté. 


Ant. à 1 172-3. 


Raoul Le VéeiW. 



Ces exemples me paraissent suffisants pour justifier l'application de la règle 
que j'ai cru pouvoir tirer de la différence des suscriplions. Elle épargnera de 
longs tâtonnements, puisqu'elle permet de reconnaître au premier coup d'œil 
si la pièce qu'on étudie est antérieure ou postérieure à l'année 1 172-3. 

Cette règle sera surtout très utile pour la critique des actes dont le texte 
nous a été transmis par des cartulaires où les copistes ont systématiquement 



^'' Dans la première édition de ce tableau, 
que la Bibliothèque de l'Ecole des chartes a 
publiée en 1906, p. 32 5, j'avais mentionné la 
charte octroyée à Odouin de Malpalu, pane- 
lier du Roi, que M. Round a analysée sous le 
n° 1280, en la classant à la date de ii56- 
1157. J'estimais qu'elle était postérieure à 
1173, parce qu'elle est rédigée au nom de 
//. Dei (jratia reœ Anglornm. Aujourd'hui je suis 
porté à croire que le texte de cette charte, à 



nous transmis par un vidimus de 1 323, et 
puljlié dans les Mémoires de la Société des anti- 
quaires de Normandie ( t, XVI, part. 11, p. 4, 
n° i4), est altéré : le corps de la charte pour- 
rait bien être un morceau de la seconde pé- 
riode du règne de Henri II, auquel aurait été 
maladroitement soudée la fin d'une charte du 
roi Henri 1", comme semblent l'indiquer les 
noms des témoins. 

'^' Ms. latin 9067, loi. i/ji v°. 



COxNSEQUENCES DE LA DIVISION DU RÈGNE. 35 

supprimé les noms des témoins. Tel est le Cartulaire de Saint-Pierre de Glou- 
cesler^^); il renferme 3^ chartes de Henri II que l'éditeur a désespéré de 
dater, et qu'il a toutes, à l'exception de six (^), classées sous une rubrique uni- 
forme 1 i5/i-i 189, l'année du commencement du règne et celle de la mort 
du roi. S'il avait pu tenir compte de l'absence ou de la présence de la formule 
Dei gralia rex, il n'aurait pas confondu les actes de la première moitié du 
règne avec ceux de la seconde. 

Un petit nombre d'exemples suffira pour montrer à quels résultats conduit 
l'examen simultané de la suscription, avec le nom des témoins sur la vie des- 
quels des renseignements chronologiques à date certaine nous sont parvenus, 
avec la date de lieu, qui est toujours exactement énoncée, et avec toute autre 
particularité mettant sur la voie d'un rapprochement décisif. 

Je citerai en premier lieu deux barons normands qui ont été longtemps 
remarqués au premier rang à la cour de Henri II, Guillaume de Courci et 
Jourdain Taisson. 

Beaucoup de chartes de Henri II sont attestées par le sénéchal Guillaume 
de Courci, qui a fréquenté la cour du roi depuis l'avènement du roi jusqu'à 
la mort du sénéchal, arrivée en 1176. De la présence du nom de ce baron 
au bas d'une charte royale on peut seulement conclure que la charle a été 
rédigée entre 1 1 54 et 1 1 76. Mais onze de ces chartes débutent par les mots 
Henricus Dei gratia rex. La date de ces onze chartes est donc comprise entre 
1 1 72-3 et 1 1 76. Ce point établi, nous pouvons encore resserrer les limites 
chronologiques qui doivent être assignées à la rédaction de ces chartes, qui 
toutes ont été faites en Normandie. Or, de 1173 à 1176, Henri II n'a résidé 
en France que de mai 1173a mai 1175. 

Nous sommes amenés à classer sous la date : de mai 1 173 à mai 1175, ces 
onze chartes qui, datées de localités normandes, contiennent à la fois le nom 
de Guillaume de Courci et la formule Dei gratia rex : 

Pour l'abbaye de Blanchelande, à Valognes. (Copie aux archives de la Manche.) 

Pour Gautier de Saint-Valeri, à Bar. (Gartul. de l'église de Rouen, chartes 171 et 172.) 

'^ W. H. Hart, Historia et Cartularium mo- n"' 2 i i , ^77, 656 , 669 , 700 el 896. Les autres 
nasterii S. Pelri Gloacestriœ. Lond., 1867-1868, portent les n"' 78, 1 55, 1 58- 160, 191, 196,210, 
3 vol. in-8°. 288,3i3,347,/u5,/i53,545,5/i6,63o,635, 

''' Ces six chartes portent dans l'édition les 636 ,639-6/12 ,701, 717, 721, 730 ,732,821. 

5. 



36 I. BASK DK L\ CIIKONOLOCJIK DIvS ACTKS. 

Pour llu<i;ues Fils d'Osherl, à HnifUur. Carliil. du |)rieuiT chi Plossis, t. III, charte 

i43d.) 

Pour Jean Fils de Luc, à liuv. (^(^arlul. du cliapitrc d'IÙTCux, n" 2/i3.) 

Pour les religieuses de Notre Dame de Lisieux, à Caen. (Original aux archives du (lal- 

vados. ; 

Pour l'abbaye du Mont-Saint-Michel, à Valognes. (Mon édition de Robert de Torigui, 

t. Il, p. 307.) 

Pour les religieuses de Mortain, « Coen. (Original, Arch. nat., fonds de Mortain.) 
Pour Richard du Hommet, à Caen. (Vidimus de iShj aux archives du Calvados.) 
Pour l'église Saint-Martin de Tours, à Caen. (Original ayant figuré dans une vente laite 

à Paris le 27 novembre i888.) 

Pour l'abbaye de Savigni, à Caen. (Gartul. de Savigni, n" 232.) 

Pour l'abbaye du \alasse, à Rouen. (Cartul. du Valasse, t. II, fol. ii4 V.) 

Il faut assigner la même date, en la précisant même davantage, à un man- 
dement rédigé au nom de Henricus Dei graiia, qui fut adressé de Cherbourg 
à Guillaume de Gourci, au moment où le roi se préparait à passer en Angle- 
terre *'). Le roi s'embarqua à Barfleur le 7 juillet 1 17/i, pour aller réprimer 
une révolte en Angleterre, et le 8 ou le 9 mai 1 175^^', après avoir tenu sa 
cour de Pâques à Cherbourg, un mois auparavant. Gest, selon toute appa- 
rence, à l'une ou à l'autre de ces dates (juillet 1 1 7 4 ou mai 1 175), que le 
mandement (^) fut expédié. 

Ges exemples montrent comment, en rapprochant une des deux formules 
Henricus rex ou Henricus Dei gratia rex de noms de témoins ou de destina- 
taires, et de dates de lieu, on arrive à fixer d'une façon très précise la date de 
documents auxquels il serait impossible, sans ce rapprochement, d'assigner 
une place tout à fait exacte dans la série chronologique des pièces du même 
genre. 

Jourdain Taisson, un des plus puissants barons de la Normandie, joua, 
lui aussi, un rôle des plus importants dans l'histoire de cette province du 
temps de GeolTroi Plantegenêt et de Henri II jusqu'en 1178, année de sa 
mort (^). Parmi les nombreuses chartes dans lesquelles il est nommé comme 

'*' Gesta Henrici, l. I, p. 72. ''*' Robert de Torigni, t. II, p. 75. — Sur 

'*^ /iirf.j p. 82. Jourdain ïaisson, voir mon Hist. de Saint- 

<*' Voir plus haut, p. j3, le texte de ce Sauveur-le-Vicomte , p. 32 et suiv. et les p. 65- 

niandement. 81 des Pièces uslificatives. 



CONSÉQUENCES DE LA DIVISION DU RÈGNE. 37 

témoin, j'en ai remarcpié deux à la formule Henricus Dei gratia, qui toutes les 
deux concernent l'abbaye de Saint-Sauveur-le-Vicomte ; elles ont été expé- 
diées l'une à Caen, l'autre à Cherbourg; une de ces chartes est connue par 
un inspeximus du roi Edouard II publié dans le Monasticon amjlicanam (^), 
l'autre est en original aux archives de la Manche. Il faut, sans hésitation, les 
attribuer à la courte période comprise entre i i 72-8 et 1 178. 

Je pourrais encore citer environ 1 1 o chartes royales attestées par Richard 
du Hommet, connétable de Normandie, dont 1 1 sont écrites au nom de 
Henri, duc de Normandie, 60 avec la formule Henricus rex, et 4 2 avec la for- 
mule Henricus Dei (jralia rex; elles doivent se classer, les premières dans la 
catégorie des années 1 i5o-i i54, les deuxièmes dans la catégorie des années 
1 155— 1 172-3, les dernières dans la catégorie des années 1 172-3—1 178. 

Je dirai maintenant quelques mots de prélats qui ont exercé beaucoup d'in- 
fluence dans les conseils de Henri II, et dont les rapports avec la Cour se sont 
perpétués pendant toute la durée ou au moins pendant une très longue 
période du règne. Les modifications qui se sont produites dans leurs positions 
oflicielles ont amené des changements de titres qui, combinés avec l'emploi 
de l'une ou l'autre formule, Henricus rex et Henricus Dei cjratia rex, four- 
nissent des éléments très utiles pour établir le classement chronologique. 
En voici quelques exemples. 

Je ne parle pas de Thomas Becket, archidiacre de Cantorbéry, qui, avant 
de m.onter sur le siège archiépiscopal de cette cité, fut chancelier royal, de 
ii55àii62.Ila été longuement question de lui au commencement de ce 
chapitre. 

Un contemporain de Thomas Becket, Henri, qui avait débuté dans la vie 
ecclésiastique comme doyen de la cathédrale de Salisbury, fut sacré évèque 
de Bayeux en 1 i65 et conserva cette dignité bien au delà de la mort de 
Henri II. Son nom se trouve au bas de 6 7 actes royaux , dont 1 7 seulement 
sont à la formule Henricus rex et doivent être rangés dans une catégorie 
embrassant les années 1 i65 à 11 72—3. Toutes les autres entreront dans la 
série répondant aux années 1 172—3-1 189. 

Rotrou de Beaumont, ou de Warwick, après avoir été évêque d'Evreux de 

''^ Monaslicon anglic.j t. VI, pari ii, p. i io5. 



38 I. BASE DE LA CllUONOLOGlE DES ACTES. 

1 i.'iç) à 1 lO/i, occupa le siège archiépiscopal de Rouen, de i i65 à i 182. 
Les 5G chartes royales qui mentionnent sa présence se divisent naturellement 
en deux groupes suivant (ju'elles débutent par les mots flenricus rcx ou Hen- 
ncus Dci (jratia rex. Les articles du premier groupe, au nombre de 26, sont 
antérieui-s à Tannée 1 178; ceux du second, au nombre de 3i, appartiennent 
à la série de 1173-1182. On peut arriver à plus de précision en faisant 
porter lexamen sur d'autres témoins cités en même temps que Rotrou. 

\insi, dans le premier groupe, celui des actes antérieurs à i 172-3, nous 
voyons figurer à côté de Rotrou : 

a. Une fois Herbert, évêque crAvianches (ce qui dénote la période de 11 55 à 11 6 il; 

b. Trois fois le chancelier Thomas Becket (période de ii55 h 1161); 
r. Trois fois Phihppe, évëque de Bayeux (période de 11 55 à 1 103); 
(i. Une fois Froger, évêque de Séez (période de n 67 à 11 64). 

Des 3 1 pièces composant le second groupe des chartes attestées par Rotrou, 
archevêque de Rouen, de 1 1 65 à 11 82 , 1 4 débutent par la formule Henricm 
rex et doivent se ranger sous la date 1 i65-i 172-3; les autres, au nombre 
de 17, caractérisées par la formule Henricus Dei gratia, se rangent sous la 
date 1 172-3-1 182. Mais parmi celles-ci on en compte 8 qui contiennent la 
mention de Gilles, évêque d'Evreux, et 4 la mention de Richard du Hoinmet. 
La juxtaposition des noms de Rotrou et de Gilles entraîne le classement des 
8 chartes sous la date 1 172-3-1 1 79, et la juxtaposition des noms de Rotrou 
et de Richard du Hommet nous autorise à en placer fi sous la date de 
1 1 72-3-1 1 78. 

Des 10 chartes de Henri II à l'expédition desquelles assista Gilles, évêque 
d'Evreux, une seule nous offre dans l'intitulé la formule Henricus rex; c'est 
celle par laquelle l'église d'Ivrande est concédée aux chanoines réguliers de 
Notre-Dame d'Ivrande. Je la crois d'une des années 1170-1172-3. Les 
autres, qui contiennent la formule Henricus Dei gratia rex, doivent être d'une 
des années 1172-3-1180. 

B serait inutde de multiplier davantage les exemples qui montrent quels 
résultats peuvent être obtenus en étudiant simultanément les formules de 
suscription, les dates de lieu et plusieurs autres particularités sur lesquelles 
j'aurai à revenir dans la suite de ce travail. 



DOCUMENTS SERVANT A PRECJSER LES DATES. 39 



II 

DOCUMENTS AUXILIAIRES 
SERVANT À PRÉCISER LA DATE DES ACTES DE HENRI IL 

Nous avons vu que l'absence de toute date de temps était un caractère es- 
sentiel des actes de Henri II , et que l'omission ou l'emploi de la formule Dei 
graiia distingue les actes antérieurs ou postérieurs à l'année i i 72—3. Heureu- 
sement, dans beaucoup de cas, certaines particularités permettent d'aller plus 
loin et de fixer, plus rigoureusement, la date qu'il convient de leur attribuer. 

Pour atteindre ce but , il faut voir quel parti on peut tirer : 

1** De diverses pièces d'archives à date bien déterminée qui se rattachent 
aux mêmes affaires que certains actes royaux dépourvus de date ; 

2° Des Pipe Rolls, c'est-à-dire des comptes des domaines anglais du roi, 
qui nous ont été conservés, à peu près sans lacunes, pour toute la durée du 
règne de Henri II, et dont le texte a été publié pour la première moitié du 
règne (années ii-x\ii du règne, 1 1 5 6-1 176 de l'Incarnation) (^); 

3° Des noms des témoins et autres personnages figurant dans les actes 
royaux ; 

4° De l'itinéraire du roi et de la date des événements auxquels il est fait 
allusion dans les actes royaux; 

5° De notes d'anciens archivistes ou rédacteurs de cartulaires. 

Nous allons passer en revue chacune de ces sources d'information. 

I. Diverses pièces d'archives. - Girographes. — Les transactions ou ac- 
cords, dans lesquels le roi intervenait parfois à titre de conseil ou d'arbitre, 
et dont il devait assurer l'exécution, donnaient lieu à plusieurs actes, et en 
premier lieu aune sorte de procès-verbal, souvent appelé Cirocjraphum. L'accord 

''^ Les rôles des années ii5i-ii58 ont été suite, années 1159-1176, a paru en 18 vo- 
publiés en i844 dans un volume in-S" de l'an- lûmes, depuis l'année i88/i par les soins de 
cienne Commission des Public Records; la la Pipe RoU Society. 



40 II. DOCUMENTS SERVANT À PKKCLSKK J.KS DATES. 

lui-même était appelé finis ou Jin al is concordiai^^ Ces deux expressions se 
trouvent très fréquemment dans les documents normands aussi bien que dans 
les documents anglais. 

Je citerai quelques exemples tirés des Magni Rotuli Scaccarii Normanniœ 
(édition de Stapleton) : 

Finis. — - Hugo Gernon reddit compotuni de i bisancio, pro fine suo audiendo. 
(I, 167.) 

De Goherto serviente episcopi Baiocensis, 7 soi. pro 1 bisancio, pro audiendo line suo 
versus Rollanduni Avencl, de terra apud Landes quam Rollandus ei quietam dimisit. De 
Radulfo de Monasterio, 7 sol. pro i liisancio, pro audiendo une suo versus Robertum Lege- 
lois, fratrem suum. (I, 169.) 

De Willelnio de Campo Rotondo, 7 sol. pro 1 bisancio, pro audiendo fine suo de por- 
lione hereditatis sue versus Willelmum Monacum, fratrem suum. (II, 477.) 

Concordia. — Ricardus Mihial débet 10 sol., pro concordia versus Robertum de Ali- 
j^neio. (I, 17.) 

De Ranulfo de Carevilla, 20 sol., pro concordia. (I, 29.) 
De Michaele de Porta, 4 1-, pro concordia. (I, 43.) 

V^oici les deux plus anciens exemples connus des Finales concordiœ. Ils sont 
l'un et fautre, dans les collections du Musée britannique, et je les reproduis 
d'après les facsimiles de M. Warner (n°* 55 et 63) : 

Hec est finalis concordia que facta fuit apud Oxeneford, in curia legis, coram Ricardo 
Giffard et Rogero Filio Reinfredi et Johanne de Caerdif, justiciis régis, ad proximum festum 
aposlolorum Pétri et Pauli postquam dominus rex cepit liganciam baronum Scocie apud 
Eboracum(^\ inter canonicos Oseneie et Ingream, et très filias ejus, scilicet Gundream et 
Isabellem et Margaretam, de terra de Oxeneford, unde placitum fuerat inter eos in curia 
régis, scilicet quod Ingrea et très filie sue prenominate clamaverunt predictis canonicis 
quietam terrain illam in Oxeneford, de se et de heredibus suis, pro xx solidis quos cano- 
nici illis dederunt, et omne jus quod in eadem terra habebant quietum illis clama- 
verunt'^'. 

CIROGRAPHUM. 



''^ Suvla finalis concordia, voir Madox, For- <*^ 29 juin 1 176, selon Warner, qui renvoie 

mulare, p. xin-xviii, et p. 217 et s. — Conf. aux Gesla Henrici, t. I, p. 96. 
plus haut, p. 10. ^^' Cotton, Ch. xi, 73. 



PIECES D'ARCHIVES. 41 

CmOGRAPHUM. 

Hic est finis factiis in curia domini régis apud Westmonasterium, die sabliati in festo 
apostolonim Philippi et Jacobi, anno regni régis Henrici secundi xxvint", coram R. Win- 
toniensi et G. Eiiensi et J. Norvicensi, episcopis, Rannulfo de Glanvilla justicia domini 
régis , et Ricardo thesaurario domini régis , et Rogero Filio Reinfredi , et Thoma Filio Ber- 
nardi , et WiHelmo Torel , et Willelmo de Albervilla , et Waitero Fiiio Rolierti , et Gervasio de 
Cornhilla , et céleris baronibus et fidelibus domini régis , qui tune ibi aderant , inter Ricardum 
priorem et conventum de Rovecestria et WiHelmum Filium Radulfi de Wi, de terra pre- 
dictorum monachorum de Elham, quam ei vendiderant pro xx marcis. . . Et pro hac 
qnita clamantia dederunt idem prior et conventus eidem Willelmo xxx marcas argenti(^). 

Il faut remarquer que le mot CIROGKAPHVM est attribué à chacune de ces 
deux pièces. Les procès-verbaux des accords devaient en effet se faire en double 
exemplaire, pour que chaque partie en eût un. C'est sous ce titre que les actes 
dont il s'agit sont couramment désignés dans les Maxjni Rotuli Scaccarii Nor- 
manniœ (éd. de Stapleton) : 

Thomas de Agerneio reddit compotum de i bisancio, pro habendo testimonio de fine 
inter eum et Thomam de Gotranvilla, de presentatione ecclesie ejusdem ville, sicut cyro- 
graphum inde factum testatur (I, i i;i). 

De Willelmo Witerel, i bisancium, pro audiendo dono quod Willelmus Durden fecit 
ei de tercia parte terre sue apud Nakevillam, sicut cyrographum eorum testatur inter eos. 
— De Willelmo de Sauceio, vu solidos pro i bisancio, pro audienda concordia inter ipsum 
et Rogeriim de Fontibus, de proportione, sicut cyrographum eorum inter eos testatur. — 
De Bartolomeo de Moeio, i bisancium, pro audiendo fine suo versus fratrem suum de 
porcione terrarum suarum, sicut cyrographum eorum testatur inter eos. (I, 189 et 190.) 

Le cirographe pouvait être suppléé ou complété par des chartes de témoins 
qui certifiaient les conditions de faccord. On en verra un peu plus loin (p. 44) 
un exemple fourni par l'accord conclu en 1 1 64 au sujet du patronage de 
l'éghse de Ravenoville. 

Parfois, quand le roi avait assisté à la conclusion de l'accord, sa présence et 
celle des dignitaires ecclésiastiques et laïques les plus notables étaient attestées 
par une charte du témoin le plus qualifié, et cette déclaration pouvait, 
jusqu'à un certain point, tenir lieu d'un acte rédigé au nom du roi (^). 

'•^ 1" mal 1182. (*^ Voir ce qui est dit, plus loin, p. 43, de l'ac- 

'*^ Cotton, Cil. II, 3. cord relatif aux églises de Pontorson. 

CHARTES ET DIPLOMES. IV. 6 



42 II. DOCl \1K\TS SKK\ VN r À PUKCISEK LKS 1) \'IKS. 

Les archives de ralibaye de Foule vraull nous lounussent un exemple bien 
remarquai)le de la raron dont le roi pouvait ratifier un accord sans cependant 
faire expédier une charte de conlirnialion. 

En 1 169, un domaine silué aux Loges, aujourd'hui village de Maine-et- 
Loire, conunuiie de La oreille, avait donné lieu à un litige entre les abbayes 
de Bourgueil et de Fonlevrault. Par ordre de Henri II, Etienne de Marsai, 
sénéchal d'Anjou, se rendit sur les lieux et procéda à un bornage, qui, agréé 
par les deux parties, fut constaté dans un procès-verbal, écrit en double copie, 
sur une longue feuille de parchemin , au milieu de laquelle avait été réservé 
un blanc assez large pour recevoir, avant la remise aux abbayes intéressées, la 
légende caractéristique du cirographe ou charte-partie. Ainsi préparé, le 
double exemplaire du procès-verbal fut soumis à la cour du roi pour obtenir 
une approbation, sans qu'aucune mention de la demande d'approbation fût 
consignée dans la pièce envoyée. Malgré ce silence, le motif de l'envoi fut 
parfaitement compris. 

Le roi ne fit pas expédier une charte de confirmation , comme il avait l'ha- 
bitude de le faire. Se contentant d'une approbation verbale, il ordonna au 
chancelier de faire écrire en caractères monumentaux sur le blanc réservé au 
milieu du parchemin, entre les deux copies du procès-verbal, les mots 
ANNVO-AMEN, puis d'isoler les deux parties du cirographe, pour qu'une des 
deux alobayes en cause possédât la partie contenant la partie supérieure de 
la légende cirographique , et cjue l'autre reçût l'exemplaire ayant en tète la 
partie inférieure des lettres de cette légende ; après quoi le grand sceau royal 
et ducal fut attaché à chacun des deux exemplaires sur des lacs passés dans 
quatre incisions • • à la hauteur de la légende cirographicfue. L'acte daté du 
29 mai 1 i 69, et encore muni du sceau, est conservé aux archives de Maine- 
et-Loire; une reproduction phototypique en a été insérée, en 1907, dans la 
Bibliothèque de l'Ecole des chartes^^\ 

Mais le plus souvent, l'accord était définitivement sanctionné par une charte 
royale d'homologation. J'en indiquerai un certain nombre, d'après l'ordre 
chronologique, me bornant à rappeler deux actes sur lesquels j'ai déjà dû 
m'appuyer dans le chapitre précédent (p. 1 o et 2 4), pour montrer, d'une part, 

'"' A côté de la page 3 1 3 . 



PIÈCES D'ARCHIVES. 43 

avec quelle fidélité riiomologation reproduisait les conditions de l'accord ('^ 
et, d'autre part, que le protocole n'avait pas encore, peu de temps après le 
I 7 avril 1172, substitué la formule Henricus Dei gratin rex à la formule Hen- 
riciis rex^'^\ 

J'arrive aux actes d'homologation, auxquels j'ai joint quelques accords dont 
l'homologation n'est pas connue , mais à la conclusion desquels le roi a pris part 
et qui peuvent fournir des jalons pour la chronologie du règne de Henri IL 

Je commence par un accord qui fut conclu en 1 1 Go à Rouen au sujet des 
églises de Portorson. 

1. Les églises de Ponlorson. 1 160. — Henri II, après avoir reconstruit le 
château de Portorson, avait conféré à l'alDbé du Mont-Saint-Michel des droits 
très importants sur les églises de cette localité , comprise dans le territoire de 
la paroisse de Boucei. De là, vive réclamation du curé de cette paroisse, qui 
réclamait une indemnité. Les parties intéressées finirent par s'entendre dans 
une assemblée tenue à Rouen, en 1 160, sous la présidence du Roi, assisté de 
notables prélats et l)arons. Les conditions de l'accord furent consignées dans 
une charte du plus qualifié des assistants, farchevêque de Rouen (^), avec la 
souscription des témoins les plus considérables rangés suivant Vordre hiérar- 
chique, comme dans les actes émanés du roi. 

Testes autem supradicte transactionis sive concordie sunt dominus noster Henricus 
rex Anglorum, Philippiis Baiocensis, Rotrodus Ebroicensis , Herbertus Al)rincensis, Hugo 
Dunelmensis, episcopi, Thomas cancellarius régis, Ricardus de Hugmeth, Guiilelmus 
Fiiius Haimonis , et alii multi qui huic negocio interfuerunl. 

2. Le prieuré de Virei. 1162. — En 1162, entre les moines de Savigni et 
les héritiers de Renouf de Virei, il fut convenu que les biens attribués au 
prieuré fondé par ledit Renouf seraient dévolus à l'abbaye de Savigni. Les 
conditions de la dévolution furent consignées dans une charte de Raoul de 
Fougères, datée de Fougères en 1162, dont l'original nous a été conservé ('*' 
et qui est transcrit dans le Cartulaire de fabbaye, sous le 11° 533. Aussitôt 

'■' Charte de l'abbaye de Ramsey, p. lo. '^' N° loo de notre Recueil. La charte confir- 

'*' Charte de l'abbaye de Marmoutier et du matlve du roi ne nous est pas parvenue, 
prieuré de Bohon, p. 24- ''' Archives nationales, L. 967. 

6. 



/i/i 11. DOCUMENTS SERVANT À PKÉCISEU LES DATES. 

après, la même année, par charte datée de Domlront, Henri II confirma ou 
homologua la convention en termes idenllcjnes à ceux de l'acte dressé à 
Fougères •). La parité des deux textes est sulhsamment étahlie par la façon dont 
une phrase a été modifiée par suite de la convenance de nommer les anciens 
propriétaires à côté des nouveaux : 



CHARTE DE RAOUL DE FOUGÈRES : 

De lus aiitoin possessionilnis que mona- 
chis Savigneii remanerent istas propriis uuvi 
designari vocabulis. 



CHARTE DU ROI • 

De his auteni possessionibns quas monachi 
Vireii possidere solebanl, quas et monachi 
Savigneii a modo possidehunt, iste debknt 
propriis designari vocabulis. 



Le texte de l'homologation a été apporté au roi tout préparé pour recevoir 
à Domfront l'addition des formules finales et l'apposition du sceau. 

3. L'église de Ravenoville. ii64. — D'ordinaire, la confirmation des 
conventions et des accords suivait à bref délai la conclusion des conventions et 
des accords; mais, par suite de circonstances que nous ne pouvons pas deviner, 
il a dû parfois s'écouler un certain temps entre les deux opérations, et il 
serait téméraire de poser comme une règle absolue que la date de l'homolo- 
gation est toujours très voisine de la date à laquelle l'affaire a été conclue 
entre les parties. Voici un exemple qui montre que la règle doit être appliquée 
avec prudence et réserve. 

Deux frères, Henri du Neubourg et Robert du Neubourg, étaient convenus , 
pour mettre fin à un litige , d'abandonner à l'abbaye de Blanchelande l'église 
de Ravenoville. La cession en fut faite en présence de l'évéque sous forme de 
don et constatée comme telle dans une sorte de procès-verbal ayant la forme 
d'un cirographe. Elle fut aussi l'objet de quatre chartes rédigées au nom de 
l'évéque et de trois chevaliers qui avaient assisté à l'accord, peut-être en qua- 
lité d'amis ou d'arbitres. Ces quatre chartes, ou du moins celle de l'évéque (^^ 



'"' L'original de la charte du roi est aux Ar- 
chives nationales, K. 2/4, n" 8'. Une reproduc- 
tion phototypique s'en trouve dans la brochure 
que j'ai pubhée en 1907, sous le titre de : Les 
formules reœ Angloram et Dei graiia rex An- 



glorum. Cette charte est copiée dans le Cartu- 
laire de Savigni, n° 532. 

'^^ La charte de l'évéque mentionne l'inter- 
vention des seigneurs en ces termes : « pro Dei 
amore et venerabilium parrochianorum nostro- 



PIECES D'ARCHIVES. 45 

reçurent la date de i iG/j. Les religieux crurent devoir soumettre l'accord à 
la sanction royale. L'homologation en fut accordée, sur le vu du cirographe 
et de la charte de l'évêqiie. Mais ce serait une erreur de classer l'homologation 
à la même date que l'accord, soit i i 64 ou i i 65. La charte du roi(^), en effet, 
ne saurait être antérieure à i i 68 , puisque l'un des témoins est « Stephanus, 
electus Redonensis », et que cet Etienne de Fougères monta seulement en i i 68 
sur le siège de Rennes, comme l'ami de ce prélat, Robert de Torigni ('^), l'a 
soigneusement noté dans ses annales : « M.C.LXVIII : Stephanus de Filgeriis, 
capellanus régis Henrici, factus est episcopus Redonensis ». 

J'ai tenu à entrer dans ces détails qui nous font bien connaître le système 
des fines, et qui nous montrent que l'homologation n'était pas toujours obtenue 
immédiatement après la conclusion de l'affaire. 

4. La prévôté de Genest. i i66. — Les moines du Mont-Saint-Michel con- 
statèrent par une notice l'abandon que Ruallon de Genest leur lit, le 12 juillet 
1 166 , de la prévôté de Genest. En voici les premiers et les derniers mots 
d'après l'acte original conservé aux Archives de la Manche ^^^ : 

Innotescat universis. . . quod Ruall[onus] de Genecio renuntiavit in universum préfec- 
ture Genecii . . . 

Acta est siquidem hec eadem conventio assensu et consilio domini régis Henrici secundi. 
Actum publiée in capituio Montis, un idus julii anno dominice incarnationis ]V1°C°LX°V1'', 
regni vero predicti gloriosi régis Anglorum XI. Testibus : Willelmo de Sancto Johanne, 
Gisleberto de Camp[ellis] ,Radulfo de Peterellis , Ricardo de Veimo, Radulio de Humm[etis], 
Hugone Bigoto, Ricardo de Bosco, Math[eo]. 

Le lendemain, 1 3 juillet, l'accord fut confirmé par une charte royale datée 
« apud Eulgerias in exercitu » , et qui fut transcrite dans le Cartulaire de l'ab- 
baye, au fol. 122 v", avec addition de l'année de l'incarnation 1166, la 
1 1^ du règne. 

rum Henrici de Novo Burgo, Radulli de Haia, en is'yi par les soins de l'abbé Thomas; table 

Engelgeri de Bohun, Willelmi de Aurea Valle dont il y a une copie à la Biblioth. Nat. , dans 

preclbus». Les archives delà Manche possèdent le ms. français ^goo bis, fol. 1 1 i-iôg. 
la charte de l'évêque et celle d'Enjuger de *'^ N° 180 de notre Recueil. 

Bohon. Les chartes de deux autres témoins sont ^*' T. II , p. 2. 

mentionnées dans la table du Cartulaire rédigé <*^ N" 162 de notre Recueil. 



'i(') II. DOCl MKNTS SKIW V\'r V PUKCISKK LKS DATES. 

Les moines du Mont Saint-Michel se lirent donner, un peu plus tard, par le 
roi une autre conruinalion de la transaction conclue avec Ruallon de Genest. 
('ette seconde conlirmatlonC^ datée de Reading, ne fut expédiée qu'après le 
retour du roi en Angleterre (i i 70). 

5. Redevance sur une vUjne des environs de La Flèche. Vers 1 166? — Dans 
une séance de la cour du roi et de la reine Aliénor tenue à Angers, peut-être 
en 1 166, un accord, au profit de l'abbaye de Saint-Aubin, fut conclu au 
sujet d'une redevance assise sur une vigne des environs de La Flèche. Il est 
bien probalile (jue l'accord fut fobjet d'une homologation; mais je ne le con- 
nais (jue par deux notices ('^), dont l'une a la forme d'un cirographe. 

Et res et racio postulat ut quidquid memoria dignum agitur litteris commendetur. No- 
verint igitur présentes et futur! (juod Gaufridus filius Guarini de Molnah, quando Johan- 
nem clericum, fratrem suuin, iu ecclesia Beati Albini monachum fecit, quatuor sextarios 
frumentagii^^' quos prior Sancti Thome de Fissa''^', de quadain vinea que erat ad Borche- 
Yrei(5) ei singulis annis reddebat, . . .eidem ecclesie perpetuo possidendum in eiemosinam 
dédit . . . 

Prefato autem Gaufrido t^' xiarn universe carnis ingresso et juxta ecclesiam sepedicti 
Albini honorifice huniato, quidam homo, dictus Harduinus Culfarin, sororius defuncti 
Gaufridi ^'^ supradictam eiemosinam calumpniari et monachos inde insectare cepit; sed 
in curia excellentissimi régis x\ngiorum Henrici et venerabilis regine Alienoris adjudi- 
catum fuit Andegavis quod elemosina supradicta légitima erat et nuliatenus vioiari de- 
])ebat. 

Quo audito, Harduinus eiemosinam quam Gaufridus donaverat^^' gratanter concessit et 
se eam monachis, quoad viveret ('■•), contra omnes homines defensurum fideliter promisit, 
videntibus et audientibus istis : Ysembardo priore, Hylario priore de Fissa, Herberto hospi- 
ciario, monachis, Hugone de Cleeriis, Rainaldo Rufo, Hugone de Turonis, Chalone prepo- 
sito Andegavis, Rainaldo de ^'ool et pluribus aliis. 

Quod'^"' ut in posterum ratum sit et inviolabile, munitum est cyrographi particione. 

('' N° 2 55 de notre Recueil. universe ingresso^ et juxta ecclesiam sepedicti 

'■^ Voir la page suivante. Albiiii humato. 

<*' Un second exemplaire ajoute : cuin qua- ''^ Gaufridi. Omis. 

taor denariis de censu. '*' Quam Gaufridus donaverat. Omis. 

'*^ Prior de Fissa. '^' Quoad viveret, se conservaturam fideliter 

(*' Bore Chevrel. promisit. 

'*' Jam dicto siquidem Guarino viam carnis ''"' Omission de cette phrase finale. 



PIECES D'ARCHIVES. /iV 

La première notice est aux archives de la Sarthe, et le texte en a été publié 
dans l'édition du CartaJaire de Samt-Aiibin donnée par le comte Bertrand de 
Broussillon, t. II, p. 25o-25i. 

Il doit exister un exemplaire de la seconde notice, qui était jadis dans la 
Collection Le Tellier, et qui m'a été communiqué en i853 par Vrain Lucas. 
Cette seconde notice, écrite quelque temps après la première, présente des 
variantes avec un texte indiqué au bas de la page précédente; elle ne contient 
pas la mention du cirographe, au lieu et place duquel on lit, sur le même 
feuillet de parchemin, la notice d'une autre donation faite à Saint- Aubin par 
un autre bienfaiteur et commençant par ces mots : 

Item niemorie sequentium notandum est quod quidam miles, nomiue Chalopinus de 
\alle, habitum monachi in ecclesia Beati Aibini suscepit et in presentiarum ci in eiemo- 
sinam dédit videlicet decimam terre que est inter duas vias prope Fixam . . . 

J'ai publié le texte de la seconde notice en 1890, dans les Instructions 
adressées par le Comité des travaux historiques , fascicule intitulé Littérature la- 
tine et histoire du moyen dcje, p. 35, n'' 17. 

6. Une métairie de Saint- Aubin d'Amjers. — Les conditions d'un accord 
conclu entre l'abbaye de Saint-Aubin et les frères Mathieu et Guichard de La 
Jaille sont énoncées dans un procès-verbal rédigé au nom de Henri II , qui est 
daté de la cour du roi à Angers, le jour des Hameaux 1167, indiction XV (^^. 
L'homologation ou confirmation de l'accord a donné lieu à l'expédition d'une 
charte royale libellée dans le style officiel de la chancellerie et portant pour 
seule date les mots : « apud Andega\dm ». La charte d'homologation doit avoir 
été rédigée en même temps que le procès-verbal ; dans aucun cas , elle ne sau- 
rait lui être antérieure. Le procès-verbal et l'acte d'homologation doivent donc 
être du jour des Rameaux 1167, c'est-à-dire du 2 avril. On ne peut pas sup- 
poser que nous sommes ici en présence d'une date indiquée suivant le 
système de comput plaçant à Pâques le changement annuel du millésime, ce 
qui nous reporterait au 2^ mars 1 1 68, millésime auquel ne conviendrait pas 

'"' Copie de Gaigniéres, nis. latin 1712G, Broussillon, t. H, p. iBy. n"' 171 et 172 de 
loi. 109; Cartiil. de S. Aubin, éd. Bertrand de notre Recueil. 



/i8 11. DOCUMENTS SERVANT À PRÉCISER J.ES DATES. 

rindiction XV. D'ailleurs, ce que Robert de TorlgniO nous rapporte des faits et 
gestes de Henri II au commencement de l'année i iG8 ne se concilierait pas 
avec la présence de Henri H à Angers pour célébrer la fête de Pâques, i i 68 : 
le jour de Noël, par lequel la cour anglaise commença l'année i 168, c'est- 
à-dire le 2 5 décembre i 1 (> 7 de notre manière de compter, le roi était à 
Argentan; peu après il alla réprimer la révolte de plusieurs barons du Poitou 
et s'emparer du château de Luzignan , d'où il se rendit , à l'octave de Pâques 
(du i«^ au 7 avril 1 1G8), dans le Vexin, entre Paci et Mantes, pour conférer 
avec le roi de France , après quoi il dirigea une campagne ayant pour but la 
conquête de la Bretagne. Il n'est donc guère possible que le roi ait célébré 
la fête des Rameaux à Angers le 3 1 mars 1168. 

D'un autre côté, il n'est pas aisé de concilier la présence de Henri II à 
Angers le jour des Rameaux de l'année précédente (2 avril 1 167) avec les 
affaires dont le roi parait avoir eu à s'occuper au commencement de cette 
année. Si Robert de Torigni(-) a été bien informé sur les déplacements de la 
cour à cette époque, après avoir célébré les fêles de Noël à Poitiers, Henri II 
dut se rendre à Rouen avant le carême, qui commença le 22 février, puis, au 
cours du carême, il eut une conférence à Grammont avec le comte de Tou- 
louse, pour aller ensuite, après Pâques (9 avril), ravager les états du comte 
d'Auvergne. 

Il me paraît cependant bien difficile de ne pas accepter le témoignage du 
procès-verbal de l'accord conclu à Angers, le 2 avril 1 1 67, et j'en suis venu à 
me demander s'il y a eu une campagne d'Auvergne en 1 1 67. Ce que Robert 
de Torigni dit à ce sujet ne se rapporterait-il pas à l'expédition que l'annaliste 
de Saint-Aubin d'Angers (^) a enregistrée sous l'année 1 166 : « Henricus rex 
Arvernos rebelles adortus est multaque eorum castelia et vicos succendit et 
destruxit ». 

Ce qui me semble certain , c'est que l'accord conclu à Angers entre les 
moines de Saint-Aubin et les frères de La Jaille doit être pris en considération 
par les historiens qui voudront fixer la chronologie de certains événements de 
l'année 1167. 



'') T. II, p. 1, A etb. — t') T. I, p. 362 et 363. — (^' Chroniques des églises d'Anjou. 
p. 4o. 



PIECES D'ARCHIVES. 49 

7, Rente assise sur le domaine de Cramplon. 1169. — Henri II confirma 
une charte par laquelle deux chevaliers de l'A^ranchin, Guillaume et Robert 
de Saint-Jean, avaient donné à Tabbaye de Fontevrault une rente de 1 o livres 
d'esterlins, à prendre sur leur manoir de Crampton, du vivant de leur mère, 
à qui ils en avaient assuré la jouissance viagère , mais il était entendu qu'à la 
mort de cette dame la rente serait réduite à trois marcs d'argent. Nous avons 
la charte du roi qui confirme les droits ainsi accordés à l'abbaye. 11 est pro- 
bable que les frères firent deux chartes qui furent remises l'une à la mère, 
l'autre à l'abbaye; nous n'avons pas la seconde, mais la première nous est par- 
venue sous la forme d'une lettre à T. (^', archevêque de Cantorbéry et à Hilaire, 
évéque de Chichester : 

T., Dei gi'atia Cantuariensi archiepiscopo, et Hilario, oadem gratia Cicestriensiepiscopo, 
et omnibus prelatis sancte Ecclesie omnibusque fidelibus suis francis et anglis, Willelmus 
de Sancto Johanne et Robertus, frater ejus, salutem. Sciatis nos concessisse matri nostre 
C. manerium nostrum de Contona, in omni vita sua habere''^), honorifice et libère et 
quiète, [sahis] omnibus servitiis nobis pertinentibus. His testibus sciiicet : Ricardus 
Constantiensis episcopus, magister Ricardus archidiaconus, et Ricardus de Ha[ia], et Gis- 
iebertus de Canpellis, et Tomas de Sancto Pancracio^'')? 

La confirmation royale est, elle aussi, adressée à Pévèque de Chichester, 
mais sans que le nom du prélat soit énoncé. La charte des donateurs contient 
en toutes lettres le nom de Hilarius Cicestriensis episcopus, et, grâce à cette in- 
dication, nous savons que la confirmation a été faite, comme la donation, du 
vivant d'Hilaire, évéque de Chichester, c'est-à-dire au plus tard en 1 169. 

Une autre charte se rapportait à la donation de Guillaume de Saint-Jean. 
Quelques années plus tard, ce seigneur avait perdu sa mère et pouvait à lui 
seul régler les affaires du manoir de Crampton. Se conformant aux volontés 
de sa mère , il délivra aux religieuses de Fontevrault une charte qui leur assu- 
rait une rente de trois marcs d'argent sur le domaine de Crampton. Ce nou- 
veau titre remplaçait pour elles la charte qu'elles avaient reçue lors de la 
donation primitive; elles en sollicitèrent et obtinrent la confirmation non seu- 
lement par le roi Henri II, mais aussi par le prince héritier (^) qui, faute de 

'^ Cette initiale désigne-t-elle ïhibaud, <*' Copie du secrétaire do Gaignières, ms. 

mort en 1161, ou le célèbre Thomas Becket:' latin 548o, t. I, p. 266. 

'*' ffabendam? (*> ^'oir plus loin le chap. VIII, 

CHARTES ET DIPLOMES. — IV. 7 

IMPJIMEIÏIE NATIOSALE, 



50 II. DOCLME.MS SEUX AM A PKKCISEli LKS I) \TKS. 

mieux, devait se contenter de faire lioniologuer par son chancelier les actes 
de privilège ou de concession accordés par son père. 

8. La terre de lireilevUle-VOrcjueiUcuse. 1171? — J'enregistre ici , à la date 
liypothéticpie de 1171, proposée par le Uév. Eyton (p. 1 58), les deux chartes 
relatives à la façon dont les religieux de Saint-Etienne de Gaen devaient jouir 
des donations que Renouf, vicomte de Bayeux, leur avait faites du temps de 
Guillaume-le-Con(|uérant. Les deux chartes, conservées en original aux Ar- 
chives du Calvados, ont été rédigées dans les mêmes termes et datées de la 
même localité, Quevilli, au diocèse de Rouen. Voici la liste des témoins de la 
charte du roi : 

Testibus : Giileberto episcopo Lundoniensi , Ricliardo archidiacono Pictaveusi, Johanne 
archidiacono Bathoniensi, Willeimo de Mandevilla comité de Essexa, Wiileimo comité 
de Arundel, Ricardo deLuci, Hugone de Longe Campo, Reginaldo de Curtenai, RanduHo 
deCdanvillaf». 

La charte du comte de Ghester omet le nom de deux témoins qui figurent 
dans la charte royale (Jean, archidiacre de Bath, et Richard de Lucé), mais 
elle en mentionne neuf qui ne sont pas nommés dans la confirmation du roi : 

Waleranus archidiaconus Baiocensis, raagister Radulfus de Tam[esworda] , Johannes de 
Wavreio, Hachet de Ridefort, Randulfus de Grandi Valle, Gaufridns de Constant[iis] , Ro- 
gerus de Livet, Germanus scriptor régis, et Willehims clericus meus. 

L'avant-dernier de ces noms doit désigner un clerc de la chancellerie 
royale ; la plupart des autres appartenaient sans doute à la maison du comte 
de Ghester. 

9. La forêt de Bivoie. 1172. — Ici, sous la date de 1172, peut se placer 
un accord conclu à Saint-Lô, au sujet des droits respectifs de l'abbé du Mont- 
Saint-Mlchel et de Guillaume de Saint-Jean sur la forêt de Bivoie. 11 est cer- 
tain qu'une charte d'homologation fut faite en même temps que le double 
cirographe dressé au nom de l'abbé Robert de Torigni(^). Ge qui autorise à le 

''' N° 276 de notre l\ecueil. dans mon édition de Robert de Torigni, t. It, 

'^' Le texte des deux cirographes a été publié p. 3o3 et 3o5. 



PIÈCES D ARCHIVES. 51 

supposer, c est que le second cirographe mentionne l'existence de ia confirma- 
tion scellée au nom du roi et la présence de dix témoins qui suivaient habi- 
tuellement les déplacements de la cour, en qualité de témoins : 

Hec autem concessio facta est Henrico, rege Anglorum duce Normannorum et Aquita- 
iiorum et comité Andegavorum, présente et assensum prebente et munimine sigilli sui 
auctoritate confirmante, présente etiam Henrico filio ejiis rege Anglorum duce Norman- 
norum et comité Andegavorum, et assensum suum prebente, presentibus omnibus istis : 
Engelgero de Bohun, Jordano Taisson, Roberto Bertran , FulconePaganello, Willehno de 
Humetis, Wilielmo de Corceio, Jordano de Humetis, Engerano de Huraetis, Thoma de 
Cohmciis, Eudone Filio Ernesii, baronibus. 

Ce qui me semble tout à fait décisif, c'est que le second cirographe , celui 
qui mentionne la confirmation du roi, paraît bien avoir été tracé de la main 
d'un des écrivains habituels de la chancellerie royale. 

10 et 11. La maison de Geroud Maaclerc , à Rouen, i i ^ô-j i 7G. — Deux 
chartes du roi font connaître les conditions auxquelles Gautier de Saint-Valeri, 
archidiacre de Rouen, tenait à titre d'engagement une maison et un terrain sis 
à Rouen, qui avaient appartenu à Geroud Mauclerc. Toutes les deux doivent 
être des années 1 1 ^5 et 1 1 76, époque à laquelle farchidiacre prenait des me- 
sures pour assurer ses droits sur les immeubles qui avaient appartenu à Geroud 
Mauclerc, ce que prouvent deux chartes à date certaine, la première relative 
à un prêt fait le 2 3 juin 1 1 76 ('), la seconde mentionnant un payement devant 
s'effectuer avant la Pentecôte 1 iqq^^^ 

La date des deux lettres de Henri II se rapportant aux mêmes opérations 
peut être rigoureusement fixée. La première de ces deux lettres ('^ a pour objet 
une somme de 20 marcs d'argent qui, dans le règlement de la succession de 

' «... Walterus de Sancto Walerico accom- vadimonium in vigilia beati Johannis Baptiste, 

modavil Petio Filio Richeude, super domuni anno ab incarnatione Domini M" C°LXX° V". » 

que fuit Geroidi Mali clerici , 12 li])ras andega- Carlul. de la cathédrale de Rouen, n" 182, 

vensium . . . Tali autem pacte factura est fol. 1 1 o v°. 

vadium quod qpicquid Walterus expenderit in ^^ « , . . et 36 Hbras andegav. pro novis edi- 

operibus et reedificatione predicte domus, vel liciis, infra Pentecosten anno ab incarnatione 

si combusta fuerit vel aliter destructa, et eam Domini MCLXXVH. » Ibid. , n" i83, fol. 111. 
de novo reedificaverit , expenseet totum super- '^' N" 827 de notre Recueil, d'après le Car- 

factum ei computabuntur . . . Factum fuit hoc tulaire de l'église de Rouen. 



52 II. DOCUMENTS SF.RVVNT A PUKCISlvU LES DVTES. 

Geroiid Mauclerc, avait été assignée à Gautier de Saint- Valeri. Elle est datée 
du château de Bur, où le roi se trouva au conimencenient du mois d'avril 
pour recevoir la soumission de son lils Henri; elle est souscrite par trois té- 
moins, Rotrou archevêque de Rouen, Henri évoque de Bayeux et le comte 
Henri de Manneville, qui, tous trois, étaient à Bur, le i^'" avril, aux côtés de 
Henri II, à qui ils garantirent la iidélité du jeune roi(^). 

Dans la seconde charte de Henri U.^-\ il est question de bâtiments que Gau- 
tier de Saint-Valeri avait fait ou devait faire construire sur le terrain de Geroud 
Mauclerc. Or, nous aAons une charte du maire et des pairs de Rouen se rap- 
portant à ces nouvelles constructions, à l'occasion desquelles les Ids de Geroud 
devaient acquitter, au plus tard à la Pentecôte 1177, une somme de 36 livres, 
comme on l'a vu dans une note précédente. Il est assez vraisemblable que 
l'engagement de faire ce payement fut pris un peu avant 1177, soit en 1 176. 
Or la charte de Henri II (n° 33 1), qui fait allusion aux nouveaux bâtiments 
des terrains de Geroud Mauclerc, est datée de Feckenham^-^), et nous savons 
qu'en 1 176, Henri II résida à Feckenham^'*), où il eut une conférence avec 
Guillaume, roi d'Ecosse, au sujet d'un meurtre commis par Gilbert Fils de 
Fergus ('). C'est donc à l'année 1176 qu'il faut rapporter la seconde des 
chartes de Henri II relative aux immeubles de Rouen sur lesquels Gautier 
de Saint-Valeri avait des droits à exercer. 

12. Les églises de Gouville et de Quetireville. Vers 1 180. — Grâce à un 
rapprochement de chartes concomitantes, nous pouvons arriver à dater très 
approximativement, aux environs de l'année 1 1 80, la confirmation par Henri Il(^^ 
d'un accord conclu au sujet de deux églises du diocèse de Coutances, Gou- 
ville et Quettreville , litigieuses entre l'abbaye de Savigni et GeofïVoi de 
Montfort. Nous avons, d'une part, deux actes dans lesquels sont indiquées les 
conditions de l'accord, l'un émané de Philippe , évéque de Rennes , le second de 
Geoffroi de Montfort, et, d'autre part, l'homologation de l'accord par le roi 

''^ N° 326 de notre Recueil, d'après une Barentin dixit ex parte régis quod missuni fuit 

lettre recueillie par Raoul de Dicet , 1. 1 , p. 4oo. ad Fekeam ... ». Pip. xxii H. Il, p. 200. 

'"' N'SSi. '^' «Rex circa festum sancti Dionysii venit 

•^' En 1 176, le roi y fit porter du vin pour usque Fecheham, et ibidem venit ad eum Wil- 

la dépense de son hôtel : «In custamento et lelmus rex Scolie ». Gesla //enn'ci, 1. 1, p. 126. 

cariagio ducendi vinum quod Alexander de '' N" ^79 de notre Recueil. 



PIECES D'ARCHIVES. 5:^ 

Henri II, datée de Valognes. L'homologation a été expédiée en présence d'Onfroi 
de Bohon, qui mourut peut-être en 1 182. C'est là une indication bien vague. 
Heureusement, les deux actes qui ont précédé la ratification sont beaucoup 
plus instructifs. La charte de Geoffroi^') nous apprend que l'accord a été fait 
en présence de Geoffroi, évéque de Rennes, dont fépiscopat fut de courte 
durée, de 1 179 à 1 181. De plus, la lettre de l'évéque^^) se termine par une 
longue liste de témoins, parmi lesquels on remarque : Geoffroi, abbé de 
Mellerai, au diocèse de Nantes, de 1 177 à 1 192 suivant la Gallia Christian a'^'^)\ 
Hamelin, trésorier de féglise de Rennes, cité à la date du i3 janvier 1 182^^'; 
Guillaume Privé, abbé de Saint-Melaine de 1161 à 1 180^^). Nous ne nous 
éloignerons guère de la vérité en classant la charte d'homologation aux environs 
de 1 180; ce qui s'accorde assez bien avec la date de Valognes mise au bas de 
la pièce. Henri II dut, en effet, venir plusieurs fois en 1 180 dans la ville de 
Valognes, comme le font voir plusieurs articles de dépense insérés dans le 
Grand rôle de l'Echiquier de Normandie en 1 i8o(''^. 

13, La maison de Gautier de Coutances à Rouen. Vers 1 180. — Par deux 
chartes passées, l'une devant l'archevêque et plusieurs dignitaires de féglise 
de Rouen, l'autre, devant Barthélemi Fergant, maire de Rouen, dans une as- 
semblée de la commune, Havvise, femme de Bernard Comin, et leurs en- 
fants, vendirent à maître Gautier de Coutances les droits qu'ils avaient sur une 
maison ayant appartenu à Raoul Fils d'Etienne. Henri II, par une charte datée 
de Windsor, ratifia cette vente, qui, disait-il, avait été faite coram justiciis 
meis et communia Rothomagi. Voici en présence de quels témoins fut expédiée 
la charte de ratification : 

Testibus : Ricardo Wintoniensi, Gaufrido Eliensi episcopis, Willelmo de Humetis 
constabulario, Rogero Le Bigot, Stephano de Toronis senescailo Andegavie, Rannulfode 

''' Cartul. de Savigni, n" i^g. 2 s., per brève régis. » Rot. Scacc. Norm., t. I, 

''' Cartul. de Savigni, n° 198. p. 18. — « Pro vi toneliis vinl portandis a Ca- 

(3) rj, ^jy^ j,qJ gg3 domo usque ad Valoniasetad Cesaris Burgum, 

'•^ Cartul. de Savigni, n° 387. 60 s. et 11 d., per brève régis.» Ibid., p. 01. 

'•"' Gallia christ., t. XIV, col. 774. — a Pro ducendis 34 toneliis vini de Ande- 

''^ i Pro vinis régis adducendis de Andegavl gavi ad Argentemum, et inde ad Burum et 

ad Argentomum, et pro 11 toneliis ejusdem Cadomum et Valonias et Cesaris Burgum. . . » 

vini portandis de Argentomo ad Valonias, 17 1. Ibid., p. 3g. 



54 



II. DOCl MKN'rS SKinWT \ PRKCISI'.R LES I) \TES. 



(liuiivilla, (iaiilVicIo de l'erlica, Saihorio de Quiiici. Uogero de Stutevilla, Michaele Belet, 
\\'ill('liiio de Beiulenp[isj. Apud \N indesorani ''\ 

Sur celle charte a été calquée, eu préseuce d'une partie des mêmes té- 
moins, et notamment de Guillaume du Ilommet, une autre confirmalion 
émanée du jeune roi Henri, lils de Henri lli'^), et qui, comme la cliarle du 
père, rappelle la vente faite coram Justiciis palris mei cl communia RoUiommji. 

La date de ces deux chartes doit être fixée à Tannée 1 180 ou environ; en 
lout cas, elle est au plus tôt de Tannée 1 180, puisque Tun des témoins est 
Guillaume duHommet, connétable de Normandie. Il était important de bien 
fixer cette date , pour écarter la thèse émise par M. Round, qui prétendait que 
les deux chartes étaient de Tannée 1 1 76, et, par conséquent, que Barlhélemi 
Fergant était maire de Rouen au plus tard dès Tannée 1 175, de sorte que, 
dès 1 175, la commune de Rouen aurait reçu son entière organisation (^), ce 
qui est contraire à la tliéorie de Giry sur les origines de cette commune. 

Je me suis permis de ne pas accepter les yeux fermés une théorie à laquelle 
M. Round a attaché une certaine importance, puisqu'il a consacré deux pages 
et demie de sa préface (p. xxii-xxiv) à la soutenir, en regrettant d'avoir à contre- 
dire les meilleurs diplomatisles français (^). L'origine de Terreur que je dois 
relever est facile à recomiaître. M. Round , pour prouver que Barlhélemi Fer- 
gant était maire de Rouen en 1175, a invoqué une charte (•■) qu'il croyait être 
de cette année, mais qui est au plus tôt de la fin de Tannée 1 179 puisque 
Guillaume du Hommet, connétable de Normandie, y est nommé parmi les 
témoins. 

Ce qui a contribué à troubler M. Round, c'est d'avoir indûment fait inter- 
venir dans Taffaire une charte du roi relative à Gautier de Coutances, mais 
tout à fait étrangère à la vente de la maison de Rouen, puisqu'elle a pour objet 



''^ Cartul. de l'église de Rouen, n°' 87 et 
168. — N° 43i de noire Recueil. 

**^ Cartul. de l'église de Rouen, n" 167. 

*'^ « Having dated the above royal charters , 
we can now assert that thèse Rouen documents 
cannot be later than 1 176, which carries back 
the mayoralty of Bartholomew Fergant and 
ihe full communal organisation to that date, » 
l\ound, p. XXIII. 



''' « In spite of the great and just réputation 
of French scholars in Diplomatique and in the 
fact that the archivistes are trained in the 
Ecole des chartes, the editor has felt compel- 
led to dilTer, as to the dates of some docu- 
ments, not only from thèse skiiled officiais, 
but from some of the greatest authorities in 
France. » P. xxvii. 

'^^ Cartul. de l'église de Rouen , n"' 86 et 1 70. 



PIECES D'ARCHIVES. 



55 



le don fait à Gautier de la chapellenie de Blytlie. D'ailleurs, en citant cette 
charte (p. 7, n° 3o), il a commis une inexactitude : il a mutilé le texte du 
Cartulaire de l'église de Rouen, qui porte, au fol. 100 : Testibus . . . Ricardo 
Wintoniensi, G. Eliensi electis, et non pas, comme on lit dans l'édition : 
Ricardo Wintoniensi electis, le nom de G. Eliensi ayant été omis par suite 
d'un accident, qu'a singulièrement réparé la note ajoutée à propos du mot 
electis : rectius electo. 

Pour fixer l'époque à laquelle Barthélemi Fergant a commencé à être maire 
de Rouen , il convient de mettre en ligne une charte dont j'ai déjà fait usage 
(p. 52), et que je pubhe au bas de cette page^^). On y peut voir que Barthé- 
lemi Fergant était déjà maire de Rouen quelque temps avant l'octave de la 
Pentecôte 1177, c'est-à-dire avant le 1 9 juin 1177. 



14. Le prieuré de Lehon. 1182. — Deux chartes de Henri II(^) ont trait, 
l'une à la cession du prieuré de Lehon que les moines de Saint-Magloire de 
Paris firent à l'abbaye de Marmoutier, l'autre au différend qui s'éleva à focca- 
sion de cette cession entre les moines de Marmoutier et l'évêque de Saint-Malo. 



''^ « Sciant omnes présentes et futuri quod, 
in presenlia Bartholomei Fergant, qui lune 
erat major communie Rothomagensis et pa- 
rium ipsius civitatis, présente et concedente 
Bernardo de Sanclo Walerico, domino feodi , 
talis facta est conventio inter Waiterum de 
Sancto Walerico, Rothomagensem archidiaco- 
num , et fdios Geroidi Mali clerici , de vadio 
quod Reinaldus de Sancto Walerico, pater ip- 
sius Walteri archidiaconi , habebat super do- 
mum de atrio Sancte Marie, que fuit predicti 
Geroidi, et de novis edificiis que ipse Walterus 
fecit in predicto feodo , quod videlicet prefatus 
Walterus archidiaconus , prece proborum ho- 
minum, clamavit eis quietas sex marcas argenti 
de viginti marchis supradicti vadii, tali pacto 
quod ipsi fllii Geroidi Malclerc redderent eidem 
Waltero archidiacono quatuordecim marchas 
pro prenominato debito, et xxx et sex libras 
andegavensium pro novis ediliciis, infra oc- 
tabas Pentecosten anno ab incarnatione Do- 



mini M° C° LXXVII", tali interposita conditione 
quod, si xiiii marcas argenti et xxx et vi libras 
andegavensium ad predictum terminum ei red- 
ditas non Jiaberent, quod predictas xx marcas 
ei deberenl intègre cum prefatis triginta et 
sex libris andegavensium. Sclendum est pn;- 
terea quod computandum remansit quicquid 
idem Walterus archidiaconus expenderat in la- 
pidée domus reparatione. Testibus Ivone de 
Veteri Ponte, Rothomagensi archidiacono, 
Johanne Filio I^uce, et Gisleberto nepote epl- 
scopi, canonicis, et Waltero de Wassunvilla, 
presbitero Sancii Hylarii, Guidone de Sancto 
Walerico, Ansello de Vivario, Guidone Parvo, 
Waltero Filio Geroidi, Barlholomco Batalle, 
Stephano Filio Radulfi Filii Urselini , et Radulfo 
fratre suo, Anselmo Parcario, et Alexandro de 
Barentin et alils pluribus. » (Cartul. de l'église 
de Rouen, fol. iii,n° i83.) 

(*) ]\<» 44o et 441 de notre Recueil , d'après 
des copies de Dom Martène. 



56 II. DOCLMKNTS SKUVAiNT A PRKCISER LKS DATKS. 

Toutes les deux sont datées de Chinon et sont attestées par les mêmes 
témoins. 

Testibus : ina<;istro Waltcrio de Constanciis archidiacono Oxoniensi, Willelmo Painel 
archidiaconoAbrincensi,Pan do I\ove[cest]er arcliidiacono, Johanne ihosaurario Lexovionsi, 
Stepliano de Turoiiis senescallo Andegavensi, Willelmo de OstiUeio, Willelmo de Vou. 

L'accord avec l'évèque de Saint-Malo a été consigné dans une charte du 
prélat (|ui annonce la présence des mêmes témoins que les deux chartes du 
roi, en y ajoutant, entre autres noms, ceux de Henri duc de Saxe, et de 
David roi d'Ecosse. Ce qui lui donne un prix particulier, c'est qu'elle nous 
fait connaître en quelle année l'affaire fut réglée à la cour du roi dans la ville 
de Chinon : « Actum est hoc apud Chainonum, in presentia domini Henrici, 
illustris régis Anglorum, anno ab incarnatione Domini M. C. LXXXU, sub his 
testibus , in plenaria curia donaino régi Anglie assistentibus. 

15. Les coutumes de Montsoreau. i 182. — Du même temps que les deux 
chartes du prieuré de Lehon doit être la charte, également datée de Chinon, 
par laquelle Henri II confirma l'accord conclu entre l'abbaye de Fontevrault 
et Guillaume de Montsoreau (^). La présence des témoins est ainsi annoncée 
dans la confirmation : 

Testibus : Radulfo Andegavensi episcopo, Ricardo comité Pictavensi, et Gaufrido co- 
mité Britannie, et Gaufrido cancellario, filiis meis, magistro Gualtero de Constanciis 
archidiacono Oxenefordensi, Godefrido de Luci archidiacono de Derbi, Ricardo vicecoraite 
de Sancta Susanna, Johanne comité Vindocinensi , Stephano de Turonis seneschallo 
Andegavie, Guillelmo Filio Radulfi seneschallo Normannie , Reginaldo de Curtenai, Gau- 
frido Huberli preposito Lauduni, Aimerico de Bernezaio, Hugone Galler., Joisberto de 
Prescineio, Petro Filio Guidonis, Guillelmo de Ostilleio, Guillelmo Rolland, Bartholomeo 
Rolland fratre suo preposito Andegavensi , Nicolao de Sancto Paer. 

La charte de l'évèque d'Angers, clans laquelle sont relatées les conditions de 
l'accord, porte les mêmes noms de témoins, avec la date du 2/1 octobre 1 1 82 : 

Actum est anno ab incarnatione Domini MCLXXXII, indictione xv, epacta xiiii, concur- 
rente un, concurrente decemnovennali v. Data per manum Guillelmi magistri scolarum, 
viiii kalendas octobrist"^), 

C' N' 443 de notre Recueil. — >*> Ms. latin 548o, t. I, p. 423. 



PIECES D'ARCHIVES. 



'0/ 



Il est évident que la charte du roi a dû être expédiée en même temps que 
celle de l'évèque. 

16. Les biens du prieuré de Croth. i i85. — Uue transaction conclue le 
1 9 août 1 1 85 entre l'abbaye de Marmoutier et Simon d'Anet fut l'objet d'une 
charte de Renaud de Mousson, élu évèque de Chartres, qui est datée du 
1 9 août 1 1 85(') et qui a pour témoins : 

J. {con\ Hugone) Dunelmensi, J. Ebroicensi, episcopis, comité Willelmo de Mande- 
villa, R. comité Legrecestrie , Willelmo comité Saresberiensi, Willelmo de Humetis 
constabulario, Willelmo Filio Radulfi senescallo Normannie, Seerio de Quinci, Hugone 
de Creissi. 

La charte qui confirma la transaction (2) fut expédiée à Ivri par devant les 
mêmes témoins. Elle doit être de la même date, c'est-à-dire 1 i85. 

II. Les Pipe Rolls. — Les terres ou les revenus assignés en Angle- 
terre à divers concessionnaires laïques ou ecclésiastiques sont soigneusement 
rappelés sur les Pipe Rolls. Il est très important de noter sur le rôle de 
quelle année se trouve mentionnée pour la première fois la jouissance du 
concessionnaire. Ce doit être l'année de la concession, ou l'année suivante, et, 
si la charte de la concession nous est parvenue, on peut, sans crainte de beau- 
coup se tromper, la dater en lui assignant la date à laquelle l'attribution du 
revenu concédé fait sa première apparition sur les rôles. 

I. Manoir de Kilham donné à l'archevêque de Rouen. 11 55. — La charte 
par laquelle Henri II donna à Hugues , archevêque de Rouen , le manoir de 
Kilham (Yorkshire), en échange du domaine de Gisors, est en original aux Ar- 
chives de la Seine-Inférieure (^). L'échange fut conclu tout au commencement 
du règne. Nous voyons en effet que l'archevêque touchait les revenus de Kil- 
ham pendant les années 11, m et iv du règne, c'est-à-dire déjà en 1 1 55- 1 1 07 ^''K 

''^ «Anne gratie 11 85, 1 4^ kal. septembris. » ''' N" /i de notre Recueil. 

Copie dans le ms. latin 5441, t. I, p. g3, '*^ «In terris datis archiepiscopo Rothoma- 

d'après l'exemplaire original. gensi, Chillun, pro xr. libris blanco. » Pip. 11, 

<*) N° 465 de notre Recueil. /// el iv IL II. p. 26, 86 et i45. 

CHARTES ET DIPLOMES. — IT. 8 



IMpniMCniE NAnOSALR. 



58 II. nOClMENTS SERVANT A I>IIÉ(;ISKH LES DATES. 

La charte de donation est datée de Londres; elle a dû être faite dans cette 
ville à la fin du mois de mars i i 55, lors de la réunion d'évêques (jui se tint 
à Londres peu de temps après le couronnement du roi, au(|uel rarclievéque 
de Rouen avait assisté. 

2. Manoir de Lctcombc donné à l' abbaye de Cl uni. ii55? — Henri II 
donna le manoir de Lelcombe Régis (Berkshire) à l'abbaye de Cluni, comme 
équivalant à la rente annuelle que le roi Henri I*^"^ servait au monastère. L'acte 
de donation nous est parvenu (^^ sous la forme d'une copie contemporaine dé- 
pourvue de la liste des témoins et de la date de lieu. Il doit avoir été expédié 
tout au commencement du règne. En effet, l'abbaye toucha les revenus de 
ce manoir dès la seconde année du règne , comme le marque le Pipe RoU : 
«In terris missis extra comitatum . . . Monachis Cluniaci, 66 1. i3 s. /i d. nu- 
méro, in Ledecumba »'-l J'ai donc classé la charte sous l'année i 1 55. 

3. Rentes sur les manoirs de Lecton et de Radenay données à V abbaye de Fon- 
tevraalt. i i 64- — En i i 64 commence à être inscrite sur les comptes du fer- 
mier des comtés de Buckingham et de Bedford une remise correspondant aux 
rentes que le roi avait données aux religieuses sur les manoirs de Lecton et de 
Radenay (^). Il en faut conclure que la donation avait été faite en ii6/4. 
Or la charte de concession W, dont il y a aux archives de Maine-et-Loire deux 
expéditions originales, est datée de Londres, et l'itinéraire dressé par le Rév. 
Eyton (^) nous apprend c|ue Henri II passa toute l'année i i 64 en Angleterre. 

4. Manoir de Tarenteford donné au comte de Saint-Paul, i i 69. — La charte 
par laquelle le roi donna le manoir de Tarenteford à Anselme Gamp-d'Avène^^), 
c'est-à-dire à Anselme, comte de Saint-Paul, est incontestablement de l'an- 

''' Bibl. nat. , Collection de Bourgogne, et 4 s. , in Lehtona , de dimidio anno. » Pj/o. A' 

vol. 80, pièce 25 1. — C'est le n° g de notre H. II, p. 3o. Pareille mention se trouve sur le 

Recueil. rôle de 11 65 (p. 22), et sur ceux des années 

''' Pi]). II H. II, p. 34. Le même article de suivantes (1166, p. 11, 1169, p. 102, etc.). 

dépense ligure sur les rôles des années 3 et 4 , On la chercherait en vain sur le rôle de 1 1 63. 
publiés dans le même volume que le deuxième ''^ N" i56 de notre Recueil, 

rôle, p. 80 et i23. '^' P. 67-77. 

'^^ « F^t monialibus de Fonte Evraldi, 24 1. '"^^ N" 181 de notre Recueil. 



LES PIPE ROLLS. 



59 



née 1169. Nous en avons la preuve daas le Pipe Roll de cette année et dans 
les rôles suivants , où nous voyons que le revenu de ce domaine lut touché 
par le même seigneur (^) en 1170, 1171, 1172, 1173 et 1175. Ce fut le 
comte Hugues, fds d'Anselme, qui reçut les revenus de Tannée 1176. Les 
auteurs de VArt de vérifier les dates (^) ont placé la mort d'Anselme et l'avène- 
ment de Hugues IV sous l'année 1 174, ce qui cadre parfaitement avec les 
rôles anglais. 

m. Les listes de témoins. — Quand il s'agit de déterminer la date des 
chartes de Henri II, on ne saurait accorder trop d'attention aux listes de té- 
moins , souvent très nombreux , qui remplissent les dernières lignes de presque 
toutes les pièces. 11 n'en sera pas question pour le moment, et je me borne à 
renvoyer à ce qui en sera dit plus loin dans les observations sur les différentes 
parties des chartes. On trouvera, en outre, à la fin de cette Introduction (^), un ca- 
talogue où la plupart des témoins seront identifiés, avec indication de textes fai- 
sant connaître l'époque à laquelle ils ont vécu , le rang qu'ils ont tenu à la cour, 
leur place dans la hiérarchie féodale ou religieuse, les grandes terres qu'ils 
ont possédées, les fonctions qui leur ont été confiées, les missions qu'ils ont 
remplies. Ce ne sera encore qu'une ébauche; mais, dans bien des cas, on y 
pourra puiser des notions sur la carrière des barons, des prélats et des simples 
clercs qui ont été en rapport avec Henri II et qui ont participé à l'administra- 
tion de ses états en France et en Angleterre. 

Ici je citerai seulement deux exemples pour montrer avec quelle précision 
peut être fixée la date d'une charte dépourvue de toute indication chronolo- 



''• Voici le relevé des articles des Pipe I\olls 
relatifs à la jouissance des revenus de Ta- 
renteford par les comtes de Saint-Pol : an- 
née 1169, \\' du règne, p. 160 : «In terris 
datls : Anselmo Candavelne, 25 i. de quarta 
parte anni ante quam haberet Terentefordam , 
per brève régis. Et ad perficlendum instaura- 
mentum de eadem Terenteforda , a3 1. et 6 s. 
et 8 d., per Idem brève. » — Année 1170, xvi" du 
règne, p. i56 : «Anselmo Candavelne, Sol. 
70 s. numéro, in Terenteforda, per brève ré- 



gis, ad perliciendum 1 00 1. terre quas rex el de- 
dit. )) — Mentions identiques pour les années 
H71 (p. 137), 1172 (p. i3/i), 1173 (p. 80) 
et 1175 (p. 208). — Il n'y a point de mem- 
tion dans le rôle de 117^. — Année 1176, 
xxii' du règne, p. 2o5 : « Hugoni filio Anselmi 
Camdavelne, 80 1. et 70 s. numéro in Taren- 
teforda , ad perficlendum 1 00 libratas terre 
quas rex dedlt Anselmo patrl, » 

'^^ T. If, p. 77/1. 

;^) Chapitre X. 



00 11. DOCUMENTS SKKVANT A PUKClSEll J.KS DATES. 

gique. Je copie les premiers et les derniers mois d'une charte du prieuré de 
Bromfield, tels qu'ils sont imprimés dans le Monaslicori anfjlicanum (t. IV, 
p. i55). 

II., Dei gratia rex Angl. etc. Sciatis me. . . — T. Hyllario Cicestr. episcoj)o, Regiii. 
comité Cornubie, Willielmo comité Glouc. , Ricardo de Humet. constab. Apud London. 

La charte est attestée par GeoiFroi, évèque d'Ely; elle est donc postérieure 
au sacre de ce prélat, qui eut lieu le 6 octobre i i 7/i; d'autre part, elle est au 
plus tôt du 9 mai 1 176, puisque, du 6 octobre 1 1 7/i au 9 mai 1176, Henri II 
ne mit pas le pied en Angleterre. Mais le second des témoins portés sur la 
liste est celui de Renaud, comte de Cornouaille qui mourut un peu avant 
Noël 1175. La charte de Blomfield a donc été expédiée à Londres entre le 
mois de mai et le mois de décembre 1175. 

Second exemple. Charte pour l'abbaye de Stratford, dans le Monast. aii- 
(jHc. (t. V, p. 588). 

H., Dei gratia rex A. et dux N. et Aq. et cornes And., archiepiscopis etc. T. Richardo 
Winton. ep. , et G. Elyensi, B. Wigorniensi, et S. Cicestrensi, episcopis, G. fdio meo 
et cancellario, mag. Lavirentio Bedefordie archid., mag. Waltero de Const. , Gode- 
frido de Lucy, Richardo thesaurario, Ranulfo de Gian villa, Rogero Bigot, Reginaldo de 
Curteney, Waltero Filio Roberti, Hugone de Cressy, Hugone de Bello Campo, Reginaldo 
de Pavelei. Apud Wintoniam. 

La charte est attestée par Baudouin, évêque de Worcester. Baudouin ayant 
été sacré évêque de Worcester le 10 août 1 1 80 et étant passé sur le siège de 
Cantorbéry au mois de décembre 1 18/i, la charte a été nécessairement rédi- 
gée entre ces deux dates. Mais Gautier de Coutances y figure comme simple 
clerc, ce qui dénote une époque antérieure au 8 mai 1 i83, jour où Gautier 
fut élu évèque de Lincoln. Nous voici donc resserrés entre le 1 o août 1 1 80 et 
le 8 mai 1 1 83. Mais la charte est datée de Winchester. Or, du 1 o août 1 1 80 
au 8 mai 1 1 83 le roi n'a séjourné en Angleterre que depuis le 26 juillet 1181 
jusqu'au 3 mars 1182. C'est donc dans cet espace de sept mois que la charte 
de Stratford a été expédiée. Selon toute apparence, le roi la fit rédiger dans 

''^ (iPaulo ante Natale Domini, eodem anno (1175) obiit Reginaldus, cornes Gorniibie. . . » 
Gesla Henrici, t. I, p. io5. 



ITINERAIRE DU ROI, ETC. 



61 



rassemblée solennelle qu'il tint à Winchester pour la fête de Noël^^'. Ce qui 
est certain, c'est cpi'au moment où la charte fut écrite, Geoffroi, fils naturel 
de Henri II , avait renoncé à son titre d'élu de Lincoln , pour remplir les fonc- 
tions de chancelier de son père, et nous savons de source certaine que ce 
changement dans la condition de Geoffroi arriva en i 1 8 i . Il est donc certain 
que la charte de Stratford est des derniers mois de l'année 1181, et proba- 
blement d'un des jours qui ont précédé ou suivi la fête de Noël. 

IV. Itinéraire du roi. Mentions d'événements à date certaine. — Le pro- 
tocole de la chancellerie, comme on l'a vu, n'admettait pas l'insertion dans 
les chartes royales de notes chronologiques, pas plus l'année de l'incarnation 
cpie celle du règne; mais il exigeait impérieusement que chaque charte se 
terminât par le nom de la localité dans laquelle elle avait été expédiée : apad 
Rothomacjum , apad Andegavim, apad Westmonasterium, etc. 

Cette date de lieu ne fournit guère par elle-même le moyen de suppléer 
à l'absence d'une date chronologique ; mais elle est d'une grande utilité quand 
on peut la combiner avec l'itinéraire qu'a rédigé le Rév. R. W. Eyton^'^), en 
prenant pour jalons principaux les renseignements recueillis' par les historiens 
anglo-normands sur les principaux voyages de Henri II , sur ses entrevues et 
conférences avec certains personnages , sur sa présence à des assemblées poli- 
tiques ou religieuses, sur ses campagnes militaires, sur les châteaux qu'il 
choisissait pour célébrer les fêtes de Noël et de Pâques. 

La vie de Henri II était un déplacement continuel. Dans le recueil de 
chartes que j'ai formé, on ne compte pas moins d'environ 1 20 villes, châteaux, 
villages ou abbayes d'où il a daté des chartes (^). On peut rarement tirer parti du 



<'' «Anno 1182, Henricus rex Anglie cu- 
riam suam tenuit die Natalis Domini , que feria 
sexta evenit, apud Wintoniam. » Gesta Hen- 
rici, t. I, p. 284. 

'^' Court, Household and Itinerary of king 
Henry Jl , instancing also the ckief agents and 
adversaries of the king in his government, diploma- 
cy and strategy, by the Rev. R. W. Eyton. Lon- 
don , 1878. {n-k\ XII et 344 p. — W. Stubbs, 
en 1867, avait ptdjlié une esquisse de Tlliné- 



raire, dans le tome II de son édition des Gesla 
HenriciJI, t. II, p. cxxix-cxlviii. 

''' Telles sont, pour la Normandie et les 
autres provinces françaises, les localités dont 
la liste suit, avec le nombre des chartes 
expédiées de chacune des localités : Alen- 
çon, 3; Angers, 16; Argentan, 39; Arques, 
2; Auvillar, i; Barfleur, lo; Baugé, i; Ba- 
yeux , 7 ; Beaufort , i ; Beauvoir dans le Maine , 
2; Bonneville-surTouque , 1; Bordeaux, 1; 



02 



II. DOCl MKNTS SKIU Wr À PIIKCISKU LES DATES. 



nom des localités dans lesquelles il a Iréqueranient résidé à différentes époques 
(le sa vie ; mais il en est tout autrement, (juand on se trouve en présence de 
localités, généralement peu importantes, dans lesquelles la présence du roi 
n'a été constatée qu'à une ou deux dates déterminées, dans des circonstances 
tout à fait accidentelles. De la date de ces séjours exceptionnels peut se dé- 
duire la date de chartes expédiées de ces mêmes lieux, toutes les fois que 
d'autres particularités (absence ou présence de la formule Dei gratia, noms 
de certains témoins) ont permis de classer ces chartes dans les périodes aux- 
(pielles Tépoque des séjours appartient, etc. 

En tout cas, l'itinéraire nous fait connaître avec une grande précision la 
durée des différents séjours que le roi lit en Angleterre et de ceux qu'il fit 
dans les provinces françaises soumises à son gouvernement. Nous savons, par 
exemple, que Henri II n'a point mis le pied en Angleterre du i4 août i i58 
au mois de janvier i i63. Aucune charte royale datée d'une localité anglaise 
ne peut donc être classée dans cette période. 

Le rédacteur de l'itinéraire a presque toujours trouvé dans les historiens 
contemporains, pour chacun des voyages du roi, le nom des ports où ont eu 
lieu reml3arquement et le débarquement. Notons en passant que les ports de 
l'Angleterre et de la Normandie dans lesquels le roi entretenait des agents sont 
au nombre de sept ou huit. Deux chartes des abbayes de Saint-Laurent-de-Re- 
vesty et de Savigni(^) en énumèrent sept ( Southamp ton , Hastings, Douvre, 



Bur, 25; Caen, 36; Carentan, i; Châlillon-en- 
Berri , i ; Chéci , i ; Cherbourg , 1 1 ; Chinon , 
26; Compiègne, i;Domfront, 11; Elrepagni, 

1 ; Falaise , 6 ; Fécamp, 1 ; Fontevrault , 2 ; Fou- 
gères, 2; Ger, 2; Gisors, 5; Guingamp, 1; 
Hesdin, 1; Ivri, 1; La Flèche, 7; Le Bec, 2; 
Le Mans , 2^ ; Le Neubourg, i ; Le Pré à Rouen, 
1; Le ^audreuil, 2 ; Lillebonne, 4; Limoges, 
3 ; Lions , 10; Loches , 1 ; Loudun , 1 ; Mayet , 
1; Melle , 1; Mirebeau, 1; Montebourg, 1; 
Montfort-sur-Risle , 5; Mortain, A; Moutons, 

2 ; Neufchâtel , 1 ; Neufmarché , 1 ; Nonancour, 
1, Orléans, 1; Ourscamp , 1; Paci, 1; Poitiers, 
2 ; Pont-Audemer, 1 ; Pontorson , 1 ; Quevilli , 
9; Rouen, 5i; Saint-James, 1; Saint-Macaire, 



1; Salnt-Omer, 1; Saint-Pierre-sur-Dive , 1; 
Saint-Thuriau, 2; Saintes, 2; Saumur, 7; 
Séez , 3 ; Surgères , 1 ; Tinchebrai , 1 ; Thouars , 2 ; 
Tours, '7;Valognes, 25; Varreville, 1; Ville- 
mur, 1. 

(') N°' 38 et 75. — Une charte de Richard 
Cœur-de-lion , du 4 décembre 1 1 89 , en nomme 
seulement six : «Ricardus, rex Anglorum 
dux Normannorum et Aquitanorum et comes 
Andegavorum, justiciis, ^icecomitibus, baili- 
^s et omnibus ministris et ildelibus suis An- 
gUe et Normannie et portuum maris , videlicet 
Hantonie , Hasting[arum] , Dovre , Deppe, Ois- 
treham, Barbeflot, salutem. Mandamus et 
precipimus quatinus homines et res et equi 



ITINERAIRE DU ROI, ETC. 63 

Barfleur, Caen, Ouistreham et Dieppe), auxquels il faut ajouter celui de 
Cherbourg, où Henri II s'embarqua en 1181. Aux témoignages des histo- 
riens se joignent quelques renseignements complémentaires fournis par les 
Pipe Rolls, sur les sommes payées aux maîtres de nef ayant effectué la tra- 
versée. 

Dans ritinéraire proprement dit, le Rév. R. W. Eyton(^) a fait entrer beaucoup 
de renseignements sur les membres de la famille royale et sur les personnages 
qui ont eu des rapports avec le roi. Il y a inséré l'analyse d'un assez grand 
nombre de chartes, dont il a attribué, avec une excessive assurance, la con- 
fection à un séjour déterminé, sous une date souvent bien hypothétique, ce 
qui peut tromper les lecteurs. Les éléments lui ont manqué pour rédiger 
un travail comparable à l'Itinéraire que sir Thomas DufPus Hardy nous a 
donné pour Jean Sans-terre et avec celui qui pourrait être dressé pour le 
règne de Richard Cœur-de-lion. Mais, tel qu'il est, c'est encore un excellent 
instrument de travail dont j'ai tiré parti. 

Je m'en suis beaucoup servi pour fixer, dans les pages qui vont suivre, la 
chronologie d'un certain nombre de chartes de Henri II, en combinant les 
données fournies par les dates de lieu , avec les souscriptions des témoins et 
les allusions à des événements ou faits divers contenues dans le corps des chartes. 
Je présenterai ces exemples en suivant l'ordre chronologique. 

1 i5/i. Siège du château de Torigni. — Robert de Torigni ('^) nous apprend 
que Henri Plantegenét avait assiégé à deux reprises le château de Torigni, 
avant de monter sur le trône, en 1 i5i et en 1 i5/i. L'un de ces sièges est 
mentionné dans une charte délivrée à Philippe , évèque de Bayeux (^\ dont la date 
doit être de 1 i54, puisque Henri y prend le titre de duc de Guyenne, titre 
qu'il n'a pu porter en 1 1 5 1 . 

monachorum Majoris Monasterli, ubicumque '*' Court, hoiisehold and itinerary of king 

maneant, quieti sint de theloneo et pontagio Henry II. London.iSyS, in-8°. 

et omni consuetudine , ita ut nulius super hoc '^^ T. I, p. 254 et 286. 

eos neque homines suos , viso brevi nostro , ''' « H. dux Norm. et Aquit. et cornes An- 

inde disturbet, super X libris forlsfacture. Teste àe^., Arnulfo Lexoviensi episcopo. . . — 

Willelmo Marescallo, iiii die decembris , apud . . . Testlbus : Roberto, comité Leicestrie et Ro- 

Cantuariam. » Original aux Archives d'indre-et- geroarchidiacono Baiocensi. Apud Torineium. » 

Loire. Livre noir du chapitre de Bayeux, n"' 9 et 26. 



64 II. DOCUMENTS SERVANT À PRÉCISER LES DATES. 

1 i55. Siège du château de Bridijcnorth. — Nous avons (^) deux actes datés 
comme il suit : « Apud Ikuf^iam <-) in ohsidione » , dans une charte de Jumièges, 
et simplement « apud J3rugiam » , dans une charte de Saint-Bertin. Ce siège 
eut lieu en juillet i i55, et c'est à la suite du siège que Hugues de Mortimer 
lit sa soumission à Henri IL Le témoignage de Robert de Torigni (^) est à cet 
égard tout à fait positif : « Mense julio, nonis ejusdem, Hugo de Morluo Mari 
pacificatus est cum rege Henrico, redditis castellis Bruge et Wigemore »>. 

1 i55. Concile de Winchester. — Deux chartes, Tune pour les Hospitaliers 
de Saint-Jean de Jérusalem (n** lo), l'autre pour le prieuré de Longueville 
(n° 11), sont datées « apud Wintoniam in concilio ». Il s'agit là du concile 
tenu à Winchester au mois de septembre 'i i55, dont Robert de Torigni (^) 
parle en ces termes : « Circa festum sancti Michaelis, Henricus rex Anglorum, 
habito concilio apud Wincestre , de conquirendo regno Hibernie et Guillelmo 
fratri suo dando, cum obtlmatibus suis tractavit. Quod quia matri ejus Impe- 
ratrici nonplacuit, intermissa est ad tempus illa expeditio. » 

1 1 56. Passage du roi à Saint-Omer. — Henri II a délivré une charte (^' à un 
hôpital qui avait été fondé dans le voisinage de Wissant, pour donner l'hospi- 
talité aux pauvres voyageurs qui passaient d'Angleterre en France. Cette charte 
a été expédiée de Saint-Omer, en présence du chancelier Thomas Becket, 
c'est-à-dire pendant les premières années du règne. Or nous savons par les ré- 
cits de Raoul de Dicet qu'au commencement de l'année i i 56 Henri II vint 
débarquer à Wissant pour se rendre à Rouen. C'est évidemment pendant ce 
voyage qu'il traversa la ville de Saint-Omer et qu'il fit expédier la charte de 
Saint-Inglevert , que je me crois autorisé, comme le Rév. Eyton(*^), à dater de 
l'année i i 56. 

11 56. Sièges de Chinon et de Mireheau. — Un notable événement de 
l'année i i56 est la révolte de GeofFroi Plantegenêt contre son frère le roi 

<'^ N" 2 et 3 de notre Recueil. '^^ T. I, p. io5. Cf. Guillaume de New- 

<^^ On trouve dans le Monaslicon anglicaimm, bridge, éd. Howlett, t. I, p. io5. 

t. V, p. My, une charte de Henri II, pour la <*' T. I, p. 296. 

fondation de l'abbaye de Stoneley, datée (1 apud ''^ N° 1 4^ de notre Recueil. 

Brugiam, in obsidione ». ^"^ P. 16. 



ITINÉRAIRE DU ROI, ETC. 



65 



Henri. Deux épisodes de la campagne, qui aboutit à la soumission du révolté, 
sont pai'ticulièrement relevés dans le récit cpi'en a fait Robert de Torigni (i), 
ce sont le siège du château de Ghinon et celui du château de Mirebeau. 

Nous avons une charte de l'abbaye d'Aunai^'^) qui est ainsi datée : 
« Apud Ghinonem in exercitu ». Pareille date se lit sur une charte d'une série 
du Record Office [Cartœ antiquœ, D 42), qui contient une longue liste de 
témoins^) et nous fournit ainsi des données précieuses sur l'entourage du roi 
pendant la campagne de 1 i56. Une autre charte de la même série (D 16) 
pour l'abbaye de Chartsey est aussi datée de Ghinon, après la réconciliation 
des deux frères (*). 

Quant au siège de Mirebeau, il a ser^i à dater deux chartes relatives aux 
droits de l'évéque de Bayeux^-"). 

1 i56. Séjour de Henri II à Limoges. — Geoffroi de Vigeois^*") dit que le 
roi Henri II vint à Limoges après être monté sur le trône d'Angleterre, et un 
chroniqueur anonyme (^) place ce voyage à la deuxième année du règne. Nous 
avons ('*) deux chartes du roi datées de Limoges, qui sont du commencement 
du règne, puisrpi'elles ont pour témoin le chancelier Thomas (1 i55-i 162) 
et qu'elles contiennent une injonction faite à Robert du Neubourg, anté- 
rieurement par conséquent à 1 169. D'autre part, Henri, qui était parti en 
décembre 1 1 5 4 pour se faire couronner en Angleterre , ne revint sur le 



^'' ï. I, p. 000 et 3oi : « Henricus rex An- 
glorum cepit caslruni Mirebellum et Chlnoneni 
ionga obsidione; Lobdunum vero est ei reddi- 
tum, quando pacificatus est cum eo Gaufrldus 
frater suus. » — Cf. Guillaume de New- 
burgh, éd. Howlett, t. I, p. ii3 et ii4.. Voir 
aussi la Chronique de Tours (éd. Salmon, 
p. i36) et les Annales de Saint- Aubin [Chro- 
niques des églises d'Anjou, p. 38). 

(*> N" 17 de notre Recueil. 

''^ « T. Willelmo fratre régis , et Ricardo de 
Humetis constabulario , Roberto Filio Reg. , 
Raginaldo de Sancto Walerico, VVarino Filio 
Geroldi camerario, Mann. Biset dapifero, 
Henrico de Oilli constabulario, Roberto de 



Dunslanvilla , Willelmo de Lanvalay, Ricardo 
de Sancto Remigio, Philippo de Columberiis 
et Roberto de Watevilla. Apud Chinonem, in 
exercitu. » Charte pour Henri d'Oxford. — 
N° 18 de notre Recueil. 

'*^ «T. R. Rothomagensi archiepiscopo , 
Toma cancellario , Ricardo de Luci. Apud Chi- 
nonem, postpaceni factam inter regem et fra- 
trem suum. b — N" 19 de notre Recueil. 

(') « T. Roberto de Novo Burgo. Apud Mi- 
rebellum, in obsidione. » Livre noir du chapitre 
de Bayeux. N" 12 et 36 de notre Recueil. 

C^) Rec. deshist.. t. XII, p. à^. 

^') Ibid. , p. 121. 

m N" 21 et 22 de notre Recueil. 



CHARTES ET OrPLOMES. 



IHPniUEniE NAT10?{ALE, 



66 II. DOCUMENTS SERVANT A PUKCISER LES DATES. 

continent qu'au mois de janvier ii56. Les cliartes dont il s'agit doivent 
être de la lin de Tannée i i5G. 

1 1Ô6. Célébration de la fête de Noël 1156, à Bordeaux, par Henri 11. 
— Une charte (^) accordée aux églises de Sablonceaux et de Fontaine-le- 
(jomte est datée de Bordeaux, en présence de Geoflroi, archevêque de Bor- 
deaux. Cette dernière circonstance montre que la charte est antérieure au 
i8 juillet 1 i58, jour de la mort du prélat ('^). Il est certain qu'elle est de la 
(In de l'année i i56. Un chroniqueur anonyme rapporte que Henri II, après 
avoir rétabli la paix à Limoges, dans l'automne de i i 56, alla célébrer la fête 
de Noël à Bordeaux (^). Ce n'est pas sans un mouvement d'hésitation que le 
Bév. Eyton^'') a daté de Noël i i 56 le séjour de Henri II à Bordeaux. 

1107. Séjour du roi à Mortain, après un séjour en Amjleterre. — Bobert de 
Torigni rapporte qu'en iiôy, au retour d'un voyage en Angleterre, il se 
rendit à Mortain pour se plaindre des officiers de Southampton qui lui avaient 
indûment fait payer le droit de pontage. Le roi accueillit favorablement la 
réclamation et fit expédier une charte prescrivant de laisser jouir les religieux 
du Mont-Saint-Michel de leur exemption de tonlieu, de passage et de pon- 
tage; en même temps il adressa un bref aux officiers de Southampton pour 
les inviter à rembourser ce qu'ils avaient irrégulièrement fait payer à l'abbé , 
qui fit transcrire dans le Cartulaire la charte et le bref. L'original de la charte 
est aux Archives de la Manche (^). Le Cartulaire de fabbaye^'') contient à la fois 
une copie de la charte et une analyse du bref. Les deux pièces sont incontesta- 
blement de l'année 1 1 5 7 . 

1 157. Embarquement du roi à Barjleur. — La charte 33 est un mandement 
adressé au frère du roi Geoffi'oi, comte de Nantes. Elle doit être de Tannée 
1 1 56 ou de Tannée 1157, puisque Geolfroi s'empara de Nantes en 1 i 56^, 

''> N° 24 de notre Recueil. '*' P. 20. 

<*' Gallia christ., t. II, col. 81 3. '■^^ Voir mon édition de Robert de Torigni, 

'^' « Pace inter populum reformata, adiit t. II, p. 2/17. 
Burdegalam, ibique Natalis Domini festivltate '*' Fol. iM et 11 4- v°. 

celebrata. . . r>Rec. des historiens, t. XIl,p. 121 0. ''' Robert de Torigni, t. J, p. 298. 



1 
l 



ITINP:RAmE DU ROI, ETC. 



67 



et qu'il mourut le 26 ou le 27 juillet 1 i58(^). Or elle est datée de Barfleur. 
Henri H, qui avait pris terre à Witsand le 10 janvier 1 i56, vint se rembar- 
quer à Barfleur un peu après le 7 avril 1167 ^^^- ^^ ^'^^^ guère probable qu'il 
soit venu une autre fois dans ce port de mer pendant les deux dernières années 
de la vie de son frère. On peut donc placer vers le commencement du mois 
d'avril i 167 l'expédition de la charte 33. 

1 1 58. Séjour du roi à Woodstock. — Un mandement de Henri II (^), adressé 
à Robert du Neubourg, et par conséquent antérieur à 1 169, doit être de 1 1 58 
parce qu'il est daté de Woodstock et que le séjour du roi en 1 i58 dans ses 
maisons de Woodstock, au comté d'Oxford, est attesté par plusieurs articles 
du Pipe RolH'^ de la quatrième année du règne. 

1 i58. Séjour du roi à Drockenhurst. — Le séjour du roi à Brockenhurst 
(Hampshire) en 1 i58 est aussi mentionné dans le Pipe RoU de la quatrième 
année du règne (•^). Il m'a servi à fixer la date de deux chartes de l'abbaye de 
Saint-Florent, n*"" 61 et 62 de notre Recueil. 

I 1 58. Séjour du roi à Clarendon. — Les deux premiers séjours de Henri II 
à Clarendon sont indiqués par Eyton ") sous les années 1 1 58 et 1 1 6/i. Au 
premier de ces séjours doit être rattachée une charte de l'abbaye de Saint- 
Georges, qui fut expédiée en présence du comte P[atrice de Salisbury], de 
Manassès Biset, de Geolfroi doyen d'Angers, et de maître Auvré, qui étaient 
à la cour du roi, à Salisbury, très peu de temps avant qu'elle se déplaçât pour 
venir à Clarendon, où sa présence est attestée par un envoi de cire à l'usage 
du roi'"^. 



<' Ibid., p. 3ii. — Cf. t. li,p. 166. 

'*' «Henricus, rex Anglonim, post octavas 
Pasche, apud Barbefluvium transiit in An- 
gliam. » Robert de Torlgni, t. I, p. 3o5, 

('^ N° 57 de notre Recueil. 

'*^ « In conductu papilionis régis ad Wii- 
destocham, 60 s. 10 s. Pip. iv H. II, p. 112. 

In conductu probalorum régis ad Wudesto- 
cham, 4 I- 10 d. Ibid. , p. 1 12. 

fn custanicnto Girardi probatoris régis, ad 



conducendum euni ad Wintoniam et Wudesto- 
cham, 6 1. Ibid., p. 11 3. 

Ad gantas régis porlandas ad Wudestocham, 
1 2 s. 8 d. ; in venalione régis portanda ad 
Wudestocham, 5 s., Ibid., p. 11 5. 

'^' « In corredio régis apud Brocheherst , 
16 1., per brève régis. » Pip. iv H. II, p. 179. 

('' P. 35 et 67. 

^'^ B In conductu cere régis ad Clarendon , 
i3 s. 4 d. » Pip. IV H. II, p. 1 13. 

9- 



08 II. DOCUMKNTS SKUVANT À PUKCISER LKS DATKS. 

1 108. Visite (le Henri 11 à la cour du roi de France. — Nous savons par Koberl 
(lo Torlgnl (') que Henri II , pendant Télé ou l'aulomne de 1 1 58 , lit une visite au 
roi de France et qu'il vint à Paris avec une suite peu nombreuse : « evocatus a 
rege Francorum, cum paucis venit Parisius ». C'est au cours de ce voyage 
que furent faites deux cliartes datées d'Orléans et de Chéci, près d'Orléans (^). 

1 i5c). Traversée du Poitou pour aller attaquer le comte de Toulouse. — 
Henri II traversa le Poitou pendant le mois de juin 1 iBg, avant d'aller atla- 
(luer le comte de Toulouse-; le moine du Bec qui a fait des additions aux 
Annales de Robert de Torigni^^^ nous apprend qu'il partit de Poitiers un peu 
après la fête de Saint-Jean. Cette indication nous permet de dater rigoureuse- 
ment des chartes datées de Poitiers (n« 98), de Melle (n'' 92) et de Saintes 
(n" 94). La charte datée de Melle, à l'expédition de laquelle assista Calon, 
évèque de Poitiers, prouve que ce prélat était encore en vie au mois de 
juin 1 i59 : les auteurs de la Gallia Christiana^") n'avaient pas pu préciser 
Tannée de son décès. Calon dut mourir fort peu de temps après le passage 
du roi dans le Poitou , puisque son successeur entra en fonctions le 2 6 mars 
1 160 ( 1 i59 v. st.). 

1169. Campaijne du Languedoc. — Le moine du Bec, auquel nous devons 
d'importantes additions aux Annales de Robert de Torigni (^), nous apprend 
que Henri II, après l'entrée du roi de France k Toulouse, en 1 1 69, fit le siège 
de plusieurs châteaux des environs de cette ville et s'en empara. Les noms 
de deux de ces châteaux , Auvillars et Villemur, nous ont été révélés par la date 
des n**' 94 A et 94 B : « apud Auvillar incastris, apud Vilemur in castris ». 

i 162. Translation dans l'abbaye de Fécamp des coiys des Richard, ducs de 
Normandie. — Deux chartes de l'abbaye de Fécamp se rapportent à la translation 
solennelle des corps des fondateurs, Richard F'' et Richard II, ducs de Nor- 
mandie. L'une d'elles, datée de Lillebonne (n*» i/iv), est une concession de 
sauvegarde pour quiconque devait se rendre à Fécamp afin d'assister à la 

(') T. 1, p. 3i2. '°' «Rex Anglorum, suorum principum usus 

(*) rs"» 65 et 66. consilio, noluit regem [Francorum] obsidere; 

W T. II, p. 173. sed castella circumposita obsidens, in brevi 

<*> T. II , col. 1 1 79. obtinult. » Robert de Torigni , t. Il , p. 1 'J^. 



ITINERAIRE DU ROI, ETC. 09 

cérémonie (^l L'autre a été faite à Fécamp , au moment même de la cérémonie : 
c'est une donation faite en l'honneur des Richard ('^\ et l'un des témoins est le 
cardinal Henri de Pise, qui présida la translation (n** i45). 

La fête commémorative eut lieu le 1 1 mars 1 162(^). C'est à cette année 
que les deux chartes doivent être rangées sans hésitation. 

1 1 63. Célébration de la fête de Noël à Berkhampstead. — Sur le compte 
de la lo'' année de Henri II, le comptable du comté de Hants justifia de dé- 
penses faites afin de porter la vaisselle du roi de Winchester à Berkhampstead 
pour la fête de Noël, et à Londres, pour la fête de Pâques (^). On ne connait 
jusqu'ici qu'un seul séjour de Henri II à Berkhampstead, et nous sommes 
fondés à croire qu'il s'agit ici de Noël en l'année i i 63 , comptée i i 64 par les 
Anglais à partir de notre Noël i i 63. On peut donc classer aux derniers jours 
de l'année 1 1 63 la charte royale qui fut expédiée de Berkhampstead en 
faveur des religieux de Saint-Bernard de Montjou (n*' i55). 

1 1 65. Séjour du roi à Oswestry [Album Monasterium). — Le seul séjour de 
Henri II à Blancmoutier dans le pays de Galles (aujourd'hui Oswestry) que 
mentionne le Rév. Eyton^^) semble devoir se placer au mois d'août i i65, 
époque à laquelle le roi avait la garde du château d'Oswestry (**), comme se 
trouvant dans la seigneurie de Guillaume Fils d'Alain. C'est le motif qui m'a 
décidé à rapporter hypothétiquement à ii65 une charte de fabbaye de 
Préaux (") qui est datée de Blancmoutier, et que nous savons d'ailleurs avoir été 
expédiée entre i i 64 et i i "72— 3. 

1 166. Hommage rendu au roi par des seigneurs bretons dans le château de 
Thouars. — En 1166 Henri II reçut à Thouars l'hommage des seigneurs 

('^ Omnes illi qui venerinl apud Fiscan- 3 d. Ad conducendam archam thesauri ad 

num ad levandum comitem Ricardum. » Pasca de Wintonla ad Lundoniam. » Pip. x 

'^' «Pro honore comitum Ricardorum pre- H. Il, p. 25. 

decessorum meorum. » '^' P. 82. 

^'5 Robert de Torigni, t. I, p. 336, et An- ^''^ «In cuslodia castellorum Blanc monas- 

nalesdu Mont Saint-Michel, Ibid.^t. II, p. 228. terii et Cluni etRuffin, 54 1. i5 s,, per brève 

**' a Ad portandum vaisseilam régis contra régis.» Pip. x H. 11,^. 9. 

Natale de Wintonia ad Berchamstedam , 9 s, ^'' N" i58 de notre Recueil. 



70 II. nOCli.YJKNTS SKUVANT A PRKCISKR LKS DVIKS. 

bretons qui avaient reconnu son fils Geoflroi pour comte de Bretagne, à la 
suite (les fiançailles de ce prince avec Constance, fille de Conan IV('). C'est 
alors que fut expédiée la charte de confirmation des biens de fabbaye de 
l\edon(-^ en présence de Guillaume Fils de Hamon, sénéchal de Nantes. 

A la même date doit être rapportée une charte de fabbaye de Fontevrault('), 
relative au Pont de Ce et datée de Thouars. 

1 1 66 et I 1 68. Campa(jnes de Bretagne. — Plusieurs actes de Henri II ont 
été expédiés pendant les campagnes dont la Bretagne a été le théâtre en i i 66 
et 1 i68. Un peu plus loin, dans les pages consacrées à d'anciennes annota- 
tions de chartes, qui méritent d'être prises en considération, je signalerai 
deux pièces expédiées pendant le siège de Fougères, dont nous avons des copies 
contemporaines mentionnant la date de l'année et du jour ( i 3 et i ^ juillet 
ii66). 

Deux autres chartes ont dû être expédiées au cours de la campagne de 
1 i68, dont un épisode, la destruction du château de Josselin, a été men- 
tionné par Robert de Torigni^*). Or dans le voisinage et au Nord-Ouest de 
Josselin se trouve une localité nommée Saint-Thuriau : nul doute que 
c'est le village d'où Henri II expédia deux chartes ^^) destinées à Robert de 
Basoges et à Alain Le Roux : Apud Sanctam Touriaviim in exercita, n°^ 176 
et 1 7 7 de notre Recueil. 

A cette campagne de 1168 parait se rattacher une charte datée de Guin- 
gamp par laquelle Henri II confirma une donation faite à une abbaye anglaise 
par le comte Conan (''). 

1 170. Maladie du roi à Ger^'^\ — Les historiens de Henri II citent le château 
de Ger à l'occasion de la maladie qui , au mois de septembre 1171, mit les 



''^ Robert de ïorignl , t. I , p, 36 1 . Marie de Kerkestede et monachis ibidem Deo 

'^' N" i65 de notre Recueil. servientibus duas carucatas terre et dimidiam 

''^ N° 166. in villa de Galtuna quas cornes Conanus eis 

(*J «Destructoin prlmis castello Joscelini. » dédit in elemosinam, cum ecclesia ejusdem 

R. de Torigni, t. II, p. 5. ville... Apud Guinganp. » Original au Musée 

(5) ^05 j^g gj j.^,^ jg notre Recueil. britannique, Harley charter, A3. C. 25. 

^*^ (1 Scialis me concessisse . . . ecclesie Sancte ^'^ Manche, arr. de Mortain. 



ITINÉRAIRE DU ROI, ETC. 71 

jours du roi en danger : « Mense septembri [i 171] rex Henri eus infirmatus est 
apud motam de Ger. » Ainsi s'exprime Robert de Torigni O ; ce fut alors , selon 
toute apparence, qu'il expédia deux cbartes, datées Tune (n° 187) « apud Gier », 
pour Tabbaye de Savigni, l'autre (n° 18 G) « apud motam de Ger » pour l'alj- 
baye de Lonlai. 

1170. Voyage du roi en Berri. — La charte de Henri II, pour l'abbaye de 
Baugerais (n'* i85), datée de Ghâtillon en Berri, et qui est antérieure au 
changement de protocole, peut bien se placer au mois de novembre ou de 
décembre 1 170, époque à laquelle, suivant l'auteur des Gesta Hcnrici^^\ le 
roi, se disposant à se rendre à Bourges, séjourna à Montluçon : « Rex Anglie 
suum secum ducens exercitum, circa festum sancti Clementis, venit in 
Berriam versus Mont Luszun, volens ulterius procedere usque Bituricensem 
civitatem ». 

1171. Séjour du roi à Ponlorson. — Robert de Torigni (^) a noté dans ses 
Annales les séjours répétés que Henri II lit dans son château de Pontorson, 
au cours de l'année 1171, pendant le carême, aux Rogations et à la Pente- 
côte. C'est pendant un de ces séjours qu'il exempta les bourgeois des droits qui 
se percevaient dans l'Avranchin et dans les autres domaines royaux ('). 

1 1 7 1 ? Séjour du roi à Argentan. — Henri II conlirma à la communauté 
des chanoines de Rouen l'église de Saint-Martin du Bec qui avait été donnée au 
chapitre par l'archevêque Rotrou. La charte (n'' 291), dont un des témoms est 
Richard, évèque d'Avranches depuis 1171, et qui est antérieure au change- 
ment du protocole (1 172—3), est datée d'Argentan. Elle doit donc se placer 
entre 1171 et 1173. Or nous savons que Henri II séjourna à Argentan plu- 
sieurs semaines au commencement de l'année 1171, à la nouvelle du meurtre 
de l'archevêque de Gantorbéry, et qu'au mois de juillet suivant il convoqua 
dans la même viUe une réunion de barons ; mais il put venir encore à Argentan 
pendant l'année 1172, qu'il passa en Normandie. 

(') T. II, p. 21. Cf. Gesla Henrici II, t. I, (') T. II, p. 26. 

p, 6. '*' N° 293 de notre Recueil, d'après un re- 

'*^ Gesla IL II , t. I, p. 10. glstre du Trésor des Chartes. 



72 II. DOCUMKA'IS SERVANT \ PlUlCISKIl LKS DyVTKS. 

1171. Séjour (lu roi à Varreville et Vahujnes. — Le séjour que Henri II fil 
à Valogiies, au mois de juillet 1171, a paru au Rév. Eyton(') être celui pen- 
dant lequel fut expédiée une lettre conférant à Guillaume Fils d'Adelin des 
pouvoirs étendus pour l'administration de l'Irlande; les témoins de la lettre 
sont Geoffroi, archidiacre de Cantorbéry, Richard, archidiacre de Poitiers, 
et le connétable Richard du Hommet. Les deux mêmes archidiacres ont aussi 
servi de témoins à Varreville, village voisin de Valognes, pour la charte por- 
tant confirmation de la donation du manoir de « Uvelai », faite à l'abbaye de 
Montebourg par Alice de Reviers^'^l Les deux actes ont dû être faits au mo- 
ment où le roi s'apprêtait à passer la mer; il devait débarquer à Portsmouth 
le 3 aoiit^^h Je crois qu'on peut classer au mois de juillet 1171 les deux 
chartes dont il vient d'être question. 

Mai 1172. Séjour de Henri II à Caen. — Charte de Henri II pour l'abbaye 
de Marmoutier, publiée et commentée ci-dessus, p. 2 4. 

1173. L'hommage da comte de Toulouse à Henri IL — Les historiens anglo- 
normands ont noté comme un événement important de l'année 1 173 l'hom- 
mage que Raimond, comte de Toulouse, vint rendre à Henri IL Le comte 
et le roi se rencontrèrent à Montferrand en Auvergne, le 12 février, quand 
fut conclu le traité relatif au mariage du prince Jean, le dernier fils de 
Henri U, avec Alice, la fille de Humbert, comte de Maurienne^*). Quelques 
jours plus tard, le 2 5 février, Raimond prêta le serment de fidélité qu'il 
devait au roi d'Angleterre. La cérémonie eut lieu dans le monastère de 
Vigeois(=). Raimond comptait bien rester encore un certain temps dans les 
États du roi d'Angleterre , et il fut convenu qu'il attendrait les octaves de la 
Pentecôte (3 juin) pour prêter l'hommage que devait recevoir Richard, en 
cpialité de duc de Guyenne ('^^, et c'est pendant la prolongation de son séjour à 
la cour royale qu'il crut devoir avertir son souverain des dangers qu'allait lui 

('^ P. 160. — La lettre relative aux pou- ''^ Gesta Henrici , t. I, p. 24- 

voirs donnés à Guillaume fils d'Adelin est pu- ''^ Rad. de Diceto, t. I, p. 353. 

bliée dans le Recueil de Rymer, t. I, part i, '^^ Gaufr. de Vigesio, dans le Recueil des 

p. 36. historiens, t. XII, p. <4/|.3 a. 

(') N° 189 de notre Recueit '"^ Rad. de Diceto, t. 1, p. 353 et 354. 



\ 



ITINERAIRE DU ROI, ETC. 73 

faire courir la ligue prépai'ée par les jeunes princes du sang et par la reine 
Aliéner (^). 

Ce fut alors, selon toute apparence, qu'il accompagna le roi dans une visite 
à l'abbaye de Fontevrault. Ainsi doit s'expliquer l'inscription du nom de 
« R. cornes Sancti Egidii » en tête de la liste des témoins d'une charte de 
Henri II relative au minage de Saumur, qui est datée de Saumur. Cette charte 
doit être du mois de mai ou de juin i 178, et je l'ai citée (p. 26) pour 
montrer que le changement du protocole était adopté en 1 1 yS. 

1 178, avant le mois de mai. Séjour du roi à Argentan. — Charte pour 
Robert de l'Ile, datée d'Argentan. Voir plus haut, p. 26. 

Juillet 1 i 78 ou 1174. Séjour de Henri II à Stohes. — Charte pour Gautier 
de Coutances. Voir plus haut, p. 27. 

1178 ou 1 1 7/i. Séjour de Henri II à Caen. — Charte pour le connétable 
Richard du Hommet. Voir plus haut, p. 2(). 

1174- Prise de Saintes par le roi. — La date de la campagne de Henri II 
en Poitou et en Saintonge, après le soulèvement de ses fils, en 1 174, est 
rigoureusement fixée par les historiens qui ont parlé de cet événement (^l 
D'après les détails consignés dans les Gesta Henrici II et dans l'ouvrage de 
Raoul de Dicet, ce fût après avoir célébré à Poitiers la fête de la Pentecôte 
( 12 mai), et aux environs de la Saint-Rarnabé (1 1 juin), qu'il alla mettre le 
siège devant la ville de Saintes, et qu'il s'empara des fortifications, du capitole 
et de la cathédrale. Je considère comme ayant pris part à la campagne du 
Poitou et de la Saintonge, sous les ordres de Henri II, les sujets de ce roi qui 
ont souscrit une charte expédiée de Saintes en faveur de l'abbaye de Notre- 
Dame de Saintes'^' : « Testibus Porteclia senescalco Pictavie, Willelmo Man- 
godi, Hamelino de Vlientoir, Gaufrido de Taunai, Teobaldo Chabot, Mauricio 

(') Gaul'r. de Vigesio, dans le Recueil des Aubin, dans Chroniques des èylises d'Anjou, 

hislorieiis, t. XII, p. 4^43 a. p. 43. 

CJ Gesta Henrici II, i.\, p. 'ji. — Rad.de ^'^ Cartul. de Notre-Dame de Saintes, éd. 

Diceto, t. I, p. 38o. — Annales de Saint- Grasilier, p. 76. 

CHARTES ET DIPLOMES. IV. ^^ 

f iMrniMEr.iL nauosale. 



74 II. DOCUMENTS SERVANT A PKKCISKR LKS DATES. 

de Croiiii, Mvardo de Rocliefort. Apiid Xanctonas. » On remarquera sur cette 
liste le nom de Maurice do Craon, auquel fui alors confiée la garde du châ- 
teau d'Ancenis^'. 

Le Rév. Eyton ("-) a cru pouvoir rattacher à la campagne de Henri II dans le 
Poitou et la Saintonge en i i 7 A une charte du roi accordée à Richard de Lucé 
dont l'original est au Musée britannique (^). Elle porte pour date Apad Bcauveeir 
super Moiram, ce que le Rév. Eyton a interprété par Beauvoir-sur-Mer en 
Vendée. Au premier moment j'étais porté à adopter ridenlification. J'avais 
cependant beaucoup d'hésitation, ne voyant pas comment Beauvoir-sur-Mer 
avait pu être appelé Beauveier super Moiram ('). Je m'étonnais aussi de trouver 
la suscription H. rcx Amjlorum dans une charte de l'année 1 ly^- Mes doutes 
augmentèrent quand je vis la photographie de la pièce originale. En poursui- 
vant mes recherches, je reconnus que j'étais engagé dans une mauvaise voie. 
Une autre charte de Henri II m'avertit que le Beauvoir où Henri II avait séjourné 
devait être cherché, non pas en Vendée, mais dans le Maine. Nous avons, 
en efYet, la charte de franchise que le roi accorda hominibus castelleti mei de 
Beauvoir saper acjuam de Moiram in Cenomania ^^h Nous avons aussi la confirma- 
tion de la charte de Henri II par le roi Charles V ^'^'\ et nous voyons dans cette 
confirmation que le Beauveier super Moiram du xii^ siècle s'appelait au xiv® siècle 
BouRG-LE-Roi. Charles V le dit expressément : « Homines castelleti nostri de 
Beauveir super aquam de Moira, aut aliter, ut dicitur vulgariter, nuncupati 
de Bm-go Regio , qui nunc sunt et qui pro tempore fuerinl ...» 

1174- Traité entre Henri II et ses fils. — La réconciliation de Henri II avec 
ses fils eut lieu en 1 17/i, à la suite de pourparlers qui eurent lieu, entre 
Tours et Amboise, le 3o septembre, suivant l'auteur des Gesta Henrici^'^\ ou 

("^ « Andegaviain , Cenomanniam et maxime d'une donation faite aux Templiers; j'en dois 

castellum Ancenis Mauritio de Creun tradidil le texte à M. le marquis d'Albon, qui l'a tran- 

custodiendum. » Rad. de Diceto, t. I, p. 38o. scrite sur une copie de l'année 1628 conservée 

''' P. 184. aux Archives de la Vienne (M. 116). 

''^ Publiée dans la Bibliotlièque de l'Ecole des ''' Trésor des chartes, reg. xcix, n" 586. — 

chartes, 1907, p. 299. Ordonnances, t. V, p. i5o. 

'*' Il existe une autre charte de Henri II datée '"' Ibid. 

de Beaaueir 5Hner il7oiram. C'est la confirmation ''' «Instante festo sancti Michaelis, inter 



ITINÉRAIRE DU ROI, ETC. 75 

le 1 1 octobre, suivant Raoul de Dicet(^). Peu après furent publiés deux actes 
relatifs à la conclusion de l'accord : un procès-verbal officiel, daté de Falaise (2), 
et une circidaire du roi annonçant le rétablissement de la paix '•"*). 

1 1 7/i. Traité entre Henri II et le roi d'Ecosse. — La date d'un autre traité 
conclu vers la même époque , pour la libération du roi d'Ecosse , est exactement 
indiquée par les mêmes historiens. Une première rédaction dut en être faite 
vers le i^^" décembre 1174, à Falaise W, où le roi d'Ecosse était prisonnier, et 
une seconde rédaction en fut dressée quelques jours après, le 8 du même 
mois, quand le roi d'Ecosse fit hommage à Henri II dans le château de Va- 
lognes(^). Une publication en fut faite en Angleterre, dans une assemblée tenue 
à York le 1 o août 1 1 'jb^^'h 

1176. Séjour du roi à Cherbourg. — Par une charte datée de Cherbourg W, 
Henri II prescrit à Guillaume de Courci et à tous ses baillis de Normandie de 
protéger les moines de Montebourg et de ne pas les laisser attaquer, tant qu'il 
serait en Angleterre, pour aucun des biens dont ils étaient en possession lors 
de sa dernière traversée. La charte commence par la formule Henricus Dei 
(jratia rex; elle est donc au plus tôt de l'année 1173; d'autre part le principal 
destinataire est Guillaume de Courci, sénéchal de Normandie, qui mourut 
en 1176. Or, dans la période comprise entre 11 7/i et 1176, Henri II a 
séjourné à trois reprises dans ses états continentaux (^), savoir : 

1° Au commencement de l'année 1 1 7^ jusqu'au mois de juillet; 

2"* Pendant neuf mois, du 8 août 1 174 jusqu'au 8 ou 9 mai 1 176; 

3** Pendant douze mois, d'août 1177 à juillet 1 178. 

La charte dont il s'agit doit être du deuxième de ces séjours, c'est-à-dire 

Turonim et Ambasium, in crastino Sancti Mi- '■'''> Gesta Henrici, t. I, p. 96. Rog. de Hove- 

chaelis, scilicet pridie kalendas octobris, feria den, t. I, p. 80. Rad. de Diceto.t. I, p. 896. 

secunda. » Gesta, t. I,p. 77. (^> Gesta Henrici, t. I, p. 96. Rad. de Di- 

^'' « Inter urbein Turonicam et Ambazium , ceto , 1. 1 , p. 396. Hearne , Liber niger. 1. 1 , p 36. 

v° idus octobris. » Rad. de Dlceto, t. I, p. 394. '"' Gesta Henrici, 1. 1, p. 96. Rog. de Hove- 

^'^ Gesta Henrici H, t. I, p. 77. Rymer, den, t. I, p. 79. 

1. 1, part I, 3o. — N° 807 de notre Recueil. ''' N" 3 29 de notre Recueil. -Ci-dessus, p. 1 3. 

^'^ Rad. de Diceto, 1. 1, p. 394. — N" 307 a ('' Voir Eyton, p. 178 et 179, 184-190, et 

de notre Recueil. 218-222. 



76 11. DOCUMENTS SERVANT A PRKCISKII LKS DATES. 

d'une époque assez voisine de son enibar(|uement à Bailleur le 8 ou le 9 mai 
I 1 70. Le mois précédent il avait c élébré la fête de Pâques ( 1 3 avril 1 1 76) à 
Clierbour»^. Tout s'accorde donc pour rapporter au mois d'avril 1175 l'expé- 
dition de la lettre (pie le roi adressa à Guillaume de Gourci pour l'inviter à 
protéger l'abbaye de Montebourg-. 

A l'appui de la date que je propose, vient s'ajouter le nom du témoin qui 
en attesta l'expédition : Auvré de Saint-Martin, que nous savons avoir accom- 
pagné Henri II dans sa tournée en Basse Normandie au printemps de 1 1 76; 
le 2 avril , il était à l'entrevue de Bur, dans laquelle il se porta garant de la 
fidélité ({ue le jeune roi Henri promit à son père d'observer à l'avenir. Peu de 
jom's après, le roi vint s'embarquer à Barfleur, et il ne quitta pas cette ville 
sans avoir confirmé une donation que l'évèque de Bayeux avait faite à 
fluiiues Fils d'Osbert(^). 

1 175. Séjour du roi à Woodstock. — L'itinéraire combiné avec les noms 
des témoins doit servir à déterminer l'année à laquelle peut être rapportée 
ime charte , même quand elle est datée d'une localité dans laquelle le roi a fait 
de nombreux séjours. Tel est un mandement en faveur des marchands de 
Gologne^-', qui a été expédiée de Woodstock dans le comté d'Oxford. Il est 
rédigé avec la formule Dei gratia rex, par conséquent postérieurement à 
1172-3, et avec la souscription de Jean d'Oxford, doyen de Salisbury, par 
conséquent au plus tard en 1 176, puisque Jean d'Oxford devint évêque de 
Norwich en 1 175. Or le roi résida en France depuis le mois de mai 1172 
jusqu'au mois de mai 1 176, faisant à peine une apparition de quelques jours 
dans le midi de l'Angleterre au mois de juillet 1174, tandis qu'il vint plusieurs 
fois à Woodstock pendant les vingt-sept mois consécutifs qu'il passa en Angle- 
terre du mois de mai 1 176 jusqu'au mois d'août 1 177^^^; il fit notamment 
un séjour assez prolongé dans cette ville en 1 1 76 , à en juger par les quantités 
de \4n qu'il s'y fit envoyer pour la dépense de sa maison (^). J'ai donc rapporté 

''J N" 33o de notre Recueil. -4 d., per brève régis. » Pip. xxi H. H, p. 1 1. 

<'^ N" 334. — «Pro 3o modiis vini missi régi ad Wudes- 

(^^ Eyton, p. 167, i83, 190, 218. tocham et in custamento ducendi, 16 1. 19 s. 

(*> «Pro iocandis carretis ad portandum vi- 4 d., per brève régis. » Ibid. ,^. 16. — « Alexan- 

num régis de Oxinforda ad Wodestokam 22 s. dro de Barentin 6 1. i5 s., pro iocandis carris 



ITINÉRAIRE DU ROI, ETC. 



77 



à l'année 1 1 76 le mandement obtenu par les marchands de Cologne (n** 334 ). 
Je puis encore faire observer qu'en 1175 le roi fit payer sur la ferme de 
l'abbaye de Saint-Augustin de Cantorbéry une partie des frais d'un voyage fait 
par des Allemands en Angleterre ^^'>. 

1 175. Séjour du roi à Ludgershall. — Robert de Torigni^^) s'exprime ainsi 
dans l'article de sa chronique se rapportant à l'année 1 1 7 5 : 

Robertus, abbas Montis, scriptor horum temporum, pergens in Angliam, promeruit a 
domino rege cartam et sigilium omnium elemosinarum ecclesie Montis , que date fuerant 
predicte ecclesie usque ad presens tempus et dabuntur in futurum. 

La charte qui répond rigoureusement à ces conditions est celle qui est datée 
de Ludgershall au comté de Wilt, et dont il y a aux Archives de la Manche des 
vidimus des années 1297 et i3i5, et des copies à la Bibliothèque natio- 
nale^^). 

Ludgershall est une des localités dans lesquelles Henri II se fit envoyer des 
provisions de vin, fan 22 de son règne, par Alexandre de Barentin^*). 

1177. Présentation à une cure pendant la vacance de l'abbaye de Jumièges. — 
Par une charte datée du Manst-*), Henri II donna à un de ses clercs, Richard 
de Maipalu , l'église de Malleville , dont le patronage se trouvait à sa disposi- 
tion par suite de la vacance de l'abbaye de Jumièges. Il s'agit là de la vacance 
qui se produisit après la mort de l'abbé Roger, arrivée le 1 6 août 1176, pen- 
dant que le roi était en Angleterre. Le nouvel abbé fut élu en 1 1 77 ('^^\ mais à 



ad ducendos magnos tonellos ad Wodestokam 
et ad Clarendonam , per brève régis. » Ibid. , 
p. 187. — Le roi se fit aussi envoyer à 
Woodstock des objets à son usage personnel : 
« Pro robba régis de caméra ducenda ad Wo- 
destocham ,6s., per brève régis. » Ihià. , 
p. 198. 

'*' Ad quietandum vadimonium Aleman- 
nonjm et pro 8 equis ad opus eorum 10 1. 
6 s. 8 d. , per brève régis. » Ihià. , p. 221. 

(-) T. II, p. 58. 



t^' Ms. latin 10072, fol. ki et ^9, et ms. 
français 189^9, p. 453. 

'*) « In custamento et cariagio ducendi vi- 
num quod Alexander de Barentin ei dixit ex 
parte régis , quod missum fuit ad Fekeam et ad 
Notingeham et Gaitinton et Wudestoch et 
Merlebergam et Titegrane et Lutegareshalam , 
1 1 1. 1 6 s. 4 d. , per brève régis. » Pip. xxn 
H. Il, p. 199 et 200. 

(^) N° ?>M\. de notre Recueil. 

C) Gallia christ, i. XI, col. 198. 



78 H. DOCUMENTS SERVANT A PRÉCISER LES DATES. 

une épo({iie assez avancée de Tannée, probablement après le 18 août, date 
du retour de Henri II en France. Ce ne dut pas être longtemps plus tard qu'il 
usa de ses droits régaliens pour nommer son clerc Richard de Malpalu curé 
de Maileville. 

1178. Dédicace de l' abbaye du Bec. — Une charte de Henri II (n" 3 68) a 
pour objet le don d'une rente de 1 00 livres fait à l'abbaye du Bec le jour 
où l'église fut dédiée. Robert de Torigni^*) nous apprend que cette céré- 
monie eut lieu à la mi-carême, 1 9 mars 1178, et la Chronique du Bec ajoute 
un détail assez curieux : c'est que le roi, comme souvenir de la donation, 
remit son chapeau à l'abbé, et que le fils du roi lui offrit son anneau (^). La 
charte est donc du mois de mars 1 178 : elle indique comme témoins les 
quatre prélats qui sont désignés par Robert de Torigni comme ayant procédé 
à la dédicace. 

1 180. Célébration de la fête de Noël au Mans. — En 1 180, Guillaume, 
archevêque de Bordeaux, vint au Mans célébrer la fête de Noël à la cour du 
roi (3). 

A ce moment fut expédiée une charte de Henri U pour l'église de Saint- 
Martin de Tours, qui est ainsi datée : « Testibus : W. archiepiscopo Burde- 
galensi, W. episcopo Cenomannensi, R. episcopo Nannetensi, Stephano 
episcopo Redonensi, Stephano de Turonis senescallo Andegavie, Roberto 
Marmion, Gaufrido de PerchiaW. » 

1 180.^ — Séjour du roi à Alençon. - — Une charte expédiée d'Alençon en 
faveur de l'abbaye de Saint-Amand de Rouen (^^ est postérieure à 1179, parce 
que Guillaume du Hommet y est qualifié de connétable, et antérieure à 
1 183, parce que maître Gautier de Coutances y figure sans avoir encore le 



'^' T. Il, p. 74. dans mon édition de Robert de Torigni, t. II, 

^^^ «Ad dedicationen» vero majoris altaris p. 74,' note, 
obtulit Henricus rex pater, per capellum suum, '^^ Gesta Henrici II j t. I, p. 269. 

reddilum annuum centum llbrarum; hoc do- ^*^ N" 353 de notre Recueil. — Original, 

num patris sui confirmavit Henricus rex junior, Archives d'Indre-et-Loire, 
astans ibi, per oblationem anuli sui.» Cité '*> N" ^2 7 de notre Recueil. 



ITINÉRAIRE DU ROI, ETC. 79 

titre d'évêque ou d'archevêque. Pour préciser la date, il faudrait savoir 
quand Henri II a passé par Alençon entre 1 179 et 1 183. Si nous recourons 
au Rév. Eyton (p. 232), nous voyons un séjour de Henri II à Alençon mis, 
un peu hypothéticpiement, vers le 1 1 avril 1 180, au cours du voyage cpi'il 
lit après être débarqué dans un port de Basse-Normandie pour aller célébrer 
la fête de Pâques au Mans. Le Rév. Eyton justifie cette date en renvoyant 
aux Rot. Norni., p. 81, ce qui n'est pas exact : c'est à la page 18 (et non 8 1 ) 
du Rôle de l'Echiquier en 1 180 que se trouve une allusion à l'arrêt du roi 
dans la ville d'Alençon : nous y voyons que Henri II fit payer 20 sous pour 
faire transpox'ter son trésor d'Alençon au Mans(^). 

1181. Séjour de Henri II à Valocjnes. — J'ai cru pouvoir dater de la fin 
de juillet 1181 une charte royale (n° 887) souscrite par Gautier de Gou- 
tances, archidiacre d'Oxford, qui fut expédiée de Valognes pour l'abbaye de 
Saint-Wandrille , et dans laquelle Henri II est amené à parler du séjour qu'il 
venait de faire à Gaen, en traversant la Normandie pour passer en Angleterre ^'^^ 
Valognes était bien sur sa route pour se rendre de Gaen à Gherbourg où il 
s'embarqua le 2 6 juillet 1181 (^). 

1181 ou 1 186. Séjour de Henri II à Valognes. — En 1181 ou en 1 i8(), 
à la veille de s'embarquer pour l'Angleterre, dans un port de la Basse-Nor- 
mandie, Henri II, résidant à Valognes, accorda des lettres de sauvegarde (^^ 
aux moines de Montebourg, de Saint-Sauveur et du Mont-Saint-Michel, spé- 
cialement valables pendant la durée du séjour qu'il allait faire en Angleterre. 

1 182. Entrevue de Henri II avec Philippe- Auguste à Senlis. — Raoul de 
Dicet^^^ parle d'une entrevue que Henri II eut à Senlis, après Pâques 1 182, 
avec Philippe-Auguste et Philippe, comte de Flandre. Nous avons, d'autre part, 

<'^ « Pro thesauro régis portando de Alen- ^*^ N" 384 , 385 , 386 de notre I\ecueil. 

ceon ad Cenomannum, per brève régis.» '*' T. II, p. lo: « Rex Francorum Philippus, 

'■^'' « Sicut tenuerunt die qua novissime re- reges Anglorum lam pater quam filius, Phi- 

cessi a Cadomo ad transfretandum in An- lippus, cornes Fiandrensis . . . post claiisum 

gliam. » Pascha Silvanectis convenerunt. » En 1182, 

'^' Gesla Henrici, t. I, p. 277. Pâques tomba le 28 mars. 



80 II. DOCUMENTS SERVANT A PRECISER LES DATES. 

une charte de Philippe-Auguste qui fui datée de Senlis, entre la fête de 
Pâques et la Toussaint i i82('^. C'est alors que le roi d'Angleterre dut aller à 
Compiègne, et qu'il donna une lettre de recommandation aux religieux de 
Saint-Corneille ('^', qui se proposaient d'aller prêcher dans ses états et d'y 
recueillir des subsides pour leur maison. Un des témoins de la charte de 
Henri II est Galeran, précédemment archidiacre de Bayeux, et auquel le roi 
A enait de donner l'évêché de Rochester. 

1182. Séjour de Henri II à Chinon. — Dans l'été de 1182, Henri II vint 
en Normandie recevoir son gendre Henri, duc de Saxe, que l'Empereur avait 
obligé à s'éloigner de l'Allemagne (^^ Ce fut alors que, pendant un séjour à 
Chinon, le duc de Saxe assista à l'expédition de deux chartes royales relatives 
au prieuré de Lehon (n^' hlio et 441 ). 

1186. Embarquement de Henri II à Barjleur. — A l'embarquement qui 
eut lieu en avril 1 186 dans le port de Barfleur(^), je crois pouvoir rattacher 
la charte de franchises en Angleterre accordées à Alain de Périers (n" 467) : 
elle est datée de Barfleur, et l'un des témoins est Raoul, évéque de Lisieux, 
qui avait été promu à l'épiscopat en 1182. 

1 187. Séjour de Henri II à Hesdin. — L'abbaye des Dunes, au diocèse de 
Bruges, s'attira la bienveillante attention de Henri II, quand, après être 
débarqué à Wissant, il traversa la Flandre au mois de février 1187 pour 
gagner la Normandie (^). Elle obtint une charte de franchise datée de Hesdin 
(n° 472), qui doit être du 20 de ce mois ou d'un jour voisin. 

1 1 85. Séjour de Henri II à Saint-Pierres ur-Dive. — Par une charte, datée 
de Saint-Pierre-sur-Dive(''), le Roi détermina dans quelles conditions l'abbaye 

(^^ Catal. des actes de Phil.-Aiig., p. i/x, Doveram, transitum habens per Flandriam ; 

n' 55. quii die tertia surgens de castello quodam quod 

'^' N° ^38 de notre Recueil. vocatur Hesding, venit in Normanniam apud 

(*) GestaHenricillA- I,p- 288. Driencurt. » Rad. de Dicelo, t. II, p. ^7. 
(*> Ihid ,\.\, p. 345. <"^ N" -464 A de notre Recueil. Original aux 

<*' « XIII kalendas martii transfretavit apud Archives de la Manche. 



ITINERAIRE DU ROI, ETC. 81 

de chanoines fondée à Saint-Hélier, dans l'île de Jersey, devait être réunie à 
l'abbaye de Cherbourg, du consentement de l'archevêque Gautier de Cou- 
tances. La Chronique de Robert de TorigniiM nous permet de fixer à l'année 
1 1 85 la date de cette charte. Nous y lisons le passage suivant : 

Dominus Walterus, Rothomagensis archiepiscopus, inipetravit a domino nostro Heii- 
rico, rege Anglonim, ut abbatia Sancti Elerii, ([ue est in iiisula Gersoii, ([uam Wil- 
lermus Filius Hamonis feceratin eadem insula, consilio etauxilio domini régis, jungeretur 
abbatie de Vote, que est juxta Cesaris Burgum , quam Imperatrix, mater Henrici régis, 
edidcaverat. 

1 189. Séjour de Henri II au Mans. — Hugues de Nouant, qui porta le 
titre d'évéque élu de Chester à partir de 1 1 85, fut sacré seulement le 3 1 jan- 
vier 1188. C'est après avoir été sacré qu'il souscrivit une grande charte royale 
du prieuré de Longueville datée du Mans. Postérieurement au mois de jan- 
vier 1 188, Henri II ne doit avoir séjourné au Mans que du mois de mars au 
mois de juin 1 189. C'est dans cette courte période qu'il faut classer la grande 
charte de Longueville (^\ comme peut-être aussi une petite charte du même 
prieuré(^), souscrite par la plupart des mêmes témoins, sans cependant que le 
nom de Hugues de Nonant y figure. 

A la période comprise entre 1 i85 et 1 188 doivent être rapportées les 
huit chartes que Hugues de Nonant souscrivit avec le titre d'évéque élu(^). 

V. Notes d'archivistes ou de religieux sEiivAiNT À priîgiser la date 
D'ACTES ROYAUX. — Lcs parties intéressées devaient parfois éprouver le besoin 
de ne pas laisser dans un vague absolu la date des faits constatés par des actes 
dont le texte n'indiquait aucunement la date; les précautions qu'on prenait à 
cette intention ne devaient , bien entendu , porter aucune atteinte aux textes offi- 
ciels et ne devaient en aucune façon présenter le caractère d'une interpolation. 
On en faisait des copies ou des extraits rigoureusement fidèles, à la fin desquels 
on ajoutait, tout à fait à part, une mention de l'année et du jour de l'expé- 
dition. On trouvait aussi l'occasion de noter dans des annales, ou dans divers 



(' T. II, p. i33. 

'*' N° 568 de noire Recueil. 

CHARTES HT DIPUMIES. — 



•^' >j° 5 1 1 de notre Recueil. 
t*J N'»/i66, 482-488. 



.lE NATION.\LE. 



82 II. DOCUiMENTS SERVANT A PKKCISEK LES DATES. 

inamiscrils, l'existence et la date de chartes, non seulement pour rappeler 
l'origine des biens et des pri\ilèges de la maison, mais aussi [)Our honorer h\ 
mémoire des bienfaiteurs. Aussi nous sont parvenus des renseignements très 
curieux qui suppléent au silence des chartes et nous révèlent des dates pré- 
cieuses à recueillir. Le célèbre abbé du Mont-Sainl-Michel, Robert de Torigni, 
s'est particulièrement fait remarquer par le soin qu'il a pris de nous trans- 
metti'e de précieux commentaires sur différents actes qui témoignent de son 
talent d'administrateur, comme la continuation de la Chronique de Sigebert 
atteste son exactitude d'historien. Nous lui devons les plus importantes anno- 
tations qui vont être citées comme exemples des renseignements complémen- 
taires dont nous sommes redevables aux anciens archivistes et à d'autres 
religieux pour l'étude des actes de Henri II. Ici encore je suivrai l'ordre chro- 



'O' 



no 



looic 



;ique. 



1167. Exemption des droits de péage accordée à l'abbaye da Mont-Saint-Mi- 
chel. — La place qu'un mandement du roi relatif à l'exemption des droits de 
péage (' occupe dans les actes des cinq premières années de l'administration 
de Robert de Torigni ('^^ nous apprend que ce mandement est de l'année 
1 1 57. 

1 1 58. Donation des églises de Pontorson à l'abbaye du Mont-Saint-Michel . — 
Robert de Torigni (^^ a enregistré dans ses annales, sous l'année 1 1 58 , la dona- 
tion cpie le roi avait faite à son abbaye des églises de Pontorson : la mention 
en est faite avec des détails d'une extrême précision, auxquels le texte de la 
charte ne fait aucune allusion : c'est ainsi que le récit du chroniqueur est 
seul à nous apprendre où la donation a été faite : in nova caméra abbatis. 
La charte (') cite im jeune témoin, Gervais, clerc du chancelier (^) ; outre le 
nom de ce clerc, la Chronique cite comme ayant assisté à la donation l'abîjé 
Robert, le prieur Renouf, un moine nommé Mainier, et Adam, l'écrivain de 
l'abbé. 

c N» 3i de notre Recueil. ('> T. J, p. 016. 

<*^ Cartul. du Mont -Saint -Michel, fol. '*' N" 64 de notre Recueil, d'après l'ori- 

112 v'-iiS. — Robert de Torigni, t. Il, ginal des Archives de la Manche, 

p. 247; éd. de Howlett, p. 337. '^' Gervais de Chichester, plus loin, p. 92. 



NOTES D'ARCHIVISTES, ETC. 83 

1109. Concession d'un droit de foire à l'abbaye de Saint-Florent deSaumur. — 
Une charte a pour objet la concession d'une foire qui se tenait à Saumur à la 
mi-mars, et dont la moitié des produits appartenait à l'abbaye de Saint-Flo- 
rent(^l L'annaliste de Saint-Florent (^) nous apprend que la concession de cette 
foire avait été accordée à l'abbé Philippe en 1 169 : « Anno mclix. Hoc anno 
dominus Henricus rex dédit feriam, que est in maio, Deo et beato Florentio in 
manu Philippi abbatis ». 

1 162. Don d'une forêt à l'abbaye de Fécamp. — Nous avons la charte par 
la(|iielle Henri II donna à l'abbaye de Fécamp la forêt des Hogues(^). Cette 
donation a été enregistrée sous l'année 1162 par Robert de Torigni^*) : « Dédit 
illi ecclesie silvam de Hogis ». 

1 I 66. Confirmation d'un accord conclu au sujet de la prévôté de Genest. — 
L'abbé Robert de Torigni a pris soin de faire ajouter dans le Cartulaire du 
Mont-Saint-Michel (^) la date de la charte de Henri II relative à la prévôté de 
Genest et au fief de la Boulangerie [pistrinam). Grâce à cette indication, nous 
savons que la charte est du 1 3 juillet 1166. Henri II, sans entrer dans le détail 
des affaires, renvoie aux cirographes mêmes, dont il confirme les dispositions : 
sicul cyro(jrapha inter eosfacta testantur, que coram me lecla fuerunt. Or les ori- 
ginaux des deux cirographes, qui ont été lus au Roi , au moment même de l'ex- 
pédition de la charte de confirmation, sont aux Archives de la Manche-'^). Sur 
l'un et l'autre se lit le titre cirographum, que rappelle la charte du roi. Il se lit 
aussi à la fin de la copie de tous les deux qui a été insérée dans le Cartulaire de 
l'abbaye (fol. 122), en ces termes : 

Formam hujus cyrographi habet Ruallendus, signatam sigiilo Beati Michaelis. (Charte 
relative à la prévôté de Genest. ) 

Scriptum istiid liabet Gervasius in cirographo siio, signatum sigiilo Beati Michaelis. 
(Charte relative au « pistriniini ».) 

''' N" 90 de notre Recueil. '^j Fol. i22v°. — L'original de la charte 

'*' Chroniques des églises d'Anjou, p. 192. du roi est aux Archives de la Manche. Le texte 

^') N* i45 de notre Recueil. L'original est à en a été publié dans mon édifion de Robert de 

la Bénédictine de Fécamp. Torigni, t. II, p. 284. 

'*• T. I, p. 337. <•' Imprimés ibid., t. II. p. 282 et 283. 



84 II DOCLMENTS SEUVAIS'I" A PlU.CJiîEll LIvS DATES. 

Les deux cirogiapluîs sont ainsi datés : /icium publicc in capilalo Montis, 
ini idus juin, miuo ilominicc inrarnalionis MCLXVl, rc(jni vcro prcdicii (jlonosi 
leijis Anijlorunt W. 

Les deux actes ainsi dressés le i 2 juillet au Mont-Saint-Michel furentimmé- 
dialement communiqués au roi , (|ui en (it rédiger le lendemain la confirmation 
(n" 162); le clerc de la chancellerie les data de Fougères, au cours de la 
campagne qui amena Toccupation du château de Fougères, en présence de 
([uatre barons normands et de trois clercs attachés à la maison du roi : 

Testibus : Riciudo aichidiacoiio Pictavensi, niagistro Johaniie Cummino, magistro Ra- 
dulfo de Tamesword,Ricardo de Hummetis constabulario, JordanoTeisson, WillelmoFilio 
Hanionis, et Fulcoiie Paenello et Willelmo de Sancto Johaiine. Apud Fidgeiias, in exer- 
citii. 

Nous savons ainsi à quelle date fut assiégé le château de Fougères et de 
quels personnages le roi était entouré en 1 1 66, pendant la campagne de Bre- 
tagne. 

1166. Rachat de corvées exigées pour l'entretien du donjon de Gavrai. — 
Robert de Torigni a pareillement fait ajouter, dans le Gartulaire du Mont- 
Saint-Michel (fol. 1 22 v°), à la fm d'une charte du roi relative au rachat des 
corvées exigées pour l'entretien du donjon de Gavrai (^), une note ainsi conçue, 
t[ui ne devait pas exister sur f original : 

Data per manuni magistri Stephani, 11 idus julii, anno ab incarnatione Domini MCLXVl, 
présidente iiniversali catholice ecclesie Alexandro papa III, régnante vero glorioso rege 
Anglorum et duce Normannorum et Aquitanorum et comité Andegavorum Henrico 



Voici la clause finale de la charte du roi : 

Testibus : Ricardo archidiacono Pictavensi, magistro Johanne Gummin, Willelmo 
comité de Arundello, comité Eudone, Ricardo de Humetis conestabulario, et Jordano 
Teissun, Fulcone Paenello, Willelmo de Sancto Johanne, Gaufredo monacho^^). Apud 
Fulgerias. 

' N° 160 de notre Recueil. lionnes, il faut ajouter celui du chambellan 

'"' Aux noms des témoins qui sont ici men- Guillaume de Tancarville, dont un hommage 



NOTES D'ARCHIVISTES, ETC. 85 

En rapprochant cette clause de la note ajoutée dans le Cartulaire, nous 
voyons que le roi était encore à Fougères le i 4 juillet 1166 et qu'il avait au- 
tour de lui, outre les témoins cités dans la charte du i3 juillet, des person- 
nages d'une haute distinction, Guillaume, comte d'Arundel, et le comte Eudes 
de Porhoët , qui devait bientôt se ranger parmi les plus vaillants défenseurs de 
l'indépendance de la Bretagne. 

Les deux chartes du i3 et du i4 juillet 1 166, complétées par les notes 
de Robert de Torigni, fournissent des traits nouveaux pour l'histoire, si par- 
faitement exposée par le regretté Arthur de La Borderie(^), du projet de con- 
quête de la Bretagne par Henri II, roi d'Angleterre. 

M 7 1 . Accord des moines de Troarn avec le comte Jean ^de Ponthieu]. — Un 
religieux de Troarn, pour rappeler la date d'une charte accordée à son abbaye ('-^^ 
par Henri U, a inscrit dans le Cartulaire deux vers mnémotechniques qui dési- 
gnent très clairement l'année 1171: 

Per decas et monos nostros mutato patronos 
Octoque vicesies et pariter decies. 

Il .s'agiï^sait d'un accord avec Jean, comte de Ponthieu, représentant les fon- 
flateurs du monastère (^). 

1171. Confirmation des biens de l'abbaye de Saint-Sauveur. — Une charte 
octroyée à l'abbaye de Saint-Sauveur (^) a été insérée dans le Cartulaire de cette 
maison avec la date de 1171, qui doit être une addition de l'archiviste ou du 
rédacteur du cartulaire : « Hec carta facta apud Argentomum, anno Domini 
M° C° septuagesimo 1° ». Le copiste du Cartulaire ne paraît pas s'être astreint 
à transcrire très fidèlement le texte des chartes originales. 



tait à l'abbé du Mont-Saint-Michel est ainsi en- Archives du Calvados. — La copie contenant le 

registre dans le Cartulaire : « Guillelmus chani- distique est au loi. i 7 du Cartulaire blanc de 

Ijerlenus de Tancharvilla , apud Fulgerias , in la Bibl. nat. — La date 1171 concorde bien 

exercitu in castris régis. » Mon édition de Ko- avec les noms des témoins et avec la suscription 

bert de Torigni, t. Il, p. 297 et 298. du roi H. rex Angloram. 

''^ Histoire de Brelagne, t.llï.p. 269etsuiv. '^) î\" 191 de notre Recueil, dans le Cartu- 

'*' N° 190 de notre Recueil. L'original est aux laire, charte 5. 



80 M. DOCUMENTS SERVANT À PRÉCISER LES DATES. 

1172. Charlc accordée à l'abbaye de Locniaria. — Celle charleW n'esl 
connue (jue par un texte analylique, dans lequel un compilateur, contem- 
porain de l'expédition de l'acte, a ajouté, dans les termes suivants, une date 
cl une note addilioimelle émanant au moins indireclemenl d'un témoin 
oculaire : 

Actum est hoc apud Cenomannis, anno ab incarnatione Domini M. C.LXXII, concur- 
rentes W, epacte IV. 

Hanc igitiir regiam liberalitatem seu munificentiam si quis amodo et deinceps violare 
leniptaverit, rex idem concessit et constituit illum, quicumque fuerit, a Deo et Ecclesia et 
episcopis qui interfuerunt anathemati subjacere. 

1 170. Accord conclu entre l'abbaye du Mont-Sainl-Michel et Guillaume du 
Hommet. — Dans le Cartulaire de l'abbaye du Mont-Saint-Michel, au fol. 1 24 v**, 
en marge de la charte relative à Velemosina de Fucherevilla^^^ (accord entre 
l'abbaye du Mont Saint-Michel et Guillaume du Hommet), on lit cette note : 
« Anno ab incarnatione Domini M. C. LXXV ». Je crois que cette note mérite 
d'être prise en considération; la charte à laquelle elle se rapporte a été faite 
en présence de deux témoins qui disparaissent, l'un en 1 178 (le connétable 
Richard du Hommet), l'autre, en 1176 (le sénéchal Guillaume de Courci). 
La charte est datée de Valognes, ville où Henri II s'arrêta avant de s'embar- 
quer à Barfleur au commencement de mai 1 176. 

1 177. Confirmation des privilèges de l'église de Cantorbéry. — Gervais de 
Cantorbéry, en publiant une charte de Henri II relative aux privilèges du cha- 
pitre de Cantorbéry (^), annonce que le roi la déposa le jeudi saint 1177 sur la 
tombe de sainl Thomas, avec quelques pièces d'or. 

1177. Don fait aux chanoines de Bourges pour la garde de l'héritière de Raoul 
de Déols. — La charte de Henri II relative à la garde de la fille de Raoul de 

■'' N° 296 de noire Recueil, d'après Lobi- dam libertates ecclesie Christi Cantuarie, unde 

neau. Histoire de Bretagne , t. II, p. 3o8. et ante Pascha, in Cena Domini, Cantuariam 

'^' N° 328 de notre Recueil. Les caractères peregre prolectus, super tumbamsancliThome, 

de la date peuvent dater du xii' siècle. cum nonnullis aureis hanc dévote obtulit car- 

■^' dContuht hoc anno Henricus novas quas- tam. . . » Gervasius Cantuar. , t. I, p. 261. 



NOTES D'ARCHIVISTES, ETC. 87 

Déols pendant la minorité de cette héritière (^) a subi une modification quanti 
Tac te est entré dans le Cartulaire de l'église de Bourges. Le rédacteur en a fait 
disparaître la liste des témoins et le nom de la localité où la pièce a été expé- 
diée, pour remplacer ces indications par la date de l'année de l'incarnation. 
Le chapitre de Bourges devait se rappeler cette date et tenait à en garder le 
souvenir. Je ne crois pas qu'une charte du roi ait pu se terminer brusquement 
par ces mots : « Actum anno ab incarnatione Domini M** C** LXXVIIÏ ». 

Toutes ces notes, émanées d'archivistes et de religieux attentifs à la conser- 
vation de leurs archives, méritent d'être prises en considération. Mais certaines 
additions du même genre ont pu être écrites après coup et d'après des souve- 
nirs déjà un peu éloignés. Il a donc pu s'y glisser des erreurs, et je dois en 
citer un exemple, pour montrer qu'il faut se tenir en garde. 

On lit dans les Annales de Bermondsey^^^, à l'année 1 1 69 : «Et eodem 
anno Henricus secundus confirmavit donationesecclesiarumnostrarum, scilicet 
de Cambirwelle, Bengehoo, Warlyngham et Chelsham, Fifhide et Bedyng- 
tone. » Ce passage parait bien se rapporter à la charte de Henri II publiée 
dans le Monaslicon Ajujlicanum (t. \, p. 101, n. vu) et qui se termine par 
ces mots : « Testibus : Theobaldo archiepiscopo Gantuariensi , Thoma caïuel- 
lario, Manassero Biset dapifero. Apud Westmonasterium. » 

Or cette charte ne saurait être de l'année 1 1 5^, puisque en i 1 5 9 Henri II 
ne séjourna pas en Angleterre. 

'"' N° 369 de notre Recueil. — Ms. latin 1274^ des Nouv. arcj. de la BiW. nat., |>. 63. — 
'*' Annales monastici, éd. I^uard , f. ill, p. /i4o. 



88 III. LKS CllANCKI.IKRS l)K lIKMil II. 

III 

LES CHANCELIERS DE HEINIU 11. 

Une étude diplomaticpue sur les actes de Henri II serait incomplète si on n'y 
faisait pas connaître les chanceliers de ce prince et les principaux officiers qui 
ont travaillé sous la direction des chanceliers. Il est indispensable de réunir 
ici quelques renseignements sur leur caractère, sur la carrière qu'ils ont par- 
courue et sur la part qu'ils ont prise à l'expédition régulière des affaires dans 
toutes les parties des vastes Etats du premier roi de la dynastie des Plante- 
genéts(^). 

Je ne mettrai pas en tète de la liste un prélat qu'on a parfois considéré 
comme le premier des chanceliers de Henri II : Néel, évêque d'Ely. Il ne sau- 
rait prétendre à ce titre, qu'on a voulu lui attribuer en s'appuyant sur une 
mauvaise lecture de la charte par laquelle Henri II concéda à Guillaume, comte 
d'Arundel, le château et l'honneur d'Arundel. La liste des témoins de cette 
charte , telle qu'elle est publiée dans la dernière édition de Rymer, contient ces 
mots : « Théo, archiepiscopo Cantuar. ; Hill. episcopo Cicestr.; N. episcopo de 
Ely et cancellarlo; Hugh., comité de Norff. ». Il y a là une faute de ponctua- 
tion. Gomme Edw. Foss('^) l'a très bien dit en i 8^8, il faut certainement lire 
« N[igello], episcopo de Ely, T[homa] cancellarlo. «J'ai dû mentionner ici cette 
rectification, parce que le Rév. R. W. Eyton(^) a considéré Néel, évêque d'Ely, 
comme le premier chancelier de Henri U. 

J'omettrai également le prétendu magister Rodalfas cancellarias , qui aurait 
expédié une charte de Henri II le 7 juin de la cinquième année du règne, en 
faveur des Bons hommes de MonnalsC*). On verra plus loin, au chapitre IX 



''^ Un mot sufiGra pour indiquer les clercs 6*, 8*, 12*, 21, 38"). — Per Rogerium, ar- 

qui ont été employés à la chancellerie du chldiaconum [Baiocensem] (55*). — Willel- 

temps que Henri n'était que duc de Norman- mus cancellarius (i3*, 16*, 3d', 48*, 5o*, 65*).» 

fUe. «Matheus, doctor meus, et Mauricius, (■'' The Judges, i. \, ]). 166. 

cancellarii mei clericus (44^*)- — Mauricius '^^ P. 2 et 3 16. 

de Sigillo (20'). — Ricardus cancellarius (2', '*^ N° 91 de notre Recueil. 



THOM\S BECKET. 89 

concernant les pièces fausses, que la charte de Monnais ne mérite aucune 
confiance. 

Les quatre dignitaires qui ont eu le titre de chancelier ou de vice-chan- 
celier sous le règne de Henri II sont : Thomas Becket, Geoffroi Bidel, Raoul 
de Wanneville et Geoffroi, fils du roi. A ces quatre personnages, il faut 
ajouter maître Gautier de Coutances, qui, s'il n'a pas eu officiellement le titre 
de chancelier, en a exercé les fonctions. 

Thomas Becket. i i 55-i i 62. — Le premier et le plus célèbre des chance- 
hers de Henri II est Thomas Becket, qui dirigea le service, pendant les huit 
premières années du règne, avec la plus grande distinction et la plus scrupu- 
leuse vigilance. Il était alors archidiacre de Cantorbéry. Il dut entrer en fonc- 
tions aussitôt après l'avènement de Henri II. 

Thomas Becket parait ne s'être guère éloigné de la cour du roi tant qu'il 
fut chancelier, et comme Henri II a quitté l'Angleterre à la mi-aoùt 1 1 58(') et 
n'y est rentré que le 2 janvier 1 1 63 , jour de son débarquement à Southamp- 
ton(^\ il en résulte que les actes de Henri II datés d'une localité anglaise et 
souscrits par le chancelier Thomas sont nécessairement antérieurs au mois 
d'août 1 1 58, puisque Thomas cessa d'être chancelier en 1162. 

D'autre part, nous savons que Thomas Becket était en Normandie, à la 
cour du roi, quand arriva la mort de Thibaud, archevêque de Cantorbéry 
(18 avril i 161). Quelques mois après, vraisemblablement après la fête de 
Noël, Henri II le renvoya en Angleterre, dans la pensée de lui assurer la suc- 
cession de l'archevêque Thibaud (^). Le candidat du roi fut élu au mois de 
mai 1162 et sacré archevêque le 3 juin suivant W. Il est donc infiniment 
probable que les actes de Henri II, expédiés des provinces françaises en pré- 
sence du chancelier Thomas, sont au plus tard de la fin de Tannée 1161 ou 

^'^ « Henricus rex mense augusto transfre- « In venatione régis portanda ad Portesmuani , 

tavit in Normaniam. « Robert de Torigni, t. I, Ix sol. (p. i i5); in liberatione sciprorum [es- 

p. 3ii. — «Vigilia Assumptionis sancte Marie quifs] in passagio régis, 7 1.» (p. lyô) 
transfretavit in Normanniam. » Additions du ^^' «In Angliam rediens, apud Hamonis 

moine du Bec, ihià. , t. II, p. 167. Des allu- portum applicuit viii kalendas februarii. » Rad. 

sionsà l'embarquement du roi , qui eut lieu pro- de Diceto, t. I, p. 3o8. 
bablement à Portsmouth, se trouvent dans le '^' Gervais de Cantorbéry, t. I, p. 16g. 

Pipe Roll de la quatrième année du règne : ''*' IbiA. , p. 170. 

CUARTES ET DIPLÔMES. IV J2 



()() III. cil WCKLIKTxS l)K IIKNUI II. 

du commencemcnl de ii()',). J'ai donc rallaclu' à la période antérieure à 
l'année i 1G2 les actes datés d'une localité lran<jaise el mentionnant la présence 
du chancelier Thomas. 

Le chancelier Thomas esldési<îné dans les ciuules sous des formes diverses: 
Thomas, Th., Tomas, T., Thomas cancellarius, l'h. cane, Th. cancellarius 
reyis, parfois tout simplement CanceUarius^^^ 

Dans certains cas, il est témoin unique. Le plus souvent il est en compagnie 
de plusieurs dignitaires ecclésiasti(|ues ou civils, de barons ou de clercs qui 
fréquentaient la cour du roi. La place qu'il occupe sur les listes est toujours la 
même : les archevêques, les évèques et les frères du roi ont seuls le pas sur 
lui; viennent à sa suite les prélats d'un rang inférieur aux évèques, tels que les 
archidiacres, les doyens, les trésoriers et les doyens, puis les dignitaires et 
fonctionnaires laïques et les clercs. Les exemples suivants feront comprendre le 
système suivi pour l'ordre dans lequel sont nommés les témoins. 

Teste cancellario. Apud Rothomagum. (Livre noir du chapitre de Bayeux, n° 3i.) 
Teste Thoina cancellario. Apud Lemovicas. (Livre noir du chapitre de Bayeux, n° 3 A.) 
Testibus : Thoma cancellario, Rogero archidiacono , Ricardo de Humetis constabulario. 
Apud Leones. (Livre noir du chapitre de Bayeux, n° 33.) 

Testibus : Herberto Abrincensi episcopo, Thoma cancellario régis, Manasserio Biselh 
dapifero régis, Rogerio de Calleio. Apud Rothomagum. (Vidimus de 1396, Arch. de la 
Manche, ahbaje de Cherbourg.) 

Testibus: Philippo episcopo Baiocensi, et T. cancellario, et Roberto de Novo Burgo, et 
Manass. Biset dapifero, et Bernardo de Sancto Walerico. Apud Argentomum. (Vidimus 
au Trésor des chartes, reg. LXII, pièce 121, Bourgeois de Domfront.) 

Teste cancellario. Apud Novum Burgum. (Cartul. de L'Estrée, fol. 12, n° 17.) 
Testibus: Arnulfo Lexoviensi, Philippo Baiocensi et Ricardo Lundoniensi, episcopis, 
Willelmo fratre régis, Thoma cancellario, Ricardo de Flumetis, Garino Filio Geroldi, 
Man. Biset, Rodberto de Novo Burgo, Roberto de Dunstanvilla, Jocelino de Baillolio, Ni- 
cholao de Stuttevilla. Apud Westmonasterium. (Original, Arch. de la Seine-Inf, , Fécamp.) 
Testibus : cancellario, et Nicolao de Sigillo, et Ricaido de Luci, et Willelmo Maleti 
dapifero, et Roberto de Sancte Marie Ecclesia, et Hamone Boterello, et Reginaldo de Cur- 
tenaio. (Vidimus de i325, Trésor des chartes, reg. LXH, n" /ii6. Lépreux de Pont- 
Audemer.) 

'*' La lettre de l'année ii6i (n" i33 b de nostri, ne doit pas être prise en considération, 
notre Recueil), au bas de laquelle se trouvent La fausseté en sera démontrée dans le châ- 
les mots per inanum magistri Thome cancellarii pitre IX. 



THOMAS BECKET. 91 

Collaborateurs de Thomas Becket. — Le principal collaborateur du chan- 
celier Thomas Becket paraît avoir été GeolTroi Ridel, auquel sera consacré 
l'article suivant (p. 92). 

Une charte du commencement du règne, des années 1157-11 69, a été ex- 
pédiée en faveur de Tabbaye de Saint-Etienne de Caen, per Ho (jerium de Warwic, 
pour faire exécuter une décision de la cour du roi, devant laquelle les moines 
avaient fait la preuve de leurs franchises, ce qui avait été certifié par une charte 
du sénéchal Robert du Neubourg(^). La présence du chancelier Thomas n'est 
point mentionnée dans l'exécutoire cki roi. 

Roger de Warwick, qui fut chanoine de la cathédrale de Rouen, ligure, 
en 1 1 79, à la suite du chancelier Raoul de Wanneville, dans le procès-verbal 
de la translation du corps de saint Romain, célébrée à Rouen le 17 juin 
1 179 '■^'. 

On ])eul se demander si Roger de Warwick ne serait pas le même que le 
chapelain Roger, qui lit longtemps partie de la maison du roi (^) et qui figure 
comme unique témoin dans la charte des moines d'Evron W terminée par cette 
clause : « Teste Rogero capellano. Apud Ebronium. » 

Sous les ordres de Thomas Becket devait travailler à la chancellerie un fonc- 
tionnaire désigné sous la dénomination de Nicolaus de Sigillo. Sa présence est 
signalée dans une charte de la léproserie de Saint-Gilles de Pont-Audemer('^), 
tout à côté de Thomas. Il est pareillement nommé dans des chartes délivrées 
aux chanoines de Lincoln et aux religieuses de Little Mareis^^'). 

Nicolas du Sceau figure dans le rôle de 1 1 60-1 1 6 1 comme débiteur envers 
le roi de deux éperviers ''^ et comme chargé de présider à l'envoi en Normandie 
des biches du roi '^\ En 1178, il eut à lever une imposition dans une partie 
du royaume ('^'. Un article du Liber nùjcr Scaccarii peut être cité à propos de 
Nicolas du Sceau. 

Dans le chapitre où nous vovons que le chancelier et le mayister scriptorii 

'"' N° 7/4 de notre Recueil. C «Et [débet] pro Nicolao de Sigillo , ii acci- 

''' Plus loin, p. 101. pitres.» Pipe Roll vu H. H, p. i5. 

(S) ]\<>» 1^5^ 226^ 3q3^ 333, '106 , 489. '*' «In liberatione m navium ad portandas 

'*' ÎN'° 5o8. damas régis ultra mare i5 libras, per visum 

'*' IV' i32. Nicolai de Sigillo... Ibid.. p. 56. 

'"^ Mon. angl, t. IV. p. 275, et t. Vf, ^ pipe Roll xix H. H, p. 28, 76 et 

partlll,p. 127(1. 170. 



92 III. Cil WCKIJKKS l)K IIKMII II. 

faisaient partie do la maison du roi et (jnc des allocations ieni- élaient attri- 
buées par le règlement des dépenses de l'hôtel, il est dit que Henri II a\nit 
augmenté les prérogatives dont jouissait « Kobertus de Sigillo » ('). 

(ier\ais de Chichester fut un auxiliaire attitré du chancelier Tlionias Bockel. 
Robert, abbé du Mont-Saint-Michel, lui concéda l'église de Basinges^'^), et une 
charte du roi , relative aux églises de Pontorson ^^) , se termine ainsi : « Teste 
Roberto de ^o^o Burgo. Apud Sanctum Jacobum. Per Gervasium clericum 
cancellarii. » 

Des chartes rovales du temps de Thomas Becket portent la souscription 
d'un certain Richard, cpii est qualifié de scriptor ou de scriba'^'*K 

Une charte du roi (n° i35), connue seulement par une version moderne 
msérée dans le Gartulaire de Cérisi, a été expédiée par le chapelain Daniel; 
le seul témoin mentionné dans l'acte est l'évéque d'Evreux, probablement 
Rotrou , qui fut élevé en i i6/i à la dignité d'archevêque de Rouen. L'acte 
semble bien pouvoir être rapporté à l'époque où Thomas Becket dirigeait la 
chancellerie. 

On en peut dire autant d'une chai'te de f abbaye de Fécamp (n'^ Sg), qui se 
termine par les mots : « apudNiweham, per Willelmum de Haia ». 

Au nombre des clercs qui étaient attachés à la chancellerie du temps de 
Thomas Becket et de Geoffroi Ridel, son successeur, doit se placer un chape- 
lain du roi qui , dans les chartes attestées par lui (^) , est appelé Gaufridiis régis 
capellanus, et Gaafridas AmjUcus càpellamis. 

II. Geoffroi Ridel. — Geoffroi Ridel ^'^^^ qui travailla sous les ordres de 
Thomas Becket, lui succéda à la fois comme directeur de la chancellerie et 
comme archidiacre de Cantorbéry. Le Rév. Eyton ^^^ ne croit pas qu'il ait eu 
officiellement le titre de chancelier, il le considère comme ayant été vice- 

'■' Ed. Hearne, p. 3/ii- mille que le Gaufridas Ridel qui, dans le dé- 

'*' Orig. Archives de la Manche, n° 129 de nonibrement de ses fiefs, baillé à Henri II, se 

notre Recueil. ditfds de Richard Basset [Liber niger Scaccarii , 

'■^'> Orig. Archives de la Manche, fonds du t. I, p. 209), et dont il y a une charte publiée 

Mont-Saint-Michel. — N° 64 de notre Recueil. en fac-similé dans le recueil de Warner, n° 4^2. 

(4) ]>jo» ^Q ^ 124, 127 — «Gaufridus Ridellus» figure dans le Pipe 

(5) j>|jo5 g5^ ^^Q jjj j2^ j,^5 333 ^q[[ (jg j i55-i i5G, p. 7. 

(*' Ce personnage doit être de la même fa- ''^ P. i5i, 174 et 3 16. 



GEOFFROl RIDEL. 93 

chancelier. Je suis porté à partager l'opinion du Rév. Eylon, et je renonce à 
faire état d'une charte dans laquelle j'avais, un moment, cru voir le titre de 
chancelier donné à Geoffroi Ridel. 

Il s'agit d'une charte de l'abbaye de Marmoutier, relative au pressoir de 
Bouër, dans le Maine , qui nous est connue par un vidimus des archives de la 
Sarthe (^) et par une copie moderne de la Bibliothèque nationale ^'^\ La date 
de lieu qui devait terminer la pièce a disparu et la liste des témoins est ainsi 
conçue : 

Testibus : cancellario Gaufrido Ridel, GuiHelmo Martini et magistro Gerniano, scripto- 
ribus meis, Gaufrido Anglico et magistro Stephano Fulgeriense, capellanismeis, GuiHelmo, 
episcopo Cenoraaunensi, Gaufrido Andegavensi, Rotrodo Ebroicensi, Petro Filio Guidonis, 
custode turris Genomannensis, Guillelmo Filio Haimonis et Guilielmo de Lanvalaio. 

J'ai copié cette charte sans y mettre aucun signe de ponctuation après 
le mot cancellario. La ([uestion à résoudre consiste à savoir s'il faut insérer 
une virgule entre les mots cancellario et Gaufrido Ridel. Sans la virgule, la 
qualification de chancelier peut s'appliquer à Geotfroi Ridel; avec la virgule, 
elle désigne Thomas Becket qui, dans nombre de listes de témoins, figure 
sous la simple dénomination de cancellarias. Ce qui m'a décidé à attribuer à 
Thomas Becket la première des souscriptions de la charte de Marmoutier, 
c'est l'analogie que celte souscription présente avec la souscription de deux 
chartes originales de Saint-Etienne de Caen, dont j'ai en ce moment la pho- 
tographie sous les veux (^' : 

Testibus : . . . Thoma cancellario, Gaufrido Ridello. . . Apud Baiocas. 
Testibus : . . . Thoma cancellario, Gaufrido Ridello, Gaufrido capellano, Willelmo 
Filio Martini . . . Apud Cadoraum. 

Je considère aussi comme antérieure à l'abandon par Thomas Becket des 
fonctions d'archidiacre de Cantorbéry la charte de l'abbaye de Beaubec (') dont 
la première souscription est celle de macjister Gaufridus Ridellus , qui ne prend 
pas encore le titre d'archidiacre de Cantorbéry. 

''^ Cité par Round, n" ii83. <"' L'original de la charte, qui est datée de 

<*' Collection Moreau , 80, fol. 178. Rouen, est conservé au Musée britannique, 

(») j\" 108 et 111 de notre Recueil. Harley, 111. B. 43. 



94 III. CllWCKIJKHS l)K llIvNKI II. 

Il osl donc possible (jue Geolîroi Kidel n'ait jamais eu officiellement le 
litre (le chancelier, mais il est certain qu'il a dirigé la chancellerie royale 
depuis la retraite de Thomas Becket (i 162) jusqu'au 1" mai 1 178, date de 
Télection dudit Geoffi'oi à la dignité d'évèque d'Ely^'^. Il fut aussitôt intronisé, 
le 17 du même mois(-^ quoiqu'il ne dût être sacré que le 6 octobre 1 1 7/1 (•^). 
Ce qui est certain c'est qu'il a été im administrateur très actif, et tout porte à 
croire qu'il a mérité les éloges qui lui ont été décernés par l'auteur du Dia- 
logus de Scaccario ^'^\ 

Le caractère auquel on reconnaît les actes auxquels Geolfroi a pris part 
comme chancelier, ou faisant fonctions de chancelier, c'est la place à laquelle 
il est placé sur la liste des témoins. Dans toutes les pièces où la qualification 
d'archidiacre de Cantorbéry lui est donnée, il n'est primé que dans une 
charte, où le premier rang a été réservé à flmpératrice Mathilde, et dans 
quatre autres où les premières places sont données aux archevêques ou 
évéques. Geoffroi est le seul témoin d'une charte de sauvegarde accordée à 
l'abbave de Fontevrault(^), et quand une charte n'est attestée que par un 
témoin, cet unique témoin est d'ordinaire un officier de la chancellerie. 

En dehors même de la chancellerie, la carrière de Geolîroi a été très 
remplie, et je ne saurais passer entièrement sous silence la part qu'il a 
prise au gouvernement des Etats anglo - normands pendant une trentaine 
d'années. 

Nous le trouvons à la cour du roi au mois de mars 1 1 63 ''''. En 1 1 6/t il eut 
à remplir une mission auprès du pape Alexandre III, et, à cette occasion, il 
est qualifié de clericus re()is^'^\ Il siégeait à l'Echiquier à Westminster en 1 1 65 W. 
Dans les troubles religieux qui agitèrent le règne de Henri II, il prit si ouver- 
tement parti contre f archevêque de Cantorbéry qu'il fut frappé d'excommu- 
nication en 1 1 69(^1 

Un article du compte de l'année 1168-1169 nous autorise cependant à 



^'^ Monast. AngJic. , f. I, p. 463. riensi. Apud Salmuruin. » Cartul. de Fonte- 

'^' Le jour de l'Ascension. Ibid., d'après vrault, loi. 26 v°. 
Anglia sacra, t. I, p. 63 1. *' Gesta abhalnm Sancti Albani , l. 1, p. i53. 

''^ Gervais de Cantorbéry, t. I, p. 25 1. ''' Hoveden, t. I, p. 2 23. 

(*> Éd. Stubbs, 187^, p. 18/1. '*' Madox, Formai, p. xix. 

'^' «Teste Gaufrldo, arcliidiacono Cantua- ''' Robertson, Materirtk, t. VI, p. 55g. 



GEOFFROl RIDEL. 95 

croire qu'à un moment donné il avait sincèrement voulu s'interposer pour 
amener la réconciliation du roi et de l'archevêque : « Archidiaconus de Gan- 
tuaria débet loo libras pro pleg. Thome archiepiscopi(^). » 

Le rôle qu'il avait joué dans la lutte qui devait se terminer par l'assassinat 
de l'archevêque ne l'empêcha pas de pouvoir aspirer à l'évêché d'Ely. Aussitôt 
que la mort de Néel, arrivée le 3o mai i 169, eut rendu le siège vacant, il 
se fit attribuer la ferme du revenu des manoirs de ce riche bénéfice. Le 
compte qu'il en rendit en 1 170 est ainsi exposé sur le Pipe Roll de cette 
année ("^) : 

Episcopatus de Ely. Galfridus, archidiaconus Cantuariensis reddit compotum de 871 i. 
et 3 d. de firma maneriorum episcopatus de Ely hoc anno, et de firma hundredi de Ely; 
et de 17 i. et 7 d. de redditu anguillarum que pertinent ad coquinam episcopi. Summa 
888 1. et 10 d.(-^'. 

De semblables comptes furent rendus, dans les mêmes conditions, en 1171 
et en 1172. Le compte des reliquats de la ferme fut rendu en 1173 au nom 
de Gauf ridas Elyensis eleclus^^\ 

Elu évêque d'Ely et intronisé le 1 7 mai 1178, il ne fui sacré que le 6 oc- 
tobre 117/4 et installé le 1 3 du même mois(^). 

Tout en s'occupant des affaires de son évêché , Geoflroi continua à se tenir 
à la disposition du roi et remplit avec zèle les missions dont il fut chargé : 
en 1176 il conduit jusqu'à Saint-Gilles la fille de Henri II, la princesse 
Jeanne, qui devait épouser le roi de Sicile ('^). Au mois de juin 1 177, il est 
envoyé d'Angleterre en Normandie, et de là à la cour du roi de France ("^. Il 
siège à l'Echiquier en 1 1 80 (*) et, le i^"" décembre 1 1 82 , il se trouve à la cour 
du roi, à Westminster (^l La même année, il est désigné pour veiller àfexé- 
cution de mesures charitables prescrites par le testament du roi^^''). Nous le 

'*> Pipe Boll XV H. II, p. i63. p. 56. — Ger\ais de Gant., t. I, p. 2/i3 et 

'■' Pipe Roll xyi H. II, p. gS. a5i. 

f'^ Pipe Rollxvii H. II, p. 1 i5;anno.vF///, '"' Gesta Henrici, t. I, p. 119, i30, 127. 

p. ii5. (') Ibid.,t. I,p. 168. 

(*i Pipe Roll A/A H. II. p. i32 et 161. C' Madox, Exclu, i). ']kL\. 

'"' Rob, de Torigni, t. II, p. 37. — R. de ''^ Ihiù.., p. 77, note ;•. 

Diceto, t. I, p. 368, 392 et 395. — Geita ''"^ Testament inséré dans la Chronique de 

Henrici. t. I, p. 3o. — Ho\eden, t. II, Gervais de Gant. , t. I, p. 299. 



96 



III. Cil VNClvLlERS DK IJKNUI Jl. 



relrouvons le 3o oclohre i 18 3 à la sossion de l'Krhicjiiier rassemblé à Wost- 
ininslerC'* 

Il inourul à Wiiichosler le !îo août 1 i8()(-). 

On connaît un certain nombre des collaborateurs de Geolï'roi Ridel. 

Collaborateurs de Geojj'roi UideL — A la fin d'une cliarte royale, confirma- 
lion d'une donation faite à Richard dllcbester, sont mentionnés, immédiate- 
ment après le chancelier, plusieurs des collaborateurs de GeolTroi : maître 
Etienne de Fougères, les deux chapelains GeolTroi et Nicolas, et maître Jean 
(^uniin'^\ Ce dernier doit être le futur cardinal, archevêque de Dublin; son 
nom'^) et celui du chapelain Nicolas (^) se retrouvent parmi les témoins de plu- 
sieurs autres actes de Henri II. 

Etienne de Foiujères. — Etienne de Fougères, clerc très lettré (^), qui fut 
élevé en 1 168 à la dignité d'évéque de Rennes, et qui mourut en 1 178, 
occupa, du temps de Geolfroi Ridel, un des postes les plus en vue dans les 
bureaux de la chancellerie. Il y était entré du temps de Thomas Becket. C'est, 
je crois, en qualité de rédacteur qu'une charte expédiée en 1161 ou 1 162 
pour les chanoines de Saint-Barthélemi de Londres (^) le désigne dans une note 
ainsi conçue : Per manum Stephani de Fuhjeriis. Des notes analogues se trou- 



''^ Madox, p. 57, note h. 

'*' Gesla Henrici, t. II, p. 78. 

''' « Testibus : Gaufrido archidiacono Cantua- 
riensi, GauMdo capellano régis, et magistro 
Stéphane de Fulgeriis. et Nicholao capellano, 
magistro Johanne Cumin et magistro presbi- 
tero [sic) comitis Hugonis [sic) de Norfolco, 
Man. Biset dapilero, Willelmo Malet, Gosce- 
lino de Baliolo, Alano Filio Jordani, Ricardo 
pincerna. Apud Wintoniam. » Monast. ancjlic, 
t. VI, p. 436. 

'-"' N" 162, i63, 436 et peut-être 553. 

'*' N°' 226, 228, 292, 333, 377 et 489. 

<^> Voir Hhl. tilt, de ta France, t. XIV, p. 10. 
— Gallia cJirist., t. XIV, col. 750. — A. de 
La Borderie, Hist. de Bretagne^ t. III, p. 2 55- 



268. — \oir aussi les ouvrages cités dans la 
Bio-bibliocfrapliie du chanoine Ul. Chevalier, 
t. I, col. 1377. 11 faut surtout y ajouter la 
très importante étude que M. Ch.-V. Langlois 
a consacrée au Livre des manières, dans le vo- 
linne intitulé : La Vie en Irance aa moyen âge 
d'après quelques mornlisies du temps (Paris, 
1908), p. 1-29. 

''' Au Record Office, Carlœ anliquœ, L (ci- 
tation du Ilév. Eyton, p. 53). — A la même 
période de la vie d'Etienne appartient la charte 
de Guillaume Longue-épée pour les religieuses 
de Notre-Dame de Mortain , au bas de laquelle 
est la souscription de : « magister Stephanus 
Filgeriensis». [Rotiili Scaccarii Norm., t. II, 
p. ccxv.) 



ETIENNE DE F(3UGERES. 



97 



vent à la fin des chartes des abbayes de FoiicarmonlO, de Saint-Florent C-^), de 
Fécamp(3) et de Furness'*). A deux chartes du Mont-Saint-Michel (n°' 162 et 
i63), le copiste du Cartulaire (^^ a ajouté la note Data per manum magislri 
Stephani, avec la date 1 166. 

Le rang- qu'Etienne avait occupé dans les services de la maison du roi est 
indiqué par une charte de MarmoutierM, qui énumère ainsi, avant les évéques, 
le chancelier, les écrivains ou notaires et les chapelains : « Testibus ; cancel- 
lario, Gaufrido Ridel, Guillermo Martini et magistro Germano scriptoribus 
meis, Gaufrido Anglico et magistro Stephano Fulgeriense capellanis meis ». 

Une charte de l'abbaye de Saint-Edmondl3ury, datée de Porchester, nous 
apprend qu'Etienne était chantre de Mortain, probablement en ii66(''). 
Le titre de chantre de Mortain lui est aussi donné dans la charte par 
laquelle le roi octroya les coutumes de Verneuil aux bourgeois de Pont- 
orson(^). 

Aussitôt nommé évèque de Rennes, en 1 168, avant même d'être sacré, 
Etienne intervint comme témoin en qualité de elecius Redonensis^'^\ Il joue le 
même rôle après son sacre , comme l'attestent plusieurs chartes , les unes anté- 
rieiu^es au changement du protocole (^°), les autres postérieures (^*). En 1 1 72 il se 



(') (I Per manum Stephani de Fulgeris scrip- 
toris. Apud Rothomagum. » Charte du temps 
du chancelier Thomas , en original aux archives 
de la Seine-Inférieure. 

''^ Charte du pont de Saumur : « Per manum 
magistri Stephani capellani ». Livre rouge de 
S. Florent, fol. 2^; Livre d'argent, fol. Ao. La 
souscription est omise dans le vidimus que 
Teulet a publié [Layettes du Trésor des chartes , 
t. l.p. 87). 

'^^ Cartulaire à la Bibliothèque de Rouen , 
fol. 6 v». 

^*' Charte de l'abbaye de Furness, dans 
Monast. anglic, t. V, p. 24^8. 

(') Fol. 122 v°. 

'*^ Collection Moreau, vol. 80, fol. 178. La 
présence simultanée du chancelier [Thomas] 
et de Rotrou, évèque d'Evreux, prouve que 
la date de la charte est au plus tard de 1161. 

CHARTES ET DIPLÔMES. — IV. 



''^ « Magister Stcphanus de Fulgeriis, pre- 
centor de Moretonio. » Chron. de Joscelin de 
Rrakelond, citée par Eyton , p. 5o et 92. 

'"' «Stephano, capellano régis et cantore 
Moretonii. » N" 1 78 de notre Recueil. 

''' Charte de l'abbaye de Blanchelande , aux 
Archives de la Manche. 

'"*^ Cartulaire du prieuré du Plessis, t. I, 
n" 849. — Charte de Saint-Martin d'Angers; 
original, Arch. d'Indre-et-Loire. 

'"' Charte pour les chanoines de Saint-Martin 
de Tours; original aux Archives d'Indre-et- 
Loire. — Charte de la commune de La Ro- 
chelle; Biblioth. de l'Ecole des chartes, i858, 
t. XIX, p. 1 56. — Cartul. de l'abb. de Préaux, 
loi. 28 v°. — Charte pour les religieuses de 
Lisieux; original, Arch. du Calvados. — Charte 
pour les chapelains de Saint-Laud d'Angers, 
Biblioth. d'Angers, ms. 680. 

nipniMEniE nationale. 



98 in. CnWCRÏJERS DE IIFARI II. 

trouva au Mans avec les deuxléj^ats, maître Albert, cardinal de Saint-Laurent 
in Lucina, et Téotin, cardinal de Saint-Vital^). La même année il ajoute sa 
conlirmation à un accord conclu au profit de Tabbaye de Saint-Aubin d'Angers'-). 
Dans les actes émanés d'Etienne de Fougères à l'époque où il était évèque 
de Rennes, il est à remarcjuer (|ue, sans doute par un sentiment d'iuimililé, 
il s'appelait simplement prêtre de l'église de Rennes : «Ego Stephanus, Dei 
gratia Redonensis çcclesiç presbiler et régis capellanus ». Il prend les mêmes 
titres en 1169 dans une charte du prieuré de Fougères (^), ainsi que dans deux 
chartes accordées à l'abbaye de SavigniW en 1 170 et 117/1. 

Gnillaiime Martin et Germain. — A la fin d'une charte de Marmoutier (^), 
tout à côté de Geoflroi Ridel, sont inscrits Guillaume Martin et maître Ger- 
main, que le roi qualifie de «mes écrivains» [scriptores mei). Le premier 
n'est-il pas le Guillaume , chapelain , dont le nom suit celui du chancelier dans 
une charte de l'abbaye du Valasse ("^^ .^ Quant à l'autre, c'est le clerc qui est 
appelé « Germanus , scriptor régis » dans une charte de Hugues , comte de 
Chester('), et qui dut écrire une charte accordée à l'abbaye de Saint-Etienne 
de Caen , pour confirmer une concession faite à cette abbaye. 

Raoul Fils d'Urselin. — 11 faut aussi, je crois, ranger parmi les actes de 
l'administration de Geoffroi Ridel une charte d'exemption de droits de tonlieu 
accordée à f abbaye du Val-Notre-Dame , près Pontoise : elle mentionne un 
officier delà chancellerie dont je n'ai pas rencontré ailleurs le nom, Raoul Fils 
d'Ursehn : « Teste Manasse Biset, dapifero. Per Radulfum Filium Urselini(^) ». 

Gautier de L'Ile. — Un des auxiliaires de Geoffi^oi Ridel était un certain 
a maître Gautier », qui paraît avoir été le porte-scel en 1 166, au moment où 

''' Charte de Locmaria; Lobineau, Hist. de '*' Collection Moreau, vol. 80, fol. 178. — 

Bretagne, t. II, p. 3o8. N" 1 1 1 a de notre Recueil. 

t-' «Stephanus, Redonensis ecclesie presbi- ^^' Cartulaire duValasse, t. II, fol. 11/i v". 

ter et régis Anglie capellanus, hanc conve- — N" 820 de notre Recueil, 
nientiam confirme.» Carlul. de S.Aubin, éd. ^'' Voir ce qui est dit dans le chapitre II 

de Bertrand de Broussillon, t. II, p. 1/Î9. (p- 5o) de la charte relative à Bretteville-l'Oi'- 

'^^ Original aux Archives d'Ille-et-Vilaine. gueilleuse. 

(*J Cartul. de Savigni, n"' 3o5 et 3/42. ('> N" 2^3 de notre Recueil. 



GAUTIER DE L'ILE. 99 

le roi était le plus irrité contre Thomas Becket. On lui reprocha de n'avoir 
pas arrêté un courrier qui portait des dépêches du pape à l'archevêque de 
Cantorbéry. De ce chef, il encourut la disgrâce du roi , qui lui retira le sceau 
des mains, mais qui le lui rendit un peu plus tard ^^\ Ce doit être le « magister 
Walterus de Insula » , qui figure à côté de deux chapelains du roi , au l)as 
d'une charte de Henri II pour f église du Manst"^). Nous savons, par une lettre 
de Jean de Salisbury^^^ que maître Gautier de l'Ile était à la cour du roi 
en 1 1 66. 

Les comptes des années i 172-1 17 4 mentionnent la pension que maître 
Gautier touchait sur les revenus de l'abbaye de Hide, près de Winchester (*). 

Les articles suivants des Pipe Rolls prouvent qu'il avait une charge dans la 
maison du roi : 

1 1 73. Magistro Waltero de Insula, 60 marcas, ad portandum régi in Normannia (a. xix, 
p. 186.) 

1176. Pro vino quod Stephanus de Turonis misit domino régi ponendo in cellario 
apud Hanioniam et ducendo apud Clarendonam et Wintoniam et Londinum, 67 s. et 
2 d,, per brève régis et per visum magistri Walteri de Insula. . . (a. xxii.) 

Maître Gautier de l'Ile ne doit pas être confondu avec un Walterus de Insala 
qui vivait à la même époque et dont le nom revient plusieurs fois dans les 
Pipe Rolls; celui-ci, du consentement de son fils Geolfroi, fit une donation à 
l'abbaye de Quarr(^). 

III. Raoul de Wanneville (1 173-1 182). — A Geofïroi Ridel, monté sur 
le siège épiscopal d'Ely en 1 178, succéda Raoul de Wanneville (''), sacristain 

^'^ S. Thomas, recueil de Giles, t. IV, p. i85 '*' Madox, Formai, p. 189, n" 3 16. 

et 261 (cité par Eyton, p. 100, note). '*^ Gesta Hen. Il, t. T., p. 278. — Rad. de 

''^ Livre blanc de régîise du. Mans, p. 5, Diceto, à l'an 1173,1. I, p. 367 : « Radulfus 

n° VIII. de Warneviila, Rotomagensis sacrista, thesau- 

^'^ Edit. Giles, t. I, p. 219. — 11 existe des rarius Eboracensis, constitutus est Angliae can- 

lettres de Jean de Salisbury adressées à maitre cellarius. Qui modum vivendi , parum a pri- 

Gautier de l'Ile; ihid. , t. I, p. 332, et t. II, vato dissimilem , quem prius semper habuerat, 

p. 20. non immutavit, malens Waltero de Constan- 

'*^ Pipe Rolls xyiii H.II, ip. ^; xix,^. 56; ciis, canonico Rotomagensi , vices in curia 

XX , ^. 137. régis committere, quam circa latus principis 

i3. 



00 



m. CUANCKLIKUS DE IIKMU II 



de régliso (le IU)iien, qui conserva les fonctions de chancelier jusqu'en i i 82, 
date à laquelle il fut nonuiié évèque de Lisieux. 

Le nom de ce dignitaire se présente sous la forme H'anncvilla, WcmievUlu, 
I ( andevUla . Warnevillc , \ Vernevilla . 

Un peu avant l'année 1162, Raoul était trésorier de l'église de Rouen, et il 
prit à forme un manoir anglais du chapitre C^). En 1 175 un des comptahles 
anglais lui paya une somme de 1 00 livres ('). 

Raoul de Dicet signale l'insouciance et la parcimonie dont il fit preuve pen- 
dant qu'il occupait le poste de chancelier ('). 

Des reproches beaucoup plus graves furent adressés à Raoul de Wanneville 
l)ar Pierre de Blois, qui s'indignait d'actes d'avarice et de dureté qui con- 
trastaient avec la largesse de son prédécesseur à la chancellerie (^). 

Raoul donnait toute sa confiance à Gautier de Goutances, qui devait être 
son lieutenant, et dont il favorisa les intrigues tendant à supplanter Arnoul, 
évèque de Lisieux, dans les bonnes grâces du roiW. 

Parmi les actes du chancelier Raoul qui nous sont parvenus, il en est un 
dont les archives de la Seine-biférieure possèdent l'original et qui, rédigé de 
concert avec Guillaume de Malpalu, justicier du roi, et Barthéiemi, maire 
de Rouen , est important pour l'histoire des débuts de la mairie de cette ville W. 



militantes, expensis prolusioribiis , lautioribus 
mensis, ad sui gloriam nominis propaganduni , 
per dies singulos invitare. » — Raoul de Wan- 
neville appartenait sans doute à la même 
famille qu'un certain « Adam de Wannevilla » , 
peut-être justicier du roi, qui fut témoin d'une 
charte de Robert, doyen de Rouen, pour les 
lépreux du Mont-aux-Malades. Arch. nat. , 
S. 4889, n" 6. 

'"' Cette dernière forme esl donnée par une 
charte de Richard Cœur-de-lion, qui est en 
original au Trésor des chartes (J. 655, n° 1) 
et qui doit être des premiers mois du régne 
de Richard. 

'*' «Ego Radulfus, Rothomagensis ecclesie 
thesaurarius. . . De manerio autem de Killon, 
quod a capitulo Béate Marie anno Verbiincar- 
nati ^PCEX"!!"* usque adiiii annum. . . sus- 



cepi tenendum ...» Cartul. de la cathédrale de 
Rouen, fol. 5o, n° 55. 

^•■'' « Randulfo de Wandevilla [al. deWadne- 
villa) cancellario, 100 lïhraiS.y^ Pipe Roll xxi 
i/.//. p. 171. 

'''^ Plus haut, p. 99, note 6. 
''' « Decessor equidem tuus gratia hospitali- 
tatis munifica; et effusœ liberalitatis magnifi- 
centia celeljerrimos fama; titulos acquisivit; sed 
quantum memoria illius ascendit in gloriam, 
tanlum damnatissimum nomen tuum in con- 
fusionem et opprobrium te dejecit. » Pétri Bk- 
sensis Epistolœ , ep. xci, dans la Patrologie de 
Migne, vol. CGVII, col. 289. Il doit s'agir 
d'Arnoul , évèque de Lisieux. 

t") Arnulfi Epislolœ, éd. Giles, p. 286. 
^'' «Radulfus, H. régis Anglorum cancella- 
rius , Willelmus de Mala Palude , justiciarius 




RAOUL DE WANNEVILLE. 



101 



Raoul assista le i 7 juin 1179 à la translation du corps de saint Romain 
dans la cathédrale de Rouen (^). Le procès-verbal de la cérémonie, qui le cite 
avec le titre de cancellarim régis, mentionne immédiatement après lui maître 
Pierre de Blois et Roger de Warwick; les trois personnages forment un 
groupe de témoins qui a le pas sur l'évéque de Waterford et sur un groupe 
de six abbés, ce qui me porte à croire que Pierre de Blois et Roger de War- 
wick figurent à cette place en leur qualité d'officiers de la chancellerie. 

En 1 180, Raoul était fermier de certains domaines normands de la Cou- 
ronne, et les comptes qu'il rendit en cette qualité sont inscrits au Grand rôle 
de l'Echiquier ('^). 

Au dire de Robert de Torigni^^), Raoul résigna son titre de chancelier 
en 1182 et reçut en coni])ensation des revenus considérables. Un peu aupara- 



{sic) domini régis, et Barthoiomeus, major 
communie Rothomagensis, omnibus ad cpios 
littere présentes pervenerint, salutem. Noverit 
universitas vestra quod Walterus de Castellione 
et Emma , uxor ejus , iJia \ icecomitisse , dota- 
Htium ejusdem Emme, scilicet decem marcas 
anri, in domo que fuit Radulfl Filii Stephani, 
mariti sui, magistro Wallero de Constanciis, 
thesaurario Uothomagensi, vendiderunt, nobis 
presentibus , et in presentia quoque nostra par- 
tem ultimam precii receperunt, ita quod pre- 
dictus thesaurarius quiète et intègre domiuu 
illam, sub predicta summa sibi obligatam, 
possidebit, sicut predicta fjiima eandem a ma- 
rito suo recepit, donec ab heredibus predicta 
summa , scilicet x marcarum auri , sibi persol- 
vatur. Fidem quoque predictus Walterus de 
Castellione dédit, pro se et pro uxore sua, que 
pregnans erat, quod, si quis moverit adversus 
dominum thesaurarium super hoc queslionem 
aliquam vel calumpniam, pro posse suo gua- 
rantizabunt. Quod ut ratum permaneat et 
inconcussum, presens scriptum sigillis nostris 
fecimus communiri. Testes interfuerunt Hu- 
bertus Lexoviensis canonicus, magister Theo- 
baldus Turouensis canonicus, Ricardusde Mala 
Palude, magister Odo de Constanciis, Willel 



mus de INIara, Robertus de Mara frater ejus, 
Gillebertus Rainfredi , Walterus FiliusGeroudi , 
Nicholaus Groinnet, Hugo et Galfridus filii 
\'icecomitisse , Clarenbaudus Rufus et alii 
quam plures, tam clerici quam laici, testimo- 
niuiii debentes veritali. » — Cette charte est 
connue par l'original et par trois copies qui 
sont dans le Cartulaire de la catliédrale, 
fol. 68 v", 108 v" et 109; n" 8/i, 176 et lyy. 

''^ La Roque, Ilist. de la maison de Har- 
coart, t. III, p. i/t3. 

'■) « Radulfus cancellarius reddil compotum 
de 4o libris de rémanente denariorum Warlni 
de Land. lugitivi. . . — Idom débet i3 libras 
de rémanente veterum placitoruiii de Valle 
Rodolii de tempore Willelmi de Curceio . . 

— Idem débet 5o libras de rémanente compoti 
sui de tallagio Vallis Rodolii ... — Radulfus 
cancellarius débet 8 libras et 7 solidos et 
3 denarios de parte sua de rémanente com- 
poti de modiatione Rothomagi de tercio anno, . . 

— Radulfus cancellarius reddit compotum de 
29 libris de reguardo foreste de Bort. » — 
Rotuli Scacc. Norm., t. I, p. 96 et 97. 

^^) « Radulfus de Vennevilla archidiaconus 
Rothom. renunciavit cancellarie régis. » T. H , 
p. 102. 



102 



m. CnWCRLlERS DE HENRI II. 



Aant, le roi, au moment de s'embarquer à Cherbourg pour retourner en 
Angleterre, le 26 juillet 1181, l'avait désigné pour occuper le siège épiscopal 
(le Lisieux(*), en remplacement d'Arnoul, qui avait encouru la disgrâce du roi, 
et l'élection se lit au cours de l'année 1 i82('^). Un dignitaire de la cathédrale 
de Lisieux, l'archidiacre Jean d'Alençon, connu pour avoir expédié en 1 190 
un certain nombre de chartes de Richard Cœur-de-lion, l'a ainsi qualifié 
dans une charte de l'abbaye de Saint-Pierre-sur-Dive :« Radulpho f^) , pâtre 
nostro, bone famé et pie recordationis Lexoviensi episcopo ». 

Raoul ne se contenta pas d'administrer son diocèse jusqu'au jour de sa mort 
en 1191 ou 1 1 9 2 . Il se fit nommer trésorier du roi à Rouen , et à ce titre il 
versa, en 1 i85, 1,700 livres d'esterlnis entre les mains du commissaire du 
comte Guillaume d'Arundel pour payer les travaux considérables exécutés aux 
châteaux de la marche du Vexinf^). 

J'ai recueilli, parmi les pièces d'origine normande, six pièces émanées de 
Henri II au bas desquelles est le nom de Raoul de Wannevillet^). Il y est tou- 
jours en tète de la liste des témoins, où il ne cède le pas qu'à des évoques et à 
l'abbé du Bec. Il est témoin unique de la charte de sauvegarde accordée 
à l'alibaye duValasse. Tout cela est bien conforme à ce que nous avons con- 
staté au sujet des autres chanceliers. 

Je ne fais pas entrer en ligne de compte la charte des privilèges de la 



(') Rob. de Torignl, t. I, p. 278. Cf. Ho- 
veden, t. II, p. 260. 

'■' Rob. de Torigni, t. II, p. 107. 

'^^ Ms. français i8g52, fol. 28 v". 

'*' «De tbesauro Rotbomagi, de focaglo 
1700 1. steriingorum , per Radulfum Lexo- 
viensem, tbesaurarium régis, et Herbertum de 
Argent. » Rot. Scacc. Norm., t. I, p. 1 10. 

'^^ « T. R. Rotbom. arcbiep. , Egidio ep. 
Ebroic, R, cane. , Jo. decano Sarisb. , R. decano 
Ebroic. , R. comité Legrec. , R. de Can villa, 
Sim. de Tornebu. Apud Chevilli. » (N° 3 19.) 

« T. Rotr. arcbiep. Rotb. , Egidio Ebroic. 
ep., Rog. abb. Becci, R. cane, Will. de Man- 
devilla, Rie. de Homet constab. , Regin. de 
Cortenaio , Rob. Marmion . . . Apud Rothoma- 
gum... (N°358.) 



« T. Rad. de Wannevilla. Apud Cadomum. » 
(NO 395.) 

«T. Rad. de Wand'villa cancellario, mag. 
Walt, de Costentiis Oxin. arcbid. , Will. Painel 
Abrinc. arcbid. , comité Job. Vindoc. , Rob. de 
StotteviDa, Will. Filio Rad. sen. Norm.,... 
Apud Juliam Bonam. » (N° di6.) 

«T. Roberto de Warnevilla cane, Walt, de 
Constanciis, Sebier de Quenci, Rob. de Stote- 
villa. Apud Juliam Bonam. » (N° 417.) — Cette 
cbarte n'est connue que par une copie dans la- 
quelle le mot Roberlo a été substitué par erreur 
à Radulfo. 

«T. Rad. de Wannevilla cane, mag. Walt, 
de Constanciis, Seherio de Quenci, Hug. de 
Cresseyo, Ragin. de Pavilleyo. Apud Jidiam 
Bonam.» (N" 4i8.) 



\ 



GEOFFROI FILS DU ROI. 10:5 

maison de Monnais (n° 91), que j'ai publiée et critiquée dans mon Examen 
de treize chartes de l'ordre de Grammonl^^\ La fausseté en est de toute évidence, 
puisc[ii'elle porte la date : Datiim apiid Cenomannim , per manus Raduffi cancel- 
larii, septima die junii, anno quinto regni nosfri. Henri II n'indiquait pas en 
quelle année de son règne il expédiait ses chartes, et le chancelier qui était 
en charge la cinquième année du règne était Thomas Becket. 

C'est probablement du temps de Raoul de VVanneville que les fonctions 
de « sigillator » à la cour de Henri II étaient remplies par un certain « Adam 
a Gernemute », dont le nom nous a été conservé par Gautier Map(^'. Il est 
cité en 117/1 dans le Pipe RoU de Tannée 1 170-1 174, p- 45. 

Geoffroi Fils du roi. — Ce personnage, dont la carrière fut très acci- 
dentée , était fils naturel de Henri II. Il ne faut pas le confondre avec le fds 
légitime du même roi, qui portait le même nom et qui fut duc de Bretagne (-^^ . 
Gautier Map, dont le témoignage est assez suspect, a prétendu qu'il était né 
d'une courtisane publique (*). Quoi qu'il en soit, il a été traité avec beau- 
coup d'égards et de sympathie parGiraud le Cambrien, qui a écrit de lui une 
très intéressante biographie (^). Ce qui est certain, c'est qu'il a été tout par- 
ticulièrement l'objet de la bienveillance de Henri II et de Richard Cœur-de- 
lion. 

Geoffroi était encore tout jeune et n'avait pas même reçu l'ordre de la 
prêtrise quand il fut nommé évêque de Lincoln, en 1 i 78 ■*'). L'année suivante, 
il se rendit à Rome pour faire confirmer son élection. Revenu en Angleterre, 
il fit son entrée dans la cathédrale le 1 8 juillet 1 1 70^'^ Il alla ensuite achever 
ses études à Tours ^^). 

Quelques années plus tard, il reconnut lui-même (|u'il ne pouvait guère 

'^ Mémoires de lu Société des antiquaires de *^^ De vita Galfridi archiepiscopi Eboracensis , 

Normandie, 2' série, t. X, p. 171-221. dans les œuvres de Giraud le Cambrien, t. IV, 

('' De Nugis curialium, V, vi, éd. Wright, p. 357 ^^ ^"^^• 

p. 23i. (*) Raoul de Dicet, t. I, p. 368. — Rob. de 

''' La confiision des deux Geoffroi, fils de Torigni, t. II, p. 37. 

Henri II, a été commise par l'éditeur du Car- ('> Raoul de Dicet, t. I, p. 392 , 3,^3. 

talaire des Vaux de Cernay, t. I, p. 21. W « Misit eum rex Turonim, ut scholas ibi 

'*' De Nufjis curialiam, V, vi, éd. Wright, exerceret et disceret. » Gesta Henrici II, t. T, 

p. 228 et 235. p. gS. 



lO'i III. CHANCEF.IERS DK IIFAHI W. 

convenablement occuper le poste qui lui avait été confié. Nous possédons la 
lettre par laquelle il renonça aux droits que son élection pouvait lui conférer. 
Cette renonciation fui annoncée en 1181, mais la lettre par laquelle la renon- 
ciation devint officielle et définitive paraît n'être que de Tannée 1 1 82(^1 

Le roi lui procura un riche dédommagement, et lui assigna le poste de 
chancelier, en joignant à cette dignité les archidiaconés de Lincoln et de 
Rouen, la trésorerie d'York et les deux châteaux de Baugé en Anjou (;t 
de Langeais en Touraine(^). Il se distingua de ses frères par sa piété filiale 
et par la correction de son attitude au milieu des plus tristes défaillances (-'l 
Le tableau de sa conduite pendant les derniers jours de Henri II est vrai- 
ment touchant, et le récit qu'en a fait son biographe (''^ est une page d'histoire 
remarquable. Le roi, sur son lit de mort, le désigna pour le siège archi- 
épiscopal d'York , qu'il occupa pendant plus de vingt ans. 

Il ne doit être ici question que des fonctions de chancelier dont il fut 
chargé après la retraite de Raoul de Wanneville. Il prend déjà le titre de régis 
jilius et cancellarius en 1181 dans la lettre où il annonce qu'en raison de son 
jeune âge et de son peu d'expérience il n'est pas digne de l'épiscopat^^). 

Peut-être Geoffroi avait-il un emploi à la chancellerie avant d'avoir aban- 
donné son titre d'évêque. Ce qui semble l'indiquer, c'est une charte paraissant 
remontera l'année 1181, où GeofProi, évêque élu de Lincoln, figure à une 
place qui convient parfaitement à un officier de la chancellerie, immédiate- 
ment avant maître Gautier de Coutances, qui était précédemment et qui resta 
encore cjuelque temps attaché à la chancellerie (''l 

Geoffroi est encore cité comme témoin , avec la qualification de filim et 
cancellarius meus, dans la confirmation que le roi Henri H, d'accord avec ses 
fils Richard, Geoffroi et Jean, accorda aux religieuses de Fontevrault pour la 
donation d'une rente de 100 livres que la reine Aliénor leur avait assignée 

''^ Gesta Henvici, t. I, p. 2-7 1. — Gervaîs cavit eum dominus rex cancellaria sua , sigillum- 

de Cantorbéry, t. I, p. 297. — Gautier Map, que suum appendlt collo. » 
De Niigis curialiam, V, vi , p. 235. '"^^ Gesla Henrici, t. II, p. 5i note. 

'''' Gesta Henrici, t. I, p. 272. — Robert '^^ Voir l'opuscule de Giraud de Cambrien, 

de Torlgni, t. II, p. 98 et 102. — Giraud le cité dans l'avant-dernière note. 
Cambrien, Vita Galfridi, éd. Wharton, t. II, ''^ Gesta Henrici, t. I, p. 271. 

p. 38o. — Gautier Map [De Niigis , V, vi, '*' Charte pour Jean Fils de Luc. N° 383 de 

p. 237) : «Die cessionis praedicti viri beatili- notre Recueil. 



GEOFFROI FILS DU ROf. 105 

sur le minage de Poitiers ^^\ L'absence du nom du fils aîné Henri doit-elle 
faire supposer que la charte est postérieure à la mort de ce prince ( i i juin 
ii83)? 

J'ai reconnu une q\iinzaine de chartes royales dans lesquelles l'intervention 
du chancelier est formellement annoncée. En voici le relevé avec renvoi aux 
numéros qu'elles portent dans notre Recueil. 

383. Jean Fils de Luc, qui devait être bientôt évêque d'Evreux. — « Gaufridus Lincol- 

niensis electus. » — Argentan. 
'432. Le prieuré du Plessis. — « G. cancellario fîlio meo. » — Bur. 

^34. L'abbaye de Saint-Etienne de Caen. « Gaufrido CcncelJario filio meo.» — Rouen. 
437. Testament du roi. — Waltham. 
443. L'abbaye de Fontevrault. — «Ricardo comité Pictavensi, et Gaiifrido comité Bri 

tannie, et Gaufrido cancellario, fdiis meis. » — Ghinon. 

452. L'abbaye de Valmont. — « Gaufrido filio meo. » — « Ajjud Selvi castrum. » 

453. L'abbaye du Vœu à Gherbourg. — « Gaufrido filio meo. » — Northampton. 
481. L'abbaye de Cluni. — « (iaufrido filio meo et cancellario. » — Winchester. 
488. L'abbaye de Vendôme. — « Cancellario filio meo. » — Mayet. 

543. L'abbaye de Fontevrault. — «Gaufrido filio et cancellario meo. » — Alençon. 

545. L'abbaye des Vaux de Semai. — «Gaufrido cancellario, filio meo. » — Gisors. 

546. Le chapitre du Mans. — «Gaufrido cancellario filio meo. » — Le Mans. 

547. La chartreuse de Liget. — « (j. cancellario meo. » — F^e Mans. 

548. L'abbaye d'Aunai. — «Gaufrido filio meo. » — Mortain. 

556. L'abbaye de Silli. — - « G. cancellario et filio meo. « — Apud Andegavim. 
r)60. Le Prieuré de Sainte-Barbe. — « Galfrido cancellario filio meo. » — Bur. 
570. Le Prieuré de Longueville. — « Gaufrido cancellario. » — Le Mans. 

Je termine ces notes relatives au lils de Henri II par une charte (ju'il lit 
expédier, peu de temps après avoir été élu archevêque d'York ('^) et dans 
laquelle il donne un souvenir à son frère le jeune roi Henri , enterré dans la 
cathédrale de Rouen : 

(jaufridus Dei gracia Eboracensis electus, universis sancte niatris Ecclesie liliis, salu- 
tem. Noverit universitas vestra nos concessisse, et presentis scripti munimine confirmasse, 



'^ N" 5-43 de notre Recueil. — '^^ L'élection se fit le lo août 1 189. Gesln flenrici, t. Il, p. 77. 

CHARTES ET DIPLÔMES. — IV. 1 'l 



100 III. CITVNCELIERS l)K HKNRI II. 

concessionein et donationem ([iiain dileclus frater noster Johaiiues cornes Moretonii, pre- 
clbus et voluntate karissimi fratris nosiri Ricardi IHustris régis Anglorum, et dilecte 
domine nostre A. Anglonini regine, et pro salute anime suc et patris et fratris nosiri 
llenrici régis junioris, qui in ecclesia Rothomagensi habet sepulturam, fecit domino 
^^'altero Rotliomagensi archiepiscopo, et successoril)us suis et ecclesie Rothomagensi, 
super capellania de Blia, cum pertinenciis suis, in puram et perpctuam elemosinam pos- 
sidenda, sicut in carta (^usdem domini régis et in carta domini Johannis comitis cou- 
tinetur. 

Testibus hiis : magistro Simone de Apulia cancellario Eboracensi, (i. de Muscanij) 
archidiacono de Ciiveland., magistro Roberto de Buketorp, magistro Willelmo Normanno, 
Radulfo capellano , Petro liadulfiC . 

Cette charte fut renouvelée par le prélat un peu plus tard quand il eut été 
confirmé en qualité d'archevêque d'York et primat d'Angleterre ('^). 

V. Gautier de Coutancks vice-chancelier. — Le dernier des fonctionnaires 
de la chancellerie dont il me reste à parler est Gautier de Coutances. Il n'eul 
pas le titre de chancelier, mais il fut certainement l'un des plus actifs , des plus 
distingués et des plus influents fonctionnaires de l'administration pendant 
l'exercice des chanceliers Raoul de Wanneville et GeoffroiFils du Roi, dont je 
viens de parler. Il fut en même temps un clerc lettré, qui a légitimement 
obtenu une place dans V Histoire littéraire de la Fratice^^\ et un prélat dont le 
nom est mêlé à toutes les plus notables affaires religieuses qui agitèrent 
l'Angleterre et la Normandie sous les règnes de Henri II, de Richard Cœur-de- 
lion, de Jean Sans-terre et de Philippe-Auguste. Mais il ne saurait être ici 
question ni du lettré, ni du prélat; je dois m'occuper uniquement du fonc- 
tionnaire politicjue, et presque uniquement de la place qu'il a tenue à la chan- 
cellerie de Henri II. Je dois cependant donner sur la première période de sa 
vie quelques détails nécessaires pour fixer la date de certains actes à l'expé- 
dition desquels il a présidé. 

Gautier de Coutances n'était point d'origine normande, comme le nom 
semblerait l'indiquer; il était anglais, natif de Cornouaille. Jean de Schaley(') 

■') Original aux Archives de la Seine-Infé- t^) T. XVI , p. 535-56o. (Article de Dom 

rieure, G. /io4o. Brial. ) 

'*^ Round, Caleiirtar of Documents in France , '''^ Vie des évêques de Lincoln, dans les 

t. I, p. 17, n' 62. OEuvres de Giraudle Cambrien, t. VII, p. 199. 



GAUTIER DE GOUTANCES. 107 

le dit expressément : « Walterus, de Constantiis dictus, sed re vera de Gor- 
nubia natiis. » Ce témoignage est confirmé par un catalogue des archevêques 
(le Rouen, remontant au commencement du \uf siècle (^), et dans lequel 
Gautier est ainsi mentionné : « Hic génère anglicus Gornubiensis ». 

A la même famille devait appartenir Jean de Goutances^'^), qui, après avoir, 
comme Gautier, pris place dans le chapitre de Rouen, devint évêque de 
Worcester en i 196, et probablement encore un maître Eudes de Goutances, 
qui, lui aussi, pouvait avoir des attaches avec le chapitre de Rouen (2'. 

Il semble bien avoir eu pour frère ou beau-frère un justicier royal , Roger 
Fils de Rainfroi, dont le neveu Robert Fils de Baudouin Fils de Gervais 
indique son degré de parenté avec Gautier (*^. G'est de ce Robert, neveu de 
Gautier, qu'il est question dans une lettre adressée à Barthélemi évêque 
d'Exeter(5). 

Les études que Gautier de Goutances avait faites, probablement à TUniver- 
sité de Paris , lui avaient valu le grade de maître , et il est constamment qualifié 
de mcKjisler dans tous les actes antérieurs à sa nomination à l'épiscopat. 

S'il fallait s'en rapporter à une charte de l'abbaye de Savigni , dans laquelle 
figure « magister Walterus de Gonstanciis, Oxenefordie archidiaconus », et qui 
est datée de 1 167, il faudrait admettre que dès lors Gautier de Goutances 
était au service de Henri II; mais cette charte est un faux maladroitement 
fabriqué au xiv^ siècle. La fausseté en sera démontrée dans le chapitre IX 
de cette Introduction. 

L'arrivée de Gautier à la cour ne peut guère être antérieure à l'année 1 1 7 3 ; 
elle doit à peu près coïncider avec la nomination de Raoul de Wanneville au 
poste de chancellera'^). G'est sur le Pipe Roll de l'année 1 173-1 1 7^ que nous 
le voyons pour la première fois figurer comme attaché à la maison du roi. 
Gette année et la suivante il surveilla le transport du trésor royal en Nor- 

''^ Ms. 20 de la bibliothèque d'Alençon, voluntateni avunculorum meorum, scilicet 

fol. 55. Ce manuscrit est en déficit; je l'avais Rogerii Filii Reinfredi, et magistri G. de 

vu en i853. Constantino sigillarii domini régis. » Mo/jas^icon 

('^ Voir le chap. IX. angl , t. 11 , p. 499 , n" XI. 

''' Charte de Raoul de Wanneville, citée ^*^ Pétri Blesensis Opéra, éd. Giles, t. I, 

plus haut, p. 101, note. p. 25 x. 

î*' On lit dans une charte de Robert, Fils de '*^ Voir le texte de Raoul de Dicet publié 

Baudouin, pour l'abbaye de Tavistock : « per plus haut, p. 99. 



108 



III. CHWCKLIKKS \)K lIK.MiJ II. 



inandie^*^ et au cours de i i 70-1 i^CJ il eiil à s'occuper de la récepllon des 
envoyés du roi de Sicile (''^. 

Dès l'année 1 174, il occupait une place importante dans la maison du Roi. 
On le trouve à un des rangs les plus honorables sur la liste des témoins qui 
ligurèrent oniciellement à la publication du traité conclu vers le i*^*" décembre 
de cette année, entre Henri II et Guillaume, roi d'Ecosse (^). 

Il était dès lors, et peut-être déjà depuis quelque temps, garde du sceau. 
L'auteur des Gesta lui donne le titre de sigillifer régis, en 1177 ^'^; de même 
le Pipe RoU de 1 180^^^; il est qualifié de sûjillarius régis en 1 180 par Raoul 
de Dicet^*") et de arc/iisigillarius par Giraud le Cambrien ('') ; l'auteur des Gesta 
Hcnrici^^\ sous l'année 1 177, l'appelle vicecancellarius régis ^ et l'historien de 
I abbaye de La Bataille va jusqu'à lui appliquer le titre de cancellarius , à 
l'occasion d'un renouvellement de charte de Guillaume le Conquérant opéré 
j)eu après l'année 1176 par ordre de Henri II (^). 

La correspondance d'Arnoul évêque deLisieux(^°) nous apprend que Gautier 
avait à sa disposition le sceau dont la garde était dans ses attributions. 

Quel que fût le crédit dont Gautier de Goutances jouissait à la cour, il n'a 
jamais officiellement porté le titre de chancelier. Deux chartes de Henri II, 
pour des maisons de l'ordre de Grammont^^'), dans lesquelles figure comme 
témoin Gaaterius de Conslanciis , cancellarius meus, ne doivent pas être prises 
en considération. On sait à quels légitimes soupçons ont donné lieu beaucoup 
des anciennes chartes de l'ordre de Grammont. 

Si Gautier de Goutances n'a pas eu officiellement le titre de chancelier, on 



''* «In liberatione navis Robertl de Baiona 
ko s., que transfretavit cuiii thesauro quem 
Walterus fie Constantiis et Willelmus Picot et 
Hugo fllius Hervei , homines camere , duxerunt , 
4o s. I) Pipe Roll XX H. II, p. i35. «In libe- 
ratione navis Willelmi de Baiona que portavit 
thesauriun quem Walt, de Constant, et Henr. 
de Aven, duxerunt ultra mare, 26 s.» Pipe 
Roll xxji H. II , p. 200. 

'^^ « Magistro Waltero de Const., archid. de 
Oxineford. , 8m. ad procurandos nuntios régis 
Sicilie. » Pipe Roll xxii H. II. p. /jy et 198. 

^^'' Rymer, nouv. édit., t. I, p. i, p. 3o. 



^"^ Gesta Ilenrici , t. I, p. i36. 

'"' Pipe Roll, cité par Eyton, p. 23 1. 

(") T. H, p. Iv. — Cf. la charte de l'abbaye 
de Tavistock citée à la page précédente. 

C' Vita Galjridi , éd. Wharton, t. II, p. 399. 

'*' Gesta Henrici , t. I, p. 168. 

^"^ « Waltero de Constanciis , tune cancellario 
suo , postmodum Lincolniensi episc. » Chronicon 
inonasf. de Dcllo, éd. Brewer, p. io5. Conf. Mel- 
ville MadisonBigelow, Placita anglo-normannica 
(Lond. , 1879), P- '^'^^• 
('") Éd. Giles, p. 221, 266, 273 et 286. 
'"^ N°' 399 et d2 1 de notre Recueil. 



GAUTIER DE COUTANCES. 109 

peut afîlrmer qu'il a plus d'une fois rempli les fonctions de la charge au temps 
des deux titulaires, Raoul de Wanneville et Geofiroi Fils du Roi. Les preuves 
de son intervention dans l'expédition de beaucoup d'actes royaux sont évi- 
dentes, et je vais en énumérer un certain nombre. 

On a vu plus haut comment il est possible de distinguer, dans les listes des 
témoins d'un acte, le nom du chancelier ou du clerc de chancellerie qui a 
présidé à l'expédition de l'acte, en tenant compte de certaines formules, et 
de l'ordre dans lequel se présentent et se succèdent les noms des témoins. 
D'après ce principe je puis citer un certain nombre d'actes dont Gautier de 
Coutances a exécuté, dirigé ou surveillé la rédaction. 

On peut ainsi , sans crainte d'erreur, attribuer à des clercs déterminés la 
rédaction des actes termmés par la formule per manam /V. , ou par le mot Teste 
suivi d'un seul nom. 

Les quatre actes suivants doivent, par ce motif, être portés au compte de 
Gautier de Coutances : 

1° Charte par laquelle Henri U confirme à la cathédrale de Chartres les biens quelle 
possédait en Normandie; elle se termine par la souscription : « Data per manum magistri 
Walteri de Constantiis»'^); 

2" Mandement adressé aux oRiciers du roi à Neufchatel de Drincourt, portant cette 
attestation unique : « Teste magistro Waltero de Constantiis » î^' ; 

3° Charte pour l'hôpital de la Madeleine de Rouen, revêtue d'une attestation iden- 
tique '^) ; 

4° Chaite pour l'abbaye de Saint-Wandrille : « Teste magistro Waltero Constantiensi 
archidiacono Oxenefordie » ^'*'; 

Sont également susceptibles d'attributions de ce genre certains actes dans 
lesquels les listes de témoins contiennent des noms de clercs placés à un rang- 
honorable, immédiatement après les princes de la maison royale, les arche- 
vêques, les évèques et parfois les abbés, avant les prélats d'ordre inférieur 

'"' ]N° 382 de notre Recueil : ms. lat. 2 23i ^'' N" 392 : Original, aux Archives des 

des nouv. acq. hospices de Rouen , la Madeleine , série A, 

^*) N° 4o8 de notre Recueil : Cartul. de ia <*) N" 387 ; Cartul. de l'abbaye de Saint- 
cathédrale de Rouen, à la Bibl. de Rouen, Wandrille, Archives de la Seine -Inférieure, 
n" 62, fol. /i9 v°. fol. 309 v°. 



10 



m CllWCEIJERS \)K IIKMII 11. 



! archidiacres, doyens, etc.), les barons, les dignitaires laïqnes et les élran- 
«j[ers au personnel ordinaire de la cour du roi. A ce titre, je considère Gautier 
(le Coutances comme le rédacteur, l'Inspirateur ou le reviseur d'actes appar- 
tenant : 

Les ans à la période pendant laquelle Raoul de Wanneville èlail chancelier : 

i" C.liarte de l'abbaye de Saintrieorgesde Bauchcrville : « Testibus: Rad. deWand'villa 
cancellario, niagistro ^^ aitero de Costentiis Oxinefordie archidiacono, Willelmo Paiiiel 
\brinccnsi archidiacono, comité Johanne Vindocinensi. . , » (lartul. de S. Georges, 
fol. 66(". 

2" ("harte de la même abbaye : «Testibus: Roberto de Warneviila cancellario, Waltero 
de Constanciis, Sehier de Quenci. . . » Ibid., fol. 62 v°(^'. 

3° Charte de l'abbaye de Saint- Victor en Caux : «Testibus: R. de W. cancellario, mag. 
\\ ait. de Const., Seherio de Quenci. » Reg. LXI du Trésor des chartes, n" 53o'3). 

Les autres à la période de Geojfroi Fils du Roi : 

1° Charte de Fontevrault : «Testibus : J. Aconensi episcopo, Gaufrido cancellario filio 
meo, magistro Waltero de Constanciis, Reginaido de Cortenay. . . » Archives de Maine-et- 
Loire, fonds de Fontevrault, minage de Saumur, fol. 3'^'. 

2° Charte du prieuré duPlessis: «Testibus: H. Baiocensi episcopo, G. cancellario filio 
meo, magistro Waltero de Constanciis Oxoniensi archidiacono, Radulfo archidiacono 
Herefordie. . . » Cartul. du Plessis, t. II, charte 853 '^). 

3" Charte de Saint-Etienne de Caen : « Testibus : Gaufrido cancellario filio meo , magistro 
^^altero de Constanciis, comité Willelmo de Mandevilla. . . » Extrait de Gaignières, 
ms. latin lyiSS, p. 9'^'. 

/|° Charte des chanoines de Waltham, citée par le Rév. Eyton, p. 2 44 '^^• 

5° Testament du roi, daté de Waltham (*'. 

Je pourrais encore ajouter plusieurs actes dans lesquels Gautier de 
Coutances, sans être qualifié chancelier, figure en tête de la liste des 
témoins, ce qui convient bien à un remplaçant du chancelier. Je laisse de côté 
plus de trente chartes de notre Recueil qui contiennent la souscription de 
Gautier, 



'') N* 416 de notre Recueil. 

(^' N'4i7. 

-'^ N» 4i8. 

'•^> N« 443. 



(^) N" 432. 

(•=) N» 434. 

''' D'après la pièce M des Cartee antiqnœ. 

W N» 437. 



GAUTIER DE COUTANCES. 



I I 



Un des clercs attachés à la personne de Gautier, et dont il v oulut récom- 
penser les services, nous est connu : il se nommait Richard de Malpalu et 
appartenait à une riche famille de la bourgeoisie rouennaise(^). Le roi le 
pourvut en 1177 de l'église de Malleville , dont le patronage appartenait à 
Tabbaye de Jumièges^'-). 

Nombre de missions furent confiées à Gautier de Coutances pendant qu'il 
était, à vrai dire, le chef de la chancellerie. En 1 177, il est envoyé près du 
comte de Flandre (^); la même année, à la cour de Louis VIL'^; en 1 180, à 
celle de Philippe-Auguste (^^ et de nouveau à la même cour en 1 iSô^*^). Il ne 
croyait pas déroger à sa dignité en se chargeant d'exploiter certains domaines 
royaux. En 1 179-1 180, il était fermier des manoirs de l'honneur d'Arundel^^K 

Le Roi lui donna un témoignage de sa confiance en le prenant en 1 1 8 î> 
pour un des témoins de son testament (^). 

Le meilleur de son temps et de son activité était consacré au service du 
roi; mais il n'oublia jamais l'éducation première qu'il avait reçue dans les 
écoles; son grade de maître en théologie le mit à même d'obtenir des béné- 
fices lucratifs, et grâce à la faveur royale il put s'élever aux plus hautes 
dignités ecclésiastiques dans les Etats de Henri II. 

Il n'était sans doute que chanoine de Rouen quand il entra au service du 
roi, mais il ne tarda guère à devenir trésorier de la cathédrale de Rouen et 
archidiacre d'Oxford (". Chanoine et archidiacre de Lincoln dès Tannée 1170 
ou 1 1 74, il se fit donner par le roi la jouissance viagère de la chapelleaie de 



''^ Richard de Malpalu est témoin d'uno 
charte émanée du chancelier Raoul de VVannc- 
viilo et de Guillaume de Malpalu , justicier du 
roi, pulDliée un peu plus haut, p. 101 et lO'î . 
d'après l'original. 

^'' Cartulaire de Jumièges, p. i^\, u° 228. 
— iN° 3^-4 de notre Recueil. 

^^^ Gesta Henrici, t. I, p. i36. 

'*' Ibid. , p. 1 68. — Le passage de Gautier 
en France est ainsi noté dans le Pipe Roll, cité 
par En ton (p. 2i5) : «In lii)eratione navis 
Radulfi \ ituli junioris, ad opus Walteri archi- 
diaconi Oxinefordensis, 5o sol.» 

'*' Raoul de Dicet , t. 11 , p. /i. 



C) /6iV/..p. A3. 

''' « Walterus de Constanciis l'eddit compo- 
tuni de !\\ 1. et \lx s. et 1 d. , de llrmis mane- 
riorum honoris de Arundel, quae missa fuerunl 
ad llrmam per juslicias. » Pipe Roll xxvi H. II , 
dans Madox, Eacliequer, p. i35, note a. 

^*) Gervais de Cantorhéry, t. 1, p. 298. 

'") Il était archidiacre d'OxIbrd en 1176 
quand il fui chargé par le roi de recevoir les 
envoyés du roi de Sicile. « Magistro Waltero 
de Constanliis, archidiacono de Oxineforda, 
8 marcas , ad procurandos nuntios régis Sicilie. » 
Pipe Roll XXII II. II, p. 47. Voir aussi dans ce 
même volimie la page iy8. 



I 12 



III. CIIWCELIERS l)K IIKNRI II. 



Blvthe, au comté de NoUingham, chapellenio dont la propriété lui fut donnée 
par Jean Sans-terre, comte de Mortain, avec l'assentiment de Richard Cœur- 
de-lion, en 1 189, et que le bénéficiaire transforma aussitôt en une collégiale 
placée sous la dépendance du chapitre de Rouen (''. 

Les intrigues auxquelles donna lieu la disgrâce d'Arnoul, évéque de Lisieux, 
et qui avaient pour but de faire attribuer à Gautier le siège du prélat dis- 
gracié ('-\ n'aboutirent pas, mais Gautier n'attendit pas longtemps le dédom- 
magement auquel il croyait avoir droit. En 1 i83 il fut élevé à la dignité 
épiscopale : élu évéque de Lincoln le 8 mai, ordonné prêtre par l'évê({ue 
d'Evreux le Ix juin, sacré peu après dans l'église de Saint-Lo d'Angers, il 
s'installa le 1 1 décembre dans sa cathédrale (^^. 

L'année suivante, le Roi voulut lui voir occuper le premier poste dans la 
hiérarchie ecclésiastique de la Normandie, et il usa de toute son influence 
pour le faire élire archevêque de Rouen. Il réussit dans son entreprise, et 
Gautier put être installé au commencement de mars 1 1 85 ('). Le pape Luce IJI 
avait confirmé son élection le 1 7 novembre 1 i8/t(^). 

Gautier n'avait pas attendu son élévation à l'archevêché pour s'assurer la 
possession h Rouen d'une résidence répondant à l'importance des affaires qu'il 



'*' Les chartes relatives à cette fondation 
sont dans le Cartulaire de la cathédrale de 
Rouen ; l'analyse en est insérée dans le Calen- 
dar de Round, p. 12 et i3, n°' 46-52. 

'^' Voir plusieurs des pièces comprises dans 
le recueil des lettres d'Arnoul publié par (îiles, 
et notamment, celle qui est à la page 220. 

'^^ Gesta Henrici, t. I, p. 299, 3o/t, Soy, 
— Raoul de Dicet, t. II, p. i4, i5 et 31. — 
Robert de Torigni, t. II, p. 119. — Les actes 
de Gautier de Coutances, en qualité d'évêque 
tle Lincoln , doivent être assez rares. H y en a 
un au Musée britannique qui a été reproduit 
en facsimile dans le Recueil de Warner, 

'*^ Robert de Torigni, 1. Il, p. 127. — 
Raoul de Dicet, t. II, p. 21 et 33. — Un 
auteur, Guillaume de Neubridge (éd. Hearne, 
t. I, p. 281) prétend que Gautier hésita à 



accepter l'archevêché de Rouen, parce que les 
revenus en étaient inférieurs à ceux de l'évê- 
ché de Lincoln. — Une enquête insérée dans 
un registre de Philippe-Auguste nous fait con- 
naîti'e avec quelle insistance le roi pesa sur les 
membres du chapitre : « Rex elegit Galterum 
de Constantiis et duos alios episcopos de An- 
glia, volens quod idem Galterus esset archi- 
episcopus; capitulum vero pro posse suo régi 
contradixit. Tandem canonici videntes regem 
turbatum, interrogaverunt eum utrum hoc 
vellet lieri de jure regio vel precibus. Rex vero 
dixit : « Volo et precor ut ita liât. » Capitulum 
vero, acquiescens voluntati régis, receperunt 
Galterum prenominatum et eum constituerunt 
archlepiscopum. » Gallia christ., i. XI, instr. , 
col. 27. 

'*' Lettre datée de Vérone ; Jaffé-Loevvenfeld , 
n° i5i 17. 



GAUTIER DE COUTANCES. 



15 



avait à expédier. Deux ou trois ans auparavant, pendant les premiers mois 
de 1 180, ou entre le 26 juillet 1181 et le mois de mars 1 182, le roi, par 
charte datée de Windsor, confirma les conditions auxquelles Gautier de Cou- 
tances avait acquis de vastes terrains bâtis dans la ville de Rouen (^). 

Je ne mentionnerai plus qu'un trait de la vie de Gautier de Goutances : 
en 1 189 il mit entre les mains de Richard Cœur-de-lion l'épée et l'étendard 
du duché de Normandie ^^'. Je n'ai pas à m'occuper du rôle qu'il a joué sous les 
successeurs de Henri II. Il mourut en 1 2 o -y . 



'"' Cartul. de la cathédrale de Rouen , 
Biblioth. de Rouen, fol. 106 v", n" 168 : 'i do- 
nixun que fuit Radulii Filii Stephani, in Rotho- 
mago super Grandem Pontem , cum gardino et 
proprisio. ..; domum Iboldi de Grandi Ponte, 
cum virgulto ejusdem domus ... ». 



'"' <i Rothomagum veniens, ab archiepiscopo 
Rothomagensi tam ensem quam vexillum de 
ducatu Normannie, proceribus multis presen- 
tibus, in ecclesia béate Virginis, ante majus 
altarc suscepit. d Raoul de Dicet, t. Il, 
V). 67. 



OlIARTES ET DIPLOMES, 



10 

IIMLRIC NATIONALE. 



1^1 l\. DIPLOMATIOLIK NOKM \M)K. I I o,'^- 1 I 5/1. 



I V 

DIPLOMVTIQLE DU DUCHÉ DE NORMANDIE 

J)EPIIS LA MORT DE HENRI r JUSQU'À L* AVÈNEMENT DE HENRI II 

AU TRONE D'ANGLETERRE (1 135-1 15/i). 

Dans un ouvrage à pou près exclusivemenL consacré à la diplomatique des 
actes de Henri U concernant les provinces françaises soumises au gouverne- 
ment de ce roi, il est impossible de laisser de côté les actes du même genre 
expédiés pendant les dix-neuf années qui suivirent la mort du roi Henri I", à 
partir de décembre 1 135 jusqu'à l'automne i i5/i. La succession de Henri P'" 
fut alors l'objet d'une lutte ardente et longtemps indécise, entre le neveu de 
Henri P^ Etienne de Blois, d'une part, et, d'autre part, le petit-fds du 
même Henri P^ Henri Plantegenêt, dont les parents, l'Impératrice Mathilde, 
fille de Henri P'", et Geoffroi, comte d'Anjou, le second mari de l'Impératrice, 
soutinrent énergiquement les droits et finirent par les faire reconnaître, 
d'abord sur la Normandie, puis sur le royaume même d'Angleterre. 

Je réunirai dans ce chapitre les observations que j'ai cru devoir présenter 
siu- les actes des princes qui ont dirigé le gouvernement de la Normandie 
pendant les années i i36-i i5/i, c'est-à-dire la période qui a suivi la mort de 
Henri P'", roi d'Angleterre. C'est pendant cette période, si profondément 
troublée par la guerre civile , que se forma à l'art du gouvernement un jeune 
prince, et à vrai dire un enfant, qui devait être un des plus grands monarques 
du XII*' siècle , et qui , fidèle aux traditions créées par les premiers rois anglo- 
normands, porta l'administration de ses États à un degré de perfection qui a 
fait la force de l'Angleterre pendant le moyen âge et qui n'a pas été sans 
exercer une sérieuse influence sur le développement des institutions françaises, 
quand de riches provinces, comme la Normandie, le Maine et l'Anjou, habi- 
tuées de longue date à un régime réguher et à une centralisation sagement 
entendue, furent incorporées dans les États de Philippe-Auguste. C'est pour 



LE ROI ETIENNE. 115 

donner une ])ase solide à l'étude de cette évolution, qu'il importe de recueillir, 
de classer et d'étudier les documents de l'administration anglo-normande qui 
nous sont malheureusement parvenus en trop petit nombre. 

Actes di roi Etienne relatifs au duché de Normandie. - — A la mort de 
Henri I"", les Etats de ce prince , en Angleterre et en France , furent le théâtre 
d'une guerre civile et de désordres anarchiques qui désolèrent le pays pendant 
près d'une vingtaine d'années (^). La lutte s'engagea entre les partisans d'Etienne 
de Blois, neveu du roi défunt, et ceux d'un petit-fils Henri, enfant issu du 
mariage de l'Impératrice Mathilde, fille du roi Henri, avec Geoffroi comte 
d'Anjou; l'enfant était encore au berceau, lors de la mort de son aïeul, mais 
vingt ans plus tard, il devait monter sur le trône d'Angleterre et se ranger, 
sous le nom de Henri II, parmi les plus puissants monarques de l'Europe. 

Etienne prit les devants : il réussit à s'emparer du gouvernement de l'An- 
gleterre et fut couronné à Westminster le 22 décembre 11 35. C'est seule- 
ment au commencement de l'année 1 187 qu'il mit le pied sur le sol de la 
Normandie pour y réclamer ses droits à la succession de son oncle. Le pays 
était plongé dans la plus profonde anarchie, et la campagne qu'entreprit 
Etienne fut loin d'aboutir à un résultat définitif. Rappelé en Angleterre pour 
faire face à umî redoutable opposition, il laissa à ses partisans le soin de le 
faire reconnaître comme duc de Normandie. 

L'Angleterre fut alors le principal théâtre d'une lutte acharnée, à laquelle 
l'Impératrice prit personnellement une part très active. Etienne n'eut plus 
guère le moyen d'intervenir dans les affaires de la Normandie. Il semble même 
n'avoir pas attaché une grande importance à son titre ducal. 

Dans les suscriptions de ses actes, il s'intitule bien rarement dax Norman- 
norum. J'ai eu grand peine à en trouver trois exemples, et il n'y en a qu'un seul 
cité dans les ouvrages des Bénédictins (^^ de Natalis de Wailly(^)et de Thomas 
Dulfus Hardy ('^). Il est vrai qu'Etienne a fait graver au revers de son sceau 

'*^ Sur l'état de la Normandie pendant ie p. ag/t et suiv.); Robert de Torigni, t. I, 
règne d'Etienne de Blois, il faut voir Orderic p. 206 et suiv. 

Vital, éd. Le Prévost, t. V, p. 56 et suiv.; '^^ Nouveau traité de diplom. , t. V, p. 8i4. 

l'histoire du duc Geoffroi, par Jean, moine de ''' Eléments de paléogr., t. I, p, 293. 

Marmoutier [Chronique des comtes d'Anjou, ''' Rotuli chartarum, p. x\i. 

i5. 



116 



W. DIPLOM VriOlK NORMWDK. 113:^-1151 



la légende : + STEPTIANUS DEl (,K\T1A DUX NOKMANOKUM^M, et qu'à 
tleux. reprises il a dérlaié avoic souci de la prospérité de son duché de Nor- 
mandie (-). Dans un certain nombre d'actes, il s'adresse à ses féaux de Norman- 
die, en même temps (|u'à ceux d'Angleterre. 11 est considéré comme duc de 
Normandie par Hugues, arciievôqne de Rouen, qui le mentionne ainsi dans 
deux chartes des années i i37 et i i A3, pour le ])rieuré de Sainte-Barbe en 
Auge et l'abbave de Corneville. 

Datum Rothoinagi, anno WnWi incarnati AICXXWII, Tnnocentio II universalis Ecclesie 
episcopo, Francoruni rege Ludovico, duce Norman norum rege Angiorum Stephano^^'. 

Actuin est hoc anno Verbî incarnati MCXLIII, régnante rege Francorum Ludovico, 
principante in Normannia rege Angiorum Stephano, pontificatus vero nostri anno xiii^''. 

Le chancelier de l'archevêque de Rouen, qui imitait les grandes bulles 
pontificales, dut modifier la formule précédente quand Henri Plantegenêt eut 
été effectivement reconnu duc de Normandie : 

Actum est Rothomagi anno ah incarnatione Domini M" CC" [sic], régnante in Fraucia 
glorioso rege Ludovico, principante in Normannia duce Henrico^^l 

Actum hoc anno incarnati Verbi M° C° LUI", régnante in Francia illustri rege Ludovico, 
principante in Normannia nohilissimo duce Henricot^'. 

Pour justifier ce qui vient d'être exposé sur la façon dont Etienne de Biois 



^^' Birch, Seals in iJie Brilish Muséum, t. I, 
1). q. — Le sceau d'Etienne a été reproduit par 
M. W. de G. Birch, On the great seals of klncj 
Stephen (from the Transactions of the Royal 
Society of Literatur, vol. XI, new séries). — 
Il a été gravé, d'après un mauvais exemplaire, 
dans le tome I, part, i, de la nouvelle édition 
des Fœdera. A ma connaissance il n'en existe 
pas d'exemplaire en France. Dans la collection 
sigillographique des Archives nationales le roi 
Etienne n'est représenté que par des moulages 
venus d'Angleterre. 

^'^ « Pro statu et incolumitate regni et du- 
catus mei. » Charte datée de 1 1 36 ( v. st. ) , dans 
le Cartul. de Montebourg , charte 3o. — v Pro 



salute mea et incolumitate regni mei Anglie et 
ducatus Normannie». Charte de iiSy, dans le 
Cartul. de Mortemer, fol. 2/1.. 

''' Original, Archives du Calvados, n" 6 
dufonds de Sainte-Barbe. — Ms. latinn" 1007^, 
fol, 87 v°. 

''' Gallia c/irisiiana,t.XI,instr. , col, 23. Pièce 
indiquée à l'an 1 1 1 4 dans la Table chronol. de 
Bréquigny (t. Il, p. 4^2), d'après La Roque 
[Hist. de la maison de Harcourt, t. III, p, 36), 

^^^ Cartul. de Saint-Gilles de Pont-Avade- 
mer, fol. 10-12, 

*°' Charte originale de l'abbaye de Savigni 
relative à la terre d'Escures, aux Archives de 
la Manche. — Cartul. de Savigni, charte 2o3. 



LE ROI ETIENNE. 117 

usa de son titre de duc de Normandie, je citerai textuellement les passages de 
ses chartes qui peuvent jeter quelque jour sur la question. 

1. S., rex Anglorum, archiepiscopis , ep. , abb., coin., I)ar. et omnibus filiis sancte 
Ecciesie per Angliam et Normanniam constitutis, salutem. Sciatis me concessisse et confir- 
masse Deo et ecciesie Sancte Marie de Monteburgi. . . , pro anima patruni et antecessorum 
meorum, et sainte mea et uxoris et fratrum et fîliorum meorum, et pro statu et incolu- 
mitate regni et ducatus mei, omnes has subscriptas elemosinas quas antecessores mei et 
alii fidèles eidem contulerunt ecciesie... Testibus : R. episcopo Baiocensi, et A. episcopo 
Constantiensi, et G. comité Metlenti, et G. comité Gloecestrie, et R. de Gurci, et W. de 
Monte Ficheti, et R. Malet, et Willelmo Glat., et Rogero Vie, et Radulfo et Ricardo fratre 
suo de Haia. Apud Baiocas, anno incarnationis dominice M. C. XXXVI, regni vero mei se- 
cundo. (Cartulaire de Montebourg, charte 3o.) 

2. S., rex Anglorum, archiepiscopis, ep. , abb., com., just. , vie, bar. et omnibus fide- 
libus suis tocius Anglie et Normannie, salutem. Sciatis me concessisse Deo et ecciesie 
S. M. Ebroicensis. . . terram de Branlbrt in Sudfolk. . . T. A. episcopo Garl., et H. de Corci, 
G. comité de Metlento , et Umfr. de Buhon , et R. comité Legrecestrie , et R. Avenello. Apud 
Ebroicas. (Premier Cartul. de l'église d'Evreux, charte 20.) 

3. S., rexAngl.,H. archiepiscopo Rothomagensi,et ep., abb., com., bar. , just. et omni- 
bus fidelibus suis tocius Normannie, salutem. Sciatis quia concessi et confirmavi ecciesie 
Sancte Marie Ebroicensi . . . ecclesias de Nonancort ... ; et similiter omnes ecclesias Ver- 
nolii. T. x\del. episcopo Cari., et G. comité de MetUento, et R. comité Legrecestrie, et H. de 
Soilli,nepote régis, et Umfr. de Buhon, et R. Avenello. Apud Ebroicas. — (Même Cartul., 
charte 21.) 

4. S., rex Anglorum, H. archiepiscopo Rothomagensi, et episcopis, abb., et com., et 
just., et bar., et omnibus fidelibus suis tocius Normannie, salutem. Sciatis quia volo et 
concedo et confirmo quod una feria sit in castello meo de Nonancort omnibus annis . , . 
T. A. episcopo Cari., et H. de Soiili, et G. comité de Melllento, et R. comité Legrecestrie, 
et Umfrido de Buhon. Apud Ebroicas. — (Même Cartul., charte 22.) 

5. S., rex, Angi. , archiepiscopis, episcopis, abbatibus, comitibus et omnibus fiiiis et 
fidelibus sancte Ecciesie per Normanniam constitute, salutem. Sciatis quia, in presencia 
Hugonis Rothomagensis archiepiscopi , et Johannis Lexoviensis, et A. Ebroicensis, et J. Sa- 
giensis, et Al. Constanciensis, episcoporum, et omnium baronum meorum subscriptorum 
communi consilio et assensu, hoc de occisoribus qui homines in treviis et pace Ecciesie 
occidunt et trevias infringunt statutum et firmatum est, quod, si occisorem illum aliquis 
duello appellaie voluerit, duellum illud in curia meatenebitur; et si inde convictus fuerit, 
episcopus ilie in cujus diocesi hoc factum est emendam suam, id est ix librarum, de pecunia 
convicti, per manus justicie mee habebit; si vero de pecunia illius ad illas ix libras perfi- 



118 l\. DIPLO.MATIQLK NOUMA.NDK. Ii;i3-1154. 

ciendas non suHocont, totnni ilhul minus episcopus hahoat, ita (jiiod nichil inde ad opus 
nienni aroipiotur, donec episcopi lolaiii eniendain liahoant, si pecunia illa ad hoc sufVc- 
cerit; si vero defucrit qui occisorem illuni duello j)robare velit, ipse occisor in ecclesia 
Dei porjudicium Ecclesie sepurget, et si convictus ibi fuerit, idem fiât de emenda epi- 
scoporuin et niea sicut scriptum est suj)enus. Si quis occisorum etinfractorum justicic sul)- 
lerlugerit, et de terra mea cxieril, de emenda idem erit; et si mecum pacem feceril, 
emenda episcopi in pace ([uam fecero non erit, set reddet eam episcopo vel pacem inde 
cum eo faciet. 

Testibus : episcopo Carlol., et G. comité de Meliento, et Unlrido de Buhon, et Roberlo 
Avenello. 

Apud Ebroicas. — (MêmeCartul., charte 3i.) 

(). S. , rex Anglorum , archiepiscopo Rothomageusi, et episcopis , et abb. , et com. , et jusl. , 
et vicec. , et ministris et omnibus fidelibus suis Normannie, salutem. Sciatis quoniam 
Ixoberlus Filins Goinfridi in perpetnnm concessit sancto Johanni et canonicis suis de Fale- 
sia. . . tenere totam terram et qnicquid ipse Goisfridus, pater suus, eis in vita sua de- 
(lerat. .. Test. : Johanne episcopo Lexoviensi, R. cancellario, Rob. de Corci, Ing. de Sai, 
R. de Falcanv-iila, Erneis Multone, Gerv. Cornet, Will. Francigena, et Vitale Filio Amer- 
landi et IVatribus suis. Apud Falesiam. — (^idimus du w" siècle, Archives du ('alvados.) 

7. S. , rex Anglorum , archiepiscopo Rothomagensi , et episcopis , abb. , com. , just. , vicec. , 
bar. et omnibus fidelibus suis et ministris Normannie, salulem. Sciatis me concessisse Deo 
et ecclesie mee de Mortuo Mari in Leons. . ., pro anima régis Henrici, fundatoris iHius 
ecclesie, et pro animabus patrum et parentum meorum et uxoris et filiorum et fratrum 
meorum, et pro sainte mea, et incolumitate regni mei Anglie et ducatus Normannie, omnia 
illa que rex Henricus eis dédit et concessit. . . T. : A. episcopo CarL, et Maltilli n^gina uxore 
mea, etGaleranno comité de Metllent, etR. comité Legrecestrie,etWillelmodeReumara, 
et Hug. de Gornaco , et Ricardo Filio Ursi , et Wili. Pevrel de Dovera , et Walchelino Ma- 
minot, et Ingelranno de Guascolio. Apud Leones actum. — (Cartul. de Mortemer, fol. 24.) 

8. S., rex Anglorum et dux Normannorum, archiepiscopis , episcopis, abbatibus, comi- 
tibus, baronibus, justiciis, vicecomitibus , ministris et omnibus filiis et fidelibus sancte 
Ecclesie per Angliam et Normanniam constitutis, salutem. Notum sit omnibus vobis quod 
concedo et confirmo auctoritate hujus presentis privilegii mei ea omnia que Odo Stigandus 
et homines sui dederunt ecclesie Sancti Martini et Sancte Rarbare de Escageolet, sicut in 
hoc et Guillelmi régis, avi mei, et Henrici régis, avunculi mei, privilegiis continentur. . . 
Hec omnia rex Henricus concessit. Postea vero, anno secundo regni mei, incarnationis vero 
dominice M. C. XXXVII , bec omnia suprascripta concessi , et omnia subscripta que Rabellus 
antea eis et alii fidèles dederunt confirmavi. Testibus : R. cancellai^io , et R. comité Gloe- 
cestrie, et G. comité de Mellento, et Guh. de Alneto, et Wiilelmo de Albineio pincerna, 
et Hugone Rigoto, et Roberto Maleto, et Roberto de Curci, et Ricardo Filio Ursi, et Wil- 



LE ROI ETIENNE. 119 

lelmo Maledocto, et Johanne marescallo. Apud Pontem Aldomari. — (Original Archives 
du Calvados, fonds de Sainte-Barbe, n" 5. Copie, ms. lat. looy/i, fol. 86.) 

9. S., rexAngl., ai'chiepiscopis , ep., abb., coni., bar., vie. et omnibus fidelibus suis 
tocius Anglie, salutem. Sciatis me concessisse et confirmasse martiribus Christi infirmis 
fratribus de Ponte Audomari ecclesiam de Luissis. . . , sicut G. comes de Mellent, cui 
manerium illud dederam , me requisivit. Hoc autem feci pro anima avunculi mei régis 
Henrici, qui locum illum fundari et edificari persuasit, et pro animabus predecessorum 
meorum et pro salute mea et successorum meorum in regno Anglie. . . (Cartul. de S.Gilles 
de Pont-Audemer, fol. 22.) 

10. S., rex Angl., archiepiscopis, e[)., abb., coni., just., vicec, bar. et onmibus fid. 
suis per Angliam constitutis, salutem. Sciatis quod ego Stephanus, rex Anglorum et dux 
Normannorum . . . , pro statu tocius regni mei , reddidi et concessi in perpetuum elemo- 
sinam illam quam rex Henricus, avunculus meus, dederat Deo et ecclesie Sancte Marie de 
Fonte Ebraudi. . . , scilicet c marcas argent! singulis annis ad victum [sanctimonialium] 
in quadragesima . . . — Subscriptorum attestatione subsigno, scilicet Matildis, regine, 
uxoris mee, Eustacliii, filii mei, Ilugonis archiep. Rothom., Johannis ep. Lexov. , Henrici 
Win ton. ep., fratris mei, comitis Theobaudi, fratris mei, Galeranni comitis Melienti, 
Roberti comitis Legi'ec, Rad, comitis capellani, comitis Theobaldi, Rob. de Novo Burgo, 
Anselli de Triannello, llilduini de \endopere, Amalrici de Musten[one], Gauterii de 
Bern., Engelranni de Sai, Rogerii de Fiscanno, Oimelini de Argent[omo], Roberti de Sau- 
quevilla, Hugonis de Deserto. Actum est lioc apud Rothomagum, anno al) inc. Domini 
M.G.XXX\II. — (Copie d'après l'original, ms. latin 5^|8o, t. I, p. 276.) 

11. S., Deigratia re\ Angl. et dux Norm. , Hugoni Rothomagensi archiepiscopo , e|)isc()- 
pis, abb., com.,bai'. , vicec, et omnibus in Normannia commorantijjus , tam futuris quam 
pi'esentibus, salutem. Quoniam Altissimus dominatur in regno hominum et cui voluerit 
dabit illud , pro ejus honore et mea salute , consilio et assensu principum et fidelium meorum , 
statui et firmavi tibi, Hugoni archiep., tuisque successoribus, et omnibus episcopis Nor- 
mannie, jura omnia episcopalia et synodalia reddi, et de his qui treviam Dei infringunt et 
in trevia Dei homines occidunt, similiter statui quemadmodum rex Henricus, avunculus 
meus, teneri mandavit. T. : Hugone [corr. Henrico] ep. Wintoniensi , B. ep. Sancti David, 
R. ep. Batoniensi, Willelmo Martel, G. de Pomereia. Apud Winteham [Wintoniam?]. — 
(Cartul. de l'église de Rouen, chartes Sg et 80.) 

12. S., rex Angl., episcopo Norwicensi et justic. et vicecora., et bar,, et ministris, et 
onmibus fidelibus suis francis et anglis de Normannia et Sufolkia, salutem. Sciatis me 
dédisse. . . canonicis Sancte Marie Ebroicensis medietatem tocius redditus et exituum ma- 
nerii de Branford... Test. : T. archiepiscopo Eboracensi, et R. cancellario, et R. comité 
de Pertica, et Rann. de Baiocis, et Rich. de Aquila. Aj)ud Oxeneford. (Premier Cartul. de 
l'église d'Evreux, charte 2 3.; 



120 I\. DIPLOMATIQUE NORMANDE. IJ:^3-115^I. 

13. S., re\ Angl., episcopo Norwicensi, episcopoElieiisi, ctjustic.,et bar., cl viccc()iii.,el 
omnibus niinistris et fidelibus suisiVancis el anglis de Sudlolc, salutem. Sciatis me reddi- 
disse et concessisse Audino episcopo Ebroicensi manerium de Branfoit et socbemannos 
de Claidon hundr. et de Bosemere hundr., quos rex Henricus ei dederat. . . Teslibus : 
I\. cancellario, et R. de Fisc[anno], et R. de Ver, et Willelmo Martel. Apud Wesm[onas-- 
terium]. — (Même Carlul., charte 2'j.) 

14. S., Dei giatia rex Anglorum, archiepiscopis , episcopis, abb. , com., just., vicec, 
bar., ministris et omnibus fidelibus suis totius Anglie et Normannie etBolonie, salutem. 
Sciatis me concessisse. . . fratribus in Claro Maresco Deo servientibus, in Bethio totam 
terram, etc. T. : Roberto de Gandavo" cancellario, et Willelmo Martet (Martel?), et Ingel- 
ranno de Sai, et Turgiso de Alrincis (Abrincis?) et Roberto de Valderi. Apud Geldeford. — 
[Gallia christiana , t. lïl,instr. , col. 117.) 

Actes de Henri Pf.antegenêt avant son avènement au trône d'Angleterre. 

Le 5 mars 1 1 33, dans la ville du Mans, du mariage de Geoffroi le Bel, 

comte d'Anjou , avec Malhilde , fille de Henri P'', roi d'Angleterre , et veuve de 
l'empereur Henri V, naquit un enfant qui, sous le nom de Henri II, devait 
monter sur le trône d'Angleterre, être le chef de la puissante dynastie des 
Plantegenèts et jouer un des rôles les plus brillants dans l'histoire du xii^ siècle. 
A peine âgé de six ans, le petit prince dut intervenir dans la confirmation 
d'un acte solennel dressé au Mans devant le portail de l'église Saint-Pierre de 
la Cour, pour régler la question du vinage de Saumur. La charte-notice 
en fut rédigée par le prieur de Loches, Thomas notaire du comte d'Anjou. 
L'instrument fut aussitôt porté à Carrouges, en Normandie, et mis sous les 
yeux du petit Henri , à qui on fit tracer une croix près de la croix de sa mère 
et de celle d'un de ses jeunes frères. Tous ces détails sont consignés dans un 
procès-verbal que nous ont conservé deux des cartulaires de Saint-Florent de 
Saumur, le Livre d'argent et le Livre rouge : 

Hec concessio facta est Cenomannis, an te januas Sancti Pétri de Curia, anno ab incar- 
natione Domini M°C°XXXVI1I, primo anno regni Ludovici, Philippi filii... Hec carta 
data est per manum Tome prioris Lochensis, notarii comitis. 



Siffnum 



corai 



Matiidis Signum 



tisse 

Signum 

comitis 



comi 
Weimi {sic) 

filii 



Henrici 



tis filii 



I 

i 



HENRI, DUC DE NORMANDIE. 121 

Corroboratio hec signorum suppositorum facta est apud (]arrogium, Normannie oppi- 
dum, a Matildi comitissa et duobus fiiiis suis, Henrico et GuiUelmo, présente pâtre 
ipsorum, consuie Goffredo. . . 

Il est peu de souverains qui aient travaillé de si bonne heure à préparer 
des matériaux que les diplomatistes des temps modernes devaient s'empresser 
de recueillir. 

Nous avons à enregistrer environ quatre-vingts actes de la jeunesse de 
Henri Plantegenét, c'est-à-dire des années qui devaient s'écouler avant son 
avènement au trône (décembre i i54). Il les passa presque toutes dans les 
provinces qui étaient échues en France à ses parents : le Maine , la Touraine , 
l'Anjou et la Normandie. Il séjourna en Angleterre une première fois pendant 
quatre années (i il\2-i i/i6), puis pendant quelques mois de l'année i i/tg et 
peut-être de l'année i i5o, enfin de janvier i i53 à avril i i5/i. 

C'est au cours du second voyage, 22 mai ii^Q^ que le roi d'Ecosse 
l'arma chevalier. 

Les chartes émanées de Henri Plantegenét avant l'avènement de ce prince 
au trône d'Angleterre se partagent en quatre groupes bien distincts, corres- 
pondant à des événements politiques (jui se succédèrent rapidement pendant 
une assez courte période, de 1 1 oo à 1 1 5/|. 

1 1 5o. — A la fin de cette année le jeune prince revient d'Angleterre et est 
mis par son père en possession du duché de Normandie, qui lui appartenait 
du droit de sa mère, l'Impératrice. Sur ce point nous avons le témoignage 
de Robert de Torigni(^), qui s'exprime ainsi au commencement des annales 
de 1101 : « Jam anno preterito Henricus, filius ducis, de Anglia redierat, et 
pater suus reddiderat ei hereditatem suam ex parte matris, scilicet ducatum 
Normannie (■^). » 

1 i5i. — ^ Le 7 septembre de cette année, Geoffroi, duc de Normandie et 
comte d'Anjou, mourut à Chàteau-du-Loir. La date est expressément indiquée 

''^ T. 1, p. 203. cisque Normannie, et Mafildis Imperatricis , 

''' Gervais de Cantorbéry rapporte cet évé- jam miles elTectus, in Normanniam transfre- 

nement au mois de janvier [i 1 5 1] : « Henricus tavit in principio mensis januarii, » Ed. Stubbs , 

autem, filius Gaufridi, comitis Andegavie du- t. I, p. i4^2. 

CHARTES ET DIPLÔMES. IV iC 

i»i'ni)irr.iE natiosale 



\2'2 l\. DIPLOM VllQLIK NORMVNDK. li;i;i-lir)V 

par Jean de MarmoutierC), et l'anniversaire de Geollroi se célébrait le 7 sep- 
tomlire dans la cathédrido d'Angers^'-) et dans les abbayes de Saint-Serge (^) et 
de Fontevrault^'*); il est niarqné au 8 septembre dans un obituaire du Mans(^'. 
Avant de mourir, GeolîVoi avait pris des dispositions pour assurer à son fils 
aine la paisible jouissance du comté d'Anjou : « yVnte niorlem, Ilenrico, duci 
Normannie, primogenito suo , concessit comitatum Andegavensem^'''. » 

La date exacte à laquelle Henri Plantegenét prit le titre ofîiciel d'abord de 
duc de \orniandie, puis de duc de Normandie et comte d'Anjou, est formel- 
lement énoncée dans une cbarte de sauvegarde qui fut solennellement expé- 
diée à Bayeux, au mois de novembre 1 1 5 1 , pour l'abbaye de Savigni : 

Hec autein niea conslitutio ac confirniatio facta est anno ab incarnatione Doraini M"C" 
(|uinquagesimo primo, anno scilicet ducalus mei Normannie 11°, anno vero comitatus mei 
Andegavie 1°, mense novembri, apud Baiocas. Test. : Phil. Baioc. ep. , el Rie. decano, 
et Mauricio de Sigillo, et Herb. capellano, et Guill. Filio Hamonis, et Guill. de Paceio, el 
(îaufrido de Sabluil, et Jord. Taisson, et Guill. Pal ricio, et Petro de S. Hylario, etGisleb. 
de Saieio, et Rio. de Homez, et Joh. de Soligneio, et Garino Filio Giroudi, et Rog. de 
(îoviz, et Guill. fdio ejus, et Rag. Malfdlastre, et Guill. de Curceio, et Rob. de S. Remigio, 
et Rie, et Joh., fratribus ejus, et multis aliis^'l 

Pareillement, la prise de possession du duché de Normandie est comptée à 
partir de l'année 1 i5o dans la date d'une confirmation des biens de l'abbaye 
de Savigni, expédiée de Domfront en 1 1 67 : 

Hec autem mea conccssio atque confirmatio facta est anno ab incarnatione Domini 
M" G° L" VIP, anno scilicet regni mei Anglie m, ducatus vero Normannie vm. . . Tes- 
libiis : Nigello episcopo Eliensi, el Hilario episcopo Cicestrensi, et Herberto Abrincensi 
episcopo, et Ernulfo Lexoviensi episcopo, et Thoma cancellario, et Gaufrido etGuillelmo, 
frati'ibus régis, et comité Raginaldo, et Roberto de Novo Burgo tune dapifero Normannie, 
el Ricardo de Humez constabulario , et Ricardo de Lucoio, et Jordano Taxone, Manassero 
Bisel dapifero, et Garino Filio Giroldi camerario, et Guillelmo Filio Haimonis, et Petro 

"' Chroniques des comtes d'Anjou, p. 292. riques du Maine (1906), p. 287. A 1 occasion 

'' D'après i'obiluaire , C}iToni(jues des églises de la sépulture du comte dans la cathédrale , 

d'Anjou, p. 191, note. le duc Henri donna au chapitre une rente de 

'^^ Ms. latin 5^46, p. 33 1. 100 sous due par les pelletiers du Mans. 
'*' Ms. latin 5480, t. II, p. 102, (*' Robert de Torigni, t. I, p. 3 56. 

''^ Edition de la Société des Archives histo- ''^ Cartul. de Savigni, n" 565. 



HENRI, DUC DE NORMANDIE. 123 

de Sancto Hylario, et Hasciiifo de Soligneio, et Fulcone Pageiiello, et Guilieimo Aveneilo, 
et Hugone Rufo, et Rogero de Milleio, et Henrico de Domno Fronte, et Gnillelmo Rufo, 
et Fulcone cambiatore. ApudDanfrontem^^'. 

1 1 5 2 . — Au mois de mai , le duc Henri épousa Aliéner, duchesse de 
Guyenne et comtesse de Poitou, la femme divorcée de Louis VII, roi 
de France. Le divorce avait été prononcé au mois de mars 1 152, et, deux 
mois après, le nouveau mariage fut conclu; suivant Robert de Torigni(^), il 
fut célébré aux environs de la Pentecôte, qui arriva, en i i52, le i8 mai. 
La cérémonie dut avoir lieu tout près de cette date. En effet, dans une charte 
accordée le 2 7 mai à l'ab])aye de Saint-Maixent , Aliénor déclare que dès lors 
elle était unie au duc Henri : « . . . Ego Alienors, Dei gratia ducissa Aquitano- 
rum et Normannorum . . .,juncta vero Haierico, duci Normannorum , comiti 
Andegavorum . . . Hec autem carta data est Pictavi , per manum Bernardi , 
cancellarii mei, anno 1 \b2^^\ » Bien peu de temps après, elle faisait écrire 
une charte destinée à l'abbaye de Fontevrault qui se terminait par une date 
ainsi conçue : « Fait dans le chapitre des religieuses, fan 1 162, alors que le 
roi Louis régnait sur les Français, et que Henri gouvernait les Poitevins et les 
Angevins (''). » 

En conséquence, Henri Planlegenèl, qui, pendant les dix-huit premières 
années de sa vie, était simplement qualifié d'après le nom de son ipère filius 
comitis Andegavorum, commença à prendre les titres de diix Normannorum à la 
fin de l'année 1 100. A ce titre il ajouta celui de com,es Andegavorum à partir 
du mois de septembre i 1 5 1 , puis celui de duœ Aquitanorum à une date pos- 
térieure au mois de mai 1 152. 

De là, répartition en quatre séries distinctes des actes dans lesquels Henri 
figure avant d'être monté sur le trône d'Angleterre : 

1° Actes dans lesquels il agit simplement comme fils du comte Geofl'roi, 
jusqu'en 1 1 5o; 

<■' Carlul. de Savigni, n" 569. ^*' «Anno ab incarnatione Domini j i52 , re- 

^'' T. I, p. 260. gnanle Ludovico rege Francoruni,. . . et Hen- 

'') Dans mon édition de Robert de Torigni , rico Pictavorum et Andegavorum imperium 

t. I, p. 26, note. Conf. A. Richard, Chartes de gubernante. » — Cette charte est publiée phis 

Saint-Maixent , t. I, p. 353 , et Hist. des comtes loin, p. 1 27, d'après l'original qui appartenait, 

de Poitou, t. II, p. 109. en 1870, à M. Hucher, 

16. 



I 



12/1 l\. I)IPL()M\TlQliE NORMANDE, 1 i:i:i-l 15A. 

2*^ Actes dans lesquels il est qualifié duc de Normandie, de la fin de i i5o 
au mois de septembre i i 5 i ; 

.'^° Actes dans lesquels il est qualifié duc de Normandie et comte d'Anjou, 
de septembre i 1 5 i à mai i 102, et même, comme on va le voir, jusqu'à une 
date encore indéterminée de l'année 1 1 53; 

A° Actes dans lesquels il est qualifié duc de Normandie et de Guyenne et 
comte d'Anjou. 

Il n'a jamais pris le titre de comte du Maine , ni celui de comte de Poitou , 
quoi(|u'il ait possédé et gouverné ces deux provinces. 

Reprenons chacune des catégories d'actes antérieurs à la fin de l'an- 
née 1 1 o/j. 

1. Actes de Henri, fis du comte Geoffroi. — La liste des actes du prince 
Henri contient en premier lieu six pièces rédigées au nom de Henri, fils du 
comte Geolïroi, qui, toutes, doivent être au plus tard de l'année 1 i5o. Dans 
la suscription des deux premières de ces pièces, le nom du jeune prince n'ap- 
paraît qu'associé à celui du père ou à celui de la mère : G. dux Normannoram 
et cornes Andccjavomm , et H. f lias ejus (charte pour l'abbaye de Fécamp) W; — 
M.imperatrix, Henrici régis flia et Anglorum domina, et Henricus , filius comitis^^) 
Andecjavorum (charte pour Honfroi de Bohun)^^). La minorité du jeune Henri 
aurait-elle inspiré des craintes sur la validité d'un acte dans lequel il aurait 
agi sans l'intervention de son tuteur ou de sa tutrice ? 

Trois autres chartes peuvent être citées comme ofTrant la trace de la part 
réelle ou nominale qui lui revenait dans l'administration de la Normandie 
avant que son père, à la fin de l'année 1 i5o, lui eût remis les biens hérédi- 
taires de sa mère, ce qui lui conférait le droit d'être appelé duc de Nor- 
mandie. 

L'acte solennel par lequel le duc Geoflroi confirma tous les biens et toutes 
les dignités de l'abbaye de Fécamp a été libellé au nom de Geolïroi et au 

(') Original aux archives de la Seine-Infé- <"' L'édition de M. Birch , à qui j'emprunte 

rieure. cette charte, porte cornes, au lieu de comitis. 

(') W. de Gray Birch, A Fasciculas of the Henri n'a jamais eu le titre de comte d'Anjou 

charters of Mafhildis . empress of ihe Romans. sans pouvoir le faire précéder du titre de duc 

u" 2Q. ^^ Normandie. 



HENRI, DUC DE NORMANDIE. 



125 



nom de son fils Henri qui ne portait encore aucun titre : « Gaufridus , dux 
Normannorum et cornes Andegavorum, et Henricus filius eius. . . Sciatis 
quia ego et Henricus filius meus concedimus et auctoritale sigilli nostri confir- 
mamus Henrico abbati Fiscanni et ecclesie Fiscannensi omnes consuetudines 



suas et dignitates 



»(i). 



Une autre charte de Geoffroi, ayant pour objet le payement des pensions 
allouées à l'abbaye de Saint-Wandrille sur différents revenus du duché de 
Normandie sous le règne du roi Henri F"", a été expédiée conformément à 
l'avis et avec l'assentiment du fils de Geoffroi : « consilio et concessu Henrici, 
filii mei » (-^ . 

Par une troisième charte, Geolfroi notifie à Henri, son fils aine, un accord 
intervenu entre l'abbaye de Saint- Julien de Tours et celle de Vendôme (^). 

2. Actes dans lesquels le prince Henri est dit duc de Normandie. — Des 
actes de cette catégorie, qui ont été expédiés depuis la fin de Tannée i i5o 
jusqu'au commencement de septembre i 1 5 i , un seul doit être l'objet d'une 
observation, c'est celui dans la suscription duquel le nom de Henri, duc de 
Normandie, n'apparaît qu'à la suite du nom de la mère, fimpératrice Ma- 
thiide : M. imperatrix, Henrici reqis Jilia , et Henricus, ejus jilius, dux Norman- 
norum (charte pour les lépreux de Beaulieu, près Chartres) (''). 

3. Actes dans lesquels le prince Henri est dit duc de Normandie et comte 
d'Anjou. — Dans cette catégorie, dont tous les actes sont postérieurs au com- 
mencement de septembre i i5i(^^ nous rencontrons encore une charte où le 
nom de Henri , duc et comte , ne figure que précédé du nom de l'Impératrice 



^'' Original , Archives de la Seine-Inférieure. 

'*' Cartulaire de Salnt-Wandrille , aux Ar- 
chives de la Seine-Inférieure , foi. Sog v", pièce 
cotée T. 1. VIII. 

•'^ « G. Andegavorum cornes , H. primogenito 
suo. » Ms. latin S/iig, p. loi. 

'*^ Original aux Archives d'Eure-et-Loir. — 
Publié p. 126, col. 1. Dans l'adresse, à la 
ligne à, le mot abbatibas aurait dû être mis 
avant comilibas. 



*** Il semble bien cpie, dans les actes du 
prince Henri, le titre de comte d'Anjou n'ait 
pas dû être ajouté à celui de duc de Normandie 
avant le mois de septembre ii5i, et je sui 
porté à croire qu'il y a une faute de copie , 
1 1 5o pour 1 1 5 1 , dans deux chartes de l'abbaye 
de Mortemer, datées de Rouen 1 1 5o , qui se 
trouvent aux p. 47 et 53 du Cartulaire de Mor- 
temer et qui sont émanées de « Henricus, dux 
Normannorum et comes Andegavorum ». 



1>() 



l\. DIPLOM VTlQLiE NOKMWDK, IliK^ 115^1. 



et, ce qui est tout à fait extraordinaire, c'esl que celle pièce, qui provient 
comme la précédente de la léproserie de Beanlieu, est une réplique exacte de 
la charte que je viens de signaler. Le corps de Tacte est identique; les seules 
différences qu'on y puisse relever c'est que, dans la suscription, le titre cornes 
indegavoriim a été ajouté à celui de dux Normannorum et que les témoins ne 
sont point les mêmes. Pour montrer l'identité de ces deu\ textes, je dois les 
publier ici en regard l'un de l'auti'e, en distinguant par des caractères italiques 
la dillérence de la suscription et celle de la liste des témoins. Les deux chartes 

sont des orio-inaux d'une authenticité indiscutable. J'en ai dû la communica- 

o 

tion à M. René Merlet, archiviste du département d'Eure-et-Loir. 



M., Iniperatrix, llenrici régis lilia, et 
Henricus, cjus filius, dus Normannorum, 
Hugoni arcliiepisc()])o Rothomagensi, epi- 
scopis, comitibus, ahl)atibus, haronibus, 
justiciis Normaimie, et omnibus fidelibus 
per Normanniam constitutis, salutem. 

Sciatis nos reddidisse et concessisse in 
perpetuani elemosinara Deo et sancte Marie 
Magdalene de Belle Loco Carnoti, et infir- 
mis ibidem Deo servientibus, pro sainte 
patrum nostrorum atque matrumet nostra , 
et remissione peccatorum nostrorum, et 
statu et incolumitate ducatus Normannie, 
necnon et pro anima régis Henrici et alio- 
rum parenlum nostrorum, unoquoque 
anno, \ libras rothomagensium , quas pre- 
fatus rex Henricus eis dédit et concessit et 
carta sua confirmavit. 

Precipimus igitur vicecomiti nostro Ro- 
thomagensi , quicumque ille fuerit , quod eas 
ipsis. de vicecomitatu noslro Rothomagensi , 
singulis annis ad Piirificationem sancte Ma- 
rie, sine disturbatione et omni occasione, 
super nostram forefacturam , hal)ere faciat. 

Et hanc nostram redditiouem et conces- 
sionem prememorate ecclesie fratribusque 
infirmis sine fine mansuram, et a Deo no- 
bis coHata potestate inviolatam , permanere 
hac carta nostra confirmamus. 



M., Imperatrix, Henrici régis lilia, et 
Henricus, ejus filius, dux Normannorum 
l't conies Andegavorum, Hugoni archiepi- 
scopo Rothomagensi, episcopis, abbatibus, 
comitibus, haronibus, justiciis Normannie 
et omnibus fidelibus per Normanniam con- 
stitutis, salutem. 

Sciatis nos reddidisse et concessisse in 
perpetuani elemosinam Deo et Sancte Marie 
Magdalene de Bello Loco Carnoti, et infir- 
mis ibidem Deo servientibus, pro sainte 
patrum nostrorum atque matrum et nostra , 
et remissione peccatorum nostrorum, et 
statu et incolumitate ducatus Normannie, 
necnon et pro anima régis Henrici et alio- 
rum parentum nostrorum, unoquoque 
anno, x libras l'othomagensium, quas pre- 
fatus rex Henricus eis dédit et concessit et 
carta sua confirmavit. 

Precipimus igitur vicecomiti nostro Ro- 
thomagensi, quicumque ille fuerit, quod 
eas ipsis, de redditihus vicecomitatus nosiri 
Rothomagensis, singulis annis, ad festum 
sancti Michaelis, sine disturbatione et omni 
occasione, super nostram forefacturam, 
habere faciat. 

Et hanc nostram redditiouem et conces- 
sionem prenominate ecclesie fratribusque 
infirmis sine fine mansuram , et a Deo nobis 



HENRI, DUC DE NORMANDIE. 



127 



Testibus : Arnulfo episcopo Lexoviensi, 
Raginaldo de Sancto Walerico senescallo , 
Alexandro de Bohun, Godardo de Vallibus, 
Umfredo fiUoOdonis constahulario, Willelmo 
Filio Hamonis, Amfredo Filio Riialdi. 

Apud Rothomagum. 



collata potestate inviolatam, permanere liac 
carta noslra confirmanius. 

Testibus : Arnulfo episcopo Lexoviensi, 
Ricardo episcopo Constantiensi , Pkilippo 
episcopo Baiocensi, Walerano comité Âlel- 
lendino, Rodherto de Novo Biirgo, Raginaldo 
de Sancto Walerico senescallo, Willelmo 
Filio Hamonis, Stephano de Bello Campo, 
Godardo de Vallibus, Amfredo Filio Rualdi. 

Apud Rothomagum. 



Au premier abord , il .semble que la formule de la suscription Henricus diix 
Normannorum el cornes Andegavorum n'ait dû être employée dans les actes du 
prince que pendant la période comprise entre la mort de Geoffroi, comte 
d'Anjou (septembre i i5i), et le mariage de Henri avec Eléonore, duchesse 
de Guyenne , à la suite du(|uel Henri entra en possession du duché de Guyenne. 
Mais Henri prit-il aussitôt le litre de dux Aquitanoruin? C'est là une ([uestion 
(p'il est très important d'examiner. 

Avant tout, il ne faut pas oublier que, dans une excellente dissertation de 
Tannée i884, M. Elie Berger^ a établi d'une façon définitive que le roi 
de France, Louis VIT, a continué à prendre le titre de dax Aquilanonim jus- 
qu'au cours de l'année i 1 5/i ; les neuf chartes qu'il a produites à l'appui de sa 
thèse ne laissent à cet égard aucune prise à la critique. 

On peut aussi remarquer la façon dont Aliénor qualifie son second mari 
dans une charte de l'année i x^"?. ('^\ dont l'original nous est parvenu : Henricus, 



('^ Bibliothèque de l'Ecole des chartes , 1 884 , 
f. XLV, p. 3o5-3i3. 

'*' Voici la copie de cette très curieuse charte 
que j'ai copiée le k avril 1870 sur l'original 
appartenant alors à M. Hucher, du Mans : 
n Sciant universi sancte niatris Ecclesie lllii , 
tam présentes quam futuri, quod ego Ahe- 
nord[is] , gratia Dei Pictavorum comitissa, 
postfpam a domino mec Lodovico, videlicet 
serenissimo rege Francorum, causa parentele 
disjuncta fui, et domino meo Henrico, nobi- 
lissimo Andegavorum consuli, matrimonio 
copulata, divina illustratione tacta, sanctai-um 



virginum Fontis Ebraudi congregationem visi- 
tare concupivi , et (juod mente habui, opilu- 
lante gratia, Dei, opère complevi. Veni eniiu, 
Deo ducente, apud Fontem Ebraudum, et ca- 
pilulum supradictiu'um virginum ingressa suni . 
ibique corde conpuncta, laudavl, concessi el 
conHrmavi quicquid pater meus et antecessores 
mei Deo et ecclesie Fontis Ebraudi dederant, 
et precipue illam elemosinaia {|uingentorum 
solldorum Pictavensis monete , sicut dominus 
meus, Ludovicus, Francorum rex, tune tem- 
poris maritus meus, et ego quondam dedera- 
mus, secundum quod sua et mea scripta pre- 



128 



i\. diplomvtiqub: noRxMande, 11:53-115/4. 



nohilissimus Ainlc()avoram consul, et Henriciis, Pictavorum et Andefjavorum impe- 
riiim gnbernans. EUe-mcme, dans la .suscription de la charte, s'appelle simple- 
ment Alienordis, gratia Dei Pictavorum comitissa. 

L'historien des comtes de Poitou, M. Alfred Richard (') a judicieusement 
fait observer que les droits de Henri sur le duché de Guyenne ne furent pas 
immédiatement reconnus, après le second mariage d'Aliénor, partons les vas- 
saux de cette princesse. 

Mais, ce qui va jeter un jour inattendu sur la question, c'est l'itinéraire de 
Henri que les annales de liobert de Torigni permettent de suivre sans lacune 
pendant l'année qui précéda et les deux années qui suivirent le divorce et 
le second mariage d'Eléonore. 

Le duc Henri, aussitôt après la mort de son père, avant la fin de l'an- 
née 1 1 5 1, alla en Anjou et s'y fit reconnaître comme le maître du pays^^). Ce 
fut au printemps suivant que, résolu à revendiquer les armes à la main le 
trône occupé par Etienne de Blois, il commença à préparer une campagne en 
Angleterre, dont son grand-oncle Renaud, comte de Gornouaille, était venu 
l'entretenir pendant le carême t^^. Le projet du passage en Angleterre fut dis- 
cuté dans une assemblée réunie à Lisieux après la clôture des fêtes de Pâques, 
c'est-à-dire après le 6 avril i 1 5 2 (*). Le mois suivant, le duc Henri allait épouser 
la femme divorcée du roi de France, Aiiénor, duchesse de Guyenne et com- 



locuntur et ostendunt, omni prorsus occaslone 
lemota et absque uUa contradictions, delnceps 
im perpetimm habendam similiter concessi. 
Hujus rei testes sunt : Saildebroil dapifer meus , 
Jôsbertus Absque terra , Paganus de Rocha Forti, 
et frater ejns jNlvardus, Ugo de Longo Campo, 
Petrus Roognardus, Robertus de Monte Forti, 
l\adulfus de Faia , magister Matheus. Actum 
est hoc in presentia domine Mathildis abbatisse, 
in commun! capitulo sanctimoniaiium , anno 
ab incarnatione Domini MCLIP, régnante Lo- 
dovico rege Francorum, Gisleberfo Pictavo- 
rum episcopo, et Henrico Pictavorum et Ande- 
gavorum imperium gubernante. » — Jadis à 
cette charte était attaché un sceau allongé et 
pointu , aujourd'hui disparu , que Gaignières a 
fait dessiner et sur lequel on voyait repré- 



sentée une darne tenant une fleur de lis à sa 
main droite , et un oiseau sur son poing gauche. 
Légende : ALIENOR[DIS] DVCISSE AQVî- 
TAN ... — Aucun exemplaire de ce sceau ne 
paraît plus exister. 

''' Hist. des comtes de Poitou, t. II, p. 116. 

'^^ Robert de Torigni, t. I, p. 2 58. 

''' Ibid., t. II, p. 260. Le carême de l'an- 
née 1162 dura du 19 février au 29 mars. 

'''' « Post clausum Pascha , Henricus dux 
Normannorum et cornes Andegavensium, apud 
Luxovias congregatis comitibus Normannie et 
aliis primoribus , de itinere suo in Angliam cum 
illis tracta vit. Venerat enim in quadragesima 
pro eo Rainaldus, avunculus ejus, cornes Cor- 
nubie. » Robert de Torigni, t. I, p. 260 et 
261. 



HENRI, DUC DE \()RM\NDIE. 129 

tesse du Poitou. Le mariage eut lieu dans les Etals de la princesse, aux environs 
de la Pentecôte, circa Pentecosten , dit Robert de Torigni(^), c'est-à-dire vers le 
1 8 mai, et à coup sûr avant le 27 de ce mois, date d'une charte dans laquelle 
Eléonore se dit jancta Haierico daci Normamwram^'l Un mois plus tard, après 
la Saint-Jean (2 4 juin 1 102), Henri s'était rendu à Barfleur, prêt à s'embar- 
quer pour l'Angleterre , quand une attaque soudaine du roi de France l'obligea, 
le 1 6 juillet, à se défendre contre l'ancien mari d'Aliénor et le retint en 
France jusqu'à la fin de l'année (^). Ce fut sevilement au commencement de 
janvier 1 1 53 que Henri put prendre la mer à la tète d'une Hotte de 36 nefs, 
et débarquer en Angleterre (^\ où il resta jusqu'aux environs de Pâques 
{/l avril) 1 i5/r^). 

Le prince Henri ne revint pas en Angleterre du vivant du roi Etienne , avec 
lequel il s'était réconcilié le 6 novembre 1 i53 "'l Peu de semaines après la 
mort du roi Etienne, sui^enue le 20 octobre 1 i5/i, Henri s'embarquait à 
Barlleur et descendait sur la terre anglaise le 7 ou le 8 décembre , pour aller 
se faire sacrer à Westminster le 1 9 décembre 1 1 a/j. 

Il est donc établi que le prince Henri, depuis la mort de son père (sep- 
tembre 1 i5i) jusqu'à la mort du roi Etienne (octobre 1 i5/i), n'a séjourné 
en Angleterre que depuis le mois de janvier 1 1 53 jusqu'au mois d'avril 1 1 5/| . 
Or, parmi les actes faits au nom de Henricas dax Normaniwrnni cl cornes iiide- 
(javorum, il s'en trouve quatre qui sont datés de localités anglaises : 

lîenricus, dux NormanDoruni, cornes Andegavorum . . . , pro l\odberto, filio coinitis 
Legrecestrie. Apud Bristou. (Original, Trésor des charlcs, Conches et Breteuil, 11" 1, J 219.) 

Henncus, duxNorni. et cornes Andeg. . . Pro S. Maria de Becco et S. Maria Magdalene 
de Golcliva. Apud Bristoliiam. ICalendar of Charter Rolls, t. II, p. 362.) 

Henricus, dux \orin. et cornes Aiideg. Pro Ranulfo, comité Cestrie. Apud Divisas. (Ori- 

''^ T. I, p. 260. Gervais de Cantorbéry (t. I, p. i5i) : «Venit 

'^^ C<tte charte esl citée par A. Richard, in Angliam, in initie mensis januarii, die 

dans son Histoire des comtes de Poitou, t. II, scilicet dominice Apparitionis. » 

p. 109. '^^ «Circa Pascha Henricus, dux Normanno- 

'*' Robert de Torigni, t. I, p. 261-270. rum, translretavit in Normanniam. » Robert 

^*^ M Henricus, dux Normannorum, infra oc- de Torigni, t. I, p. 288. 

tavas Epiphanie (7-12 janvier ii53) transiit '''' Ibid. , p. 280. — Suivant Gervais de 

in Angiiam cum xxxvi navibus. » Robert de Cantorbéry (t. I, p. i56) l'accord fut définiti- 

Torigni, t. I, p. 271, — L'arrivée de Henri vement conclu à Winchester à la fin du mois 

en Angleterre est fixée au 6 janvier 1 153 par de novembre 1 153. 

CHARTES ET DIPLOMES. IV. 1 7 

I»pniM£l\I£ NATIONALE. 



i 



\M) l\. DIPI.OM \ TKHK \()K\IVM)K, I i:^;^-! I 5/1. 

j;inal au Musée hrilanuiqiu-, Fac-similc dans le Recueil de l'ancicnue Coininission des 
rablic Records, pi. XLVII, ii«î. •).) 

Henricus, du\ Norni. et couu^s Viides;. l'io ahhalia de Flexleia. Apud Evesham. [Monas- 
licon aiuilic, t. V, p. J90.) 

Voilà donc quaire chartes de Henri datées de localités anglaises, postérieu- 
rement à la mort du comte GeoIVroi et qui portent la suscription H. dax Norm. 
el conies Andeg., sans addition du titre dux Aquit. L'authenticité et la sincérité 
de ces pièces sont hors de contestation : deux d'entre elles étant conservées en 
original, l'une au\ Archives nationales, l'autre au Musée britannique. Ainsi, la 
ehancellerie du prince continua la suscription dux Norm. et tomes Andeg. au 
moins pendant les premiers temps du séjour de la cour ducale en Angleterre, 
c'est-à-dire jusqu'au mois de janvier ! 1 ,53. Je ne puis pas indiquer l'époque 
exacte à laquelle elle fut modifiée et remplacée par ces mots : dux Norm. et 
[quitanorum et cornes Andeg. Ce fut probablement dans le courant de 1 i53, 
mais à coup sûr après le mois de janvier de cette année, et probablement au 
plus tard en mai : nous avons, en effet, une lettre datée de Leicester, dans 
lacpielle Henri prend le titre de duc de Guyenne, et nous allons voir quelques 
lignes plus bas que le prince passa les fêtes de la Pentecôte en 1 i53 à Lei- 
cester. 

'1. Actes dans lesquels Henri est dit duc de Normandie et Guyenne et comte 
d' \njou. — La nouvelle lormule de suscription Henricus dux Normannoram 
el Aquitanorum et comes Andegavorum fit son apparition pendant le séjour de 
Henri en Angleterre , dont il vient d'être question (1 i53 ou 1 i5/t). 

Je puis citer six chartes expédiées de localités anglaises au nom de Henri 
duc de Normandie et (iuvenne et comte d'Anjou : 

Pro ecclesia de Redmore. Apud Goventriain. [Monasl. ançjlic, t. V, p. à^j-) 

Pro ecclesia de Wolverhaniptona. Apud Dudeleg. [Ibid., t. VI, part m, p. 1M6.) 

Pro S. Petro de Gloucestria. Apud Gloucestriani. [Cariai. S. Pétri de Glouceslria, t. II, 

p. H.) 

Pro abbatia de Bitiesden. Apud Legestriam. (Original au Musée britannique, fonds de 
Harley, charte 84- C. 3.) 

Pro ecclesia Sancti Ceadde. Apud Wai'wik. [Calendar of Charter rolls, t. II, p. 346.) 
Pro S. Petro Cluniaceusi. Apud Westmoiiasterium. (Original à la Bibliothèque natio- 
nale, charte cotée Cluni 2^7, dans le vol. 80 de la Collection de Bourgogne.) 



HENRI, ])l C DR NORMANDIE. i:^J 

Dans ravant-dernière de ces chartes il est (juestioii d un séjour que le duc 
avait fait, à Leicester, à la Pentecôte ii53 : « quicquid assarsatum fuit al) 
oliin usque ad Pentecosten quo fui apud Legrecestriam , anni videlicet in- 
carnationis Domini millesimi centesimi quinquagesimi tercii ». 

Il faut donc fixer à la fin de l'année i i53 ou aux premiers mois de i i5/| 
Tusage de faire entrer dans la suscription des actes de Henri Plantegenét la 
mention du titre de duc de Guyenne, usage qui s'est perpétué dans la chan- 
cellerie royale d'Angleterre jusqu'au moment ou Edouard III prit le titre de 
roi de France. 

On a vu un peu plus haut que Louis Vil cessa également en i i5/| de 
se qualifier duc de Guyenne en tête de ses actes : il y a là une remar- 
quable coïncidence, et il est très vraisemblable que la convenance de laisser 
au possesseur réel de la Guyenne le droit exclusif de se qualifier duc de 
Guyenne fut plus ou moins explicitement reconnu dans les conférences qui 
eurent lieu au mois d'août i i5/i pour la conclusion d'un traité de paix entre 
Louis Vn et Henri Plantegenét. L'abandon par le roi de France du titre 
de duc de Guyenne put être pris en considération, quand il fut stipulé dans 
le traité qu'une indemnité de 2,000 marcs d'argent serait payée au roi de 
France ('). 

Je serai très bref au sujet du style des actes de Henri Plantegenét anté- 
rieurs à son avènement au trône. On y trouve bien déjà, dans quelques-uns^, 
trace des caractères qui distinguent les actes de la période postérieure : la 
précision, la sobriété et l'emploi de formules qui ne tarderont pas à devenir 
d'un usage constant sous la plume des clercs attachés à la chancellerie royale 
d'Angleterre; mais on y rencontre aussi, dans pkis d'une circonstance, la 
persistance du goût de la phraséologie et de la forme matérielle des chartes- 
notices qui tiennent une si grande place au x^ et au xi^ siècle dans les archives 
des églises de l'Anjou, de la Touraine, du Maine et du Poitou. J'en citerai 
seulement un exemple antérieur de six mois à l'avènement de Henri au trône 
royal. C'est une grande pancarte sur laquelle sont réunies plusieurs chartes 



t'^ Robert de Torigni, t. l,p. 285. — Voir Histoire des comtes de Poitou, t. II, p. 119, 
ce (pae dit à ce sujet M. Alfred Richard, note. 

17. 



i;^2 l\. I)IIM.()M\T1()1 K NOIWIWDK, ii;5;i 115^1. 

dos comtes d'Aiiioii pour l'abbayo de Fonlcvrault, avec- un post-s(rii)lum ajouté 
au bas et conçu dans les termes suivants : 

... Et t'i,M) llciirlcus, Ooi j^ratia dnx NormaniK^riim et \qullaiioruiii cotnescjiie Ande- 
gavoruin, aiino ab iiicarnatioue Domini MCLIIII, \ii kalendas jiinii, concessi et confirniavi 
apud Fontem Ebraudi omues douationes et coiifirmationes prescriptas ab avo meo factas, 

Testibiis his : Engelbaudo ïuronensi archiepiscopo, Phylip})0 Baiocensi, Arnulfo Luxo- 
viensi, cpiscopis, Matheo Sancti Florenlii, Bern«>rio Nogeriensi, abbatibus, Guillelmo fratre 
meo, Gaufrido de Rancone, Giiidono de Sabloio, Ricardo de Hoiiiez, Guillelmo Filio Ha- 
monis, Jordaiio Taxoiie, Fuhioueio Paganelli, Mugone de Pocé. 

Fulconis j coinitis. Crux f Heliae. 

Si f billa. Go f fredi primogeniti. 

Ci'ux 7 Heiuici ducis 
Normaniae et Aquitanonim 
comitisque Andeg[avorum]. 

Celte pièce est aux Archives nationales sous la cote L. 1018, dossier 1 , 
pièce n° 3. Elle y est sans doute arrivée en compagnie de deux autres grandes 
pancartes, et la réunion des trois pièces constitue un des plus curieux mor- 
ceaux qui aient été distraits du chartrier de Fontevrault. 

La pancarte qui se termine par la confirmation du duc Henri est ainsi dé- 
crite dans un volume des Archives de Maine-et-Loire qui date du xvii® siècle 
et qui est intitulé au dos : Fonlevraiilt, Extrait des cartulaires, chartes, ohi- 
t attires, registres. . . (p. 355) : 

Scellé de trois sceaux. Le premier en laqs de soye rouge, qui est rai-rompu, où paroist 
la moitié de la figure d'un homme à cheval, ayant un guidon en la main droite; l'escri- 
ture d'autour le sceau effacée. Le second sceau , de cire blanche , en lacs de cuir, est tout 
entier, fait en rond, fort espoix, auquel est la figure d'un homme à cheval, ayant un ha- 
billement de teste pointu comme une mitre, et un guidon pareil à l'autre, dont la 
figiue est en manque, et autour du sceau : SIGILLVM FVLCONIS ANDEGAVORVM. Le 
dernier [sceau] est osté. Il semble que le dernier article, de Henry, duc de Normandie, a 
esté adjousté, pour estre d'escriture plus récente. 

Les Archives nationales (^) possèdent un exemplaire du sceau dont Henri se 
servait cpand il était duc de Normandie et comte d'Anjou. Sur la face il est 

*'' Trésor des chartes, Conches, n° 1, J. 219. 



HENRI, DUC DE NORMANDIE. 



13:5 



représenté à cheval, une épée à la main, en qualité de duc de Normandie; 
au revers, il est à cheval, mais armé d'une lance; de la légende du revers on 
voit encore à peu près le dernier mot : ANDEGAVORUM. Gaignières avait 
vu dans les archives de Fontevrault deux exemplaires de ce sceau (^) et les avait 
fait dessiner ; grâce à lui , nous en connaissons à peu près en entier les lé- 
gendes : sur la face- on lisait : + HENRICUS . . . DUX NORMANNORUM . . . , 
et sur le revers : HENR. . . S DEI GRATIA. . . [AN]DEGAVORUM . . . 

Il y a encore à la Ribliothèque nationale (^) une charte délivrée à l'abbaye 
de Cluni par le prince Henri pendant qu'il était duc de Guyenne. Malheureuse- 
ment le sceau en est très mutilé , et les deux légendes en ont disparu. Sur les 
deux faces, le personnage est représenté à cheval; mais je n'ose pas dire que 
ce soit le type déjà employé quand le prince n'avait pas encore pris le titre de 
duc de Guyenne. C'est cependant assez probable : le dessin de Gaignières 
convient assez bien aux débris d'un sceau que possède le Musée britannique 
et qui a été délivré par le duc Henri après qu'il avait pris le titre de duc 
de Guyenne'^). 

Je termine ce que j'ai à dire sur les chartes de Henri , duc de Normandie , 
par la liste des plus notables témoins qui les ont souscrites. La plupart de ces 
noms se retrouvent au bas des chartes qui furent expédiées pai^ la chancellerie 
royale pendant la première période du règne de Henri II. Cette concordance 
justifie sur plus d'un point le classement chronologique que j'ai adopté pour 
plusieurs chartes de cette période. 



Absalon Roinardus, Rongnart. 
Alexander de Bohon. 
Amfredus Filius Rualdi. 



Arn. Lexov. episcopus. 
Brientius de Martiniaco, constabula- 
rius. 



(') Ms. latin 5480, t. I, p. 72 et 258; ms. 
latin bHi , t. I, p. 258. 

*^' Collection de Bourgogne, vol. 80, pièce 
cotée Cluni 2^17. 

'*' « H. dux Norm. et Aquit. et cornes An- 
deg. , omnibus archiepiscopis, ep. , com. , bar. , 
just. , vicec. et omnibus amicis et fidelibus suis 
Norm. et Angl. , salutem. Sciatis me conces- 
sisse et confirmasse donationem illam quam 
Ernaldus de Bosco fecit Deo et monachis de 



ordine Cisterciensi de manerio de Betlesde- 
na . . . , cuni omnibus libertatibus et liberis 
consuetudinibus eisdem terris pertinentibus , 
sicut alie ecclesie ejusdem ordinis , sive in An- 
glia sive in Normannia, melius et liberius te- 
nent . . . Apud Legecestriam. » Harley Char- 
ters, 8/1. C. 3. Publié dans le mémoire de 
M. Birch On the seals qf Kîng Henry the second 
(p. 6), avec des renseignements sur les frag- 
ments de sceau qui subsistent. 



l,Vi 



l\. DIPLOMXTFQl l<: NOIUI VNDK., Ii:^;^ 115/1. 



lUncliarclus de Maicil. 
Diirandiis Buirlliis. 
Kngelgcrus de Bohon. 
lùigerraniuis de Guascueil, W aseoeil. 
Kngerraïuis Porlarius, 
Engerraiiinis de Sayo. 
Fulqoueius Pagaiielli. 
(laiinus Filius (îiioudi. 
(laufridus de Bnieciiria. 
Gaufridus de Gleers. 
Godardus deVallibus. 
Gosbeitiis, Josb. Sine terra. 
Goslenns, Joslemis de Turonis dapifcr 
comitis Aiidegavensis. 

(niferius, Gofleiius de Biueria. 
Guido de Sableio, Sabuleio. 

Henricus de Ferieriis. 

Henricus de Novo Burgo. 

llerveius de Novilla. 

Hubertus da])ifer. 

Hugo de Gleers. 

Hugo de Dovera. 

Hugo de Piris, Pirariis. 

Hunfridus de Bohon dapifer. 

.locelinus de Baillobo. 

Johannes de Soligneio. 

Jordanus Taisson, Taxe. 

Manasserus Biset. 

Malheus (magister) doctor meus. 

Mauricius capellanus. 

Nicolaus de Stotevilla. 

Odo hostiarius. 

Osbertus de GaHeio. 

Osbertus de Hosa. 

Pagauus de Glara Valie , Glaris Vaiii- 
bus. 

Patricius cornes Sarisberiensis. 



Pelrusde Siiuclo Hilario. 
Philippus de Golumbers. 
Pipinus de Turonis. 
Uadnlfns de Pomeria. 
Raginaldus Gornnbie cornes. 
Raginaldus de Sancto Walerico senes- 
caHus. 

Bicbardns cancellarius. 

llichardus de Haia. 

Uichardus de Homez. 

BichaixUis de Luci. 

Ridellns de llelleio. 

Ilobertus de Gurci dapifer. 

Robertus de Du nstan villa. 

Robertus Filius Ernesii. 

Robertus Gloecestrie cornes 

Robertus de Juveneio. 

Robertus de Novo Burgo. 

Robertus de Wenneval. 

Rogerius de Go%dtio. 

Rogerius cornes de Herefort. 

Rogerius de Pauliaco. 

Simon de Gastellione camerarius. 

Thomas decanus de Lochis. 

Wachelinus Maminot. 

Waleranus Mellenti comes. 

Walterus Giffart comes de Lougavilla. 

Willelmus de Angervilla. 

Willelmus cancellarius. 

Willelmus de Crivecuer. 

Willelmus Gumin. 

Willelmus Filius Hamonis, Hamundi. 

Willelmus Filius Johannis. 

Willelmus Gloucestre comes. 

Willeinius de Rolmare conestabularius. 

Willelmus de Vernone. 



Après avoir parlé des actes de la jeunesse du prince Henri, il serait diffi- 
cile de ne pas dire quelques mots des actes de ses parents, qui ont participé, 
pour lui et avec lui, au gouvernement et à Padministration des provinces 
anglo-françaises. 



GE0FFR01, COMTE D'ANJOU. 135 

Actes normands de Geoffroi, comte d'Anjou. — GeojGProi Plantegenèt, 
comte d'Anjou, au nom de sa femme, l'Impératrice Mathilde, fdlede Henri I", 
roi d'Angleterre, et au nom de leur fils Henri, qui fut depuis roi d'Angleterre, 
finirent par faire reconnaître leurs droits à la succession de Henri P', et Geofïroi , 
pendant les derniers temps de sa vie, put fièrement ajoutera son titre de comte 
d'Anjou le titre de duc de Normandie. C'est seulement en i i/i5 qu'il ache\a 
la conquête de la province, en se rendant maître du château d'Arqués, la der- 
nière place qui lui eût résisté. Le fait est attesté par une notice du Cartulaire 
de Saint-Laud d'Angers : 

. . . Hec acta sunt in ecclesia Sancti Laudi, ante altaie Béate Marie in crypta, videntibus et 
audientibus Briencio de Martigneio, Hugone de Poceio, Pippino preposito, Josleno Tino- 
nensi , Turpino , Nicholao Lusco , Simone de Castillione , Fulcone camerario , Herberto abbate 
Sancti Nicolai, Hamelina abl)atissa Béate Mariœ, anno al) incarnatione Domini M GXLV, 
ipso comité dncatum .Norniannie in pace habente, eo scilicet anno (|uo idem du\ Noi- 
mannie Archas castrum acquisisil, (piod sohiin ei de toto ducatn resistel)att''. 

Nous voyons le titre de duc de Normandie donné dès l'année précédente 
(i I 44) à Geoffroi dans une charte d'Mger, évèque d'Angers: 

Anno M G XLIIII, régnante aj)ud Francos Ludovico, Gaufrido juniore Andegavensi comité 
et Normannie dnce, fîbo Kulconis comitis''^). 

La même année i i 44. Hugues, archevêque de Tours, le cite comme exer- 
çant sa domination sur les Normands, les Angevins, les Manceaux et les tou- 
rangeaux : 

Gaufrido, filio Fulconis, Jherosolimorum régis, Normannis, Andegavensibus, Geno- 
mannicis et Turonensibiis dominante ^^^. 

La première année du duché de Geolfroi devait être à cheval sur les deux 
années i i44 et i i4ô. En effet, une charte du même Ulger se termine par 
une date ainsi exprimée : 

Anno ab incarnatione M G XL\ , super Francos régnante Ludovico, Ludovici Pii fdio, 
Gaufrido, Imperatricis marito, duce et comité, super Normannos et Andegavenses domi- 
nante, primo scilicet anno ducatus sui, in festo sanctorum Pétri et Pauli'". 

^'' CollectiondeD.Housseau, vol. V, n" 171 1, <') Collection Moreau, vol. 61, lot. G3 

'•*' Cartul. de Marmoutier, ms. lat. 544 1, **' Cartul. de La Couture, éd. des Bénédic- 

t.l.p. 4oi. tins, p. 62, n" Lxn. 



136 IV. D[PLOM\TIQLE NORM\Nl)lv li;^3-lI5/i. 

Des chartes qui précèdent il résulte qiie Geollroi Planlef^enèl ajouta seule- 
ment en 1 i/i4-i i/t5 le titre de duc de Normandie à celui de comte d'Anjou, 
bien qu'il fût entré en campagne, aussitôt après la mort de Henri P' (i i35), 
pour prendre possession du royaume d'Angleterre et du duché de Normandie, 
au nom de sa femme et de son fils. Quoiqu'il eût assez vite recueilli beaucoup 
d'adhésions sur divers points de la province , et qu'il eût souvent agi en qualité 
de duc, il ne crut pas opportun de prendre le titre de duc avant l'année i i 44- 
La meilleure preuve qu'on en puisse donner, c'est qu'au bas d'une notice con- 
cernant une franchise reconnue en i i/|3 au prieuré des Alleux : « imperio 
Gauf ridi , comitis Andecavensis , filii Fulchonis , Jherosolimitani régis », on a 
ajouté ces mots: «Ego Gaufridus, comes Andecavorum , hoc concessi. Post 
adeptum vero Normannie ducatum, dux et comes, sigilli mei impressione idem 
conllrmavi. « La différence des écritures, à partir des mots «Ego Gaufridus 
comes. . . «, prouve que le post-scriptum a été écrit après coup et l'observation 
en a été faite par une note de Dom Maur Audren(^). 

Parmi les chartes rédigées au nom de Geoffroi , duc de Normandie et comte 
d'Anjou, que nous possédons en original, je citerai les suivantes : 

Pour l'abbaye de Savigni, aux Archives nationales, L. 967. 

Pour les lépreux de Rouen, ibid., S. 4889. 3. 

Pour f abbaye de'Fécamp, aux Archives de la Seine-Inférieure. 

Pour les religieuses de l'abbaye Saint-Désir de Lisieux, aux Archives du 
Calvados. 

Pour fabbaye de Lessai, aux Archives de la Manche. 

Certaines chartes de Geoffroi sont rédigées dans un style bref et impératif, 
tout à fait comparable à celui que nous sommes habitués à trouver habituel- 
lement, un peu plus tard, dans celles de son fils. En voici un exemple vrai- 
ment typique : 

G. , dux Norm. et comes And. , vicec[omitibiis] Rothomagensibus, saiutem. Precipio quod 
tradatis leprosis Rothomagensibus xl solidos z'othomagensium singulis mensibus, sicut 
rexH. eis dédit et carta ejus testatur. Teste Roberto de Novo Rurgo. Apud Rothomagum'^l 

<"' Ms. lat. 17126, p. i48. — La pièce sol- queue. Archives nationales, S. /iSSg , n" 3. Les 

disant originale est aux Archives de Maine-et- vicomtes de Rouen auxquels le mandenient 

Loire (H 197). L'archiviste, M. Sache, n'y a est adressé sont les fermiers de la vicomte ou 

remarqué aucune trace de sceau. du domaine de Rouen. Entre autres exemples, 

'*^ Orio-inal dont le sceau était sur simple voir Rot. Scacc. Norm., t. I, p. 72 et 76. 



GEOFFROI, COMTE D'ANJOU. 137 

Entre les chartes du père et celles du fils, il y a de telles analogies qu'on 
peut hésiter sur l'attribution à proposer pour des chartes du Livre noir de 
Bayeux dans lesquelles la place de l'initiale est restée en blanc. On en peut 
juger par les huit pièces dont je donne un extrait et qui doivent être de Geof- 
froi. J'ai cru voir sur les marges les vestiges de lettres G (|ue le copiste a tra- 
cées en encre très pâle, ou au crayon, pour avertir l'enlumineur qu'il devait 
remplir chacun des blancs en y inscrivant des G, initiales du nom Gaafiidus. 

1. — ... dux Normannorum et cornes Andecavorum , omnibus baronibus suis, justi- 
ciis, baillivis et omnibus iidelibus suis Normannie, saiutem. Volo et precipio quod Phi- 
lippus Baiocensis episcopus teneat omnes terras suas. . . — Teste comité Mellenti. Apud 
Rothomagum. (Livre noir du chapitre de Bayeux, n" 16.) 

:2. — ... dux Normannorum et comes Andegavorum , Raginaldo de Sancto Wale- 
rico, Roberto de Novo Burgo et omnibus justiciis^^) suis de Normannia, saiutem. Volo et 
concedo quod ecclesia Béate Marie Baiocensis et Philippns episcopus et successores ejus 
habeant et teneant leugatam de Cambremario, ita bene et intègre et honorifice sicut Odo 
episcopus eam tenuit. .. — - Testibus : Hugone Rothomagensi archiepiscopo, Ricardo can- 
cellario, Raginaldo de Sancto Walerico, Roi)erto de Novo Burgo. Apud Rothomagum. 
[Ihid., n° 17.) 

3. — ... dux Normannorum et comes Andegavorum, justiciis suis et baronibus de Nor- 
mannia, saiutem. Sciatis quod Ricardus de Hummez jnravit episcopo Baiocensi Philippo 
fidelitatem sicut domino suo, coram me, Baiocis... Teste ipso comité. Apud Baiocas. 
[Ihid., n" 18.) 

4. — ... dux Normannorum et comes Andegavorum, Raginaldo de Sancto Walerico, 
W'illermo de Vernone, Roberto de Novo Burgo et omnibus justiciis et proceribus suis Nor- 
mannie, saiutem. Sciatis quod ego concedo et confirmo ecclesie Sancte Marie Baiocensis 
et Philippo episcopo et omnibus successoribus ejus omnes terras et consuetudines quas 
Odo episcopus habuit in episcopatu Baiocensi. . . Testibus : Hugone Rothomagensi 
archiepiscopo, Ricardo cancellario nostro , Raginaldo de Sancto Walerico, Roberto de Novo 
Burgo. Apud Rothomagum. [Ibid., n. 19.) 

5. — ... dux Normannorum et comes Andegavorum, Engeugero de Buhun, saiutem. 
Mando et precipio quod dimittas episcopo Baiocensi in pace feudum militis quod Robertus 
Marmion de ipso tenebat... Teste Pagano de Claris Vallibus. Apud Cenomannum. 
[Ihid.. n" 24.) 

'*' Le ms. porte : justiciariis. 

CHARTES ET DIPLÔMES. IV. l8 



:i(S 



l\. Dll'LOM Vnoi K NORMANDIE li:i3-115'i, 



0. — ... clux Normannorum et cornes Andegavoruin, G. de Sablcio el 11. de Curceio, 
justiciis suis, saluteni. Mando vobis qiiod sine mora recognosci faciatis, secundum asisiain 
meam, de feodo Giiillelmi Bersie et de servitio ejusdem, (juis inde saisilus erat tempoie 
régis Heiirici. . . — Teste Pagano de Claris Vallibus. Apud Genomannuni. [Ibid., n" au.) 

7. — ... dux Norinaiinorum et cornes Andegavoruni , llugoni Dei gratia Rothoma- 
gensi archiepiscopo, et omnibus episcopis Norniannie, et omnibus baronibus, sahitem. 
('.hristianorum principum, etc. . . [Ibid., n" 39.) 

8. — ... dux Noniianuorum et cornes \ndegavorum, Philippo Dei gratia Baioceusis 
ecclesie episcopo, et Ricardo decano, totique ejusdem ecclesie capitulo, salutem. Notuni 
vobis fieri volumus quod ecclesiam de Heriz . . . Sancle Marie Baiocarum . . . confirma- 
mus. . . Teste Roberto de Novo Burgo. Apud Argentomum factum est hoc anno 
M. C. XLVII. [Ibid.. n. 99.) 

C'est en dehors de la chancellerie de Geoffroi qu'a dû être rédigée, à la date 
du 28 octobre 1 i5o, une charte dont la suscription porte : «Ego Gaufridus 
cornes Andegavorum et Cenomannorum , Fulconis Jérusalem régis filius » ('l 

Geoffroi s'est successivement servi de deux sceaux. Sur celui qu'il avait quand 
il n'était que comte d'Anjou, il était représenté à cheval, un gonfanon à 
la main. Légende : + SlGILLUM GOFFREDl AIARTELLI ANDEGAVORUM 
COMITIS. Gaignières nous a laissé un dessin de ce sceau ('^) qu'il avait trouvé 
appendu à une charte de l'abbaye du Mont-Saint-Michel. 



'*' Liber albus cupitali Cenomann. , p. 4 , n° vi. 
— Je laisse aussi de côté des chartes de Geof- 
froi dans lesquelles le titre do duc de Nor- 
mandie lui est donné, mais dans lesquelles ne 
sont pas suivies les habitudes de la chancellerie 
normande. Telles sont deux chartes de l'ab- 
have de Vendôme (insérées dans le Cartulaire 
de l'abbaye de Vendôme écrit au xii" siècle et 
récemment entré à la Bibl. nationale [ latin , nouv. 
acq. , n° iq36]). Ce sont d'ailleurs des notices 
dont voici les dates et les souscriptions : 

1. «Actum publiée apud Balgiacum in curia 
GofFredi, nobilissimi Normannorum ducis et 
Andeg. comitis, anno ab inc. Domini 11 46, 
idus aprilis, ferla secunda (i3 avril 1 1^6). — 
Ego Goffridus, Dei gratia Normannoram duv 
et Andegavensium cornes, banc querelam ju- 



dicio terminari precepi , judicium audiens ap- 
probavi, cartam inde fieri mandavi, factamque 
nostro sigillo confirmavi , precipiens dapifero 
Balgiacensi atque preposito ut in adquirenda 
décima semper monachis adjutores existant 
nulloque modo eam auferri, vel minui perniit- 
tant. » (Feuillet coté if mi.) 

H. «Actum Vindocini, in caméra, vu kal. 
marcii,dle dominica anno ab inc. Domini 1 1 /1.7 
(23 février 11 47). — Ego Goffredus, Dei 
gratia Normannorum dux et Andeg. comes , ut 
hoc firmum in perpetuum staret, hanc cartam 
fieri precepi, factam legi, lectam sigillo ineo 
confirmarl feci. » (Feuillet coté ifni.) 

(-> Ms. latin 543oA, p. i38. La charte est 
aux Archives de la Manche, mais dépoui'vue du 
sceau. 



L'IMPERATRICE MATHILDE. 



39 



Le second sceau de Geoflroi est à double face : d'un côté , il porte un gon- 
fanon, en qualité de duc de Normandie. De l'autre côté, il est armé d'une 
épée. Demay(^) en a vu au Musée de Rouen un exemplaire assez fruste, au bas 
d'une charte de l'abbaye du Bec. Un exemplaire un peu moins détérioré exis- 
tait dans les archives de Marmoutier, lors de la visite de Gaignières(-). 

Je ne saurais dire si c'était le même sceau qui avait été appendu après coup 
à la charte de Saint-Aubin d'Angers datée de l'année i i li',] et citée un peu 
plus haut. D. Maur Audren avait lu sur le sceau : S. GOFFREDI DEI 
GRATLV. . . NORMANN. . . , et sur le contre-sceau : GOFFREDUS DEI GRA- 
CIA . . . GAVORUM. A la fin du xyii*^ siècle, la charte, encore munie du sceau , 
faisait partie d'une liasse de titres relatifs au prieuré des Alleux (^). 

Actes de Mathilde l'Impératrice. — Le duc et comte Geoffroi Plantegenèl 
fut puissamment secondé par l'intelligence , l'activité et le courage de sa femme 
rimpératrice Mathilde , et c'est à elle qu'il faut rapporter l'honneur d'avoir pré- 
paré le règne de Henri II. Au lendemain de la mort de Henri I", elle accourut 
en Normandie, et se mit en possession des places fortes d'Argentan, d'Exmes 
et de DomfrontC'). Elle s'y établit en maîtresse du pays^^^ et c'est dans le châ- 
teau d'Argentan qu'elle donna le jour, en août i i 36, à son troisième fils, 
Guillaume *"), depuis surnommé Longue épée. En i i 39, l'Angleterre étant deve- 
nue le principal théâtre de la guerre entre les prétendants au trône, Mathilde 
passa la mer; débarquée à Arundel, probablement le 3i septembre 1 i39("J, 



■'' Inventaire des sceaux de la Normandie, 
j). 4, n° 20. — Ce sceau est figuré dans 
la Sigillographie des seigneurs de Laval, par 
A. Bertrand de Broussillon et P. de Farcy , p. 1 o 
(Appendice au tome V de la Commission histo- 
rique de la Mayenne). 

(*) Ms. latin 544 1, t. IV, p. 110. 

<'^ Ms. latin 17126, p. i/iS. 

^*^ Orderic Vital, t. V, p. 56. — Robert de 
Torigni, t. I, p. 199. 

>'' De son vivant, l'Impératrice eut la jouis- 
sance de la vicomte d'Argentan. C'est en qualité 
de dame d'Argentan qu'elle fit expédier trois 
chartes en faveur de l'abbaye de Silli (Cartul. 



de Silli , p. 1-3); l'une de ces chartes est adres- 
sée « vicecomlti et ballivis suis Argentomagi » , 
et une autre «fidelibus suis de vicecomilatu 
Argentomagi». 

'*' Robert de Torigni, t. 1, p. 202. 

''' C'est la date adoptée par M. Round 
[Geoffrey de Mandeville, p. 55). Cet auteur a 
consacré [ibid., p. 278-283) une dissertation 
spéciale à la discussion de cette date. Orderic 
Vital (édit. de la Société de l'Histoire de 
France, t. V, p. 121) dit que le passage de 
Mathilde en Angleterre eut lieu pendant l'au- 
tomne. Suivant Robert de Torigni (t. I, p. 2i5) , 
ce fut au mois d'août. 

18. 



|/i() l\. DIPLONlVriOl K NOUVIWDK, I I ;Ki-l I 5/|. 

elle se jela au plus fort de la mêlée et combaltlt valllainnient, laiilôL victo- 
rieuse, tantôt vaincue, mais toujours admirée pour son courage, son adresse 
et sa clairvoyance, toujours confiante dans le succès final. Elle revint en Nor- 
mandie vers la fin du mois de février i 1/17 et vécut assez longtemps pour voir 
réaliser les plus ambitieuses espérances qu'elle avait pu concevoir en songeant 
à l'avenir de son fils. 

Pendant les huit années de sa lutte en Angleterre ('', elle ne put pas s'oc- 
cuper des affaires de la Normandie; mais la part qu'elle y prit, soit pendant les 
trois années qui suivirent la mort de Henri P'", soit après son retour d'Angle- 
terre, jusqu'à sa mort, arrivée le 10 septembre 1167, nous est attestée par un 
certain nombre de chartes qui méritent d'être mises à côté des chartes de son 
fils. J'ai déjà eu l'occasion de citer les deux chartes qu'elle fit expédier conjoin- 
tement avec son fils, l'une avanl, l'autre après la mort de son mari. Dans la 
suscription de ces deux pièces et de toutes celles qui se rapportent à la Nor- 
mandie, elle est qualifiée de Imperatrix , Henrici recjis fiUa^^\ jamais on ne lui 
donne les titres de Norman norum ducissa, ou Andegavoiiim comitissa. Mais elle 
tint une grande place dans l'administration du duché de Normandie pen- 
dant la minorité de son fils, et même après le couronnement de ce prince 
comme roi d'Angleterre. On en pourra juger par les chartes qui vont être énu- 
mérées et auxquelles doivent s'ajouter les deux chartes des lépreux de Beau- 
lieu, près de Chartres, expédiées au nom de Mathilde et à celui du prince 
Henri, qui ont été publiées plus haut'^^. 

1. AI. , Imperatrix , régis Angl. filia, omnibus suis Anglie, tam sancte Ecclesie quam secu- 
laris potestatis, prelatis et suljjectis. Sciatis me gratuito concedere et confirmare ut eiemo- 
sine qiie in Anglia date sunt ecclesie Sancti Nicolai Andegavensis sint stabiies a quocumque 
fuerint ei date. . . Presentibus tune Henrico filio meo, et abbate Johanne, quo intercessore 
istud concessi, et Gaufrido Filio Garini, et Rich. capellano, et Falcomaro Caviila, et San- 
sone camerario, et Geroldo Govesla(?),et IIer])erto clerico, et Willelmo de Angerivilla,cum 
multis aliist^'. — '^Monast. anglie, t. VI, part 11, p. 1 10/i.) 

''' « Imperatrix autem jam Anglicanae discor- expédia pendant son séjour en Angleterre, aux 

diae taedio affecta, ante quadragesimam in Nor- titres de imperatrix et de régis Jilia, elle ajouta 

manniam transfretavit. » Gervais de Cantorbéry, celui de Anglorum regina ou domina.Voir Round , 

éd. Stubbs, t. I, p. i33. En 11/17, le jour des Geuffrey de Mandevillej p. 55-8o et 3oo-3o3. 
Cendres coïncida avec le 5 mars. ''^ Page 126. 

'"' Dans la suscription de chartes qu'elle ^'^ Cette charte, dont les formules ne sont 



L'IMPERATRICE MATHILDE. 141 

2. M., Imperatrix, H. régis (ilia et Anglorum domina, archiepiscopis , etc. Sciatis me 
reddidisse et concessisse comiti Gaufredo Essexe omnia tenementa sua. . . Et do ei totam ter- 
ram Eudonis dapiferi in Normannia et dapiferatum ipsius. . . — ( Madox , The historj of 
the Exchequer, éd. in-A", t. I, p. 5o, note o.) 

3. M., Imperatrix, H. régis filia et Angiorum domina, archiepiscopis, episcopis, abba- 
tibus, comitibus, baronibus, vicecomitibus , ministris et omnibus hominibus suis, francis 
et anglis, totius Anglie, salutem. 

Sciatis me concessisse et confirmasse Deo et sancte Marie de Osenesa, et canonicis ibi- 
dem Dec servientibus , in perpetuam elemosinam , pro sainte domini mei et mea et libe- 
rorum nostrorum, et pro anima Henrici régis patris mei, et pro anima Matildis regine, 
matris mee, et aliorum antecessorum nostrorum, ecciesiam Sancti Georgii que est in cas- 
tcilo Oxeneforde, cum omnibus pertinentiis suis, scilicet ecciesiam Sancte Marie Magda- 
lene que est in vice extra portam de Nort, et terram de Waltona, ex utraque parte vie 
j)er quam itur de Waltona ad castellum, sicuti Walterus archidiaconus eam lenet, et 
terram de Cudeslawia et de Coveleia cum ecclesia, et terrain de Stowia et de Mortona cum 
ecciesia et capella; et terram de Wytona et de Sanford, et duas hidas de Ernicota, 
cum omnibus aliis rébus ad predictam ecciesiam Sancti Georgii pertinentibus , in deci- 
mis, in hominibus, in domibus , in terris et pratis et pascuis, in bosco et piano, sicut 
prefata ecclesia tenuit a tempore eorum qui eam fundaverunt, et sicut Henricus de 
Olleio et Johannes de Sancto Johanne coram me concesserunt et cartis suis confîrmave- 
rtmt. Quare volo et firmiter precipio quod prefata ecclesia et canonici predictas tenaturas 
habeant et teneant bene et in pace et honorifice, libère et quiète, cum socha et saca et 
toi et theam et infangenthef et cum omnibus aliis consuetudinibus et libertatibus quas 
habuerunt tempore H. régis patris mei. T. Rob. Filio régis fratre meo, et Rob. Filio 
Martini, et JosceUno de Baillolio, et Ern. de Hesding', Apud Divisas. — ( Christ. -Church. 
Oxford. Photographie du Rév. H. Salter, n" XVI.) 

4. M., Imperatrix, régis Angiorum filia, Ricardo vicecomiti et ministris suis et omnibus 
fidelibus suis de Argentomo, salutem. Sciatis me dédisse et concessisse Roberto Loricario. . , 
mansuram terre que est in vico Cadumensi. . . T. Raginaldo fratre meo, et Guidone de 
Sableoio, et Alex, de Bohun. Apud Argentomum. — (Original, Ms. latin ioo83, fol. 3.) 

5. M. , Imperatrix , régis H. filia , F. de Tenechebrai , salutem. Mando tibi. . . quod permittas 
senioribus de Savigneio habere et tenere suam fabricam . . . Teste Roberto de Curceio. Apud 
Falesiam. — (Cai'tul. de Savigni, charte 280.) 

guère conformes au protocole ofiBciel, a peut- ser en Angleterre. On ignore à quelle date, 
être été rédigée par un moine de Saint-Nicolas, entre 1 138 et i i4.i, Jean cessa d'être abbé de 
au moment où l'Impératrice se disposait à pas- Saint-Nicolas. 



U2 l\. DlPLOMniQUE NORMANDK, 1133 115/i. 

(■). Al., Impeiatrix, H. refais filia, Os. de Hosa conslahuiario Ccsaris Bur^n, salntom. . . 
Apud Pratmii ' . 

7. M., Imperatrix. (Pro fratrihus Ilospitalis Jorusal.) 

T. : Will. Filio Haraoïiis, lliigone medioo, Sfcphano de BelloCampo, Amfredo Sih. , 
Rog. Filio Ricardi de Argeiit[omo]. Apud Rothomagum. — (Original, Arch. iial. S. So.^y, 
n" n.) 

8. Nolum sit preseutibus et luturis quod ego M. , Imperatrix, H. régis filia , do et coiicedo 
o\ carta mea confirmo ahbatie Sancti Georgii de Bauquervilla elemosinam illam quam Rosce- 
linus Filius Claremboudi eidem abbatie. . . dédit, scilicet terram de Longo Campo, que est in 
<)ralli[a] foreste de Roumara. . . T. Godardo de Waus, Rob. Filio Henrici, Bernerio Commin. 
Apud Pratum. — (Cartul. de S. Georges de Baucherville, loi. 62.) 

9. M., Imperatrix, H. régis filia, omnibus fidelibus suis, normannis, francis et anglicis, 
sal. Sciatisquod concedo elemosinam quam Oelardus de Cleis dédit Deo etecclesie Sancti 
Johannis de Fulcardi Monte. . . ,totum feodum suum de Garini prato. . . T. Rog. de Cailli, 
Will. de Helion , Galtero de Giernis, Galtero Filio Ernaldi, Apud Rothomagum, anno ab in- 
carnatione Doraini MCLV. — (Cet acte sera publié dans le chaj)itre V.) 

10. M. , Imperatrix, H. régis filia, archiepiscopis, ep., abb., com., bar. , justic. , vicec. , min. 
et omnibus fid. suis Argentomi et totius Normannie, sal. Sciatis me concessisse . . . mona- 
chis Sancti Andrée de GofTer juxta Falesiam . . . , pro anima domini mei Gaufridi comilis 
Andegavensis, et pro sainte mea et lilii mei Henrici ducis Normannie . . . , xlvi sol. et vi den. 
romesinorum, quos annuatim reddere consueverant vicecomiti de Argentomo de gravaria 
de Monte Guarulfi. . . T. Huberto de Wall., Will. de Heliun, Heberto clerico, Hugone me- 
dico, Rogero capellano. ApudRotbomagum. —(Original, Arch. du Calvados.) 

11. M., Imperatrix, H. régis filia .. . [Monialibus Béate Marie de Bondevilla dat 
XXX acras terre in foresta de Romara. ] His testibus : Huberto de Vallibus, Will. de Helinn, 
Steph. de Bello Campo, Rob. Filio Heimerici, Rob. de Hornai. Apud Rothomagum'"^). — 
(Original, Arch. de la Seine-Inf.; copie dans le Cartulaire de Bondeville, p. 11.) 

12. M. , Imperatrix, H. régis filia , archiepiscopis... et omnibus fidelibus suis, anglis et nor- 
mannis, tam presentibus quam futuris, sal. Sciatis me et Henricum regem, filium meum, 
fundasse abbatiam S. Marie de Voto. . .T. Hug. archiep. Rothom., Phil. Baioc, Arn. Lexov., 

('' Voir ce qui sera dit de cette pièce un peu gués de Belleviile « in pan-ochia de Bellavllia ». 

plus loin, p. i43. — Voir aussi, p. i6g. Cette pièce, d'une insigne fausseté, esta la p. 4.3 

'*) Je laisse de côté une prétendue charte de du Cartulaire de Bondeville, et M. Round l'a 

l'Impératrice Mathilde touchant le don fait, à enregistrée sans observation sous le n° 216 de 

l'abbaye de Bondeville, d'un fief tenu par Hu- son Calendar. Je l'ai laissée de côté. 



I 



L'IMPKRATRICE MATHILDE. 143 

Roliodo Ebroic. , episcopis , Guillehno [corr. Galeranno) comité Mellenti, Gualtero comité 
Giffardo, Rob. de Novo Burgo, Godone [corr. Godardo) de Vais, GuiH. de Herlouino. 
Apud Rothomagum. — [Neustria pia, p. 852.) 

13. M. , Imperatrix, H. régis fîlia , archiepiscopo Rothom., ep., abb., just. et omnibus suis 
fidelibus de terra Normannie, sal. Sciatis quodegoterraraquandampro xl libris emi,quai)i 
Deo et ecclesie Sancte Marie de Noa et monachis ibidem Deo servientibus , ad construenduin 
ojusdem loci cenobium , . . T. ,Rog. archid. Brionnii, WiH. Maio nepote, Rog. de Hotot, 
Hug. de Bachepuiz , Rob. de Altaribus, Will. de Brochenneio, Mauricio de Bonavilla, Rob. 
Kstur, Rad. de Cressenneio, ïhoma Sessario, Anchithillo (?) de Guarembolviila. Apud 
Pratum. — (Original communiqué en 1906, pai' M. Henri Vierray.) 

Une de ces chartes, ie n" 6, mérite d'être examinée avec un soin tout parti- 
culier. L'original, conservé aux Archives de la Manche, est écrit sur un petit 
morceau de parchemin mesurant à peine 1 18 millimètres sur I12. Le texte en 
est ainsi conçu : 

M., Imperatrix, H. régis filia, Os[berto] de Hosa, const[abulario] Ces[aris] Burgi, salii- 
lem. Precipio quod sine dilatione saisias abbatem Ces[aris] Burgi, et canonicos'^^ [ibidem] 
Deo servientes, de terra elemosine de Bellimonte, sicut eam. /////////nt (^^ ep[iscopu]c Sa- 

resb[eriensis] , Thoma capellanus com[itis] And[egavensis], et Hugo c]apeHauus. 

T[estis] Clar. clericus. Apud Pratum ^^h 

Au commencement de chacune des lignes 3, ^ et 5, une déchirure a fait 
disparaître six ou huit lettres. 

Au has de l'acte a été découpée une très étroite queue, sur laquelle est écrite 
l'adresse : Os.d'.Hos. 

La pièce semble bien avoir été pliée et avoir été expédiée sous forme de 
lettre close, genre d'actes d'une extrême rareté au temps de Henri II ('^^. 

La nature et le ton impératif de la pièce dénotent un acte gouverne- 
mental, adressé à Osbert de La Heuse, aurpiel avait été confiée l'adminis- 

"' La charte porte nettement el ivcanonicos '^' Une phototypie de cette charte a été 

ou et uicanonicos. publiée dans la Bibliollièqne de l'Ecole des 

'*' Déchirure du parchemin qui a fait dispa- chartes, année 1907, en regard de la p. 3i3, 

raitre une dizaine de lettres, commencement fig. 3. 

d'un mot terminé par les deux lettres n/ , peut- '*' Voir ce qui sera dit plus loin (p. 179) 

être disracioitarant. des lettres closes dans le chapitre V^. 



Mili W. DIPLOMATIQUE NORMANDE, I I ;^3 - 1 1 5/1. 

Iration de C.herhoiirg el de la partie septentrionale du Cotenlin pendant 
presque toute la durée du règne de Henri II. Osberl de La Heuse dut être 
installé à Cherbourg peu de temps après que cette place eut fait sa soumission 
au comte Geoffroi en i i/i3, et il y resta en fonctions jusqu'au temps de sa 
mort, vers i i 85. 

11 sera question dans le chapitre V (p. 176) de la part que l'Impératrice 
prit à l'administration du duché de Normandie après l'avènement de Henri II 
au trône d'Angleterre. 



OBSERVATIONS SUR LES ACTES DE HENRI II EN GENERAL. 

Il semble bien que les actes expédiés à la chancellerie royale d'Angleterre, 
du temps de Jean Sans-terre, se partageaient en trois classes. A l'enregistre- 
ment des pièces de chacune de ces classes était affecté un rôle distinct, sur 
lequel étaient copiés les actes rattachés à la classe correspondante. De là trois 
séries de documents : Rotali chartariim, Roliili litterarum patentiiim, Rotuli 
litteraram clamaram. Chaque classe devait se distinguer par la façon dont 
étaient scellées les pièces qui en faisaient partie. Les sceaux des chartes 
étaient sans doute llxéssur des lacs de soie ou des cordonnets; ceux des lettres 
patentes sur des doubles queues de parchemin; ceux des lettres closes sur de 
simples queues, ou peut-être sur une des deux petites queues découpées au 
bas du parchemin et servant à fermer les lettres. Peut-être y eut-il aussi 
pour la correspondance privée et administrative des lettres ou mandements 
cpii recevaient l'empreinte de signets ou cachets consistant souvent en pierres 
gravées. 

Je n'ai pas fait sur ces différentes espèces d'actes du temps de Henri H des 
ol)servations assez probantes pour me croire autorisé à leur appliquer les 
règles qui étaient en vigueur à la chancellerie de Jean Sans-terre. 

Ce qui me paraît vraisemblable, c'est que, du temps de Henri II, on distin- 
guait, suivant le caractère et l'importance des actes, trois catégories: en pre- 
mière ligne les actes scellés sur des lacs de soie ou des cordonnets ( probablement 
les chartes proprement dites), puis en second lieu les actes scellés sur double 
queue de parchemin, et enfin les actes scellés sur simples queues, ou au bas 
desquels ont été découpées deux languettes de parchemin. Selon toute appa- 
rence le terme de charte était réservé aux actes de la première catégorie, qui 
sont généralement souscrits par un assez grand nombre de témoins. 

Nous ne possédons pas assez d'actes originaux pour distinguer, dans beau- 
coup de cas, les chartes, les lettres patentes et les lettres closes, et, dans les 

CHARTES ET DIPLOMES. IV. 1 9 

IMpniMCniE KITIONILC. 



146 \. OBSKIU \ri()NS (ÎKNKIWLKS SIK LKS VCTES. 

observations ([iii vont suivre, j'emploierai le mol cliarle avec racception la 
plus générale qui lui ail été donnée. 

l. Cauvctères KXTRiNsÈQi'ES. — Je ue m'arrêterai guère à ces caractères, 
(pi'on ne peut guère apprécier que sur le vu des exemplaires originaux. 

Je n'ai à peu près rien à dire sur le parchemin employé à la chancellerie», 
sinon que, à en juger d'après les dimensions très exiguës de beaucoup de 
])ièces et l'absence de marges l^lanches, l'adminislration en était très parci- 
monieuse. Il faut citer comme un cas tout à fait exceptionnel la gigantesque 
charte expédiée en double exemplaire ('), où sont énumérées dans le plus 
menu détail les propriétés de l'abbaye de Saint-Etienne de Gaen. La justifi- 
cation en est si serrée et la longueur des lignes en est telle que, pour en 
rendre la lecture possible, on a partagé la page en deux colonnes par un étroit 
espace laissé en blanc. On en peut apprécier les dimensions extraordinaires 
en jetant les yeux sur l'édition du texte que le P. Arthur Du Monslier a insérée 
en i663 dans la Neustria pia^'^^ où elle occupe onze pages et demie in-folio, 
soit plus de 600 lignes. Un des exemplaires originaux a 8 1 centimètres de 
hauteur, et l'autre 7 6 millimètres , plus un repli de 27. 

Cette disposition d'une charte sur deux colonnes est assez rare, et le char- 
trier de Saint-Etienne de Caen nous en offre un second exemple. Cette autre 
charte (^) a été, comme les deux exemplaires de la charte gigantesque, écrite 
en dehors des bureaux de la chancellerie, par un écrivain qui semble avoir 
voulu exécuter un chef-d'œuvre de calligraphie. Avoir la petite charte, on se 
croirait en présence d'une page de cartulaire écrite avec le plus grand soin. 
Le travail a été exécuté entre les années 1 1 56 et 1 1 6 1 , et, pour donner à la 
pièce un air tout à fait coquet, le scribe a détaché les deux mots de la date 
apud Baioc, pour les tracer au milieu de la marge inférieure et au-dessus de 
l'élégant cordonnet qu'on a fait passer par des incisions symétriquement pra- 
tiquées avant l'apposition du sceau^^l 

'' N"' 111. A et iii.ii de notre Recueil. qui a l'apparence de présenter cette disposi- 

-' P. 628-638. tion; un blanc, large de quelques millimètres, 

!') ÎS" 108. a été soigneusement ménagé au milieu de 

'*) La rareté des chartes écrites sur deux co- chaque ligne; mais il faut lire les deux moitiés 

lonnes me détermine à citer ici une charte de ligne sans avoir égard au blanc qui les se- 



CARACTERES EXTRINSEQUES. 147 

Je viens de parler de pièces qui me paraissent n'avoir pas été écrites dans 
les bureaux de la chancellerie. Il y avait, en effet, dans ces bureaux, une 
écriture d'un genre particulier, dont les traits sont aisés à reconnaître et à la- 
quelle étaient habitués les scribes de l'administration. Gomme particularités 
caractéristiques, il faut signaler la hauteur démesurée des hastes, notamment 
celle de la partie droite des a; il y a une tendance très accusée à multiplier 
les grandes lettres au commencement des mots, et à les faire dépasser de 
beaucoup le niveau normal, même quand elles appartiennent au type minus- 
cule, et qu'elles n'ont aucun droit à la hauteur des lettres à haste comme 
les b, h, l, etc. Le trait vertical desr minuscules se prolonge par une queue au- 
dessous du niveau normal des lignes. Il y faut aussi noter le développement 
excessif des s allongés, même à la fin des mots. Sous la plume de certains 
scribes , la queue des (j minuscules se prolonge en un long et double trait , 
horizontal, formant boucle non fermée, tout à fait proche du niveau inférieur 
de la ligne d'écriture. 

Çà et là peuvent se distinguer quelques vestiges d'habitudes particulières 
aux écoles anglo-saxonnes. 

L'examen de l'écriture des chartes de Henri II qui nous sont parvenues en 
original est donc fort utile en certains cas pour trancher des questions d'au- 
thenticité et d'originalité. 

Je suis bien loin cependant de prétendre que toutes les chartes de Henri II 
doivent nous offrir ce qui peut être considéré comme l'écriture ordinaire de 
la chancellerie, celle de la main officielle, [ihe officiai court-hand, a cramped 
emjUsh court-hand y a chancery hand, comme disent les éditeurs de la Société 
paléographique de Londres). 

On rencontre un assez grand nombre de chartes originales écrites en 
caractères ordinaires (minuscules ou cursifs tirant sur la minuscule), qui sont 



pare. Il est probable que l'espace a été laissé Luxembourg; ie texte en a été publié par Kunt 

en blanc au milieu des lignes pour permettre dans l'édition des Chartes de l'abbaye de Sainl- 

de plier la charte sans exposer l'écriture à la Hubert, t. I,p. 1 1 ■y. J'en ai vu la photographie 

moindre détérioration. C'est une charte de dans la thèse manuscrite que M. de Roussen 

l'abbaye de Saint-Hubert, émanée, en ii54^, de Florival a soutenue à l'Ecole des chartes, 

de Hugues, comte de Rouci. L'original en est en janvier 1907, sur les anciens comtes de 

conservé aux archives du grand-duché de Rouci. 



Hi8 \. OIÎSKIW VnONS CFAKUALKS SIU LES ACTES. 

d iiiir iiuoiilestahle autlienlicilé, surtout quand, à défaut du sceau, ils en 
ont conservé les allaches ou des traces d'atlache non suspectes. 

En elïet, le roi, dans ses incessants voya«^es, n avait pas toujours sous la 
main ses secrétaires habituels, et, (juand il séjournait dans une abbaye ou dans 
le cliàleau d'un de ses vassaux, il devait recourir à la plume d'un religieux 
ou d'un clerc qui n'appartenait pas à sa maison et qui ne connaissait pas toutes 
les règles du protocole officiel. Dans un des chapitres suivants, j'aurai à exa- 
miner plusieurs chartes qui, écrites en dehors de la chancellerie, renferment 
des anomalies, et qui n'en doivent pas moins être considérées comme authen- 
tiques, parce que les anomalies sont imputables à l'inexpérience des écrivains. 
J'y signalerai notamment aux Archives nationales (^) une longue charte de l'ab- 
baye de Savigni, qui a dû être écrite en entier par un copiste de livres de 
bibhothèque, à l'exception des dernières lignes contenant la liste des témoins 
et la date de lieu, qui ont dû être ajoutées par un clerc delà chancellerie 
quand la pièce fut complétée par l'apposition du sceau royal. 

Le Rev. H. Salter, qui, après avoir photographié plus de cent chartes ori- 
ginales de Henri II, a acquis une grande expérience de l'écriture de cette caté- 
gorie de chartes, admet que des actes émanés de Henri II ont été écrits, non 
par les clercs du roi, mais par des scribes au service des bénéficiaires (^). 

Aussi, pour donner une base solide à mes observations, et surtout à des 
comparaisons entre pièces conservées dans des dépôts éloignés les uns des 
autres, je suis parvenu à me procurer l'image photographique de presque 
toutes les chartes originales de Henri II qui existent en France et je crois être 
arrivé par là à distinguer ce cjui a été écrit dans les bureaux officiels, non 
seulement les chartes ou lettres proprement dites, mais encore d'autres 

'"' K 2/i, n° 8*. — N° i44 ào notre Recueil. ced for as yet; but it seems to me that there 

Un fac-similé phototypique de cette charte a was more uniforniity after 1 1 78 , for instance 

été inséré dans l'opuscule que j'ai publié sous the writer of Salisbury M (le copiste d'une 

le titre de Les formules Rex Anglovam et Dei charte cotée M, qui fut expédiée de Winchester 

gratia rex Anglonim : Lettre à M. J. Horace pour Robert Fils de Robert Fils de Harding) 

Round (Chantilly, août i907,in-8° de i3 pages seems to me to be the writer of some of the 

et une planche). Cet opuscule a été reproduit Canterbury charters, of two in the Bodleian, 

dans la Bibliothèque de l'École des chartes, and two or more at New Collège. Before 11 78 

année 1007. it seems to me tliat in most cases the writing 

(^' I bave been comparing the hand writing must havebeen net by the king's clerks, butby 

in the charters of Henry II. J bave not advan- the reclpient's clerk. — Voir plus bas, p. 190. 



CARACTERES EXTRINSÈQUES. 



l/i9 



documents de l'adiiiinistiation royale (^). A côlé de ces documents, tirés d'ar- 
chives ou de bibliothèques françaises, j'ai placé la photographie des chartes 
originales du British Muséum et de celles du Record Office ('^), auxquelles 
est venu s'ajouter un certain nombre de pièces tirées de dépôts particuliers (^). 

Un choix de ces pièces sera reproduit en photo typie dans l'atlas joint au 
présent ouvrage. 

Malgré les habitudes de régularité et d'uniformité auxquelles étaient as- 
treints les clercs de la chancellerie royale, il faut bien reconnaître qu'ils ne se 
préoccupaient guère de la façon dont devaient être figurés les noms d'hommes 
et les noms de lieux. On ne s'étonnera pas de trouver dans des chartes très 
soigneusement écrites les formes Fulco , Guillelmus, Ricardas, Ro(jerius , Chino, 
Fons Ebraldi, etc., se rencontrant à côté des formes Fulcho, Foiqueius, 
IVillelmus, Richardus , liogeras , Chinonum, Fonte br aidas, Fons Evraadi, etc. 

J'ai sous les yeux la photographie d'une charte de l'abbaye deFécamp(^), 



'"' Je citerai comme exemples deux tiag- 
ments des Pipe Rolls , l'un de l'année ii56, 
l'autre de l'année 1 1 Sg , qui ont été donnés 
en pholotypie, le premier dans le recueil de 
la Société paléographique (2° série, n° /ia), 
l'autre dans YLUrodticlion to the Sludy of ihe 
Pipe Rolls (London, 188/1., in-8°), et un rôle 
de 1 1 85 , qui a été publié en fac-similé j)ar 
« The London School of économies and political 
Science » : The Receipt Roll of the Excheqaer for 
Michaelmas term xxxi Henry II, a. D. 1185 
( London, 1 899 ; in-folio) ; outre 6 feuillets préli- 
minaires et un index de 6 pages , le volume se 
compose de 3i planches phototypiques et de 
3i feuillets de déchiffrement. 

''' En publiant dans la Biblîothèqae de l'Ecole 
des chartes (1907, p. 272-311) l'analyse de 
ces chartes, avec quelques observations, j'ai 
remercié les deux savants à l'obligeance des- 
quels j'ai dû cette très intéressante communi- 
cation, M. George F. Warner, conservateur 
des manuscrits du British Muséum , et Sir 
Heni-y Churchill Maxwell Lyte, député à la 
garde du Public Record Office. 



'^^ J'ai surtout des obligations au Rév. H. 
Salter, du Shirburn vicarage, qui ambitionne 
si légitimement le titre de Photographe de la 
république des lettrés : voici ce qu'il m'écrivait , 
au début de nos relations , en m'adressant der- 
nièrement la photographie d'une vingtaine de 
chartes de Henri II : «There is an inscription 
on the walls of the Bodleian : Prosit reipublicœ 
literatorum. I hopp you will allow that the 
charge of the photographer who photographed 
the Bodleian Charters may be a présent froni 
a member of the plebs of that republic to one 
of its consuls or proconsuls. » Mon correspon- 
dant est lieaucoup trop modeste : il a droit à 
un grade élevé dans le corps des diplomatistes. 
— Un catalogue, qui aura un supplément, 
des 109 chartes dont je dois la photographie 
au Rév. H. Salter est imprimé dans la Bibl. de 
l'École des chartes, année 1908, p. 5Ai-58o. 

'*^ Charte 6 de notre Recueil. L'original est 
conservé aux Archives de la Seine-Inférieure. 
C'est une confirmation générale , non détaillée . 
des possessions , terres , coutumes et dignités de 
l'abbaye de Fécamp. 



150 \. OBSKUN ATIONS GENERALES SUR EES ACTES. 

adinirablemonl ôcrile, très probablement par une n\ain saxonne ("^ et datée 
de Westminster, dans laquelle je lis ces variantes du nom latin de Fécamp : 
à la ligne 3, ecclcsie Fiscancnsi; à la ligne 5, ecclesiam de Fiscàno; à la 
ligne 7 , ecclesia Fiscamn. 

Je ne saurais entrer dans Texamen détaillé de diverses particularités gra- 
plii(pies qu'on rencontre dans quelques actes de Henri II, et qui, pour la plu- 
part, tiennent aux habitudes personnelles d'un écrivain : tel celui qui a copié 
Texpédition originale de la grande charte de l'abbaye de Saint-Sauveur (n° 3/19). 
Ainsi il y a inséré un certain nombre de mots sous la forme française : le 
werec, pralam del parcjuxla maresc, ad suum herbenjeinenl. Il figure la prépo- 
sition cum par les deux lettres co surmontées d'un trait abréviatif. 

Ciénéraleraent les noms d'hommes et de lieux ne se présentent dans les 
actes de Henri II que sous une forme latine. Les formes françaises y sont très 
rares. Il en est tout autrement si on opère pour les documents relatifs à l'ad- 
ministration financière du duché. C'est par centaines, peut-être par milliers, 
qu'on y compte des articles renfermant des noms à forme française , qui peu- 
vent jeter quelque lumière sur le vocabulaire du parler normand dans la se- 
conde moitié du xii^ siècle. 

Pour en donner une idée, voici une trentaine de noms, tous relevés sur 
deux pages du rôle de 1 180, relatives au Bessin(^) : 

Gisleb. Malet. Osb. Saintier. 

De Essartiers. Forlieor. 

Rad. Lotrel. Rad. Barfot. 

Rng. Lovel. Tomas l'Aioe. 

Rog. la Mésange. Will. Que je ne ment. 

Rad. Bote vilain. Will. Pachet. 

Gaufr. Peignied. Tomas Malore. 

Gaufr. Sor. Arn. Bedel. 

De Aubier. Jord. Bel guet. 

Joh. Fessout. Herv. Mal cael. 

Ansk. Mulet. Sal. Testu. 

Will. Formil. Rob. Farain. 

Tomas Behin. Nie. Crapin. 

Bob. Fol adoube. Bob. Esperon. 

Bic. Trait saiete. Serl. Pichenot. 

'*> A ia ligne 6 , le nom du roi Edouard <^' Stapleton , Rotuli Scaccarii Norm. , t. 1 , 

est écrit jEdivardi. p. 2 et 3 . 



CONCESSIONS. 151 

II. Caractères intrinsèques des différents genres d'actes. — Les carac- 
tères extrinsèques des actes de Henri II ne nous ont guère arrêté. Le texte 
même de ces actes nous entraînera dans de plus longs détails. Il faudra exa- 
miner avec quelques développements les différentes espèces d'actes, d'après 
l'objet auquel ils se rapportent , abstraction faite de la forme matérielle sous 
laquelle l'expédition originale en a été faite. Il ne sera donc guère tenu compte 
de la division en chartes, lettres patentes ou lettres closes. L'expression charte 
sera souvent employée, comme je l'ai dit, conformément à l'usuelle et large 
acception du mot. 

Avant d'étudier le fond même des différents actes de Henri II, il suffira 
de quelques mots pour caractériser le style des rédacteurs attachés officielle- 
ment à la chancellerie royale. 

Ce qui frappe à la lecture des actes de Henri II , c'est une rigoureuse fidé- 
lité à suivre un formulaire officiel, un emploi constant des mots propres, 
une régularité absolue dans ]a disposition des différents éléments delà pièce, 
une extrême concision, un abandon complet de tout ornement oiseux, ime 
incomparable netteté dans les instructions et les ordres donnés. De là une 
solide et sévère élégance , qui dénote un assez haut degré de culture chez les 
clercs attachés à la chancellerie , ce qui s'accorde bien avec ce que nous sa- 
vons du talent dont beaucoup d'auteurs anglo-normands nous ont laissé des 
exemples dans leurs écrits en prose ou en vers : le goût de l'exactitude se fait 
sentir dans les moindres détails et rappelle bien la méthode des grands anna- 
listes anglais de la même époque. Ces qualités se retrouvent dans les diffé- 
rents actes qui vont être passés en revue. 

Le style est correct et se fait remarquer par sa clarté et sa précision. Le 
roi parle généralement au singulier. Dans presque toutes les chartes, les 
phrases essentielles commencent par les mots : Sciatis me. . . Qaare vola cl 
precipio . . . Prohiheo . . . 

III. Chartes de concession ou de confirmation. — Le plus grand nombre 
des actes de Henri II que renferment nos archives sont les pièces qu'on a 
eu le plus d'intérêt à conserver, parce c|ue beaucoup de ces pièces ont été, 
jusqu'à la fin de l'ancien régime, le fondement de la richesse et des pri- 
vilèges (lu clergé et de l'aristocratie du moyen âge. Elles ont trait aux 



152 \. or^SKJW \T1()\S GKNb^RAMvS SIK LES ACTES. 

concessions on ronlirmations de terres, de franchises et de droits de toute 
nature. 

Dans les provinces françaises soumises à la domination des Plantegenèts , il 
est peu de chapitres ou d'ahhayes qui n'aienl obtenu de Henri II la confir- 
mation de leurs biens et de leurs privilèges, de sorte qu'en réunissant toutes 
les chartes de confirmation on aura un tal)leau à peu près complet de la 
fortune des grands établissements religieux de la Normandie, du Maine, de la 
Touraine, de l'Anjou et du Poitou pendant la seconde moitié du xii*' siècle. 
D'ordinaire, la phrase qui, dans ces chartes, fait suite à la suscription com- 
mence par le mot scivtis : Sciatis me conccssisse . . ., Sciatis qaod. , . Sciatis 
dominam matrem meam . . . L'objet de la concession est indiqué d'une façon 
souvent sommaire, mais toujours très nette. En voici deux exemples : 

II. , Dei gratia rex Anglorum et dux Normannorum et Aquitanorum et cornes Andegavo- 
rum, arcliiepiscopo Rotliomagi, episcopis, abbatibus, comitibus, l)aronibus, justiciis, 
vicecomilibus, et omnibus ministris et fideli))us suis Normannie, saiutem. 

Sciatis me concessisse et presenti carta confirmasse abbacie de Longis et monachis 
ibidem Deo servientibus terram de PupeviHa, quam Randulfus Druel eis dédit in perpe- 
tuam elemosinam. 

Quare volo et firmiter precipio quod predicti monachi habeant et teneant terram iiiam , 
cum omnibus pertinentiis suis, bene et in pace et libère et quiète et intègre et honorifice, 
cum omnibus iibertatibus et liberis consuetudinibus suis. 

Testilnis : Henrico episcopo Baiocensi, Rogero de Arri, Roberto de Stutevilla, Wil- 
lelmo de Curtmurlone, Hamone Pincerna. 

Apud Burumt^'. 

H., rex Anglorum et dux Normannorum et Aquitanorum et comes Andegavorum, ar- 
chiepiscopis, episcopis, abbatibus, comitibus, baronibus, justiciis, vicecomitibus, minis- 
tris, ballivis et omnibus fidelibus suis , francis et anglicis totius Anglie etNormannie , saiutem. 

Sciatis me concessisse et presenti carta confirmasse ecclesie Sancti Martini et Sancte Bar- 
bare de Eschaiolet , et canonicis in eadem Deo servientibus , in perpetuam elemosinam , 
(juicquideis rationabiliter datum est, sicut carta régis H[enrici], avi mei, et carta Rabelli 
camerarii et ceterorum donatorum suorum eis testantur. Ex dono Odonis Stigandi, terras 
et prata, cum décima paiTOchie predicte ecclesie adjacentis, et tolius domiaici sui quod 
est apudMansum Odonis, tam in terris quam in vineis et molendinis, virgultis et velie- 
ribus et vitulis et agnis et caseis et porcis et piscibus , et piscariam inter Mansum Odonis 



(») 



N° 497 de notre Recueil. 



CONCESSIONS. 153 

et Eschaiolet. Ex dono Willelmi de Mirebel, elc. [Suit une longue énumération des biens 
donnés à Sainte-Barbe en Auge. ) 

Quai'e volo et firmiter precipio quod predicti canonici omnia hec predicta habeant el 
teneant iDcne et in pace , et rationabiliter, libère et quiète , plenarie , intègre et honorifice , 
cum omnibus pertinentiis suis, in bosco et piano, in pratis et pascuis, in aquis et molen- 
dinis, in vivariis et piscariis, in viis et semitis, et in omnibus aliis iocis et aliis rébus, cum 
omnibus iibertatibus et liberis consuetudinibus ad ea pertinentibus, sicut carta régis H., 
a\i mei , et carta Rabelli camerarii , et ceterorum donatorum suorum carte testantur. 

Testibus : Thoma cancellario, et Ricardo de Humetis conestabulario et Ricardo de Luci. 

Apud Rothomagum(^). 

Pour le détail, la charte de concession ou de confirmation renvoie en 
termes généraux aux chartes primordiales, émanées des donateurs ou pro- 
priétaires antérieurs ou anciens suzerains; les auteurs des chartes sont parfois 
désignés par leur titre ou par leur nom. 

Sicut Ricardi, ducis Norra., predecessoris mei, carta testatur et confirmât, et sicut carte 
regum iEdwardi et Willelmi et régis Henrici, mei avi, testantur et confirmant... (N° 6.) 

Sicut carta régis Willelmi testatur et confirmât ... ; et quia inspexi diligenter cartas régis 
Willelmi et aliorum predecessorum meorum. . . (N" 8. ) 

Sicut carte donatorum et caile regum Angl. Willelmi, proavi mei, et Henrici, avi mei, 
testantur. . . (]S° 26.) 

Sicut carta ejus (patris mei) et carta fratris mei testantur. . . (N" 33.) 

Sicut carte donatorum eis rationa])iliter testantur. . . (N° 49.) 

Sicut carta Mathildis Imperatiicis , matris mee, confirmât et testatur. . . (N° 82.) 

Sicut carta patris mei testatur. (N° i5i.) 

Sicut carta Ricardi de Redveriis eis illam confirmât. {N° 162.) 

Sicut carte donatorum suorum testantur et sui légales testes. (N° lyS.) 

Sicut comes Conanus eam illi dédit et carta sua confirmavit. (N°' 176, 177.) 

Sicut cirografum inter eos factum testatur. (N" 178.) 

Sicut carta mea testatur. (N° i54.) 

Sicus carta régis Henrici, avi mei, testatur. (N" 187.) 

Sicut carta tua testatur. (N" 2^5, c'est un mandement adressé à i'évêque de Coutances. ) 

Sicut carta comitis Conani,quain inde habent, testatur. (N" 370.) 

Sicut carta ejusdem Johannis [de Soligneio], quam inde habent, testatur. (N" 46o.) 

Sicut ipsa regina [Aliéner] eis dédit et carta sua conlirmavit. (N° A65.) 

Sicut carta ipsius régis Henrici, avi mei, testatur. (N" ^']0.) 

Sicut carta ejusdem comitis [Auberti, comitis Marchie,] testatur. (N" 5^0.) 

^'^ N' 1 1 5 de noire Pieciieil, 

CHARTES ET DIPLOMES. I\ . 20 



IHPIllll£RIE NATIONALE 



ir)'i \. oBSKin vnoNs (ienkrauvs si ii livs actes. 

Ces exemples moiilreiit que le renvoi aux chartes conlirniées se faisait eu 
(iuel((ues mots, sans détails pouvant scr^ir à une identification. Je crains que 
la confirmation d'un acte de fondation de l'abbaye de Fontenai, au diocèse de 
l)avcux, ait subi une interpolation. Je me demande si le texte original de la 
confirmation contenait la description des chartes de fondation, telle que le 
P. Arthur Du Monstierl'a publiée dans la Neiistria pia (p. 80) : 

Sicut coutinetur in carta fundatoris et aliorum antecessorum predicti Jordani Tuionis 
[coiT. Taxonis), que incipit Qiiisquis Deo etc., et in carta confirmationis, quam predicti 
;U)bas et conventus habent a ^^'i^lelmo, tune duce Normannie, super predictis donatio- 
nibus, (jue incipit In nomine sancle et individue Trinitalis etc.; que carte crucibus 
sunt signale, secundum antiquam consuetudinem. 

La charte de concession n'était souvent qu'une sorte d'ampliation d'un 
acte judiciaire dont la chancellerie prenait soin de définir le cai'aclère : 

Sicut jurata fuit tenq^ore Gauiridi, comitis, patris mei, et precepto ipsius, et sicut 
carta sua et mea testantur. . . (N" i5.) 

Sicut eam dirationavit in curia mea, coram justiciis meis et in curia archiepiscopi Ro- 
thomagensis. (N" 79.) 

Sicut eum disratiouavit in curia patris mei, et postea in curia mea coram episcopo 
Baiocensi Philippe et coram Roberto de Novo Burgo, apud Rothomagum ... (N° 85.) 

Sciatis quod diracionatum est in curia mea, Andega vis ,' jure et judicio quod nulius 
potest habere pressoriumin Boeria nisi monachi vei per monacos Majoris Monasterii. . . 
(N" ii5. A.) 

Consuetudines pontis Saeii , sicut recorda te et divise fuerunt , coram Gosieno de Turonis, 
dapifero meo, et Hugone de Cleers et B[r]ientio de Martineio et Symone de Gasteilione, et 
sicut carta ejusdem Gosleni testatur. (N" i6G .) 

Conventio illa firmiter et inconcusse teneatur, sicut inter eos facta est , et in presentia mea 
recordata etconcessa, etcyrographo inter eos facto confirmata. (N° 272.) 

Dans une des confirmations citées un peu plus haut(^', Henri II, ne se con- 
tentant pas d'un simple renvoi aux chartes de Guillaume le Conquérant et de 

''^ «Et quia inspexi diligenter carias régis ces mots :« Sicut carta Willelmi , régis Angliç , 

Willelmi et aliorum predecessoruiu meorum. i> antecessoris mei, quam vidi, testatur». C'est 

(8.) — Une charte de Henri 11 pour Tabbaye le n° 48 des chartes photographiées parle Rév. 

de Lincoln, paraissant dater de 1 163, contient H. Salter. 



CONCESSIONS. 155 

ses autres prédécesseurs, déclare qu'il les a examinées avec soin avant de 
les confirmer; il n'est pas possible d'admettre que le contenu de toutes les 
chartes ainsi visées ait été réellement vérifié par Henri II, ou même par les 
officiers de la chancellerie sous les yeux desquels les originaux passaient, et 
que ceux-ci fussent en mesure de certifier que les donations avaient été 
faites raisonnablement, c'est-à-dire légitimement, par des personnes ayant 
le droit de disposer des biens donnés. On pourrait cependant supposer que 
la vérification avait été faite, quand on voyait très fréquemment les chartes 
dont il s'agit présentées au nom du roi comme se rapportant à des dona- 
tions raisonnables et raisonnablement faites, c'est-à-dire par des donateurs 
ayant le droit de disposer des biens donnés. Il n'en était pas toujours ainsi, 
et si les bénéficiaires lisaient attentivement leurs chartes, ils devaient voir 
que la confirmation n'entraînait en aucune façon la garantie du roi. La 
donation était confirmée telle cpie la charte du donateur l'avait indiquée : 
Sicut carta donatoris testatur, mais cette charte devenait nulle s'il était re- 
connu (pie l'auteur avait disposé d'un bien dont il n'était pas légitime pro- 
priétaire. 

Malgré tout, on attachait de f importance à obtenir une confirmation 
royale, dût-elle être dépourviie de la mention rationahililer factam , comme le 
montre un incident qui se produisit au commencement du règne de Jean 
Sans-terre. 

Le 9 avril 1201, un certain Geoffroi Fils de Richard Fils de Landri se fit 
confirmer par Jean Sans-terre 3o acres de terre que Hugues de Montfort lui 
avait données dans la forêt de Beaulieu. Le clerc qui a enregistré l'acte de 
confirmation sur le Rôle des chartes (^) a fait suivre sa copie d'une note pour 
avertir que les mots rationahiliter et rationabilem donationem n'avaient pas été 
insérés dans la charte, sur un ordre exprès du roi, parce que Hugues de 
Montfort n'avait pas le droit de faire cette donation (^). 

Les mots rationabiliter et rationabilem, qu'on rencontre dans un assez grand 
nombre de confirmations royales, ne sont donc pas des formules insignifiantes, 

<■' Rotali chartaramJohannis, éd. Th. DuSus nahilder, neque rationabilem donationem, ex 

Hardy, p. 92 , col. 2. spécial! precepto domini régis, quia donatio 

<^' Voici le texte de cette note : « Nota quod facta fuit de dono Hugonis de Monte Forti , 

in hac carta confirmationis non ponitur ratio- qui nichil juris habuit dandi». 



156 \. OBSEIU ATIO.NS GK.NKKAI.ES SI K LES ACTES. 

et je dois en réunir ici un certain nombre d'exemples pour montrer comment 
elles étaient employées : 

Sciatis me concessisse et in j>erpetuani elemosinam confirmasse Deo et ecclesie Sancti 
Florencii de Saimur et monachis ihideni Deo ser\ientihus oiniios donationes que eis ratio- 
nabiliter facte sunt, sien l carte et scripta donatorum teslantur. (^" /|8.) 

Sciatis nie concessisse et presenti carta confinnavisse monialibus de Moritonio xxv sex- 
tarios frumenti in docinia de Lengrunne, quos Rogerus Bacon ois rationabiliter dédit. 
(N«'2i7.) 

. . . Quicquid. . . barones et fidèles niei Normannie eis [monachis Sancti Andrée de 
GofiFer] rationabiliter dederunt, sicut donatorum carte testantur. (N" (jG.) 

. . . Confirmasse Deo et capelle Omnium Sanctorum de Aillio et capellanis Deo ibidem 
servientibus quicquid eis rationabiliter datum est in elemosina. . . (N" 25o.) 

. . . Omnia illa que comes Willelmus Pontivi, fundator ejusdem ecclesie, et alii eis 
[monachis Sancti Andi-ee de Guffer] in perpetuam elemosinam rationabiliter dederunt. . . 
{N" 264.) 

. . . Confirmasse ecclesie Sancti Stephani de Cadomo, et monachis ibidem Deo servien- 
tibus, concessionem quani Hugo, comes Cestrie, eis rationabiliter fecit, coram me, as- 
sensu et concessu meo, de donatione quam Randulfus, vicecomes Baiocensis, antecessor 
suus, eis fecit de tota terra sua quam ipse Randulfus habebat in Britevilla Orgoillosa. . . 
(N°276.) 

. . . Confirmasse concordiam que rationabiliter facta fuit inter higelgerura de Bohun et 
Engelrannum de Campo Rotundo et monacbos Majoris Monasterii de Bohun de ecclesia 
Sancti Pétri de Capella. . . (N" 297.) 

Il reste encore une remarque à présenter sur les chartes de confirmation. 
Les pièces de ce genre se terminent par une conclusion consistant en une 
phrase plus ou moins développée dont les premiers mots sont toujours uni- 
formément : Quarevolo et firmiter precipio. Le roi y recommande que les bé- 
néficiaires de la confirmation soient maintenus avec une hbérale bienveillance 
dans la jouissance de leurs privilèges et de leurs droits de propriété. Je cite 
comme exemple la conclusion d'une confirmation que les religieux de Fécamp 
obtinrent la première année du règne pendant un séjour du roi à West- 
minster : 

Quare volo et firmiter jjrecipio quod abbas et ecclesia Fiscannensis a modo predictas 
terras, cum omnibus earum appenditiis , teneant bene et in pace, libère et quiète ethono- 
rifice, cum omnibus legibus et libertatibus et liberis consuetudinibus et quittanciis, pla- 



HOMOLOGATIONS. 157 

citis et querelis et causis omnibus, absque omni subjectione et dominatione baronum vel 
principum et omnium aliorum, et absque omni inquietatione cujuslibet secularis vel judi- 
ciarie potestatis vel imminutione dignitatis, sicut res ad fiscum dominicum pertinentes. . . 

(iV 7.) 

Une autre formule très détaillée a été fréquemment employée depuis l'avè- 
nement de Henri II au trône jusqu'aux derniers temps de sa vie. Je l'emprunte 
à deux chartes, l'une de l'abbaye de Troarn, qui est au plus tard de l'année 
1 157, l'autre de l'abbaye de Lessai, qui ne saurait être antérieure à l'année 

1185W. 

[Charte de Troarn.) Quare voio et firmiter precipio quod predicta abbatia de Troarno 
et monachi in eadem Deo servientes omnia predicta, que eis rationabiliter data sunt, ha- 
beant et in pei'petuam elemosinam teneant, cum omnibus libertatibus et liberis consuetu- 
dinibus et quietanciis suis, prenominalis terris et ecclesiis et tenementis pertinentibus , 
cum quibus predieti donatores ea unquam melius et liberius tenuerunt, in bosco et piano , 
in pratis et pascuis, in terris, ecclesiis et decimis, in aquis et molendinis, in viis et seYnitis, 
in vivariis etpiscariis, in omnibus rébus et in omnibus locis, ita bene et in pace et libère 
et quiète et honoriûce, sicut predieti donatores ea tenuerunt, et sicut carte donatorum et 
carte regum Angl. Willelmi, proavi mei, et Henrici, avi mei, testantur eis et confirmant, 
et sicut abbatia et monachi predieti ea unquam melius, liberius, quietius et honorificencius 
tenuerunt, tempore prenominatorum antecessorum meorum regum Angl. (N" 26,) 

[Charte de Lessai.) Quare volo et firmiter precipio quod prefata ecclesia et monachi in 
eadem ecclesia Deo servientes habeant et teneant omnes prenominatas donationes bene et 
in pace et quiète, intègre, plenarie, cum omnibus libertatibus et liberis consuetudinibus 
ad eas pertinentibus, in ecclesiis et decimis, in bosco et piano, in pratis et pasturis, in 
aquis et molendinis, in vivariis et stagnis et in piscariis, in viis et semitis, et in omnibus 
aliis locis et rébus ad eas pertinentibus, cum omnibus libertatibus et liberis consuetu- 
dinibus, sicut carte donatorum testantur. (N" 487.) 

rV. Chartes d'homologation. — Sous le règne de Henri II, l'usage de ftiire 
homologuer par le roi les conventions, les accords et les transactions prit un 
grand développement dans les états des Plantegenêts. La fiscalité y trouva un 

''^ Les chartes de ce genre abondent, surtout (553), de Barberi (554), de Foucarmont 

à la fin du règne. Telles sont celles de Préaux (558), de Sainte-Barbe (56o) et de Longuo- 

(483), de Valmont (533), de Saint-Lô en Co- ville (568). — Les chartes de S. -Etienne de 

tentin (542), d'Aunai (548), de Bondeville Caen ( 1 1 1 . Aet b) sont un véritable cartulaire. 



155 V. OBSERVATIONS (JlvNKHAI.ES SIU LES ACTES. 

moyen de })rociirer des sommes considérables an trésor du roi. Cette forma- 
lité, devenue en quelque sorte obligatoire, et à laquelle on ne pouvait pas se 
soustraire dans beaucoup de cas, donna naissance à un nombre considérable 
d'actes royaux, d'un type particulier, se rattacbant à la famille des pièces 
appelées^«e.y. 

Je n'en parle pas ici; ils ont été étudiés dans le chapitre II, avec les documents 
à l'aide desquels la chronologie de certaines chartes de Henri II peut être 
établie d'une façon rigoureuse. On a pu voir que les actes d'homologation, 
rapprochés d'actes privés relatifs aux mêmes affaires, fournissent d'excellents 
jalons pour fixer la chronologie de l'ensemble des actes royaux. 

\. Recommandations pour la prompte exécution des ordres du roi. — Au 
corps de l'acte, comprenant le dispositif et l'ordre d'exécution, s'ajoutent 
souvent, surtout dans les chartes de concession et de confirmation, diverses 
recommandations sur les mesures à prendre pour assurer la prompte et 
libérale exécution des ordres du roi. Ces recommandations prennent place 
immédiatement avant les clauses finales, c'est-à-dire avant la liste des témoins 
et la date de lieu. J'en réunis ici les exemples les plus caractéristiques : 

Intérim et sine dilatione reddas plenarie omnia catalla que de his feodis cepisti quando 
fui ad Baiocas ad asisiam meam. (N" 211.) 

Plenariam eis (canonicis Augi) inde sine dilatione justiciam faciatis. (N° dgS.) 

Plenariam eis (monachis Lyrensibus) inde sine dilatione justiciam fieri faciatis. 
(N° hgg.) 

Sine dilatione plenariam justitiam exhibeatis. (N° 5oi.) 

Id eis (servientibus hospitalis Rothomagi) sine dilatione emendari faciatis. (N° 5i3.) 

Henri II entend que ses ordres soient ponctuellement exécutés; il ne veut 
pas être exposé à de nouvelles réclamations, et il désire bien ne plus entendre 
parler de l'affaire au sujet de laquelle il vient de s'expliquer. Il ne se lasse pas 
de le répéter : 

Ne a modo clamorem audiam pro penuria recti. (N° 62.) 

Justiciis et ministris de Costentino. . . Precipio vobis quod juste manu teneatis et con- 
servetis abbatiam de Monte Burgi etomnes res suas , et faciatis ei habere omnes consuetudines 
et libertates suas, in bosco et in piano, et nominatim sicut carta Henrici régis, avi mei, et 



RECOMMANDATIONS. 159 

carta patris mei testantur, et teneat ista bene et in pace et libère et juste, sicut melius et 
liberius et justius tenuit tempore Henrici régis, ne super hoc inde ciamorem aucliam pro 
penuria recti. (N° 2040 

Si quis autem super hoc eis (monachis de Lira) vel hominibus vel rébus suis forisfacere 
presumpserit , vos eis pienariam justiciam sine dilatione faciatis vel fieri precipiatis, ne 
inde amplius ciamorem audiam pro defectu juslicie. (N° 209.) 

Et tantum inde faciatis ne oporteat eos (canonicos Rothomagi) michi inde querimoniam 
facere. (N° Mx'].) 

Pour prévenir les infractions, il prenait souvent la précaution de ne pas 
terminer ses chartes sans rappeler le taux de l'amende dont devait être punie la 
contravention appelée le forfait du roi. Le coupable avait à payer une amende 
de 10 livres, et rien n'est plus ordinaire à la fin de nos chartes que la mention 
du forfait du roi et de l'amende de 10 livres ('). 

Et defendo super x libras forisfacture ne aliquis super hoc eis ( monialibus Sancte Tri- 
nitatis) injuriam vel contumeliam faciat. (N"' 52 etSd-) — Et defendo super x libras fori- 
facturene aliquo nomine super hoc injuriam vel contumeliam eis (monialibus Sancte Tri- 
nitatis) faciat. (N° 53.) 

Precipio super forifacturam mcam no quis, super his (monachis Mortui Maris) aut super 
alia re que eis a me collata fuerit aut conccssa, eos inquietare vel quamcumque molestiam 
eis inferre présumât, quia tam ipsos quam que ipsorum sunt in mea manu retiimi, et 
in mea defensione illos habeo et semper habere volo, nec ])ortare uUatenus possemsi quis 
eos vel bona ipsorum vexaret, turbaret, seu quoquo modo minueret aut libertates a me 
concessas interdiceret. (N° 71.) 

Et prohibeo ne quis eos (monachos Sancti Andrée de Goffer) injuste disturbet super 
X libris forifacture, quia ipsi et omnes res sue sunt in mea propria manu et custodia , sicut 
mea propria elemosina. (N" 96.) 

Precipio ut omnia sua (leprosorum Deppe) sint in patrocinio castellani Archiarum, ne 
quis eis injuriam vol contumeliam faciat super decem libris de forefacto. (N" 106.) 

Et prohibeo super forisfactum meum, ne quis eum (Radulfum Vitulum) vel res suas 
propter aliquam consuetudinem disturbet. (N" 198.) 

Et prohibeo ne illi (monachi Sancti Stephani Cadomi) vel servientes eoruni super hoc 
injuste disturbentur, super decem librarum forisfactura. (N° 219.) 

Et ideo prohibeo ne ipsi (canonici de Blanca Landa) super hoc disturbentur super foris- 
facturam meam. (N" 267.) 

'"' Sur l'amende de i o livres qu'encouraient les violateurs de la paix de Dieu , voir la charte du 
roi Etienne citée plus haut, p. 117. 



160 \. OBSERN ATIONS (ÎKNKRALES SIJU LES ACTES. 

L'amende est portée à 5o livres dans une charte du Couluniler de Dieppe^'', 
mais le copiste a pu ne pas reproduire exactement le texte original. 

Nous trouvons mentionnées des amendes s'élevant à un taux exagéré, comme 
loo livres d'or, loo onces d'or et loo livres d'argent : 

Et si aliquis super hoc aliquid presumpserit, ego capiain einendationem quaiu cornes 
Ricardus instituit, videlicet auri libras centiim, ut confusus discal improborum temeritate 
non esse violanda que ob amorem Dei majoruni statueril auctoritas. (N° 6 , charte de l'abbaye 
de Fécamp.) 

Si quis autem contra hec precepta mea ire tenicre presumpserit, vel moiestiam aul 
gravamen aliquod priorisse aut monialibus aut suis fecerit , volo et precipio quod pena de 
centum unciis auriab eo sumatur, et priorisse predicte et monialibus suis detur, vel tantuni 
in meo carcere teneatur, douce ad plénum priorisse predicte et suis monialibus satisfiat. 
(N° 3o6, charte pour le piieurc de Saint-Paui-hors-Rouen.) 

Si quis autem hanc libertatis nostre diffinitionem minuere vel in aliquo temerare pre- 
sumpserit, in piesenti principali fisco centum libras argenti persolvet, et in futuro divinum 
judiciuni non evadet. (N" 58, charte du prieuré du Plessis, rédigée en dehors de la chancel- 
lerie. ) 

Ce sont là des réminiscences des temps passés, formules comminatoires à 
peu près oubliées dans la seconde moitié du xii^ siècle ^^\ 

On en peut dire autant à la lecture de malédictions et d'imprécations qu'on 
est assez étonné de voir sous la plume d'un clerc écrivant au nom de Henri II : 

Qui dolo vel invidia presenti donatioui et elemosine contradixerint, vel sese aliquo modo 
opposuerint, Dei omnipotentis et gloriose virgiuis Marie et omnium sanctorum et nostram 
incurrant irafm et maledictiouem. (N" 288, charte de Tabbaye de Fontevrault.) 

Si (juis eas in aliquo infringere aut perturbare attemptaverit , omnipotentis Dei, béate 
Marie et omnium sanctorum indignationem et gravissir/iam in die magni judicii sentiat, ac 
nostram simul censuram et maledictionem incurrat et liabeat. (N° 872 , charte des religieux 
de Bois-Rahier. ) 

Si quis vero hanc prescriptam donationem meam infringere vel cassare attemptaverit, 

C' «Et prohibée ne quis ei vel heredibus ejus dans une charte de Henri II pour l'abbaye de 

vel hominibus eorum injuriam vel contumellam Marnioutier : « Si quis attentaverit facere pres- 

faciat, super forefactum quinquaginta libra- soriumin Boeria,amodoetdeinceps, condemp- 

rum». (N° 200. Charte pour Gautier Cochie.) nabitur in x marcas argenti reddendas ballivo 

*"^ Peut-être aussi doit-on s'étonner de voir meo de Castro Novo (à Tours), et ipse ballivus 

la menace d'une amende de 10 marcs d'argent pressoriiun desti-uet. » (N° 1 15. a.) 



RECOMMANDATIONS. 161 

vel aliquo modo minuerepresumpserit, omnipotentis Dei malivolentiara , iram et indigna- 
tionem incurrat et meara. (N° ^29, charte de Thôpital d'Angers.) 

El si quisde heredibus meis vel aliquis alius hanc elemosinam infringere presumpserit , 
maledictionem omnipotentis Dci et meam incurrat. (N" 486, charte des lépreuses de 
Quevilli.) 

Il est vrai que les deu\ premières de ces chartes sont, sinon fausses, du 
moins gravement altérées; mais la charte de l'hôpital d'Angers nous est parvenue 
en original et ne saurait donner lieu au moindre soupçon. Celle de Quevilli 
me paraît aussi tout à fait digne de confiance. 

C'est pour n'avoir plus à s'occuper du litige en question qu'en nommant un 
commissaire chargé de régler faffaire, le roi l'autorisait, pour le cas où il ne 
pourrait ahoutir, à transmettre le mandat à des officiers d'un ordre supérieur, 
plus qualifiés pour prendre des mesures efficaces et déhnitives. Ainsi , l'abbaye 
de Saint-Georges de Baucherville ayant droit à la franchise d'une nef dans le 
port d'Étretat, le roi manda aux: prévôts du lieu de la faire jouir de cette fran- 
chise, et à leur défaut il chargea de cette mission Renaud de Gerponville, et 
à défaut de celui-ci, qui devait être un vicomte, il ordonnait de faire inter- 
venir sa justice, c'est-à-dire le sénéchal de la province. 

Je cite le bref qui fut expédié à cette occasion (^^ : c'est un remarquable 
modèle de précision : 

H., rex Anglorum et dux Norniannorum et Aquitanorum et cornes Andegavorum, pre- 
positis dé Strutato, salutem. 

Precipio quod abbatia Sancti Georgii habeat j uste navem suam quietam et ceteras quietancias 
suas, sicut habuit tempore régis Henrici, avi mei. Et nisi feceritis,Reginaldus de Gerpun- 
villa faciat; et nisi fecerit, justicia mea faciat. 

Texte Manassero Biset, dapifero. 

Apud Rothomagum. 

Très nombreuses sont les commissions rédigées dans des termes analogues. 
J'en indique seulement quelques exemples : 

Predicto episcopo Baiocensi plenam justiciam sine dilacione facias. Quod nisi feceris, 
justicia mea Normannie faciat fieri. (N" i5.) 

Et nisi feceris, Robertu s de Novo Burgo faciat. (N° 21.) 

^'> N" 2^1 de notre Recueil. 

CHARTES ET DIPLOMES. IV. 21 

IMPBIÎÏEUIE NATIONALE, 



162 V. OBSEHX ATIONS (;KNKU\LI:S SLK LES ACTES. 

Msi hec feceris, Robertus de Novo Bui^'o facial fieri. (N" 22.) 
Nisi feceritis, jiisticia mea faciat fieri. (N"' 3A, io4, 1 12 , i5i.) 
Et nisi feceiitis, domina et mater mea Imperatrix faciat fieri. (N" Sg.) 
Et si quis super hoc aliquam eis fecerit injuriam, plenariam eis sine dilacione faciatis 
justiciam, et nisi feceritis, justicia mea Normannie faciat. (^" 23G.) 
Et nisi feceritis, justicia mea Normannie faciat. (N"* /i9/i, Ô09.) 
Et nisi feceris, justicia mea faciat fieri. (N" oSq.) 

Yl. Réserve de cas dont le roi seul ou le sénéchal peut connaître. — 
Une clause qui trouve surtout sa place à la fin de beaucoup d'actes est une 
recommandation expresse de réserver au roi personnellement ou au chef jus- 
iic'ier [capitalîs justicia), c'est-à-dire au sénéchal en chef , la connaissance des 
procès intentés aux personnages ou aux établissements privilégiés. Cette réserve , 
sorte de committimus , est énoncée tantôt d'une manière absolue , tantôt elle est 
limitée à une certaine durée. Elle se borne parfois à suspendre la procédure 
tant que faifaire n'aura pas été portée à la connaissance du roi. Pour des affaires 
relatives aux provinces continentales, il faudra attendre que le roi soit revenu 
d'Angleterre. 

J'en cite quelques exemples, et je pourrais en multiplier le nombre. 

Precipio qiiod monachi Fiscannenses vei eorum homines non respondeant de aliquo 
tenemento suc velaliqua alia re nisi coram me velcoram capitaii justicia. (N° 8.) 

Nemo ponat eos(monachosCluniacenses) neque homines suos in placito nisi coram me, 
quoniam de corona mea est et elemosina. (N° 9.) 

Et prohibeo ne de aliqua possessioue sua trahantur (monachi de Belbec) in causam nisi 
coram mevel coram justicia mea capitaii. (N" 202.) 

Nullus eos (tanatores Rothomagi) vexet nec disturbet, nec in placitum ponat de offîcio 
eorum nisi coram me. (N" 343.) 

Et de nullo tenemento quod in doniinico suo teneant (monachi Sancte Marie de Voto 
[Le Valasse]) ponantur in placitum nisi coram me. (N" SgG.) 

Prohibeo ne de ulio tenemento quod in dominico suo teneant (monachi Savigneii) 
ponantur in placitum nisi coram me vel coram capitaii justicia mea. (N" dog.) 

Et prohibeo ne prenominate sanctimoniales (Sancti Amandi) de aliquo tenemento suo 
ponantur in placitum nisi coram me. (N° ^27.) 

Prohibeo ne de ullo tenemento quod in dominico suo teneant (monachi Savigneii) 
ponantur in placitum nisi coram mevel coram capitaii justicia mea. (N° h3G.) 

De nullo tenemento suo quod habent (monachi Troarni) in Normannia ponantur 
in placitum nisi coram me. (N° A 7 G.) 



CAS RESERVES. 163 

Et prohibée ne de ullo tenemento quod in dominico suo teneant (leprosi de Monte 
Rothomagi) ponantur in placilum nisi coram me vel capitali justicia mea. (N° /I92.) 

Nisi per brève meum in placitum mittat. (N° 192, charte de Gérisi.) 

Neque de aliquo tenemento quod tenuerint (monachi Montis Burgi) quando ultime 
transfretavi ponantur in placitum quandiu ero in Anglia nisi per preceptum meum. 
(NO 329.) 

Prohibeo ne ipsa abbatia vel abbas (de Monte Burgi) aut monachi de ulio dominico 
tenemento suo ponantur in placitum nisi per preceptum meum quamdiuin Anglia moram 
tecero. (N" 384.) 

De nuHo tenemento suo quod in pace tenuerunt (monachi SanctiSalvatoris) quando no- 
vissime transfretavi in Angliam ponantur in placitum antequam rediero nisi coram me vel 
capitali justicia mea. (N" 385.) 

Teneant (monachi SanctiWandregisili) omnia tenementa sua . . . libère et intègre, sicut 
tenuerunt die qua novissime recessi a Cadomoad transfretandum in Angliam, et de nuUo 
tenemento suo quod tune tenuerunt ponantur in placitum nisi coram me. (N° 387.) 

Non ponantur (monachi Sancti Salvatoris) in placitum de tenemento quod tenuerunt 
antequam ultimo in Angliam transfretaverim , quamdiu ero in Anglia, nisi per preceptum 
meum. (N° 468.) 

Teneant [monachi Troarni] omnia tenementa sua et omnes res et possessiones ita bene 
et in pace et intègre sicut tenuerunt quando novissime transfretavi a Normannain Angliam, 
et de nullo tenemento suo quod tune tenuerint ponantur in placitum, nisi coram me. 
(N" 498.) 

Le roi enjoignait à tous ses officiers de veiller sur les biens des établissements 
privilégiés avec autant de soin que sur les biens même de la couronne : 

Precipio quod prenominatam abbatiam 1 Cluniacensem] et omnes domos etprioratus êtres 
et possessiones ad ipsam pertinentes custodiatis et manuteneatis et protegatis sicut res meas 
proprias. . . (N" /181.) 

Precipimus et volumus ut ipsi leprosi [Baiocenses] et omnes res eorum sicut res nostre 
proprie in pace conserventur et ab omnibus tueantur. (N° àgb.) 

■ Gastellano suo et Iwilivis suis de Drincort, salutem. Precipio vobis quatinus manu- 
teneatis et promoveatis res et possessiones et homines et omnia que ad ecclesiam Ro 
thomagensem spectant sicut res meas dominicas . . . (N^doS.) 

Il voulait (jue les ayants droit pussent jouir de leurs églises et de leurs terres 
aussi paisiblement et aussi honorablement qu'au temps de son aïeul Henri I"" : 

Sciatis me concessisse abbati de Sancto Bertino ecclesiam de Trullega, . . . Quare precipio 
Gmiiter quod predictus abbas et monachi de S. Bertino prediclam ecclesiam cumpertinentiis 



lO'i \. OBSERVATIONS (IKNÉIWLES SI R LES ACTES. 

suis leneant bene et in paco, quiète et honorilice, sicut eam aliquis inelius et liberius teiuiit 
tempore régis Henrici, avi mei. (N° 3.) 

Sciatis me concessisse Sancte Marie de Rothoniago manerium de Binthewarda, sicut rex 
llenricus, avus meus, illud uncjuain luelius et liberius habuit in dominico suo. (N" 5.) 

Sicut couies Eustacbius illud melius et liberius et quietius tenuit tempore Henrici régis, 
avi niei. (N" 37.) 

Monachi Sancti Rcmigii de Remis teneant omnes terras ettenuras suas sicut cas tenuerunt 
(liequa rex llenricus, avus meus, luit vivus et mortuus. (N" /|3.) 

VII. Mandements administratifs et judiciaires. — Une autre classe d'actes 
de Henri II qui a été peut-être encore plus nombreuse que la précédente, et 
dont il subsiste beaucoup d'exemples, consiste en mandements destinés à 
notifier les intentions ou volontés du roi et à faire exécuter des actes adminis- 
tratifs et des décisions judiciaires. D'ordinaire ces mandements commencent 
brusquement par les mots Precipio c/iiod, ou encore Volo et precipio c/uod, et 
sont conçus en termes très brefs, sur un ton tout à fait impératif, qui pourrait 
être qualifié de imperatoria hrevitas. Il suffit lialDituellement d'un seul nom de 
témoin pour les authentiquer. On peut apprécier ces caractères par quelques 
exemples et par de très courts extraits : 

H. , rex Angl. et dux Norm. et Aquit. et comes Andeg. , justiciis suis deBeissin et prepositis 
suis de Baiocis, salutem. Precipio quod Philippus, canonicusBaiocensis, clericus meus, et 
homines sui qui in prebendasuamanent, habeant easdem libertateset consuetudines justas 
quas sui antecessores habuerunt tempore régis Henrici, avi mei, et quas habent ceteri 
canonici et eorum bomines in prebendis suis. Teste Canceilario. Apud Rothomagum. 
(N" 27.) 

H., rex Angl. et dux Norm. et Aquit. et comes Andeg., Osberto deHosa et justiciis Nor- 
mannie, salutem. Precipio quod monacbi Sancte Marie de Monte Burgi habeant et teneant 
bene et in pace et juste terram presbiteri Thome et ecclesiam de Benedicta Villa, sicut 
diracionaverunt judicio curie mee. Et prohibeo ne super judicium curie mee inde injuste 
in placitum ponantur. Teste Thoma, canceilario. Apud Vasinias. (N° i3o.) 

H., rex xA.ngl. et dux Norm. et Aquit. et comes Andeg., VS'illermo Puinant et Radulpho 
Bigot, salutem. Precipio quod Nicholaus, prior de Plaiseiz, teneatin pace et juste et quiète 
elemosinam de Malestrea (^', quam Alve[re]dus Bigot dédit ei, et nullus ei inde super hoc 
injuriam faciat. Et nisi feceritis, justicia mea faciat. Teste Philippe episcopo Baiocensi. 
Apud Argentomum. (N° i34.) 

''' Malestrée , nom d'une franche vavassorie canton de Condé-sur-Nolreau , dans le Cal- 
situëe sur le territoire de Lassi, commune du vados. 



MANDEMENTS. 165 

H., rex Angl. et dux Norm. et Aquit. et cornes And., justiciis et ministris suis totius 
Norman nie, sa! utem.Precipio quod monachi Sancti Stephani de Gadumo teneantbene et in 
pace et juste quietancias suas et libertates et donios et redditus de Rothomago et de Abrincis 
et de Diva, sicut carta Roberti de Novo Burgo testatur quod disracionaverunt eas in curia 
mea corani eo et baronibus meis. Et apud Cadomum teneant easdem quietancias in domibus 
et aliis rébus, sicut carta Ebroicensis episcopi testatur quod eas raciocinaverunt in curia 
mea. Etnullus eis inde faciat aliquam injuriam vel contumeliam. Teste Phiiippo Baiocensi 
episcopo. Per Rogerium de Warwic. Apud Cadumum. (N" iSy.) 

H. , rex Angl. et dux Norm. et Aquit. et comes Andeg. , senescallo de Nonancourt, saiutem. 
Scias quod monachi de Strata et omnes tenure et possessiones eorum sunt in mea manu et 
custodia et protectione. Et ideo precipio tibi quod nullam eis vel rébus suis facias injuriam 
vel fieri permitfas. Et nisi feceris, justicia mea faciat. Teste Cancellario. Apud Cadomum. 

(N" 112.) 

Precipio quod omnes res monachorum de Troarno. . . sint quiète de tlieloneo. . . 
(N° 2 7. ) — Precipio quod navis et omnes liomines et omnes res Sancti Audoeni de Rothomago 
sint omnino quieti ab omni thelonco. . . (N" ^o.) — . . . Hugoni de Poceio, saiutem. Precipio 
tibi flrmiter ne manum mittas in pascuis unde monachi de Sancto Florentio saisiti fuerunt 
in curia mea. . . (N" 62.) 

. , . Constabulario et ballivis suis de Gesaris Burgo. Precipio vobis quod sine dilatione plé- 
num rectum teneatis priori et canonicis Sancte Marie de Veto juxta Gesaris Burgum. . . 
(N° agi.) — ... Justiciis et baillivis suis Normanie , et J., comiti Augi,et comitiGifTardo , 
saiutem. V^olo et precipio quod ecclesia de Fiscanno sine dilatione saisiatur de tota terra 
illa quam Nicolaus de Gruel eidem ecciesie dédit. . . (N" Sg.) 

VIII. Brefs d'ordonnancement. — Aux mandements administratifs se rat- 
tache un genre de pièces dont l'absence sera remarquée dans notre recueil et 
(jui doit exciter nos plus vifs regrets. Les archives financières des provinces 
continentales des Plantegenêts ont à peu près complètement disparu. A 
peine en subsiste-t-il quelques épaves se rapportant à la Normandie. Ce qui 
en a été sauvé se réduit aux comptes généraux du duché [Mafjni Rotali 
Scaccarii Normanniœ) pour les années 1 1 80 , 1 1 90 et 1 1 98 , et à quelques frag- 
ments des rôles de 1 1 8/i, 1201 et 1 2o3 , conservés en Angleterre au Record 
Office; le tout a été intégralement publié , en 18/io et 18/iA, par Thomas Sta- 
pleton'^\ et réimprimé, en 18/17 ^^ i85o, par la Société des antiquaires de 

<'^ Magni Rotnli Scaccarii Normanniœ sab re- Londlnensis, i8/io et i844- ln-8\ Deux vo- 
(fibus Angliœ. Londini, sumptibus Soc. Antiq. lûmes. 



100 \. OBSERVATIONS (.KNKUALKS SIR LKS ACTES. 

Nonnandie '\ avec un supplément au rôle de i i8/| ('-', égaré dans un dossier 
des Archives nationales. Il ne reste absolument rien de la plus importante 
série de ces archives, celle des lettres d'ordonnancement ou des brefs, pour 
employer l'expression du temps. 

La formule de ce genre de lettres, au temps de Henri H, nous est fournie 
par le bref ({ue ce roi adressa à son trésorier et à ses chambriers pour faire 
payer une rente aux Chartreux : 

H., Dei gi-atia rex Anglorum, et dux Normannorum et Aquitanorum, et cornes Andega- 
vorum, U., thesaiirario, et Willelmo Malduit et Warino Filio Giroldi, camerariis suis, 
sa lu te m. 

Libérale de tliesauro meo xxv marcas fratriijus Cartusie, de iilis l marcis quas do eis 
annuatim per cartam nieam. 

Teste Willelmo de Sancte Marie Ecclesia. 

Apud Westmoster^^l 

Si le texte des brefs d'ordonnancenaent pour la Normandie a complètement 
disparu, nous en avons, jusqu'à un certain point, l'équivalent pour les années 
dont les Grands Rôles nous sont parvenus. Les receveurs des domaines ducaux , 
en dehors des sommes répondant aux dépenses normales de chaque année, 
ne devaient rien laisser sortir de leurs caisses sans avoir reçu un ordre du roi , 
indiquant la somme à payer, le nom du créancier et l'objet de la dépense. A la 
reddition des comptes, la cour de l'Échiquier n'allouait aucune des dépenses 
accidentelles sans que le comptable eût représenté le bref d'ordonnancement. 
Aussi , chaque article du compte , se terminant par la formule sacramentelle 
per brève régis, nous ofifre-t-il la substance d'un bref expédié au nom du roi. De 
cette façon , nous pouvons restituer, au moins en substance , une très notable 
quantité de brefs relatifs à l'administration de la Normandie et aux rapports 
de Henri II avec la France. 

Prenons le fragment du Rôle de l'année i 1 8/i qui est aux Archives nationales. 
11 s'ouvre par les comptes du receveur de la vicomte d'Argentan, et le premier 

C Tomes XV et XVI des Mémoires de cette que Leopoldus Delisle. Cadomi, i85i, in-8°, 

Société. 53 p.Ce fragment sera publié plus loin (p. 33/i), 

(^^ Il en existe un tirage à part sous ce titre au commencement du chapitre X. 

Magni Rotuli Scaccarii Norinaimiœ de anno ut ''> Madox, The History of the Exchequer, 

videtar M.C.LXXXIVfragineiitamdele:iiledidk- p. -iôS, note 9. 



MANDEMENTS. 167 

chapitre, outre les dépenses normales et ordinaires, mentionne 17 dépenses 
accidentelles, qui ont été justifiées dans les moindres détails par trois brefs du 
roi. Plusieurs articles de dépense se rapportent au séjour à Argentan du duc 
de Saxe , alors exilé d'Allemagne : 

Pro vinis régis adducendis de Andeg. usque Cadomum, 95 1. 3. s. /i d., per brève 
régis. — In reparandis domibus régis [in] Castro de Argentomo, M. id d., per idem brève. 

Rogero de Maisie, 10 1. de dono régis, per brève régis. — ■ Pro papilione régis ducendo 
de Argentomo usque Vernoliura et Andegavim, 22 s. 6 d., per idem brève. 

Ernaldo, balistario ducis Sauxonie, loo s., de dono, per brève régis. — In expensa 
Reginaldi de Fulgeria, 18 1. 10s., per idem brève. — Henrico de Aboviiia et sociis ejus, 
ôo s,, per idem brève. — Pro equo locando ad portandum Alanum Wastehose de Argen- 
tomo ad Beccum, 12 d., per idem brève. — In expensa filii WiHelmi de Sancto Mauro, 
7 s. 5 d., per idem brève. — Rainero Aucupi et sociis ejus, 5o s. per idem brève. — 
Gaufrido Filio Pétri , 1 5 1. , de dono , per idem brève. — Ricardo de Curceio , M., de dono, 
per idem brève. — Johanni, armigero, et Bodino et sociis eorum, 2/1 1., ad expensas equo- 
rum régis, per idem brève. — Philippo de Fornellis, 20 1. de dono, per idem bieve. — 
WiHelmo Filio Ernisii, 100 s., de dono, per idem brève. — In conredio Joliannis filii régis, 
5o 1., per idem brève. — Hugoni de Amelaincort et Adelelmo de Fontibus, 5o 1., de dono 
régis, per idem brève. — Adelais, uxori Ricardi de Sifrevilla, ad nutriendum fiHum ma- 
rescalli ducis Sauxonie, 100 s., per idem brève. 

V^oilà donc dans trois brefs la mention de dix-sept chefs de dépense. 

Un peu plus loin il est question du payement de sergents qui étaient revenus 
de la campagne de Limoges, dans laquelle le fils aîné de Henri II trouva la 
mort. 

In liberatione servientum red[e]untium de Lemovico apud Sagium, 53 s., per brève 

régis. 

11 y a certainement plusieurs centaines de brefs de Henri II représentés en 
substance dans les Rôles de l'Echiquier de Normandie, et c'est par milliers 
qu'il faudrait compter ceux qui sont analysés dans les Pipe Rolls et qui con- 
cernent les payements faits par les comptables anglais. Je dois faire remarquer 
que nombre de ces derniers payements se rattaclient aux affaires de France 
ou à des personnages français. 

Le hasard des recherches m'en a fait rencontrer quelques-uns dont j'ai pu 
faire usage pour l'annotation des pièces comprises dans le présent Recueil. 



1()8 \. OBSKIIVATIO.NS (iKNKIlALKS SM\ MvS ACIKS. 

J'en citerai ici seulement deux exemples. L'un nous fait connaître une anj- 
bassade (jue le roi Louis MI envoya en i 160 à la cour d'Angleterre. 

L'abhé de Sainl-(iermain-des-Prés qui en lit partie est ce Hugues de Mon- 
ceaux, (pii, la même année 1 i65, tint sur les fonts baptismaux le (ils du roi 
Louis VII, le futur Philippe Auguste''^ : 

In corrcdio abbatis de Sancto Gcrmano de Pratis et niilitum d<^ Toin})lo, 33 s. 8 d., per 
brève régis, quando venerunt de rege Francie. [Pipe xi H. Il, p. 68.) 

L'autre exemple consiste eu détails sur la vie d'une princesse française dont 
nos liistoriens ont bien peu parlé : la sœur de Philippe Auguste, belle-fille 
de Henri II, Marguerite, d'abord mariée à Henri Court-mantel, puis à Bêla, 
roi de Hongrie : 

Pro roba fi lie régis Francie et familie ejus, 2() 1, 17 s, 5 d., per brève régis. (1170. 
Pipe xri H. II, p. i5.) 

In corredio filie régis Francie et familie ejus, 71 1., per brève régis. (1171. Pipe x vu 
77. //, p. 19.) 

Margiuete, filie régis Francie, 20 mai-cas, per brève régis. — Et in pannis servientum 
filie régis Francie, et pro 11 palefridis, et i summario et apparatu eorum, ad opus ejusdem 
filie régis, 1 5 1. et 19 s. et 8 d. , per brève régis. Et in corredio ipsius apud Wintoniam et 
Portesmue, in passagio suo, 10 1. i8 s. ^ d., per brève régis. [Ibid. , p. 34.) 

In corredio filie régis Francie , a festo sancti Michaelis preterito usque ad diem veneris 
in septimana Pasche, 58 1. 3 s,, per brève régis. {Ibid., p. Ao.) 

In passagio esnecce ciim fiiia régis Francie, 7 l. 10 s. , per brève régis. Et pro una navi 
ad ef|uos ipsius, 3o s., per idem brève. {Ibid., p. /12.) 

Pro roba ad opus filie régis Francie, 27 1. 1 8 s. 3 d., per brève régis. {Ibid., p. 1/17.) 

Pro II tapetis et m pannis sericis et i penna varia et x electa sabel[ina], ad opus filie 
régis Francie, 7 1. 16 s. 8 d., per brève régis. {Ibid., p. li'j.) 

Pro I pellicia varia ad opus filie régis Francie, 20 s., per brève régis. {Ibid., p. i/i8.) 

Et pro un ulnis et dimidia escarlati et pro i pena varia et pellicia et i sabelina et xxxii 
iilnis linee tele , ad opus filie régis Francie contra Pascha , 4 1 . et 5 s. et 6 d. , per brève régis. 
— Et pro III ulnis de biso, ad opus cujusdam pueri sui, 3 s. et G d., per idem brève. (1 176. 
Pipe XXII H. 77, p. 198.) 

Pro roba regine, filie régis Francie, ad equitandum, 9 1. n s. 10 d. (1172. Pipe xviii 
IL II, p. 33.) 

Jn expensa regine filie régis Francie, 20 1., per brève régis filii régis. {Ibid., p. 79.) 

'"' GaUia christiana, t. YJI, col. 442. 



BREFS DE REGENCE. 169 

Pro uno summaiio et cofTiis et i tapeto et pro ii urceolis et i pixide et ii candelabris 
et II pelvibus et i thuribuloet i texto, et his omnibus argenteis , ad obsequium capelle regine 
liiie régis Francie, et pro i palefrido ad opus Willelmi , clerici ejusdem regine. ( Ihid. , p. 8/i.) 

Des rôles étaient destinés à recevoir la copie des brefs de Libérale, he plus 
ancien connu, datant de la deuxième année du roi Jean (1200-1201), a été 
publié en i 844 par T. Duffus Hardy O. 

LX. Brefs de régence. — Brefs d'outre-mer. — Henri II, au cours de ses 
voyages, cjui ne s'interrompirent à aucune époque de son règne, reconnut à 
certains moments la nécessité de se faire remplacer, pour quelques actes de gou- 
vernement, par des personnages auxquels il accordait toute sa confiance. Le 
Kév. Eyton^-) a dressé la liste de ceux qui, selon lui, eurent à exercer ces 
fonctions et qu'il désigne sous le titre de « vice-rois ». Ce sont : 

La reine Aliénor, en 1108. 

Robert, comte deLeicester, en 1 162 et 1 i65-i 167. 

Richard de Lucé, en 1 169, 1 172-1 17/1 et i 178. 

Renouf de Glanville, en 1 180-1 1 88. 

A ces noms il faut ajouter celui de l'Impératrice Mathilde, pour différents 
actes qu'elle accomplit en Normandie avant et après l'avènement de son fils au 
trône d'Angleterre (■*'. J'en ai cité (p. i4o) quelques-uns, dans un chapitre 
antérieur, relatif à la Diplomatique du duché de Normandie depuis la mort 
de Henri F"^ jusqu'à l'avènement de Henri il au trône d'Angleterre. Il me reste 
à parler du rôle de régente que l'Impératrice Mathilde remplit en Normandie 
au commencement du règne de Henri II son lils, pendant les séjours du roi en 
Angleterre. 

L'Impératrice MvTHiLDE. — Le document que j'invoque pour justifier l'attri- 
bution du titre de régente à l'Impératrice est une charte de Henri II relative à 
l'exercice des pouvoirs délégués à sa mère à une date comprise entre les années 
1 1 55 et 1 1 58. 

Nicolas de Criel renonça aux prétentions qu'il avait élevées sur une terre de 
l'abbaye de Fécamp; pour donner à ce désistement un caractère exécutoire il 

'' RotiiU de Libérale ac de misis et prœslitis , '^^ P. 320, col. 2. 

rcf/nante Johanne. J.ondon, i84/l. la-S". "^ Voir plus haut, p. i38-i/i3. 

CHARTES ET I)IPL(')iMES. IV. 2 2 



primehie 



170 V. ()BSKK\ VnONS C.KNKKVI.KS SI II LKS ACTF.S. 

fallait obtenir un mandement adressé aux justiciers royaux el féodaux, ainsi 
(ju'aux seigneurs suzerains; le mandement fui expédié d'Angleterre, où le roi 
résidait alors, sur le vu d'une lettre par laquelle Hamon, abbé de Bordesley, 
rendait compte de la renonciation de Nicolas de Criel, et celle lettre de noti- 
llcation était adressée au roi, à l'Impératrice Malhilde el à Hugues, archevêque 
(le Rouen. On savait qu'en l'absence du roi l'Impératrice pouvait le remplacer 
dans certains cas, et on ne se trompait pas : les ordres donnés par le roi aux 
justiciers se terminent par celte phrase : « Eadem ecclesia teneat totam terram 
illam bene et in pace et quiète, salvo jure meo et eorum qui domini sunt terre 

illius, ET MSI FECETUTIS, DOMINA ET MATER MEA IMPERATRIX FACIAT EIERl('). » Il est 

évident que l'Impératrice exerçait une sorte de régence en Normandie pendant 
([ue son fils était en Angleterre. Le titre de domina Amjlomm lui avait été 
donné quand, pendant la minorité de son fils, elle croyait pouvoir exercer la 
régence du royaume d'Angleterre (-' . 

Une charte de l'abbaye de Foucarmont n'est guère moins suggestive. 
N'est-ce pas une régente qui, dans les termes qu'on va lire, notifie en i i55, 
à tous ses féaux, normands, français et anglais, un engagement pris par Oelard 
de Clais vis-à-vis des moines de Foucarmont, el qui impose à Oelard l'obli- 
gation de restituer aux religieux une somme de 9 livres en monnaie de Beauvais, 
s'il ne pouvait pas leur garantir la possession du fief de Varimpré ? 

M. , Imperatrix , H. régis filia, omnibus fidelibus suis normannis, francis et anglicis, salu- 
tem. Sciatis quod concedo et sigilli mei privilégie ratam et stabilem esse jubeo elemosinam 
quam Oelardus de Cleis dédit Deo et ecclesie Sancti Johannis de Folcardi Monte , in mei 
presentia , %adelicet totum feodum suum de Gariui Prato })roprium , ad solum campartum , et 
in eodem proprio et in reliquo toto feodo suo duas partes décime. Quod si elemosinam 
istam supradieti loci fratribus warantizare non poteril, novem libras belvacensium , quas 
de eadem hal)uit ecclesia, restituât. His testibus : Rogerio de Caiili, Wiliermo de Helion, 
Galtero de Giesmis, Gaitero Filio Ernaldi. Apud Rothomagum. Anno ab incarnatione 
Domini M" G" LV" (3). 

On en peut dire autant d'un mandement de l'Impératrice, daté d'Oxford, 
et adressé aux barons de l'Fchiquier pour leur faire allouer, dans les comptes 

'■' N" 89 de notre l\ecuel]. (|ui nie Tut communiqué en i856 par feu 

^-' Voir plus haut, p. i4o. Henri Duplès Agier. — Cartulairc de Fou- 

'^^ Original ou exemplaire contemporain, carmont, fol. 87. 



BREFS DE REGENCE. 171 

du vicomte et du prévôt d'Oxford, la décharge d'une somme dont était gre- 
vée une terre des chanoines d'Oseney : 

M. Imperatrix, régis H. filia, baronibus de Scaccario, salutem. Mando vobis et precipio 
qiiod computetis quoque anno vicecomiti et preposito de Oxeneforda in firma de Oxene- 
forda \i sol. et vi den. prêter quadrantem, de terra canonicorum de Oseneia, quoniam 
eos illis quietos clamavi in perpetuum, et ecciesie sne eos in perpetuam elemosinam dedi. 

Teste Nigello episcopo El\ ensi , et Roberto de Oiili. 

Apud Oxenefordam'*-. 

La reine Aliénor. — Henri U, pendant le séjour qu'il fit en Normandie au 
commencement de son règne, au mois d'août i 157 jusqu'à la fin de l'année 
1 162, ne cessa point de s'occuper des affaires de son royaume; mais il en 
confia, au moins pour une minime partie, la régence à sa femme. 

[Année 1156.) In negociis regine, ()8 s. 4 d., per brève regine et justicie. (P. 'i.) 

In perdonis Willelmo, fratri régis, ()o s. 8 d., per brève regine. (P. 9.) 

In perdonis, per brève regine, cideni Johanni [de Bidun]. (P. 23.) 

In donis, per brève regine, Huberto de Vall., ko marcas argenti. (P. 3o.) 

In transfretationibus , per brève régis et regine, 10 1. 5 s. (P. 53.) 

In corredio regine, !x\ 1. 8 s. 7 d., per brève ejusdem regine. (P. o/i.) 

In negocio regine, per Radulfum, hominem suum, 5 s., per brève ipsius regine. 

;p. 57.) 

In soltis Willelmo Trenteger[ous] , i5 marcas, per brève regine, teste comité Reginaldo. 
(P. Go.) 

[Année 1158.) In corredio regine, 28 1., per brève regine. (P. 157.) 

Regine, per brève ipsius, 80 i. blanc, et 17 1. et lo s. numéro. — Regine, per brève 

ipsius, 88 1. 2 s. 9 d. numéro. (P. i58.) 

Ad opus regine, ko s., per brève ipsius, Joscelino de Baillolio. In passagio sororis 

régis, 2 marcas argenti, per brève regine. In sellis et lorreins [sic) régis, n5 s. , per brève 

regine, per Spilemannum. (P. 175.) 

[Année 1159.) In corredio regine, per brève ipsius, Radulfo de Hastingis, 7 1. (3 s. 8.d.; 
et pro materia régis paranda et conduc[enda], 8 1. 16 s. 6 d. (P. 35.) 

Radulpho de Hastingis, G 1. i3 s. 4 d., ad corredium regine, per brève ipsius. Et 
Hugonide Piugenoi et Joscelino, 1 1 i. G s. 8 d. , ad corredium fdii régis, per brève regine. 
(P. 43.) 

'■' Archives de Christ Church à Oxford. Photographie du Rév. H. Salter, n° xv. 



172 \. ()BSKK\ VnONS (.KNKK \LKS SIR LKS \(/llvS. 

In coiuluctu thesauii, 08 s. Et in conedio regino, fjy I. i5 s. 8 tl., per brève ipsiiis. 
Et in liberalione honiinum deesuecca, 102 s. 8 cl., et Johanni deDoI, 1 (i 1. 10 s. /i d., per 
brève regine, de dono. (P. d5.) 

Radulpho de Haslinj^is, 3o 1., ad corredium regine, per brève ipsius;et Hugoni dePlu- 
genoi, :>.") 1. 10 s., ad corredium Henrici, filii régis. — - Tn Hberationibus militum de 
\\aletona, ^1. 1 1 s. () d. , per brève regine. (P. 58.) 

Abbati de Bello, 22 s. 3 d., per brève regine. (P. Go.) 

[Année 1100.) Pro vino regine, A 1. lO s. 4 d., per brève ipsius. (P. i3.) 

Regine, per brève ipsius, 20 1. ad corredium, et pro conducendovino regine ad Wai'enge- 
fordam, 4 s. (P. 16.) 

In corredio regine, per brève ipsius, (> 1. i3 s. 4 d. (P. 20.) 

In coiredio regine, per brève ipsius, 2 3 s. 3 d. — - Et in conductu vini regine et 
onerando et deonerando, 7 I. 3 d. — Et pro vino regine empto, Gi s. 1 d. — Et in con- 
ductu vini ad Warengofordam , per brève regine , 4 s. G d. — Et in conductu vini de Britau • 
nia, io4 s. 2 d. — In passagio regine extremo^'^ i6 1. 12 s. G d. — In corredio regine, 
per brève ipsius, i3 1. 6 s. 8 d. bl. (P. 2 3.) 

Idem vicecomes [\Mrecestrescire] débet 00 marcas, de dono comitatus, sed sunt in 
respectu, per brève regine. Idem vicecomes débet 20 1., de dono burgi, qui simililer sunt 
in respectu. (P. 2 4-) 

Idem vicecomes [Gioecestrescire] débet 80 marcas , de dono comitatus , et sunt in respectu, 
per brève regine. (P. 29.) 

Regine, 10 mai'cas argenti, per ])reve ipsius. (P. 32.) 

Militibus de Heretord, Go 1., per brève regine. (P. 35.) 

Et Odoni ostiario, 10 1., ad opus regine, per brève ipsius. (P. 3G.) 

Et in soltis : Wilielmo Cade, 7 1. 11s. 7 d., per brève regine; et in reparatione domo- 
rum régis de Wacliefeld , loG s. 8 d. ; et in custamento prisonum, 4o s.; et pro feno ad 
parcum, 2G s. 8 d. (P. 37.) 

Regine, per brève ipsius, 20 1. 4 s. 7 d. — ^ Regine, 20 1. 19 s,, per brève ipsius 
(P. 4i.) 

Régine, per brève ipsius, 4 1- — Regine, per brève ipsius, 29 s. 8 d. — Regine, per 
brève ipsius, 23 s. 8 d. — Regine, 9 s. 3 d., por brève ipsius. (P. 42.) 

[Année 1163.) In corredio infantum régis, 1 1 1. 10 s., per brève regine. (P. 54-) 

Si j'ai relevé avec une minutie peul-ètre exagérée la plupart des mentions 
d'actes delà reine Aliéner que mentionnent les premiers Pipe Rolls, c'est pour 

'"' Sur le même rôle (p. 47 j il ^e trouve un autre article conçu dans les mêmes termes : «lu 
passagio regine extrême, 7 1. 10 s. » 



BREFS DE REGENCE. 173 

en montrer le peu d'importance , de façon à prouver que les pouvoirs donnés 
parle roi à la reine, sa femme, devaient être fort restreints, puisque Aliénor 
s'est à peu près bornée à ordonnancer ses dépenses personnelles. 

Il faut cependant reconnaître que le Rév. Eyton a eu raison de placer Aliénor 
en tète de sa liste des vice-rois qui ont pris part au gouvernement de l'Angle- 
terre pendant que Henri U, au commencement de son règne en i 1 58 et i i 5c) , 
était absent du royaume. A ce moment Aliénor a expédié en son nom personnel 
des chartes qui ont tous les caractères d'actes d'administration royale. 

Tel est l'ordre adressé aux vassaux de l'abbaye de Malmesbury'^' pour les 
inviter à acquitter les services que, dans une assemblée tenue à Worcesler, 
en présence du roi et du grand justicier, ils avaient été reconnus obligés de 
rendre à l'abbaye. L'acte de la reine est daté de Westminster, avec la souscrip- 
tion d'un témoin, Robert, comte de Leicester, qui fut grand justicier du 
royaume. 

Telle est aussi une charte délivrée à Mathilde, comtesse douairière de 
Ghester (-^ qui fut expédiée de Salisbury en présence de Joscelin de Railleui. 

Telle enfin la confirmation d'un accord conclu en présence de la reine , entre 
Robert Flamljard et Garnier de Lisors^^l L'acte est daté de Salisbury cl 
attesté par cinq témoins, dont les noms figurent souvent au bas des chartes 
de Henri II: Joscelin, évêque de Salisbury, le comte Renaud de Gornouaillc, 
Renaud de Varenne, Joscelin de Bailleul et Robert de Denestanville. 

Mais ce qui est tout à fait décisif, c'est un mandement qu'Aliénor adressa 
aux vassaux de l'abbaye d'Abingdon : 

Aiienor, regina Angl. , ducissa Norm. et Aquit. ot comitissa Andeg. , militilms et honiinibiis 
qui de al)batia de Abbendona terras et tenuras tencnt, salutem. 

Precipio quod juste et sine dilatione faciatis VValkelino, abbati de Abbeudona, pleniu'ie 
servitium suuin,quod antecessores vestri fecerunt antecessoribus suis tempore régis Henrici, 
avi domini régis, et nisi feceritis, justitia régis et mea faciat fieri. 

Teste Jocelino de Baillol. 

Apud Wintoniam. 

Per Ijreve régis de ullra mare C'I 

^'^ Analysé parle Rév. Eyton, p. /lO, d'après '"'^ Pièce du Record Oflice, Carliv aidujna' , 

un cartulaire. n. 25, analysée par le I^év. Eyton, p. k^>■ 

'^ Analysé par le Rév. Eyton, p. 4^ , d'après '*' Chronicon inonasterii de Ahingdoii, t. 11, 

les archives du duché de Lancastre. p. 225. — L'auteur des Gesla Henrici (t. Il, 



IT'i \. ()r>SKK\ VnONS (IKNKIULIvS SiW MvS VCTES. 

Je (lois encore ciler rintervenlion de ia reine Aliénor, vers l'année i 160, 
pour terminer un différend pendant entre Nlvard de Rocliefort el Emma de 
Laval, abhesse du Konceral^'^. 



KoBKnr, COMTE DE Leicester. — Sur le Pipe Roll de l'année iiG3 
sont marqués deux ordonnancements faits par le comte de Leicester, l'un pour 
la réception des envoyés du roi de Norvège, l'autre pour l'envoi en Normandie 
des chevaux du roi; celui-ci a été expédié de concert avec Richard de Lucé. 

In liherationibus nuntiorum régis de Norwoga, i^ 1., per l)rcvo comitis Legrecestrie. 

;P. ()8.) 

Ad corredium cquoruin régis, el h\ conductu eoiiini ultra marc, () I. per brève comitis 
Legrecestrie el Ricardi de Liici. (P. ô/i.) 

Outre ces deux articles, je dois citer la mention qui se trouve textuellement 
répétée sur les Pipe Rolls de sept années consécutives (1 i 68-1 1 7 4) : 

Adam de Cunegesforda débet ()i 1. i3 s. 4 d. de misericordia, sed rex habet inde 
plegiios], per brève comitis Legestrie, per brève régis, de ultra mare '■'■^K 

D'après le Rév. Eyton (p. .'320), Robert, comte de Leicester, aurait agi 
comme vice-roi en 1162 et 1165-1167. C'est en cette qualité qu'il a ex- 
pédié un bref à Renaud de Varenne pour faire rendre justice à Robert de 
Mandeville^^). 

Je ne saurais dire s'il faut appliquer au comte de Leicester la mention de 



p. -4) se sert d'une expression analogue 
pour désigner l'acte en vertu duquel Aliénor 
exerça une sorte de régence en Angleterre 
après la mort de Henri II : « domina Aliénor 
regina, mater [Ricardi] ducis Normannie, per 
mandatum illius de ultra mare, . . .reginalem 
curiam circumducens . . . ». 

''' « Nolum slt omnibus JNivardum de Rupe 
Forti clamorem l'ecisse domne Régine de mo- 
nialibus Béate Marie Andegavis. . . Regina, 

audito clamore, terminum posuil Mar- 

chegay, Cartnlarhim B. M. Antlerj., p. 124, 
n' CLXxxvi. 



'^' Anno XIV, p. 18; xv, p. 96; xvi, p. 5; 
XVII, p. 5; XVIII, p. 26; xix, p. 2 1 ; XX, p. tyo. 

''^ «R. , cornes Legrecestrie, Reginaldo do 
Warenna , salutem. Precipio quod sine dilatione 
plénum rectum teneas Roberto de Mandevilla 
de tena que fuit Willelmi de Mandevilla, Ira tris 
ejus , de Diganeswell cum perlinentiis suis , quam 
clamât lenere de te. Et nisi feceris, Robertus 
de Valoniis faciat. Et nisifecerit, ego faciam 
lieri. Teste Gaufrido L'Abbe. Per brève régis de 
ultra mare. « Madox, The History of Exchequev, 
in-4°, t. I, p. 34, note 4, d'après l'original 
conservé à Westminster. 



BREFS DE RÉGENCE. 175 

deux brefs d'outre-mer cités dans le Pipe RoU de 1159-1160 (p. i5) au 
compte du fermier du comté d'York. 

Robertus de Ross. del)et 533 1. 6 s. 8 d. , sed sunt iii respectu donec rex redeat in Angliani , 
per brève régis de ultra mare. — Cornes Albemarie débet 4 00 marcas, sed sunt in 
respectu, per brève régis de ultra mare. 

Richard de Llcé tint une des premières places dans les conseils de Henri II, 
si bien que le Rév. Eytont'^ le présente comme ayant rempli les fonctions de 
vice-roi , en 1169, 1172-1174 et 1178. Gervais de Gantorbéry en parle à deux 
reprises comme d'un premier ministre du royaume : 

[Année 1166.) Mandans Ricardo de Luci, qui prefecturam agebat in Anglia. . .("^l » 

{Année 1173.) Erat enim predictus Ricardus in regno potentissimus, ulpote prefectus 
Anglie, qui suId rege regni nogotia disponebat (-^l 

Dès l'année 1 1 63 nous avons vu(^) Richard associé au comte de Leicester pour 
faire solder la dépense des chevaux envoyés outre-mer, c'est-à-dire en Nor- 
mandie, pendant le séjour du roi en Normandie ou en Irlande; ce fut sur ces 
mandements que plusieurs receveurs de l'Angleterre payèrent des sommes dues 
à des créanciers de la couronne : 

Roberto Filio Simonis, et Randulfo de Bredeleia, et Roberto de Hascebi, et Turstino de 
\orburc, et Willelmo de Hauvilla et Ade de Bedeford, 10 1., ad pannos, per brève Ricardi 
de Luci^^l 

Willelmo deLanvalci, 27 s. 2 d., ad eniendalioneni domorum régis de castellcWintonie, 
per ])reve Ricardi de Luci^*^. 

In operationibus domus super Rupeni apud Clarendonam , 4 t s. 8 d. , per ])rev<' Ricardi 
de Luci '"l 

Ad emendos pannos i63 coteroUorum qui fnerunL in servitio régis in Hibernia, per 
brève Ricardi de Lucit^l 

Renouf de Gla\ ville. — J'emprunte au Rév. Eyton les articles relatifs 
aux ordonnancements que. lit Renouf de Glanville pour dilTérentes dépenses 

C' P. 320. (^) Pipe xvni H. Il, p. 78, 79. 

(*) T. I, p. 200. («) //;!(/., p. 8/1 . 

'>'' Ihid.^. ifxi, (•) /6if/.,p. 124. 

(*) Plus haut, p. 174. C' Ibid.,xy. i44. 



170 \. OHSKIU VriONS CKNKinLKS SU\ LKS VCTlvS. 

(les années i 180, 1 \Sf\ el 1 187, notanimenl pour les préparatifs du mariage 
(lu comte (le F'iandre avec une fille du roi de Portugal : 

[ïniu'c J ISO.) In c^rriagio thesauri ultimo missi Londoniam, et pro forelHs et aliis 
iK^cessaiiis thesauri, o*? s. 3 d., per brevcRanuin de (îlanvilla. — ïn j)assagio falconarioruin 
el auslrucariorum régis per Wiilelmuin de Gcrponvilla, (3 1. 1 j s. 3 d., per brève llandulli 
de (ilanvilla^^^ 

[Année 1182.) Raduifo Filio Slephani, 20 1., ad corrediuiii regine, per l)reve RanuKi 
de Glanvilla. 

Willielmo de Gerpunvilla, ad liberationes vi auslrucarioruiii ((ui tiansfretaverunt ad 
regem, \ 1., per l)revo Ranulfi de Glanvilla ('-). 

[Année I18à.) In emendacione esnecee régis, et profunibus ac aliis necessariis (|uando 
transfretavit in Hyspaniam pro comitissa Flandrie, lOg 1. iT) s. 9 d., per brève Ranulfi de 
(iianvilla. — Et Alano ïrenchemer ad procurationem nautarum qui venerunt ad Sud- 
hantonam ad transfretandum in Hyspaniam in servicio régis , /io s., per brève Rannulfi de 
Glanvilla. — Et Alano Trenchemer et sociis suis ad procuracionem suam dum fecerunt 
moram apud Sudhantonam et ad warnisturam emendam ad portandam secura in esnecca 
et aliis 11 navibus quas re\ misit in Hyspaniam pro comitissa Flandrie, petitione comitis, 
78 1. \ s. 12 d., per brève Rannulfi de Glanvilla. — Et pro conducendis nautis ad trans- 
fretandum in Hyspaniam in serAicio régis , per Ineve Ranulfi de Glanvilla t^). 

[Année ilS/.) Et Johanni, fdio régis, 50 marcas ad perficiendas loomarcas, quas rex 
dédit ipsi Johanni in transfretatione sua , per brève Ranulfi de Glanvilla. — Pro onerando et 
deonerando thesauro et pro lumine dum thésaurus moram fecit apud Hantonam an te 
transfretationem régis, 7 s. — Et pro locandis tribus navibus ad passagium Hugonis episcopi 
Lincolnensis et Willelmi de Sancte Marie Ecclesia et Willelmi Turpin, cum harnasio et 
equis régis, (i 1., per brève Ranulfi de Glanvilla. — ^ Et i4 servientibus de marchis Walie 
qui transfretaverunt ad regem, i3 marcas, de prestito super liberationem suam a secunda 
dominica mensis junii [ili juin 1187), per brève Ranulfi de Glanvilla. — In liberatione 

'"' Rév. Eyton, p. 23i. Rolliomagumad regem et redeundo, 1 33 1.75. , 
^^1 IbuL, p. 2/17. per brève régis. — In conredio comitis de 
'^^ Ibul., p. 2 55. — Le roi donna lui-même Hanonia ibidem in veniendo ad regem et re- 
des ordres pour payer le voyage , aller et retour, deundo, 5i I., per brève régis.» [Bol. Scacc. 
du comte de Flandre et du comte de Hainaut Norm., t. I, p. 116. — «Pro 11 anchoris 
qui vinrent à sa corn* en Normandie, et il fit ad navem Willielmi de Braiose, quando trans- 
acheter deux ancres pour la nef qui transporta lïetavit in Hyspaniam, \ 1., per brève régis.» 
Guillaume de Briouse en Espagne. « In corredio (Eyton , p. 255.) — Il s'agit ici du inariage du 
comitis Flandrie apud Drincorl, in veniendo comte de Flandre avec Mathilde de Portugal. 



LETTRES MISSINKS. 177 

esnece ([uando transfretavit post Pascham cum tliesauro, 7 1. 10 s., per brève Ranulfi de 
(jlanvilla. Et pro locanda navi Sansonis Wascelini, ad ducendum harnasium clericorum 
thesaurarii et camerarii qui transfretaveruntcum thesauro,5o sol., per idem brève. Item in 
bl)eratione esnece quando transfretavit cum thesauro circa festum sancti Johannis, 7 1. 10s., 
per Ineve Ranulfi de Glanvilla. Et pro locanda una naviVitalis ad deferendum harnasium 
Willelmi de Glanvilla et clericorum thesaurarii et camerariorum , qui transfretaverunl 
cum eodem thesauro, ôo s., per idem brève. Et pro locanda navi Hugonis de Hanton ad 
deferendum thesaurum in Normanniam, 00 sol., per brève Ranulfi de Glanvilla. In libe 
ratione esnecce que transfretavit cum thesauro post festum sancti Barnabe, 7 I. lo s. , per 
])reve Ranulfi de Glanvilla (^l 

X. Lettres. — - Parmi les actes dont il est question dans les pages précé- 
dentes, beaucoup pourraient être qualifiés de lettres. J'ai cru cependant qu'il 
Mlait mentionner à part des pièces qui par certains côtés peuvent être englobées 
dans la catégorie des lettres missives. Comme telles, j'en citerai deux très 
courtes, qui, tout en commençant par le salut ordinaire du début de tous les 
actes royaux: sa liitem, set erminent par le souhait banal de la correspondance: 
I aide. 

La première est adressée par le duc Henri, en 1 i5] ou 1 i52, à l'arche- 
vêque, aux justiciers et aux prud'hommes de Houen. Elle est relative à une 
jnaison de l'aître de \otre-Dame de Houen : 

II.,dux Normann. et cornes Andeg., Hfugoni], Rothomagensi archiepiscopo , et oniniJ)us 
justiciis suis Rothomagensibus et probis hominibus Rothomagensibus, salutem. 

Sciatis ({uod concessi G. Malo Clerico terram Reinaldi de Sancto Walerico, de aUio 
Sa ne te Marie, et prece et concessu Reinaldi, pro ser^ilio suo, ad faciendam domum suam 
de petra et fusto ad placitum suum. 

Testibus : Godardo de Vallibus, et Warino Filio Geroldi, et teste Willermo Filio Ha- 
monis. 

Apud Rothomaguni. 

Valete (2). 

La deuxième lettre est une circulaire adressée à tous les sujets du roi, 

'' Hév. Eyton,p. 277-27^. j'ai cixi pouvoir citer ici celle qui est relative 

'' Cartulaire de l'église de Rouen, fol. i lo, au terrain de l'aître de Notre-Dame de Rouen, 

n" 180. — On connaît si peu de chartes de bien quelle soit antérieure à ravènement au 

Henri H ayant la forme de lettre missive que Irône, mais seulement d'une année. 

«HARTBS ET DIPLÙMES. — IV. 2 3 



178 \. ()hSKU\ \'II()\S CKNKUVMvS SI K I.KS \(/rKS. 

en deçà et au delà de la mer, pour \o\u' noiilier les franchises de l'abbaye de 
Saint-Sauveiu-le-Vicomtc : 



H.. Dei gratia rex Anglorum et (lii\ Norniannoiuiii cl Acjuilaiiorum el cornes Andega- 
voruni, arohiepiscopis, episcopis, abhatibus, comitihus, baronibus, justiciis et omnibus 
uiiiiistris et (idelibus suis totius terre sue citra mare et ultra, salutem. 

Sciatis quod al)hatia Sancti Salvatoris est libéra al) omnibus rébus, et per totam terram 
meam Ant,die et Normannie habel quitanciam de omnibus in oivilalibus, in castellis, in 
nundinis, in portubus maris, et de pontaj^io. 

Apud Hantoniam. — Valete'^'. 

J'aurai peu à dire des véritables lettres missives ou lettres closes qui seront 
bien peu représentées dans notre Recueil, tandis que nous en possédons un si 
grand nombre pour les temps postérieurs. C'est par milliers qu'il faut compter 
les lettres closes des rois d'Angleterre parvenues jusqu'à nous dans la série des 
Rotuli litterarum clausarum du Record Office. Pour le rèane de Jean Sans- 
terre, sir Thomas Dulïus Hardy en a publié plus de 8,000 dans le volume in- 
folio intitulé Rotuli litterarum clausarum, vol. I (Lond., i83o). Cette série de 
rôles est cependant loin d'être complète. 

L'administration de Henri II n'était guère moins régulière et compliquée 
([ue celle de son fils le roi Jean. Elle comportait certainement l'emploi fréquent 
(le lettres closes. 

Les historiens du xiF siècle ont inséré dans leurs ouvrages un certain nombre 
de lettres politiques écrites au nom de Henri IL II en existe aussi plusieurs 
dans les recueils épistolaires, tels que ceux de Pierre de Blois et de Jean 
de Salisbury, qui ont été conservés en qualité d'Arles dictaminis, destinés à 
fournir aux écoliers des modèles de style et à former des dictatores. 

Le nombre des lettres de Henri II qui nous sont ainsi parvenues est tout 
à fait minime , et nous pouvons craindre que leur texte ait subi quelques modi- 
fications. D'ailleurs il n'y a là rien qui représente la correspondance adminis- 
trative et d'ordre privé qui a dû donner naissance à beaucoup de lettres expé- 
diées de façon à ne pouvoir être lues que par le destinataire. On peut donc 
affirmer que Henri II a écrit ou fait écrire beaucou]) de lettres closes. Quelle 

''' N" D^iS de noire Recueil. 



LETTRES MISSIVES. 179 

en était la forme? Je crois pouvoir répondre à cette question, au moins pour 
un certain nombre de cas. En feuilletant mon recueil de photographies de 
chartes originales de Henri II, j'ai été frappé d'une particularité à laquelle on n'a 
peut-être pas accordé une attention suffisante. Il s'y trouve des mandements 
au bas desquels on a découpé, dans toute la longueur du parchemin, une 
double bandelette laissée adhérente par le talon au mandement lui-même, 
absolument comme les simples queues, sur lesquelles nous sommes habitués 
à voir un sceau ou une trace de sceau. J'en ai fait l'observation sur la photo- 
graphie de chartes conservées au Musée britannique et dans les archives de 
la Seine-Inférieure, du Calvados et de la Manche. En examinant attentivement 
ces pièces, j'ai aperçu des traces de pliure et j'ai bien regretté de n'avoir pas 
assez minutieusement examiné les pièces de ce genre quand j'ai visité les dé- 
pôts où se trouvent en original des chartes de Henri II. J'ai appelé sur ce point 
l'attention de plusieurs archivistes, et j'en ai reçu des réponses qui ne laissent 
aucun doute sur le caractère des doubles bandelettes ou queues dont il s'agit. 
Elles ont servi à fermer la lettre, et parfois à recevoir une adresse. 

C'est ce que l'archiviste de la Manche, M. Dolbet, a remarqué sur ini 
mandement adressé au connétable de Cherbourg, non pas au nom de 
Henri II, mais à celui de sa mère, l'Impératrice Mathilde. L'une des bande- 
lettes adhérentes à la pièce porte en caractères très fins les mots Os. de Hosa , 
adresse très abrégée, qui se lit plus complètement à la première ligne du 
mandement Os. de Hosa, constabulario. 

J'en ai pidslié le texte (p. i/i3) , dans le paragraphe relatif aux chartes de 
l'Impératrice, et j'ai fait remarquer que la pièce a été pliée, de façon que le 
pli remis au messager mesurait seulement ^2 millimètres sur 1 5. On l'a fermé 
en croisant les deux bandelettes , et pour en assurer le secret on a dû appo- 
ser un cachet, probablement l'empreinte d'une pierre gravée. 

Une vérification encore plus décisive a été faite par M. Besnier, archiviste 
du Calvados, sur un mandement du fonds de l'abbaye de Troarn^^^, conçu 
dans les termes suivants : 

H., rex Anglorum et dux Normannoruni et Aquitanorum et cornes Aiidegavoruni , 
viceconiiti et ininistris de Warevilia , salutem. 

^'' N° '^,18. A de notre Recueil. 



180 \. ()BSKK\ VnONS (iKNKKVLKS SI K LKS VC/I'KS. 

Precipio vobis (|uod sine dilalioiie el jusle lacialis liabere plcilnarie abbali ol luonacUis 
(le Truharcio salem suum de Warevilla ot de Salinelis, Il sicut melius et plenius habucrunl 
lempore régis H. avi mei, e\ non patiamini qnod aliquis II cis inde aliquam injiiriain \t'l 
oontuuieliam faciat. Et nisi feceritis. justieia nica 11 facial. T. Rie. de r.nccio. 

Apiid Cadonuim. 

Le mandement une fois écrit, on a découpé une double bandelette au bas 
du parcliemin, et on a croisé cette double bandelette pour maintenir la pliure 
de la pièce, mais connue le mandement s'adressait à plusieurs fonctionnaires 
et ne contenait rien de secret, on a disposé la fermeture de fa^'on que la pièce 
put être ouverte sans briser le sceau, et l'adresse fut écrite, non pas sur la 
bandelette, mais au verso de la pièce sur une place que cette bandelette 
laissait libre. 

C'est ainsi qu'on lit au verso, en caractères du temps, Ministris Wareville, 
adresse collective, au lieu de l'adresse un peu plus spécialisée : « Vicecomiti 
et ministris de Waravilla » qui se lit à l'intérieur, en tête du mandement. 

11 existe donc des exemples de lettres closes du temps de Henri 11 et 
l'usage de ces lettres existait déjà plus anciennement à la chancellerie anglaise. 
J'ai sous les yeux la photographie d'une charte de Henri I"" munie de la 
double bandelette, laquelle est au Record Office à Londres^^^. 

Je suis bien loin cependant de prétendre que tous les actes des rois anglais 
au bas desquels a été découpée une double queue soient de véritables lettres 
closes. Je me reproche de n'avoir pas suffisamment examiné ces doubles queues 
et de n'avoir pas vérifié si, au dos des mandements, il n'y avait pas des adresses 
analogues à celle que M. Besnier a découverte au verso de la charte des officiers 
royaux de Varaville , et dont il m'a donné la photographie. 

XI. Chartes expédiées en multiples exemplaires. — Les chefs des établis- 
sements qui avaient à sauvegarder des intérêts multiples dans plusieurs pro- 
vinces de France et d'Angleterre étaient souvent obligés de produire leurs 

<'' «H. rex Angl., omnibus vlcecomitibus et pace et quieti de placitis et querelis et scliis cl 

ministris in quorum ministerio canonici de hundredis et husiingis et omnibus aliis rébus, 

Sancta Trinitate de Lund. terras babent, salu- exceptis murdris et tesauris. T. R. de Ver. Apuil 

tem. Precipio quod tota terra et bomines ipso- Burnam. » Ancient Deeds A. i4588. La cbarle 

lum canonicorum de Sancta Trinitate sint in est datée de Westbourne (Sussex). 



LETTRES MISSIVES. — MULTIPLES EXEMPLMKES. 181 

titres dans des localités plus ou moins éloignées du siège principal de rétablis- 
sement (^). Ces déplacements de pièces, souvent munies de sceaux fragiles, 
les exposaient à des accidents dont les conséquences auraient pu être très 
graves. Pour les prévenir, on réussit parfois , probablement moyennant finances, 
à obtenir des expéditions multiples de chartes importantes ('^). Ainsi saint An- 
selme se lit donner quatre exemplaires de la confirmation des privilèges de 
l'archevêché de Gartorbéry par Henri P''(^), et l'historien de l'abbaye de La 
Bataille a pris soin de noter que l'abbé Eude se fit livrer par le chancelier 
trois expéditions d'une charte de Henri II, toutes les trois munies du sceau 
royal ("). 

Nous possédons dans nos archives ou bibliothèques quelques-unes de ces 
chartes expédiées en double exemplaire, et en première ligne la gigantesque 
charte écrite sur deux colonnes, par laquelle Henri II confirma, au plus tard 
en 1161, dans le plus menu détail, toutes les possessions de Saint-Etienne de 
Gaen, avec l'indication de la provenance de chacune d'elles (^). Ces deux 
pièces, qui ont conservé quelcpies fragments de leurs sceaux, et dont l'au- 
thenticité est indiscutable, sont au nombre des plus curieux documents de 
diplomatique anglo-normande que possèdent les Archives du Calvados. 

Deux exemplaires de la confirmation par Henri II des franchises dont de- 
vaient jouir les domaines de l'abbaye du Bec en Angleterre sont arrivés jus- 
f[u'à nous. Le premier est au Musée britannique (''), et a été publié en fac-similé 

''' C'est par suite de la nécessité de porter par des «écrivains de charte», il faut voir les 

en Angleterre une charte de Jean Sans-terre, observations de M. Warner, dans Fac-simiks of 

datée du 25 juin 1201, que les religieuses de Royal and otiier Cliarters in the British Muséum, 

Fontevrault ne mirent aucun retard à s'en charte G. 

|>rocurer une copie certifiée par Guillaume des '' « Ista est (|uadruplicata Anselmo archi- 

Roches, sénéchal d'Anjou : episcopo, latine et anf^lice. » Monast. auqlic. , 

«Ego W. , senescallus Andegavie, quoniam t. I, p. 109. 
necesse erat monialibus Fontebraldi ut cartam '*' «Exegit abbas a cancellario et obtinuitut 

sive autenticum h ujus transe ripti pro negotiis sibi très cartas,unam eandemque formanj , se- 

suis in Angliam mitterent , transcriptum carte cundum pr.TRceptum régis , continentes , scribi 

régis Johannis sigilli nostri auctoritate confir- regisque sigillum singulis faccret apponi. » 

mamus. Actum anno dominice incarnationis Melville Madison Bigelow, Placita anglo-nor- 

1201.» (Copie venue de Gaignières dans le mannica (Lond., 1879), p. 222. 
nis. latin 548o, t. I, p. 285.) '"' N" 111 de notre Recueil. Sur ce double 

''^ Sur les caractères des duplicata, copiés exemplaire, voir plus haut, p. l'iô. 
les uns par des «écrivains de livre » , les autres ^'"^ Topham charter, 10. 



IS2 \. OhSKKN \TIONS C.KNKinLKS SI W LKS VCTKS. 

dans le recueil de la Société paléojijrapliitiiKM' ,, où il a élé |u(licieiisemenl 
classé parles éditeurs à Tannée i i-y^. Le second est à la l)ibliotli('([iie iJod- 
léienne^'-^; une excellente copie Ilgurée m'en a été donnée en i 883, par John 
Wordsvvorth, aujourd'hui évéque de Salisbury. 

La charte des coutumes du Pont de Sail^) est un troisième exemple de charte 
de Henri II expédiée en double exemplaire. Un des exemplaires est aux Ar- 
chives nationales (*\ l'autre aux archives de Maine-et-Loire, dans le fonds de 
Fonte vrault. 

11 existe deux exemplaires originaux de la grande charte originale de 
Henri II pour le prieuré de Longueville '^ , l'un à Rouen, l'autre à Oxford ('''. 

Les archives du New Collège à Oxford contiennent en double exemplaire 
original une charte de Henri II en faveur d'un hôpital dépendant de la maison 
de Montjou. 

XII. CiiARTKS viDiMÉES. — Je u'ai point rencontré d'acte de Henri II (jui 
ait été transcrit du vivant de ce roi, de façon à donner à la copie un carac- 
tère d'authenticité, c'est-à-dire sous la forme du vidimus, tel qu'il a été com- 
munément employé depuis le xiii® siècle. Je me suis même demandé si le 
\ii^ siècle a connu une formule équivalant à celle que nous a rendue familière 
la lecture des documents postérieurs. 

J'ai cité un peu plus haut une charte de l'année i 9 0o qui en est un des plus 
anciens exemples, sans avoir encore reçu la forme sacramentelle. Je ne pou 
vais pas laisser de côté cette question; j'ai en effet recueilli et je dois dis- 
cuter ici trois actes de Henri II dont le fonds répond assez bien à fidée 
(fue nous nous faisons du vidimus : c'est de cette façon que sont arrivées à 
notre connaissance trois chartes relatives aux moines de Saint- Julien de Tours, 
au monastère des religieuses de Saint -Paul -hors -Rouen, et à l'abbaye de 
Saint-Evroul. 

Malheureusement les exemplaires originaux font défaut, et le texte qui 
nous en est parvenu est loin d'être entièrement satisfaisant, comme je vais es- 
sayer de le démontrer. 

''^ N° igd de notre Recueil. '''^ L. 1018, n" o; jadis L. i6o3. 

P) N° VI des Charlie anliquœ do Douce. ''"' N° 1 1 de noire Recueil. 

'^^ N° 3/i3 de notre Recuil. :*' N" \^i A. 



MULTIPLES KXKMPLMUKS. — CHARTES \ [DIMÉES. 18:^ 

Charte de Saint-Julien de Tours. — Les copies modernes que nous en avons 
dérivent de vidimus des années 1295 et i33o. Nous sommes en présence 
d'une charte de Guillaume le Conquérant datée de io63, laquelle aurait été 
textuellement insérée en 1 160 dans une confirmation de Henri IL 

Je n'ai pas à examiner le texte de la charte de Guillaume le Conquérant; 
mais je ne crois pas pouvoir admettre la sincérité de celle de Henri II dans 
laquelle les anomalies surabondent : présence de l'invocation : In nomine sancle 
et individue Trinitaiis; — emploi dans la suscription de la formule : Dei gratia 
rex An(jlorum; — présence d'une date d'année ; — indication d'une catégorie 
de témoins qui ne figurent guère dans les chartes de Henri II : présente Garino 
ahhate, Guidone baiulo , Acardo Runcevitle priore; de famulis Teobaudo Girardi, 
Habaste, Gosleno. Il serait bien étonnant que l'abbé de Saint-Julien eût fait 
venir avec lui jusqu'à Lions-la-Forèt une partie du personnel de l'abbaye de 
Saint- Julien de Tours et du prieuré de Roncheville. (N** 99 de notre Recueil.) 

Charte de Saint-Paul-hors-Rouen. — Ici nous avons affaire à une charte de 
Henri P'", roi d'Angleterre , relative aux privilèges des religieuses de Saint- 
Paul, que Henri II transcrit et confirme, en y ajoutant des développements 
très circonstanciés sur les usages forestiers et sur le droit de chasse, le texte 
en est inséré dans les registres E et F de Philij)pe Auguste. 

On trouvera très étrange que Henri H entre dans un menu détail sur l'exer- 
cice du droit de chasse et qu'il menace d'une amende de 1 00 onces d'or les 
malveillants qui troubleraient les religieuses dans la jouissance de leurs droits. 

Et si bestia silvestris, ([ualiscunquo sit, capta t'uerit infra metas priorisse memorate, 
ipsa et moniales sue illam bestiam habebiintin pace et quiète et sine moiestia alicujus, 
\ idelicet de via que est inter ecclesiara predictam et prioratum Sancti Michaelis de Sancto 
Audoeno Rothomagi usqiie in raedio Secane in latitudin(>, et de pomerio abbatis Sancte 
Trinitaiis de Monte, usque in fineni terre de Meidephiel in longitudine, secunduni quod 
terra sua se proportat in villa de Merdephiet. Si (pus autem contra hec precepta mea ire 
temere presumpserit, vel molestiam aut gravamen aiiquod priorisse aut nionialibusautsuis 
fecerit, volo et precipio quod pena de centuiu unciis auri ab eo sumatur, et priorisse pre- 
dirte et nionialii)us suis detur, vel tantum in raeo carcere teneatur, donec ad plénum prio- 
risse predicte et suis monialibus satistiaf. ^\" 3o6 de notre Recueil.) 

Si la menace d'une amende de loo onces d'or peut s'expliquer par la sur- 
vivance d'une vieille formule comminatoire, on chercherait vainement dans 



IS'i \. OBSKin \'l IONS CKNKIWKKS SI \\ LKS VC'IKS. 

les cliartes de Henri II une déliniilalion de terrain analogue à celle qui est ici 
assignée aux religieuses de Sainl-l\iul pour îa jouissance de leurs droits sur 
le "ihier. 

(charte de Saint-Evrotil. — Ici encore c'est une charte de Heiui I'"'" dont le 
copiste du Cartulaire de Saint-Kvroul (t. I, loi, '2\ a", pièce ^o) n'a transcrit 
([ue la suscription, suivie simplement, des mots : lu criera ut superius, ce qui 
est un renvoi à une copie complète de celte charte de Henri P*" transcrite au 
folio 9 1 du Cartidaire, sous le n** 19. Entête du n*' 50, le copiste a transcrit 
les premières lignes de la charte de Henri II : 

H. Dei gratia rex Angl., dux Normannie'^^ et Aquit., et coines Andeg. , ai'cliiepiscopis , 
opiscopis, abbatibus, comitibus, vicecoraitilius, baronibus, justiciis, ballivis, ministris et 
omnibus fidelibus suis, salutem. Sciatis me vidissc et audisse cartam Hcnrici, avi mei, 
illustiùs régis Angloruni et ducis ?Sormannoruiii, iii hiis verbis. 

On doit remarquer ici l'emploi de la formule : me vidissc et aadisse , qui est 
tout à fait conforme à la pratique habituelle du xiii'' siècle. 

Le copiste du cartulaire a négligé de transcrire la fin de la charte de 
Henri II. 

Je ne suis donc pas certain cpie la chancellerie de Henri II ait employé ce 
que les diplomatistes peuvent appeler la forme classique du vidimus(-). 

Il est toutefois certain que, dès son temps, des mesures furent prises pour 
(|ue le prince régnant lût nominativement associé par des reproductions tex- 
tuelles à des mesures édictées par ses prédécesseurs. Nous en trouvons la 
preuve dans ce cpie le chroniqueur de l'abbaye de La Bataille , sous l'année 
1 170, dit à propos de la confirmation des privilèges accordés à cette abbaye 
par le fondateur Guillaume le Conquérant. Le témoignage intéresse trop di- 
rectement les études diplomatiques pour n'être pas mis ici sous les yeux du 
lecteur : 

Rex [Henricus] , ad hec xocalo Waitero de Constanciis, tune cancellario suo , postmodum 
Lincolniensi episcopo, et post raodicum Rothomagensi archiepiscopo , jussit cartam novam 

'*' Le mol est en toutes lettres dans le Car- mus qu'on ait cités, et dont aucun n'est du 
tulaire. xn' siècle, voir le Manuel de diplomatique , par 

'^^ Sur les plus anciens exemples de vidi- ^ii'y, p- 20-26. 



CirVRTKS [.\\()\ KES. 



85 



nominis et sigilli re<>ii secundum formam carte veloris fieri, precipiens carte nova im- 
poni se contirinationem illam fecisse, pro a more De i et petitione Odonis al)batis. .. Et 
quoniam in cai'tis et munimentis a diversis personis, diverse tempore, super eodem negotio 
datis, solet in posterioribus prioruni mentio fieri, ita ut quod posterius est videatur prece- 
dentiuni exigere testinionium hujus modi verbis : siciitcarta illavel illias N. testatur, jussit 
rex ne clausuia ilia insereretur, sed aliam, antea inusitattuii, ipse dictavit, et super bis 
(jue viderat in persona propria testimonium perhibens, carte precepit imponi hoc modo : 
Quoniam inspe.vi cartain Willelnii proavi mei, in qua prescripte liberlates et quietancie 
et libère consuetudines ab eo pret'ate ecclesie concesse continebantur. . . '^). 

Xin. Chartes renouvelées ou innovées. — Les raisons qui ont motivé 
l'expédition à plusieurs exemplaires de chai'tes importantes ont déterminé, dans 
les conditions ci-dessus indiquées, les parties intéressées à en provoquer le 
renouvellement ou le rajeunissement, (tétait , à vrai dire, une seconde édition, 
dans laquelle le texte du corps de l'acte ne subissait aucune modification; 
on se bornait à l'encadrer entre des formules initiales et finales, appropriées 
à l'époque du renouvellement. Nous verrons un peu plus loin que l'opération 
s'appelait innovation, du temps de Richard Gœur-de-lion. 

C'est ainsi qu'une concession faite à l'abbaye de Cluni par Henri Plante- 
genêt, en qualité de duc de Normandie, à la veille de monter sur le trône 
d'Angleterre '-^ a été transformée, une quinzaine d'années plus tard, en charte 
royale, où rien ne fait soupçonner que c'est, en réalité, la copie d'une charte 
ducale --^^ Je donne les deux textes en regard l'un de l'autre, prenant soin d'im- 
primer en caractères italiques ce qui est propre à chacun d'euK. 



CHARTE DE 1154. 

II. , Dei gratia dux Normannorum et Aqui- 
tanorum et cornes Andegavorum, archi- 
episcopis, episcopis, comitibus, baronibus, 
justiciis, vicecomitibus et omnibus fideli- 
l)us suis, Francis et anglis totius Anglie, sa- 
bitem. 

Sciatis quod ego concedo et confirmo 
Deo et ecclesie Sancti Petri Cluniacensis, 



CHARTE DE 1170-1172-3. 

H., rex Angloruniet dux Normannorum 
et Aquitanorum et cornes Andegavorum , 
archiepiscopis , episcopis, ahbatibas , comi- 
tibus, baronibus, justiciis, vicecomitibus et 
omnibus fidelibus suis, Francis et anglis to- 
tius Anglie, salutem. 

Sciatis quod ego concedo et confirmo 
Deo et ecclesie Sancti Petri Cluniacensis, 



'"' Clivonicon inonasierii de Bello , édit. 
J. S. Brewer, p. i65. 

r;iiARrKs et dipldmks. — rv. 



'•''> N* 292 de notre Recueil. 



2/t 



181) 



\. OhSKKN V'IIONS CKNKHVLKS SI II LKS VC'I'KS. 



et nionachis ihicU'ui Dt'o servientibus ma- 
noiiuiu (le Lt'ddecumbe, in perpeluain 
cleiuosinam, pro salute Henrici reijis, avi 
inei,et omnium antecessorum meoriim, el 
\)VO propria sainte mea; quod maneiium 
Stephanus rex dédit et assedit eis pro cen- 
lum m;ucis, quas prefatiis Hetiricns re.r so- 
lebal dare annnatim eidem ecclesie Clnnia- 
censi. Quare volo et firmiter precipio quod 
predicta ecclesia et monachi idem mane- 
iium bene et in jjace et libère et quiele et 
honoritice in perpetuum teneanl , cuni om- 
nibus pertinentiis suis, in bosco et piano et 
pratis et pasturis et aquis et molendinis 
et hominibus et tenuris eorum, et cum 
omnibus libertatibus suis, sicut unquam 
melius et pienius et liberius tenuit illud 
ITenrichus rex in manu sua. Testes: Teohaldiis 
nrchiepiscopus Cantnariensis , Henricu.s epi- 
scopiis Wintoniensis , Richardiis episcopus 
Lnndoniensis , Robertus episcopus Lincolien- 
sis , Joscelinus episcopus Saresheriensis , Wil- 
hlimis cornes Gloocestric , Rainaldus cornes 
Cornuhie , Robertus Lecjrecestrie , Richardus 
de Humet, Richardus de Luci, Willelmus 
Martel, Maness es Biset dapifer. 
Apud Westmonasteriuin . 

Original, Collection de Bourgogne, vol. 80, 



et nionachis ibidem Deo servientibus, ma- 
iieriuni de Leddecumba, in perpeluani 
elemosinam, pro salute régis llenrici, avi 
mei, et omnium antecessorum meorum, 
et pro propria salute mea; quod manerium 
rex Stephanus dédit et assedit eis pro cen- 
tum marcis quas predictus rex llenricus 
solebat dare annnatim eidem ecclesie Clu- 
niacensi. Quare volo et lirmiter precipio 
(|uod predicta ecclesia et monachi idem 
manerium bene et in pace, libère et (|uiete 
et honorifice, in perpetuum teneant, cum 
omnibus pertinenciis suis, in bosco et 
piano et pratis et pasturis et aquis et mo- 
lendinis et hominibus et tenuris eorum, 
et cum omnibus libertatibus suis, sicul un- 
quam melius et pienius et liberius tenuit 
illud rex Henricus in manu sua. Testibus : 
F. episcopo Sagiensi, R. episcopo Nanne- 
tensi , Reginaldo archidiacono Sarisberi- 
ensi, Nicolao capeUano , Ricardo de Hu~ 
métis constabulario , Unfrido de Bohuii, 
Reginaldo de Curtenai, Gilleberto Malet, 
Stephano de Turonis, Willelmo de Stute- 
villa, Reginaldo de Paveilli, Willelmo de 
Ostilli. 

Apud Chinon. 

Oritrinal, Collerlioii de Hoiir50''ne, vol. 81, 
11° 261 . 



Peu après, en i 175 ou 1 1 76. les moines de Ciuni éprouvèrent ]e besoin 
de posséder de nouveaux exemplaires de la charte de confirmation du manoir 
de Lelcombe. La chancellerie reçut l'ordre de leur donner satisfaction. De 
là, une copie littérale de la charte de 1170-117 2-3 , à laquelle on ne fit subir 
([ue deux changements : à la première ligne, on remplaça les mots: //., rex 
Amjlonim, par les mois : H., Dei gratia re.r Anglorum, et aux noms des 
témoins qui avaient souscrit la charte de 1 1 70-1 1 72-8 à (chinon on substitua 
les noms des prélats et des barons qui se trouvaient à la cour du roi à Norl- 
hampton quand fut écrite cette troisième édition de la charte de concession 
du manoir de Letcombe : Tcslihus.-R. Wintomensi,G- Eh'cnsI et Johanne North- 



CM VRTES fNNOVEES. 187 

wicensi, episcopis, et H. episcopo Diinholmensi , comité Willclmo ArundelL, comité 
IVillelmo de Maiindevilla, Ricardo de Liicy, Ricardo de Caiinvilla , Radulplio de 
Glaanvilla , Hiifjone de Cressy, Th. Barduif, Bertramo de Verdono, Willelmo Filio 
Radalfi, et Raduifo Britone. Apud Norhamptonam. Les noms des témoins prou- 
vent que la troisième édition de la coniirmation est postérieure à Tannée i i yô. 

Je ne sais pas si l'original de la charte de 1175-1176 subsiste encore; 
mais le texte nous en a été conservé dans deux exemplaires d'un inspeximus 
conlirmatif scellés du sceau de Henri III('). 

Une autre charte de Henri, duc de Normandie, expédiée en 1 i5i pour 
Tabbaye de Savigni, a été renouvelée, mot pour mot, sous la l'orme d'une 
charte rédigée au nom du roi Henri et qui est de l'an i 1 57('^). 

A côté de ces chartes innovées des abbayes de Cluni et de Savigni, 
je puis citer un autre exemple d'innovation de charte faite au nom de Henri II 
pour l'abbaye de Newhouse. 

C'est un privilège que Henri II, au commencement de son règne, en 1 1 (Sk 
au plus tard, avait accordé à ral)J)a\e de Newhouse, et qui fut renouvelé une 
douzaine d'années après, très probablement en 1 1 75. Les deux textes ont été 
publiés en regard l'un de l'autre dans ia Bibliothèque de V Ecole des chartes ^^K 
Ils sont identiques. On s'est borné à supprimer dans le second le nom de l'abbé 
(le Newhouse, qui avait dû disparaître entre les années 1 i 6/i et 1175, puis 
à remplacer les noms des témoins de la première charte par les noms de per- 
sonnages (pii étaient à la cour en 1 176. L identité des deux textes est telle 
f[u'à la première ligne de l'un et de l'autre on rencontre une pareille ano- 
malie : re.T Amjlic au lieu de rex Angl. ou rex Auglomm. Dans tous les deux 
on lit H. rex tandis que dans le second la formule H. Dei (jratia s'imposait. 
Il y a plus, l'écriture de la charte de 1 1 76 est identique à l'écriture de la 
charte de 116^, On peut s'en assurer en confrontant le fac-similé des deuK 
jjièces sur une planche de notre atlas. 

De ces différentes particularités, qui se retrouvent encore sur une troisième 
cliarte de Newhouse ''*^ il résulte ([ue ces trois pièces ont été écrites par un re- 

'' Bibl. nat. , Collection de Bourgogne, ''' Bibliotiièquc de l'Ecole dex chartes , i\m\év 

vol. 81 , chartes cotées 3 18 et 319. — N" 34o '^o?! p. 3oi-3o3 d'après les originaux du 

de notre Recueil. fonds liarleien. au Musée britannique. 

<') N" 20* et 3o de notre Recueil. '"> Ihid.. ]). 281. 

24. 



8<S 



\. {)BSKi;\ \ri()\S CKNKIULKS SI II LKS VCTKS. 



Ii«;i('u\ ou un cieir (•liar<;é des intérêts de l'ahbay et que la clianrcllcric a 
rlô autorisée à les aullienti(|ut'r par Tapposilion du sceau loval. 

Je dois parler main tenant d'un privilè^je accordé à l'abbaye de Sainl- 
Valeri-sur-Somme , dont quatre exemplaires sont consenés au New CioUege 
d'Oxford, parmi les titres de cette abbaye relatifs au prieuré de Takeley dans 
le comté d'Essex. J'en ai dû la connaissance et la pbolograpbie à l'obligeance 
du Hév. H. Salter (•'. 

L'origine des biens que Tabbaye de Saint-Valeri possédait en Angleterre 
remonte à la contpiète normande, comme l'attestent un article du Domesday 
Book(-' et une cbarle de saint Anselme (^), qui nous est parvenue, nmnie du 
sceau du prélat. Les conquérants avaient voulu commémorer le souvenir de 
leur embarquement sous les murs de l'abbaye de Saint-Valeri. 

Sous le règne de Henri P'", i'abbé de Saint-Valeri eut assez de crédit poui 
se faire délivrer un privilège solennel qui assurait à ses moines fixés en Angle- 
terre la jouissance de leurs terres, l'usage de leurs bois, l'exemption de cer- 
taines cbarges, et l'exercice des droits de juridiction dans l'étendue de leurs 
domaines. Tel fut l'objet d'inie assez longue charte qui a été renouvelée à di- 



c: N"' X, XI, 46 et 93 de Salter. 

<'' «Terra Sanctl \Aalerici, hundredum de 
Berlava ». Domesday Book, édit. de 1783, t. II, 
p. "îo (fol. 20 v° du ms. original). 

''' « Quoniam edax ol)livio et temporum vo- 
lubilitas solet exterminare et de medio tollere 
.qiiod benc canoniceque patratum est, cura- 
vimus aliquid memorie tradere cpiod sancte 
valeat ecclesie prodesso. Ego igllur Anselmus, 
Dei gratia Cantuariensis archiepiscopus et 
Anglie primas, volo et auctoritate apostoUca 
confirmo quidquid monachi Sancti \\ alarici 
habent in Anglia ex donc régis Willelmi, illius 
scilicel \\ illelmi qui Angles sibi subjugavit , et 
baronum ejus, qui secuni venerunt et in ele- 
mosina aliquid eidem sanrto dederunl, velDeo 
annuente liabituri sunt. Habent siquidem pre- 
l'ati monachi in Exsexia xii hidas ex dono Wil- 
lelmi régis, et in Cantebrugescira 11 bidas et 
dimidiam,etxxacras, ex dono Guidonis de Rei- 
mecurt. Hoc inquam ita confirmo ut quicunque 



istud donum amaverit , servaverit et defenderit 
celestem obtineat benedictionem ; et contra si 
quis inminuerit aut contra monachos insurrexe- 
rit et aliquam vlolentiani eis pro hoc intulerit, 
nisi ab bac resipiscat presumtione, cujus- 
cunque conditionis dignitatîsve sit , maledictio- 
nem cum Dathan et Abiron sortiatur, anathe- 
ma sit. Hoc quoque feci domni Arnulfi , abbatis 
supradicti Sancti, humili pelicione, et multo- 
rum sancte ecclesie fidelium consilio et ainmo- 
nitione. Et ut istud ad quoscunque bec carta 
pervenerit ratum habeatur, proprio sigillo si- 
gnavi et munivi. » ( Original à Oxford , New Col- 
lège, n° 3oo des titres de Takeley.) — Le 
sceau, assez mal conservé , devait, d'après un 
moulage du Musée britannique, porter la lé- 
gende : SIGILIA M ANSELMI GRATIA DEI 
ARCHIEPISCOPI. 

La liste des abbés de Saint-Valeri, insérée 
dans la Gallia christiaiia, ne contient pas le 
nom d'Arnoul. 



CHARTES INNOVEES. 181) 

A erses reprises, en termes identiques, dans le cours du xii*' siècle. On en con- 
naît quatre expéditions , deux: du temps de Henri I"' et deux aussi du temps 
de Henri IL 

Voici les premières et les dernières lignes de chacune des expéditions. , 

1 . Première charte de Henri t' . 

Heiiricus, Dei gratia rex Anglie, archiepiscopis , episcopis, abbatibus, comitil)us, baro- 
nibus, justiciis, vicecomitibus et omnibus ministris et fidelibus suis, salutem. 

Sciatis nos concessisse et presenti carta confirmasse Deo et ecclesie Beati Walerici et 
monachis ibidem Deo servientibus , in perpetuam et liberam elemosinam, omnes terras et 
teneuras suas, et omnes deciniationes dominiorum suorum, et omnes donationes ([ue 
donate sunt eis in elemosinam vel donabuntur, videlicet Thacheleiam . . . 

Volumus igitur et firmiter precipimus (juod predicti monachi bec omnia predicta in 
omnibus libertatibus et Hberis consuetudinibus et quietanciis predictis, bene et in pace, 
libère et quiète et intègre habeant in perpetuum et honorifice teneant. 

Testibus: Rogero episcopo Saresberie, et Walderico et Reginaldo de Sancto Walerico^^ . 

'j. . Seconde charle de Henri P' . 

Henricus, rex Anglie, archiepiscopis, etc., comme dans la charte précédente. 

Sciatis nos concessisse, etc., comme dans la charte i. (Il y a seulement décimas au lieu 
de decimationes.) 

\olumus igitur, etc.; comme dans la charte i. 

Testibus Rogero Saresberiensi episcopo, et Alexandro episcopo Lincolniensi, et (jau- 
frido cancellaiio meo, et Milone Gloecestrie. 

Apud Londonias. 

3. [Première charte de Henri 11, i 163. 

Henricus, Dei gratia rex Anglie, dux Xormannie et Aquitanie, cornes Andcgavie, archi- 
episcopis, etc.; comme dans la charte i. 

Sciatis nos concessisse, etc.; comme dans la première charte de Henri P', sauf (pie la 
charte de Henri II porte tenementa et deciniationes , au lieu de teneuras et décimas. 

Volumus, etc., comme dans la charte i. 

Testibus : Ricardo de Luci.Thoma Cantuariensi archiepiscopo, Gilleberto Londoniensi 
episcopo, Hugone Dunnelmensi episcopo, Bartholomeo Exoniensi episcopo. 

Apud Westmonasterium. 

'*' Cette charte a été pubhée dans le Monasl. spexinius de Henri Ilf. Les éditeurs la donnent 
uii(^lic., t. VI, part ii , p. i io6, d'après un in- comme émanée de Henri II. 



190 \. OliSKUN MIONS CKNKIULKS SI K LKS VCTKS. 

\. Seconde chmle de Henri 11. 

llenrious. I)ei ^nilia rex Angl. el (lii\ Norinannie et Ai|uilaiiie el cornes Andegaxie, 
archiepiscopis, etc., comme au u" i. 

Sciatis nos concessissc, etc., comme dans la chaiie i. H \ a Iciicurns dans lo n° '\ . el 
les mots et onnws décimât ioiws dominionini suoriim \ sont omis. 

Volumus igitur, etc.; comme an n" i, 

Testihus : R. episcopo Wintoniensi. Walterio de Constanciis, et Bernardo de Sancto 
Walerico. 

Apud Westmonasterium. 

Ces quatre chartes, quant au dispositif, représentent un texte unique. 
Elles ne diffèrent que par la suscription, la liste des témoins et la date du lieu 
d'expédition. Je n'ai à présenter d'observations que sur les deux dernières ré- 
digées au nom de Henri II. Elles contiennent des anomalies nombreuses : le 
nom de Henricus écrit en toutes lettres; les formes Anglie, Normannie, Aqui- 
tanie, Andegavie , au lieu de Amjlorum, etc., la formule Dei (jratia dans un 
acte de i i63, et l'expression Sciatis nos au lieu de Sciatis me^^K Evidemment 
elles n'ont pas été écrites par un officier de la chancellerie, et je ne serais pas 
étonné que le texte primitif ait été lui-même préparé en dehors de la chan- 
cellerie. — Voir plus haut, p. i48. 

Le dispositif de l'acte se termine par une clause que je ne me rappelle pas 
avoir rencontrée dans d'autres chartes de Henri II. Le roi déclare nulles les 
aliénations qui auraient été faites per non sapientes abbates. 

Nec quicqnam teneatur de donationibus que facte sunt per non sapientes abbates de 
terris et tenementis Sancti Walerici, nisi confirmatione conventus et sigilli ejus apposi- 
tione. 

Voilà exactement, mot pour mol, ce que portent les quatre chartes. La 
seule variante à noter, c'est que deux fautes d'orthographe qu'on trouve dans 
la seconde charte de Henri I"', conjirmassione et apposissione, se retrouvent dans 
la seconde charte de Henri II , preuve évidente que celle-ci a été copiée sur 
l'autre. L'écriture de ces chartes n'est point de la main d'un des clercs habi- 

''^ Ces anomalies se trouvent encore dans V^aleri , datée de Westminster, en présence de 
«ne troisième charte de l'abbave de Saint- Renouf de Glanvilie. N" ()?- du Rév. Salter. 



CHARTES rWOVKES. 191 

tiiels de la chancellerie, et ce qui contribue à le démontrer, c'est que le (U)|)iste 
était peu familier avec les institutions anglaises. On le voit par la façon dont 
il a altéré quelques termes juridiques (') qui reviennent souvent dans les 
chartes anglaises : 

1. Charte de Henri P% dépourvue de date et qui n'a peut-être pas reçu d(; sceau : cnni 
socca et sacca et toi et cheam et infongenethief et hutfonçjen; et homsoca infra hiirgam et 
cvtra. 

2. Charte de Henri I*"", datée de Londres : cum socca et sacca et toi et theain cl iiifan- 
genef et hutfangenef' et hansocca infra burgiim et extra. 

3. Charte de Henri II, datée de Westminster, vers ii63 (n° i53.a de notre Recueil) : 
cum soca et saca et theam et infange netheo et hamfocca infra biirguni et extra. 

k. Charte de Henri 11, datée de Westminster, vers iiyS {n° 33 i de notre Recueil) : 
cu/n socca et sacca et toi' et theam cl infangcnef et hiitfangen' et hansocca infra hurgum 
et extra. 

Malgré tout , l'authenticité n'est pas douteuse : les deux chartes de Henri II 
ont reçu le sceau royal, et, ce (|ui est bien remarquable, c'est que la clause 
relative aux aliénations par les non sapientes abhaics a fait l'objet d'un petit 
mandement (n° i i4-D de notre Recueil), dans lequel on reconnaît les carac- 
tères de l'écriture officielle, et au bas duquel a été découpée la double queue 
dont j'ai parlé (p. i \'>. et i 7()) , à propos du sceau des mandements ou lettres 
closes. 

H. rex Angl. et du\ Norm. et Aquit. el comhs And., justiciis et vicecomitibus suis 
Anglie, salutem. 

Prohibeo ne quicquam leneatia- de donacionibus que per non sapientes abl)ates iacte 
sunt de terris Sancti Walerici nisi precepero nominatim. 

Teste Reg. de Sancto Walerico. 

Apud Rothomagum. 

Ainsi, les chartes de l'aljbaye de Saint- Valéri nous montrent bien comment, 
déjà sous les règnes de Henri I*^'" et de Henri II, les privilèges royaux étaient 
rajeunis par voie d'innovation, pour emplover le mot en usage à la chancel- 
lerie de Richard Cœur-de-lion. 

'' Voir Du (lange, aiiv mois llanifnic , Hntfaii'illtefr , Iiifanc, Sac, Soca, Theam et Toi. 



[92 \. OI^SKin VnONS C.KNKIULKS SI K LKS \('/l'KS. 

(le renouvelleniont de cliarles ne fui prol^ableiucnl ([ue cVun usage acci- 
dentel sous le règne de Henri II. Les cas qui viennent d'èlre indiqués n'en doivent 
pas moins être rapprochés de la décision qui fut prise par Richard Cœur-de- 
lion, en 1 198, pour obliger les délenteurs de chartes par lui précédemnienl 
octroyées à les faire remplacer par de nouveaux exemplaires, scellés d'un 
nouveau sceau, faute de (pioi les anciens perdaient toute valeur (^). Ce procédé 
iVinnovalion . pour nous ser\ir du terme employé à la cliancellerie, était une 
mesure purement fiscale. Le témoignage d'un contemporain ne laisse à cet 
égard aucun doute. Voici comment s'exprime l'annaliste de Waverley : 

Anuo 1198 prœcepit idem rex omnes cartas in regno suo emptas reformari et novi 
sigilli sui inipressione roborari, vel omnes cassari, cujiiscunque dignilatis aut ordiiiis 
essent. (|ui vellent sua protectione defensari , vel universa bnna sua confiscari^'-l 

La charte renouvelée au nom du roi Richard était la copie de la charte 
primitive juscjues et y compris la liste des témoins et la date de la charte pri- 
mitive, suivies d'un appendice indiquant les témoins et la date du renouvel- 
lement. Comme exemple je transcris les dernières lignes d'une assez longue 
charte par laquelle Richard avait confirmé différents biens de l'abbaye de 
Fontevrault le 10 octobre 1 189, et qu'il renouvela le 9 octobre 1 198 : 

Testibus : Hugone episcopo Dunehnensi, Uicardo Londoniensi, Godefrido Wintoniensi , 
Huberto Sarisberiensi, electis, AVillehno comité deArundel, Willehnode Sancto Johanne, 
(jaufrido Fiiio Pétri , Hugone Barduifo, Willelmo Ruffo, Micbaele Belet. Datum apud 
Arundel, per manum ^YiHelmi de LongoCampo, cancellarii nostri, Kiyensis electi, xv die 
octobris, regni nostri anno i. 

Is erat ténor carte nostre in primo sigillo nostro, quod quia aliquando perditum fuit, et 
dum capti essemus in Aiemannia, in aliéna potestate constitutum, mutatum est. Hujus 
autem innovationis testes sunt hii : Hubertus Cantuariensis archiepiscopus, magister 
Maugerus Ebroicensis et Vivianus Dorob[ernensis] , archidiaconi, Juhellus capellanus, Hen- 
licus de Cortenai et plures alii. Datum per manum Th. de Heiden , tune agentis vicem 
cancellarii. Apud Rupem Andeliaci, is. die octobris, anno x regni nostri '^l 

'"' Voir la dissertation de Deville sur les '"' Luard, Annales monastici , t. Il,p- "^51. 

sceaux de Rictiard Cœur-de-lion , dans les '^' Je cite cette charte innovée d'après une 

Mémoires de la Société des antiquaires de Nor- copie de Gaignières qui contient un dessin du 

inundie^t.V, iSaS-iSrig, p. 63-89. — Conf. sceau. Ms. latin, 548o, t. I, p. 281-284. Sur les 

Biblioth. de l'Ecole des chartes, 3" série, t. III, sceaux de Richard Cœur-de-Uon, voir W. de Gray 

p. lo-j. Birch,iS'ea/s m the British Muséum, t. I, p. i3. 



CJIVRTES INNOVÉES. 195 

Sceau au revers duquel Richard est représenté avec un écu à trois lions 
passants, ce qui caractérise le second sceau de Richard. 

On a publié ou cité un certain nombre de renouvellements de chartes de 
Richard Cœur-de-lion; mais je ne crois pas qu'on ait signalé de chartes mu- 
nies du premier sceau, au dos desquelles ait été ajoutée la mention du re- 
nouvellement. J'en ai rencontré une aux archives de Maine-et-Loire , celle du 
a 4 juin 1190, portant donation à l'abbaye de Fontevrault d'une rente de 
35 livres sterling à prendre sur l'Echiquier de Londres. Elle se termine ainsi : 

Testibus : Pagano de Rochefort senescallo Andegavensi, Philippe de Colombiers, 
Gaufrido de Cella, Willehuo de Montsorel, Ricaido de Canviila et pluribus aliis. Datuni 
per manum Johannis de Alencone, Lexoviensis archidiaconi, vicecancellarii nostri, anno i, 
xxiii (lie junii, apud Chinoneiu. 

Le sceau, apposé sur un cordon creux de soie, est brisé; heureusement 
Gaignières l'a fait dessiner quand il était intact et les caractères distinctifs du 
premier sceau y paraissent bien nettement : sur la face, les deux branches de 
genêt à droite et à gauche du trône; au revers, l'écu du cavalier, au lion 
rampant ('), 

Je n'ai pas songé lors de mon dernier voyage à Angers à coUationner dans le 
fonds de Fontevrault l'original de la charte innovée ; mais j'ai eu le plaisir d'y 
voir dans l'été de 1862, en compagnie de mon ami Marchegay, l'original de 
la charte du 2 ^ juin i 1 90, et d'y lire au dos ces mots qu'on y a vraisembla- 
blement tracés en 1 1 99 : 

Innovationis testes sunt magister Maugerus Ebroicensis, Simon Weilensis, archidiaconi, 
Wiilelmus de Stagno, Henricus de Poterna. Datum per manum, etc. Apud Leones, 
vin die octobris, aimo \. 

XIV. Minutes, copies ou états des actes expédiés. — Je ne saurais dire 

comment et dans quelle mesure les bureaux administratifs du temps de 

Henri II conservaient, soit par des minutes ou copies, soit par de simples notes, 

le souvenir des affaires qu'on y avait traitées et des solutions que ces affaires 

avaient reçues. Malgré les embarras qu'entraînaient l'étendue des états en deçà 

<■) Ms. 5A8o, 1. 1, p. 272. 

CHARTES ET DIPLOMES. — JV. 20 

IMPniM£niC NATIONALE. 



M)'i \. onsKiu vrioNs cknkkvlks si w lks \(:'iks. 

«M au delà de la Manclie, la dillicnllé des coiniiuinlcations cl surloul le dépla- 
cemenl continuel du roi et de la cour, il est ini[>ossil)le de supposer (pi'il 
n'existait pas des centres administratifs, tels (|ue Westminster, Caen, Rouen, 
et Angers, oii résidait un personnel à poste fixe. O n'est pas seulement sous 
les règnes de Hicliard Cceur-de-lion et de Jean Sans-terre (ju on a dû recon- 
naître la nécessité d'archives régulièrement C(msti tuées. 

Eu ce qui touche la Normandie, je ne vois à citer qu'une charte antérieure 
à l'année i i 72-0'^' dans la(pielle soit mentionnée la tenue d'un rôle sur lequel 
avait été consignée la reconnaissance despri\ilèges des bourgeois deFécamp: 

H.,rex An<>;l()rum, dux Norinannovuni et A(|uitanorum el cornes Andegavornm, jus- 
liciissuis Nornianiiie, salntem. 

Precipio quod, siciil recogniliim est (|iio(l liaherc debco suiumariuiu iinuiii ad evinduiu 
in e\«'rcitiu« de hominibus Fiscannensihus, de gilda raereatorum, cuni omnibus instru- 
Diontis et apparainentis ad summarium pertinentibust'^), et quod ipsi homines habere dc- 
benl mercaturani suam in terra et in mari, et nominatim de mak.erello,quod ita teneatur, 
s»rundum quod rccognitum est et in rotulo meo scriptum. 

Teste Osl)erto de caméra. 

Apud Bonam Viliam super Tolcam '^'. 

Le « rôle royal » surlecjuel avait été consigné le privilège accordé aux bour- 
geois de Fécamp devait être un rôle analogue à ceux qui existaient au temps 
de Jean Sans-terre, et dont celui de Vannée 1 -îaQ-i yoi nous est parvenu sous 
le titre suivant : <- Hic est rotulus cartarum et cyrograforum Normannie, factus 
lempore Guarini de Glapion, tune senescalli Normannie, anno secundo regni 
régis Johannis ^'''. » 

•' M. Round (n" 1 37) assigne hvpothétiquo- qui est en original aux Archives nationales 

nient à cette charte la date de juin 1 1 7^ , s'ap- ( J. 3 1 r? , n° 1 ). 

puyant,je crois, sur un séjour du roi à Bonne- '"^ Cette obligation des bourgeois deFécamp 

ville-sur-Touque fixé parle Rév. Kyton(p. 179) est rappelée dans le Rôle de TEIchiquier nor- 

au -^^ijuin ii7''i. Mais la charte des bourgeois mand, en 1198. Bol. Scacc. Norm., t. II, 

de Fécamp est antérieure à 1 172-3, puistpie la p. /i/i5 : « Henricus do Ponte Audemari reddil 

suscription porte H. rc.r Anrjloiiim. Elle date compotinn de x libris pro i sumniario cum ap- 

d'un séjour plus ancien à Bonneville, que le paratu quem burgenses Fiscanni debent régi 

Rév. Eyton n'a point connu, peut-être à celui quando exercitus Normannie submonitus est. » 

f[U(' le roi y lit, au plus tard en 1 1 (j i , ([uand il ^^'' (lartul. de l'abbaye de P^écamp, à la 

V expédia, en laveur dOsbert de Cailli, ime bibliothèque de lîouen, fol. i5 v", n° à^. 

charte à laquelle Thomas Becket fut témoin el '''' Publié en i835 par Sir Thomas Duiïus 



MINUTES Oi; ÉTATS DES ACTES. 195 

Une somme de 8 sous est portée en i •?o.') sur le compte du fermier de la 
prévôté de \ ire, laquelle avait été payée pour l'enrôlement d'un accord (*K 

Le gouvernement anglo-normand, qui avait fait exécuter au xii*^ siècle un 
cadastre tel que le Domesday Book, devait avoir dès lors un service d'archives 
bien organisé. 

Uskvdy,tiotali yovnuinitiœ in liirri LoiuUnensi as- Apentl/, 8 sol. pro Une suo inroluliindo. » yîo^. 
scrvati, p. 1-37. Scaccarii Nonnanniœ , éd. Th. .Sta piéton , t. 11. 

' «De VVillelnio de Lo^'is et WiUelmo de p. 5H2. 



KH) \ I. ()BSKU\ M'IONS SU; IJ". PUOTOCOJ.K DIvS VCTKS. 

\I 

OBSERVATEONS SIR LES PVRTIKS PROTOCOLAIRES DES ACTES. 

Dans les pages précédeiiles, il n'a été question que de la partie essenliellc 
lies actes, de ce qui en constitue le corps et en fait connaître l'objet général 
ou particulier. Il faut maintenant en étudier les clauses protocolaires du com- 
mencement et de la lin. 

I. Début des actes. — liien de plus simple que le commencement des 
actes de Henri II. Ils débutent tous par une suscription, qui n'est ni précédée 
d invocation religieuse, ni accompagnée de préambule ayant le caractère d'un 
exercice littéraire ou d'une profession de foi. 

Le Recued d'actes de Henri II que j'ai formé ne contient que deuv pièces 
munies d'imocations : ce sont deux chartes intéressant les abbayes de Savigni ') 
et de Saint- Julien de Tours -L L'une et l'autre ont été rédigées en dehors de 
la chancellerie. 

Le même goût de simplicité a fait renoncer aux fleurs de rhétorique qui 
s'épanouissaient ailleurs dans des préambules. On a renoncé aux développe- 
ments sur l'obligation d'accomplir des actes de bienfaisance et de libéralité, 
et sur la nécessité de venir en aide à la mémoire par l'usage de l'écriture. 

Les sentiments de piété du roi sont suffisamment attestés par ses libéralités 
aux églises, par son perpétuel souci de faire prier pour les morts, et aussi par 
l'emploi, d'ailleurs rare, de l'expression pro amore Dei^^K La charte relative 
aux turcies de la Loire porte l'empreinte d'une vraie commisération pour les 
victimes des inondations : « Et primo quia ego ipse vidi et comperi dolores et 
dampna que Ligeris in Valeia faciebat, propter hoc, tanquam pietate com- 
motus . . . (*). » Mais les chartes ne sont guère des documents psychologiques. 

'"' « In nomineDomini nostri Jesu Christi», ''^ N" 021, 034^, 348, /i2 i , 438, 448, 

après l'adresse , n° 3o. A de notre Recueil. 5 ] 6 de notre Recueil. 

'^^ «In nomine sancte et individue ïrini- ^'*'' N" 244. (^ette charte contient après le 

tatis», avant le nom du roi. dans le n" gcj. salut une invocation : Sciatis qnod, in nomine. 



TJTKE DON.NK AL KOI. 197 

11. Titre donné au roi dans la suscription. — Ayant d'abord à nous oc- 
cuper de la suscription , dans laquelle il faut distinguer le nom et le titre du 
roi, l'adresse des destinataires et la forme du salut, il faudra déterminer à 
quelle date Henri II a commencé à porter le titre de roi. 

Ce nom et ce titre occupent dans les actes tout ou partie de la première 
ligne et y paraissent dans un état d'extrême simplicité. Jamais on n'a laissé les 
calligraphes y faire assaut d'habileté en traçant de grandes lettres allongées, 
si grêles et si étroitement serrées les unes contre les autres que la lecture en 
est diflîcile. Dans nos chartes normandes, je n'ai rencontré qu'une dérogation 
à cette règle; une confirmation générale des biens de l'abbaye de Foucar- 
mont(^^, expédiée en présence du chancelier Thomas Becket, commence par 
ces mots : « H. REX ANGLORVM ET DVX NORM. ET AQVIT. ET COMES 
AND ». , écrits en caractères allongés, grêles et pressés les uns contre les autres. 
Pareille particularité ne s'observe que dans une des chartes du Musée britan- 
nique, le privilège de fabbaye de Westminster, daté de Douvres (-), dont la 
suscription est à peu près entièrement tracée en lettres allongées : « HENRICUS 
DEI GRATIA REX ANGLORIM ET DUX NORMANNORUiVI ET AOLil- 
TANORUM et cornes Andecavorum ». 

D'ordinaire la première ligne, toute entière en caractères minuscules, débute 
par l'initiale du nom du roi , un H. oncial, d'assez petite taille , suivi d'un point 
ou encadré entre deux points. J'ai noté comme exceptionnel le cas de la 
grande charte n** i i (confirmation des biens du prieuré de Longue ville), dont 
les deux ex.emplau'es origmaux, conservés à Rouen et à Oxford, contiennent 
le nom du roi écrit Henric ". Ce nom se présente sous la forme abrégée Henr. 
dans la charte de Saint-Etienne de (^aen (n" 108), qui est fœuvre d'un habile 
calligraphe. Dans la charte 1 Wi , le mot jfi^e«nc«5 est écrit en toutes lettres, ce 
({u'on remarque aussi dans une charte de l'abbaye de Furness, classée au 
Record Oiïice sous le numéro 3 2 des Chartes royales du duché de Lancastre, 
et dans trois chartes de l'abbaye de Saint-Valeri (^) faisant partie des archives 
du New Collège à Oxford; dans deux de ces dernières chartes, l'initiale H est 
une capitale. Un privilège octroyé à l'abbaye de Shrewsbury, du temps du 

''^ N" 124. ''' Ces trois chartes, photographiées par le 

''^ Cotton, VI, 5 — I.a ligne 1 finit par les Rév. H. Salter, forment les n°' i 53. a, 33'i. a 
«yllabes AQVITA. et SSg. b de notre Recueil. 



IW8 \ I. OKSKin V'I'IONS SI K LK PKOTOCOI.K DKS VCTKS. 

rliancelier Tlioiuas Bcikol, coiunicncc [)ar le mol Ul'ARK^V^S, en lettres ma- 
juscules, sans abré>iallon '' . 

A la suite du nom Aient le litre du roi, tantôt Hex, lanlôl Dei (jnUia rex. 
Je n'ai pas à revenir sur l'emploi de ces deux formules qui furent en usage à 
la chancellerie, la première depuis ravènement de Henri II juscpi'en i i 72-3, la 
seconde depuis i 1 y:?-.') jusqu'à la fin du règne. Cette question a été élucidée 
dans le premier des chapitres précédents , mais je n'ai rien dit de la date exacte 
à laquelle Henri 11 a pu commencer à prendre le titre de roi. C'est là une 
([uestion délicate, qu'il serait impossible d'élucider sans jeter les yeux sur des 
incidents postérieurs ou antérieurs au règne de Henri il. 

Voyons ce qui s'est passé en 1 189. 

A la mort de Henri II, arrivée le 6 juillet 1 189, Richard Cœur-de-lion, 
son successeur, attendit le 3 septembre , jour de son couronnement à West- 
minster, pour prendre le titre de roi. Après s'être fait couronner à Rouen , 
comme duc de Normandie, le 90 juillet, il alla s'embarquer à Rarfleur pour 
passer en Angleterre et ceindre la couronne royale. 

Pendant son séjom* à Rarfleur, il eut à faire expédier une charte pour dé 
terminer les droits de Gérard de Canville et de Nicole, sa femme, sur les do- 
maines de la famille de La Haie. La charte fut délivrée en présence de Jean 
Sans-terre, comte de Mortain, et de plusieurs des seigneurs de la cour. Elle 
porte pour suscription ces mots : B. Dei gratia dominus Anglie et dux Nor- 
mannie et Aquitanie et cornes Andeijavensis. C'est là un témoignage assez impor- 
tant pour que le texte de la pièce en soit inséré ici tel c|ue William Hardy (-' 
Fa publié en i 838 d'après l'original conservé au Record Office, parmi les titres 
du duché de Lancastre : 

1\., Dei j^ratia doiniiuis Anglie et (lux Normannie et Aquitanie et cornes Andegavensis, 
ajchiepiscopis, episcopis, abbatibus, coniitibus, baronibus, justiciis, vicecomitibus et om- 
nibus baillivis et fidelibus suis, sahileni. 

Sciatis me concessisse et presenti carta mea confirmasse (ierardo de (^anvilla et iNicolae, 
uxori sue, et heredibus eorum, totum jus et hereditatem quam habere debent in Anglia 
et in Normannia de hereditate ipsius Nicolae, cum custodia et constabularia castelli Lin- 
colnie, et cum omnibus redditibus et rectitudinibus et libertatibus quas habere debent, 

'■' BibUolln'H|ue Bodiéienno, 11" 86 de la série du Shropsliire. — '"- Arclii^olofpa, t. XX Vil, 
p. i 1-2. 



t 



tttrb: donnk w koi. 199 

sicut Robertus de Haia et Ricardus de Haia, vel ali(|uis antecessoiuni ipsius jNicolae, ea 
justius et melius et liberius et integrius tenuerunt. Postea eoiicessi eis PuppeviHani et 
VYarreviHam, sicut jus suum, cum omnibus pertinentiis ad ipsa nianeria pertinentibus, 
exceptis ccc libratis terre andegavensium quas dedi de nianeriis illis Ricardo de Humeto. 
Quare volo et firmiter precipio quod jaiii dicti Gerardus et uxor ejus et heredes eorum om 
nia predicta habeant et teneant bene et in pace, libère, quiète, intègre, plenarie et hono 
rilice , cum omnibus libertatibus et liberis consuetudinibus suis. 

Testibus : Johanne fratre nieo, comité Moritonii, Willelmo de Humeto constabuiaiio . 
Hugone de Gurnai, Henrico de Novo Burgo Walkelino de Ferariis, Radulfo Taissun, 
Willelmo de Sancto Johanne, Roberto de Harecurt, VMllelmo de Diva, Hugone Bar- 
d[ulfo], marescallo meo. Data per nianum \Villelini cancellarii mei, apud Barbe 
fî[uvium]. 

En Angleterre, avant l'arrivée de Ricliard, qui débarqua à Portsmouth, le 
1 3 août, la reine mère Aliéner exerça une sorte de régence, en vertu d'un 
bref d'outre-mer, et son premier acte eut pour objet la mise en liberté des 
prisonniers et les mesures à prendre pour faire prêter à tous les vassaux du 
royaume le serment de féauté lige à sire Ilichard, seigneur de l'Angleterre : 
Et juret anusquisque liberoram hominum totius refjni quod Jidem porfabil domina 
KiCARDO, DOMINO A-\GLiE,^/io domini recjis Henn'ci et domine /ilienor reqine, de 
vita et memhris sais et honore terre no , sicut Ii(jio domino suo, contra omnes homines 
el feminas qui vivere poterunt et mori, et quod ci justitiales erunt, et auxiUum ei 
preslahunt ad pacem et justitiam suam per omnia servandam^^\ 

De son côté, la cour de France ne recoinnit pas Hicliard comme roi d'An- 
gleterre avant le jour du couronnement. Une lettre de recommandation que 
Philippe Auguste et la reine Isabelle écrivirent en faveur des moines de Can- 
torbérv est adressée : liicardo duci Normannie^'-\ 

De ces trois faits il résulte évidemmeni (pu* Hicbard Cœur-de-lion n'a 
point officiellement pris ou reçu le titre de roi avant d'avoir été sacré, ce qui 
eut lieu deux mois après la mort de Henri II, et c'est ici qu'il convient de faire 
remarcpier avec quelle précision sont rédigés les récits de l'auteur des Gesia 
Henrici. 

\\ rapporte à Kicliard , comte de Poitou, les é\énements antérieurs au 

•'^ Ges<« /fe/;nV/ , t. II , j). -4^ et 75. — L't-di- dcn fl. III, n. f) se Irmive la leçon j'iistUioin 
tiou des Geslii porte servaiida : mais dans siiain serraudam. 
rédition delà Chronique de Hngei- de IIoxc- (- Kpistohr Cajiluari('iise.'',éd.SU\hhs,Y>.'c>ob. 



200 \ I. OBSKin MIONS SI li LK PKOTOCOLK DKS \(/IKS. 

(Oiiroiinenient du duc de Normandie daus la calliédiale de I\oueii , le 
;>o juillel : 

Contes lUcarâns Pictavensis honorilice retinuit oiiines sorvientes régis patris suis. . . — 
.loliannes, (ilius régis, venit ad romitein Jlicarduiu , frahrin mmni . . . — Cornes Ricanlus in 
Normanniam rediens venil Jiotoinairum . . . i'\ 

Après le 9o juillet, notre annaliste ne met plus eu scène que Richard, duc 
de Normandie : 

Qui (Gaufridus,afchiepiscopusEboracensis),missisciericis suis in Angliam,cum litteris 
predicti Hicardi, Norinamiie ducis . . . — Deinde supradiclus du.i Normannie, tertio die 
])Ost(|uani lactus est du\. . . — In eodem colloquio, Jiicardiis dur Normannie promisit se 
daturum régi 1^'rancie ^,000 niarcarum esterlingoruui ... — Prefaius dux venit usque 
Barbeflucluni . . . '-l 

Mais ce qu'il importe le plus de faire observer, c'est que, dans la charte 
octroyée à Gérard de Canville, Richard Cœur-de-lion se qualifie de seigneur 
DE l'Angleterre par la grâce de Dieu : Dei gratia ilominus Amjlie, et que la 
régente Aliénor recommande aux fonctionnaires de faire prêter à tous les vas- 
saux serment de féauté lige à Richard, seigneur de l'Angleterre, Ricardo, 
domino Anglie, fils du roi Henri et de la reine Aliénor. 

Le titre de dojninus Anylie était donc celui que portait en Angleterre l'hé- 
ritier du trône pendant le temps écoulé entre la mort de son prédécesseur et 
la cérémonie du sacre t-^). 

Richard Gœur-de-lion n'est pas le seul à avoir porté le titre de seigneur 
de l'Angleterre : sa grand' mère, l'Impératrice Mathilde, s'est qualifiée de 
dame de l'Angleterre, du moment où elle espérait arracher la couronne à 
Etienne de Blois. On voit au Musée britannique une charte originale de l'ab- 
baye de R.eading, émanée de l'Impératrice Mathilde, dont la suscription est 
conçue en ces termes : Mathildis Imperalrix , Henrici régis filia, et Anglorum 
DoMiy\, an hiepiscopis , episcopis, comitibas, baronH)us,ju.sticiariis^'''>,vicecomifibus, 

<*' Gesta Henrici, Ll\ , ^. 'j2 q\ 'jo. '''' Cette charte (au Musée britannique, 

'*' Ibid. , Y>- 73-75. n" 19077 du fonds additionnel), relative à la 

'•^' \ oir sir Thomas Dutlus Hardy, Rotali concession de Blewberry, porte en toutes lettres 

cliarturum , 1. 1, p. xvn. la leçon justiciariis. 



TITRE DONNK AL ROI. 201 

prepositis, minislris et omnibus fidelibns suis , f rancis et amjlis lotius Amjlie, salu- 

Les archives de Christ Cliiirch à Oxford ('^) renferment aussi une charte de 
féghse d'Oseney qui commence par ces mots : M. Imperatrix, H. régis ftlia, 
et Anglorum domina, archiepiscopis , episcopis, abbatibus, comitibus, baronibus, 
vicecomitibus , ministris et omnibus hominibus suis,francis et wujlis totius Amjlie, 
sahilem. 

Henri II dut, lui aussi, être le « seigneur de l'Angleterre » pendant le temps 
qui s'écoula entre la mort du roi Etienne (25 octobre i i 54) et la cérémonie 
du sacre (19 décembre 1 i54). 

Malheureusement je ne connais pas d'acte du princo Henri qui puisse être 
classé comme appartenant à cette courte période. Je n'accorde aucune con- 
llance à une lettre qui semble être de cette date et dont M. le marquis d'Al- 
bon a bien voulu me communiquer un texte très incorrect, tel qu'il se trouve 
au Musée britannique (^) dans un cartulaire du xv*^ siècle, contenant les an- 
ciens titres relatifs aux biens des Templiers et des Hospitaliers en Angle- 
terre. 

Le voici , avec les corrections proposées par mon savant correspondant : 

T., Dei gratia Cantuai'. arch[iepiscopo], Jolianni (Hario), eadem gratia Ciceslrensi 
episcopo, Philippe (Philippus?), pari gratia Baioc[ensis] episcopo (episcopus?), salutem. 

Notum sit omnibus, tam presentibus quam futuris, quod ego concessi et in perpetuam 
elemosinam dedi ecclesiam de Suntynges, cum omnibus pertinentiis, quantum ad me 
pertinebat, fratribus TempH, et quicquid in eadem habebant Roger us et Gebgerboldus 
sacerdotes, tam indecimis quam elemosinis. Et hanc donationem feciapud Rothomagum, 
in presentia régis Henrici , qui adhuc eratcomes, et in presentia episcopi Cicestrensis , et 
Willelmide Braosa,et Willelmi deHarecourt. Propterea paternitatem vestram suppliciter 
exoro, ut eam eisdem confirmetis, eandemque in pace tenere faciatis. 

Teste Simone de Turnebu, Willehno de Mennevilla''). 

î'' Fac-similés of Royal and other charters in tives à la même donation. L'intervention du 

the British Muséum, vol. I, charte 11. prince Henri y est indiquée dans les termes 

<■' Photographie du Rév. H. Salter. Voir suivants : «Teste Henrico duce Normannorum, 

plus haut, p. i4o. cujus rogatu hanc donationem eis fecimus»; 

'^^ Cotton,Nero, E. VI, fol. iS/iv". — Hujus vero donacionis et concessionis tes- 

''^ Le même cartulaire des templiers et des tes sunt Henricus dux Normaimorum , Matill. 

hospitaliers contient deux autres chartes lela- Imperatrix, mater ejus. » 



CHARTES ET DIPLOMES. IV. 



26 

BIMEP.IE NATIONALE. 



'202 \ I. ()hSKU\ MIONS SI K LK PKOTOCOI.K DKS VCTKS. 

[a\ inonlioii de la préseiKc du rcx flenricus qui ndhiic eral cornes est lout à 
lait lnadmi.ssil)le. C'est évidemment une simple notice, faite après coup, sous 
forme de charte par un clerc de comraanderie du Temple, peu au courant île 
riiistoire et des usages des Plantegenèls. 

Ainsi je n'ai pas la preuve (jue Henri ait pris le titre de domimis Anulie, 
mais je considère comme infiniment probable que, pendant les mois d'octobre 
à décembre i i5/| , il a gouverné et administré sans avoir pris le titre de Koi. 

Examinons maintenant la question de savoir si, sous le règne de Henri 11 la 
règle protocolaire comportait l'emploi de la formule reœ Anfjhrnm ou rex 
A/ujIie. 

L'une ou l'autre formule serait également acceptable, s'il fallait tenir 
compte des copies et des éditions que nous connaissons. Mais ici , comme dans 
la plupart des problèmes de paléographie diplomatique , il faut s'en rapporter 
au témoignage des chartes originales ('^ Toutefois, avant d'aborder l'examen de 
ces chartes, il est bon de constater l'usage qui fui en vigueur sous les prédéces- 
seiu's de Henri II. Tous les princes qui ont gouverné le royaume d'Angleterre 
depuis la conquête normande ont officiellement porté le titre de rex Anglorum. 
Pour en être convaincu il suffit de jeter les yeux sur les sceaux qu'ils ont em- 
ployés : 

Guillaume le Conquérant : 

Hoc Normannoram Willelmum nosce pot'onum. 
Hoc Ancflis regem signo fatearis eundem. 

Guillaume Le Houx : M illelmus Dei (jratia rex Amjlorum. 

Henri P'" : Henricus Dei (jratia rex Aiifjlorum. — Henriciis Dei (jratia diix 
Normannoram. 

Etienne : Stephanus Dei (jratia rex Amjloram. — Stephanus Dei (jratia dur 
Normannoram. 

Henri II : Henricus Dei (jratia rex Amjlorum. — - Henricus Dei gratia dux Nor- 
mannoram et Aquit. et cornes Andefj. 

'*' Je ne crois pas qu'on puisse attribuer un ou rex Angluriiin. Voir Round, GeoJJrey oj 
sens difîérent aux deux formes : rex Anglie Mandeville, p. 70. 



TITRE DONXK \l ROT. 203 

On peut encore citer la légende du sceau dont Henri Court-mantel se 
servait quand il était roi associé à son père : Henricm rex Àmjloram, diix Nor- 
mannoram et cornes Andegavonim. 

La suscription des chartes ne devait pas dilTérer ; mais les scribes ont ie 
plus souvent abrégé la finale des mots Amjlorum, M ormannorum , Aquitanorum , 
Andeçjavorum; le plus souvent ils ont écrit AncjL , Norm. ou Normann., Acjuit. 
et Ande(j.; toutefois il existe plusieurs pièces sur lesquelles les mots sont 
écrits en entier. J'en puis indiquer deux. La première est le privilège de Saint- 
Pierre de Westminster, que j'ai cité un peu plus haut('). L'autre est un acte 
solennellement expédié « per manum Stephani de Fulgeris scriptoris ». 

Etienne de Fougères fut un secrétaire de Henri II, qui devint évêque de 
Rennes , c'était un lettré qui a mérité d'avoir son nom inscrit dans nos annales 
littéraires du xii^ siècle. La charte est une confirmation générale des biens de 
l'abbaye de Foucarmont(n'' i ojy), et je crois qu'on peut bien la qualifier de 
solennelle, non seulement parce qu'Etienne de Fougères l'a exceptionnellement 
souscrite de son nom, qu'elle a été expédiée en présence du chancelier, copiée 
avec un soin particulier et une remarquable élégance, mais surtout parce que, 
conti'airement à un usage constant, les premiers mots, comme j'ai déjà eu 
l'occasion de le faire observer, sont calligraphiés en majuscules. 

Par ces raisons, je crois que la charte de Foucarmont mérite d'être prise 
en sérieuse considération et qu'on peut l'invoquer pour faire admettre comme 
protocolaire dans les suscriptions de chartes de Henri II la forme Amjlorum, 
el par voie d'assimilation les formes Normannorum , Agiiitanoram et Andeifavo- 
riini. 

D'autre part, je n'ai jamais rencontré à la même place dans une charte ori- 
ginale les mots Anglie, Normannie , Aquitanie et Andeçjavie. En effet, je ne tiens 
pas compte d'une charte de Saint-Etienne de Caen (n" 1 08) , qui commence par 
ces mots ainsi écrits : Henr. rex Anql. et dux Normannie et Aquitanie et cornes 
\nde(j. Cette charmante charte est une pièce calligraphiée, divisée en deux 
colonnes comme une page de cartulaire, et l'inexpérience du scribe s'est ma- 
nifestée dès le premier mot tombé de sa plume : il n'a point figuré le nom du . 

f' P. 197. ter de Gray Birch, intitulé : Index of llic 

^*' La question des titres de Henri II a été styles and tilles of sovereigns of England , p. 63. 
à peine ellleurée dans le mémoire de M. Wal- [Index Society, Publications , 1879, IV.) 

2(5. 



20/1 \l. OBSKin \TI()\S SI \{ \A\ PKO'I'OCOL K DKS XCrKS. 

roi par l'initiale .H. mais par la première moilié du nom Ilenr. C'est aussi par 
suite de sou inexpérience qu'il a écrit Nonnannic et Aquilanic. 

Je dois ajouter (jue le titre rc.v ArKjlnrum se trouve sur nombre de pièces 
rédigées au nom des personnes qui devaient être le plus familiarisées avec les 
usao^es de la cour. 

ii5(). Accord entre les abbayes do \endoine et de Saint-Julien de Tours : « Henricus 
rox \NGLon. duv NouMANNon. et Agi rrANon. el cornes Akdkgavor. » (Original jadis commu- 
niqué par M. Hucher. ) 

S. d. Charte de « H. Pincerna » : « Pro anima Henrici régis Anglor. secundi. » (Original, 
Archives de la Manche, fonds de Savigni.) 

1 185. Acte solennel émané de Richard, évéque de Wincliester : « partes suas pia sedu- 
litate interponente Henrico rege Anglor. secundo. . . — Regni régis Anglor. Henrici secundi 
\\\i. » (Fac-similé de l'original dans le recueil de Warner, n° 67, pi. XLIII.) 

La dénomination officielle de Henri II était donc bien Henricus rex Amjlo- 
riim ; mais il faut bien reconnaître que , si le protocole n'admettait pas le titre 
de Henricus AmjUe rex, cette dénomination était d'un usage courant du vivant 
de Henri II, et que, si le titre officiel n'était point douteux, le souverain était 
bien connu sous une autre dénomination que celle du protocole. 

J'ai relevé la forme Henricus Anglie rex dans nombre de documents origi- 
naux du temps de Henri II. 

Avant 1164. Légende du sceau de Guillaume Longue-épée : « ^Willelmusprater Hein 
Rir.i anglie REGIS. » (Collecliou Moreau, \ol. i3o, fol. 97.) 

1 165. Charte de Gautier, fds de Robert: « Anno MCLXV ab incarnatione Domini nostri 
Jhesu Christi, xi° anno secundi Henrici régis Anglie. » (Facsimilé dans le Recueil de la 
Société paléographique de Londres, planche iqS.) 

S. d. Charte de Godard de Vaux : » Ad salutem régis Anglie Henrici secundi. » (Original, 
Archives de la Seine-Inférieure, fonds de Fécamp. ) 

1169. Procès-verbal d'un bornage fait par le sénéchal d'Anjou : « Ante dominum 
Henricum regem Anglie. » (Archives de Maine-et-Loire, fonds de Fontevrault. ) 

1169. Stephanus, Dei gratia Redonensis ecclesie presbiter et régis Anglie capellanus. 
(Archives d'Ule-et-Vilaine, fonds du prieuré de Fougères.) 



TITKE DONNK AU ROJ. 205 

iiyd. Même texte dans une autre charte de Tabbaye de Savigni. (Archives nationales, 
L. 966.) 

S. d. Charte de l'abbaye de Marmoutier : « Stephanus de Marchais, domini Henrici 
régis Anglie. . . . » (Collection Moreau, vol. 71, fol. 218.) 

Les contemporains de Henri II, pour empêcher que ce prince fût con- 
fondu avec son grand-père le roi Henri l^', l'ont appelé Henricas secundus et 
cette dénomination est entrée dans différents actes écrits de son vivant. J'ai 
déjà cité deux actes dans lesquels il est ainsi nommé. Je puis encore en si- 
o-naler cina autres. 







cmq 



1 i6o. Charte de Hugues, archevêque de Rouen : « In presentia régis Angloruni secundi 
Henrici ... ; donum primi et secundi Henrici , regum Anglorum. >( N° 1 00 de notre Recueil. ) 

S. d. Hec autem conventio recognita fuit et concassa coram rege Henrico secundo et 
coram domina Impératrice, apud Pratum. > (iN" i Oy de notre Recueil.) 

S. d. Charte de Bernard de Saint-Valeri : « Concessi domino meo Henrico secundo, 
régi Anglie, sedem abbatie de Godestovv. » [Monast. anglie, t. IV, p. 36^.) 

1176. Acte de procédure : « Anno ab incarnatione Domini MCLXXVI, anno autem 
regni Henrici régis secundi. . . » (Fac-similé dans le recueil de Warner, n° 57.) 

1 182. Chai'te tle Jean, évêque d'Evreux, pour fabbaye de Saint-Ouen : « Hoc diffinitum 
fuit coram nobis vi kl. julii,anno incarnati Verbi MCLXXXII", Henrico secundo in Anglia 
régnante, Xormannie et Aquitanie ducatus et consulatum Andegavii [sic] possidente. . . 
(Collection Moreau, vol. 85, fol. 181.) 

1182. Accord sous forme de cirographe conclu à Westminster dans la cour du roi : 
• Anno regni régis Henrici secundi xxviii. » (Recueil de Warner, n" 63.) 

1 185. Accord conclu à Douvres, en présence du roi : « Regni régis Angloruni Henrici 
secundi xxxi. « [Ihid., n° 67.) 

C'est aussi pour éviter une confusion avec le roi Henri P' que Henri II a été 
distingué par l'addition de l'épithète jM/î/or au nom de Henricas , et dans les 
textes anglo-normands de la seconde moitié du xii^ siècle , les mots Henricas 
re.T janior désignent, non pas Henri (jourt-mantel, fils de Henri II, mais 
Henri II. C'est ce qu'on trouve assez fréquemment dans le Carlulaire de l'ab- 



200 \ I. OBSKUN \'ri()\S SI W LK PKOTOCOLK DKS VCTKS. 

hxyo (rAI)ln»>[(loir'', cl aussi dans (««ux de Sainl- \iil)iii -) cl, de Saint-Pierre de 
Préaux f-^. Heini, abl)é de Fécani|), dans une charte de l'anncc i lô/j, relatixe 
au \Ionl-au\-malades(^^ appelle le nouveau roi llenricus junior. 

Mais le surnom qui a élc donné de préférence à Henri II par ses contem- 
porains était celui de Fils de Tlmpératrice [FUius Imperalricis), et ce surnom 
est inscrit dans le texte officiel du Iraité conclu en i i 7.) avec le roi d'Kcosse. 

Hec est conventio et finis qiiein Wilielnius rex Scotie l'ecit cuni domino siio Heniico 
rege Anglie, Filio Matildis Imperatricis^^l 

11 est aussi surnommé Fils de Matliiide sur le Hôle des liefs du duché de 
Normandie qu'il lit chesser en i 1 -y^. : 

Idem cpiscopus Lexoviensisi liabet II milites, de donc régis Ueniicii Filii Mathildis, 
seilicet in Mesnilio Odonis et in Corliespina''''. 

Un simple mot sur des titres qui ont été indûment attribués à Henri U. 

L'addition des mots cornes Moritome aux titres ordinaires de Henri II me 
semble être une maladroite interpolation dans une charte de l'abbaye de 
LonlaiW, dont nous ne connaissons que des copies modernes. 

Il faut aussi considérer comme anormal le titre de cornes Cenomanensis in- 
séré dans la suscription d'une lettre adressée à Alexandre III '^^ La lettre nous 
est parvenue incorporée au milieu des lettres de Pierre de Blois. Le compila- 
teur du recueil a bien pu ajouter les mots et Cenomanensis à la suite de cornes 
indefjavensis. 

Je citerai un peu plus loin 1 p. 3 1 1 ) une charte octroyée à l'abbaye de 
Lonlai par « Henricus rex Angi. duxNorm. et Aquit. , comes Andeg. Ccnommanie 
et Tuionie. » Mais je signalerai dans cette pièce plusieurs traces de fausseté ou 
d'interpolation. 

î'' Clii'onicon monasterii de Abin<^(lon , éd. Ste- -^^ Recueil des historiens, I. WIII , p. 69/1. B. 

venson, t. II, p. 189, 210, 210, :>.iG, :i2'j. — Ia' procès-verbal d'un accord conclu à 

'*' Ed. Bertrand de Broussillon , l. H, p. 66. la fête de Noël, dans ie château de Caen , en 

'^' «Anno 1 158 dominiçe incarnationis , re- 1182, contient les mois : « in curia doniini 

gnl auteni Henrici régis junioris (juarlo. )> régis Henrici fdii Matildis Imperatricis». 

Cartul. de Préaux, fol. 120, n" 071. \° M5. a de notre Recueil. 

'*' N" 1 de notre Recueil. '' N" 54 1 de notre Recueil. 

''' Gesta Henrici. t. I, ]). 96. '*^ Rec. des his(or. , t. XVI, p. 6^9. 



ADRESSE DES VCTES. 207 

En 1 i6o, le rédacteur d'une notice du cartulaire du Honcerai (n" 98 a. de 
notre Recueil), à laquelle le roi a fait apposer son sceau, a ainsi cjualifié 
Henri II : Henricus ivxAmjUe et dax Normannorum et Aqaitanomm , cornes vero 
Andecavoram et Nannetensium. Par cette qualification, qui n'a rien de proto- 
colaire, on a voulu commémorer un événement de l'année 1 i58 : au mois 
de septembre, Henri II, après la mort de son frère Geoffroi (26 juillet 1 i 58) , 
se fit reconnaître comte de Nantes et de la région voisine connue sous le noni 
de MéeW. 

Autrefois on a cru ([ue Henri II, dans certaines circonstances, avait joint à 
son titre de rcx Aiujl. le titre de dominas Hibemie. Aujourd'hui il est générale- 
ment admis que le titre dominas Hibemie n'a été porté par les rois qu'à partir 
de Jean Sans-terre. 

Mais on trouA e encore dans la dernière édition du Monasticon amjlicanum , 
et même dans des ouvrages postérieurs (^), sous le nom de Henri II, un certain 
nombre de chartes dont la suscription est au nom de Henricas rcx An<jL, 
dominas Hibemie. 

Les chartes ainsi libellées sont certainement de Henri III, et, si le texte en 
a été publié en entier, elles doivent contenir à la fin une date du jour et de 
l'année du règne, ce qui ne se voit jamais dans les chartes de Henri II. 

III, L'adressp:. — Dans les actes de Henri II, le titre donné au roi : rex 
Amjloram et da.i Nomiannoram et Aquitanorum et comes Andegavoram, est 
immédiatement suivi d'une adresse, dont, le plus souvent, les éléments 
primordiaux et essentiels se ramènent à ces mots disposés suivant un ordre 
immuable : 

a. Les gens d'église : arcliiepiscopis , episcopis, abbatibas; 

b. Les membres de la noblesse : comitibas, baronibus; 

c. Les fonctionnaires : y H5/!'ciV.y, vicecomitibas ; 

d. L'ensemble des agents du roi et des féaux, c'est-à-dire des sujets : et 
omnibus ministris et jidelibas sais. Les officiers et agents d'ordre secondaire sont 
très souvent dénommés baillivi et très rarement servientes. 

"' Robert de Torigni,t. F, p. 3i2, avec la '^' A. Van Lokeren , Charles et documents da 

continuation du moine du Bec [ihid., t, JI, l'abbaye de Saint-Piene-aii-Moiit-Dlamlin à Gand, 
j), 169). t. I, p. 17Ô, n"3o8. 



:208 \ l. OBSKIW \ri()\S SI K LK PKOTOCOLK DKS ACTES. 

Pour inonlrer (juc celle lonnulo élail la plus ^énéralcnieut employée à la 
ehaueellei'ie, j'ai vérillé dans noire Recueil (ju'elle se trouve soixante-cinq fois 
dans une série de cent actes prise au hasard, celle ([ui contient les actes cotés 
,")0 i-4oo. 

I^es développements et les modifications que reçoit cette formule ont pour 
but de déterminer si le roi s'adresse à l'ensemble de ses sujets, ou bien uni- 
(juement au\ sujets de l'Angleterre, — à ceux des proAinces continentales, 

— à ceux d'une pro>ince déterminée, — ou d'une circonscription adminis- 
trative. Parfois l'adresse vise une des catégories de dignitaires, d'ofïiciers ou 
d'agents visés par la nomenclature ci-dessus indiquée; parfois elle fait 
connaître nominativement le corps ou le personnage, à qui un ordre est 
donné ou une mission confiée. 

Dans la désignation des catégories, l'ordre hiérarchique est toujours scru- 
puleusement observé. 

Je dois donner quelques exemples des dilïérenls cas contenus dans notre 
Recueil ^''' : 

Adresses au pnhlic en général. — Omnibus ad quos presens scriptum pervenerit (SGg). 

— Omnibus présentes iitteras inspecturis vel audituris {5i5). — Omnibus sancte matris 
Ecclesie fidelibus (129). — Omnibus sancte Dei Eeclcsie filiis {l6^]. — Omnilms Christi 
fidelibus (294). — Omnibus hominibus ad quos litière pervenerint, cujuscunque terre 
sint ( 147). 

Adresses à tous les sujets du roi. — Archiepiscopis , episcopis, abbatibus, archidiaconis, 
decanis, comitibus, baionibus, justiciis, vicecomitibus , ministris et omnibus hominibus et 
fidelibus suis, tam clericis quam laicis totius terre sue citra mare et ultra (ASy). — Om- 
nibus fidelibus suis {28, 65, 84)- — Omnibus hominibus et amicis et fidelibus suis, tam 
presentibus quam futuris (76). — Omnibus ministris et fidelibus suis tocius terre sue 
(12, 3o, 74, 101). 

Très souvent le roi s'adresse en même temps à ses sujets de ?iationalité française et à ceux 
de nationalité anglaise, sans guil soit d'ordinaire fait mention des sujets d'une seule nationalité. 
— - Fidelibus suis francis et anglis (7, 8, 9). — Fidelibus suis francis et anglis tocius 
Anglie (10. i3). — Fidelibus suis francis et anglis totius Anglie et Normannie (67). 

Adresses aux sujets du roi en Angleterre ou à ceux d'Angleterre el de France. — Omnibus 
fidelibus Anglie (56). — Fidelibus suis Francie et Anglie (3). 

''' Les chiffres imprimés entre ( ) renvoient aux n°' des pièces de noire Recueil. 



ADRESSE DES ACTES. 



209 



Adresses aux sujets ou fonctionnaires d'Anglelerre'^^^ et à ceux de provinces françaises. — 
Fidelibus suis totius Anglie et Normannie (ii, 4o, 49, yS, 78, 108). — Omnibus filiis 
sancte Ecclesie per Angliam et Normanniam constitutis (29), — Fidelibus suis Anglie, 
Xormannie et Aquitanie, tam presentibus quam futuris (âiy). — 0mnij)us ballivis suis 
totius Anglie et Normannie et Andegavie et Turonie et Aquitanie (186). 

Adresses spéciales ii la Normandie. — Omnibus fidelibus suis de Normannia (68, 85, 
io3, 109, 118). — Omnibus bailiivis suis Normannie (Sy). — Justiciis, vicecomitibus , 
constabulai'iis et omnibus ministris et fidelibus suis totius Normannie (444)- — Archi- 
episcopo Rothomagensi , episcopis, abbatibus, comitibus, baronibus, justiciis, vicecomi- 
tibus, ministris et omnibus fidelibus totius Normannie'-' (io5). — Archiepiscopo Rotho- 
magensi et omnibus episcopis Normannie (70). 

Haute Normandie. — Majori et communie de Rothomago (33i). - — Justiciis et vice- 
comitibus Rothomagensibus (i36). — Forestariis de Roumara {i25). — Ballivis de Pavel- 
leio {242). — Forestariis et omnibus ministris suis de Cauz (220). — Vicecomitibus 
Deppe (258). — Bailiivis suis de Archis et de Drincort (447). — Capeliano suo et bailli- 
vis suis de Drincort (4o8). — Prepositis de Strutato (241). — Ballivis suis de Monte 
Forti (240). — Senescallo de Nonancourt (112). 

Moyenne Normandie. — Ministris et fidelibus de Argentomo (96, io4, 126). — Justi- 

tiis, vicecomitibus et ministris suis et fidelibus de vicecomitatu de Argentomo — 

Ministris et fidelibus suis de Oximisino (232). — Justiciis et ballivis suis de Uismes et de 
Auge (263). — Vicecomiti Oxim. (509).— Justiciis suis de Beissin et prepositis de Baiocis 
f 122). — Ministris et omnibus ballivis suis de Baiocassino et forestariis de Verneio (34). 
— Ministris suis de Beiesino (2 36). 

Basse Normandie. — Episcopo Constantiensi ( 180). — Episcopo Abrincensi et episcopo 
Constantiensi (187). — Justiciis et vicecomitibus et ministris suis de Costentino (ii3, 
2o4). — Justitiis, vicecomitibus et bailiivis suis de Costentino (322). — Constabulario 
et bailiivis suis de Cesaris Burgo (494). — Osberto de Hosa, constabulario suo de Cesaris 



*'^ Je laisse de côté les adresses aux diffé- 
rents dignitaires et fonctionnaires de l'Angle- 
terre- — Je note en passant une adresse de 
Henri, duc de Normandie, aux Gallois en 
même temps qu'aux Anglais et aux Français : 
" Omnibus fidelibus suis francis et anglis et 
walensibus totius Normannie et Aquitanie et 
\\ allie. I) Calendar of Charter Rolls, t. Il, 
p. 362. — Une charte du temps du chancelier 
Ihomas Becket, datée d'Argentan (n" 101. a 

CHARTES ET DIPLOMES. — IV. 



de notre Recueil), porte cette adresse; «Fide- 
libus de Hereforcyra, francis et anglicis et 
walensibus». — Une charte expédiée en faveur 
de Gautier L'Orfèvre est adressée «omnibus 
fidelibus suis francis, anglis et hil)erniensi- 
bus » ; c'est une charte des archives de Cantor- 
béry, datée de Nottingham, n° 88 des pièces 
photographiées par le Rév. H. Salter. 

'*' Cette formule, avec quelques variantes, 
a été fréquemment employée. 



210 M. OBSEIU VnONS SI K I.K PKOTOCOLK DKS ACTKS. 

Burgo (204,21 /i ). — Foiestariis suis âo Monte Burgi (216).- Ballivis suis ferie de Monte 
Martini (5o8). — Bertrando de Nerdun et niinistris suis de Ponte Ursonis (520). — Jus- 
litiis et niinistris suis de Moretonio (212). 

Adresses spéciales à l'Anjou, au Maine et à la Toiiraine : 

Anjou. — Archiepiscopo Turonensi, episcopis Cenomannensi et Andegavensi, et omni- 
bus fidelihus suis totius ten-e patris sui (178). — Episcopo Andegavensi et justiciis et 
baillivis suis totius Andegavie (220). — Fidelihus suis totius Andegavie et Turonie [2^/[). 

— Dapif'ero suo de AndegaWa et ministris et omnibus hominibus et fidelibus suis 
Andegavie (166). — Ministris suis Andegavie, et nominatim prepositis et burgensibus 
Lodunii (207). 

Maine. — Episcopo Cenomannensi et omnibus ministris et omnibus fidelibus suis Ce- 
nomannie (182). — (i[alfrido], Nannelensi comiti, et Guidoni de Cortirant dapifero, 
et foiestariis et omnibus ministris suis Cenomannie et Andegavie (33). — Willermo, 
Cenomannensi episcopo, et capitulo BeatiJuiianiCenomannensis (77). — Episcopo Ceno- 
mannensi et episcopo Sagiensi. . . et fidelibus suis Cenomannie et Normannie (275). 

Touraine. — Archiepiscopo Turonensi. . ., et omnibus fidelibus suis Turonie, et An- 
degavie et Cenomannie (3 12). — Ballivis et omnibus fidehbus de Turonia (128). — Mi- 
nistris et fidelibus suis Turonie et Normannie (i85). — ^ Prepositis et baillivis de Lochis 
et de Monte Basonis ( 32 1 ). 

Adresses spéciales à la Guyenne, au Poitou et à la Saintonge. — Omnibus baillivis et 
fidelibus suis totius Aquitanie ( i43j. — Omnibus dapiferis et ministris et fidelil)us Aqui- 
tanie (66). — Ministris suis totius Anglie, Normannie, Aquitanie et Andegavie (200). — 
Archiepiscopo Burdegalensi . . ., omnibus ministris et fidelibus suis totius Pictavie (352). 

— Fidelibus suis Andegavie, Pictavie et Xantonie (4 10). — Ministris et fidelibus suis 
Xantonensibus (93). — Senescalco Pictavie et omnibus ministris et fidelibus suis Aquita- 
nie et precipue Xanctonie (3o/i). — Prepositis de Pictavi et de Chiseio et de Rochella, et 
ceteris prepositis et servientibus suis de Aquitania (24)- 

Adresses spéciales a la Bretagne. — Omnibus ministris suis Britannie et nominatim de 
Rathel (290). — Prepositis et ministris suis Normannie et Vndegavie et Aquitanie et Pic- 
tavie et Britannie (407). — Episcopo Nannetensi et dapifero et ministris suis et omnibus 
fidelibus suis totius Medie ( i65). 

Adresses à des catégories de dignitaires et de fonctionnaires ajoutées à celles que mentionne 
la formule généralement employée pour l'adresse : 

Archidiaconi et decani. — , . . archiepiscopis , episcopis, abbatibus, archidiaconis, deca- 
nis, comitibus ... (409, 437, 443, 4^i4,492, 499). 



ADRESSE DES ACTES. 211 

Barones Scaccarii^^'. — Roberto comiti Leeycestrie et l)aronil)us Scaccarii (i4o). — 
Bai'onibus suis de Scaccario ( iSy). - Baronibus de Scaccario ( iSy). 

Justiciœ et vicecomiies. — Ces fonctionnaires d'un ordre supérieur figurent 
dans presque tous les actes et je n'en cite point d'exemples. 

Justiciœ. — Au sujet des justiciers, je me bornerai à faire observer que la 
forme employée pour les désigner dans les actes de Henri II est justiciœ et 
non i^asjusticiarii, comme portent beaucoup de copies et d'éditions. La forme 
justiciarius existait cependant à cette époque. M. Warner (^) a publié en fac- 
similé, d'après l'original du Musée britannique, une charte de l'abbaye de 
Reading dont la suscription est ainsi conçue : « Mathildis, Imperatrix, Henrici 
régis filia et Anglorum domina, archiepiscopis , episcopis, abbatibus, comi- 
tibus, baronibus, justiciariis, vicecomitibus, prepositis, ministris et omnibus 
fidelibus suis, francis et anglis totius Anglie, salutem. » he mot justiciariis est 
écrit en toutes lettres, et l'éditeur ne doute pas que l'acte soit bien original. 

La même particularité s'observe dans une charte solennelle passée à Douvre 
le 10 avril i i85, en présence du roi : « His testil)Lis : . . . Rand. de Glanvilla 
justiciar. domini régis in Anglia(^) ». — Même abréviation [jusliciar.) dans 
une charte de Jean, comte de Mortain, pour fabbaye de Savigni, datée de 
Mortain, la ô*" année du roi Richard. (Original aux Archives nationales, 
L. 968.) — Le moi justiciariis est en toutes lettres dans une charte de Christ 
Church à Oxford, du temps du chancelier Thomas Becket, que cite le Rév. 
Eyton et dont le Rév. H. Salter m'a donné la photographie ('*'. 

Le plus souvent le mot se présente dans les chartes originales sous la forme 
abrégée ijusiic., mais nous rencontrons plusieurs exemples du mot écrit en 
toutes lettres justiciis, par exemple : charte de fabbaye de Fécamp datée de 
Westminster (n"* 6, original aux archives de la Seine -Inférieure); charte 
de l'abbaye de Lire, datée également de Westminster (n** 49, original aux 
archives de l'Eure (^)); charte de Saint-Etienne de Caen, écrite sur deux 

^'^ Les textes qui vont être cités doivent ^*^ N° 20 des pièces photographiées par le 

s'appliquer à l'Echiquier d'Angleterre. Rév. H. Salter. 

^^ Fac-similés of royal and othev charters in '*' Peut-être n'est-ce qu'une copie contem- 

llie Brilish Muséum, n" 22. poraine. L'incision destinée à l'attache du 

^'^ Ibid., n" 67. sceau ne me parait pas bien satisfaisante, et, 

27. 



212 VI. OBSEIU ATIONS SL'K LK PUOTOCOLK DES VCTES. 

colonnes, datée de Uayeux (n" 108, original aux Archives du Calvados); une 
autre charte de la même abbave, datée de (^aen (n** i^'])- 

Vicecomites. — Quant aux vicomtes ils tiennent une si grande place dans 
l'administration de la Normandie au temps des Plantegenéts, et l'institution 
s'en est perpétuée avec de si notables développements quand la province a été 
ramenée sous la couronne de France, qu'on me pardonnera d'entrer dans un 
assez grand détail, sans même parler de la part que les vicomtes prenaient aux 
affaires de justice et de police avec des fonctionnaires spéciaux et des agents 
d'un ordre inférieur. 

L'adresse de la plupart des actes de Henri U mentionne à côté des justiciœ 
les vicecomites. Ceux-ci avaient à remplir en Normandie de très importantes 
fonctions pour l'administration domaniale , financière et judiciaire. Ils étaient, 
à vrai dire, des fermiers. C'était une institution qui a survécu dans la pro- 
vince à la chute des Plantegenéts. Au xiii*^ siècle et dans la première moitié du 
xiv^, la principale, je pourrais dire la seule subdivision des bailliages royaux 
de la Normandie fut la a icomté , qui se rattachait directement aux vicomtes du 
temps de Henri IL Je ne crois pas que tout le territoire normand ait été dès 
lors régulièrement partagé en vicomtes; mais on trouve dans les Grands rôles 
de rÉchiquier l'indication d'une vingtaine de vicomtes appartenant à la Haute 
et à la Basse Normandie. J'en citerai, suivant l'ordre alphabétique, des 
exemples remontant aux années i 180 el 1 i8/|. 

Argentan. De finna prepositure et vicecomitatu de Argentomo. ( Fragment des Archives 
nationales, publié plus loin, p. 33^.) 

Arques. De firma vicecomitatus de Archis. (Ed. de Stapleton, I, 90.) 

Auge. De firma vicecomitatus de Algia. (I, ^o.) 

Dessin. De firma vicecomitatus Baiocassini. (I, do.) 

Bonneville-sur-Touque. De firma vicecomitatus de Bona Villa. (I, 68.) 

Caux. Debemagio magni vicecomitatus de Caleto. (I, 67.) 

Cérences. De firma vicecomitatus de Cerences. (I, if\.) 

dans l'énumération des biens confirmés, les arti- que je n'ai pas remarqués dans d'autres actes 
clés sont séparés par des signes de paragraphes^, de ce genre. 



ADRESSE DES ACTES. 215 

Conteville. De lirma vicecomitatus de Contevilla. (I, 98.) 

Cotentin. De firma A'icecomitatus de Costentino. (I, 38.) 

Coutances. De veteri firma vicecomitatus de Constanciis de xx annis. (I, 12.) 

Eœmes. De firma vicecomitatus de Oximis. (I, io3.) 

Fécamp. De firma vicecomitatus de Fiscanno. (I, 90.) 

Lieuvin. De firma A'icecomitatus de Lesvino. (I, 85.) 

Montiv illier s. Debernagio. . . vicecomitatus de Mostervillari. (I, 67.) 

Risle et Seine [Entre]. De bernagio de vicecoraitatu inter Rislani et Sequanam. (I, 8i.) 

Rouen. De nova firma vicecomitatus Rothomagi. (î, yo.) 

Roumois. De firma vicecomitatus de Romeis. (I, 77.) 

Sainte-Mère-Eglise , au pays d'Auge. De bernagio vicecomitatus de Sancte Marie Ecole- 

sia. (1,98.) 

Val-de-Vire [Le]. De firma vicecomitatus de Valle Vire. (I, 29.) 

Les vicomtes étaient si bien des fermiers que le titre de vicomte était 
donné aux bourgeois qui agissaient au nom d'une corporation ayant pris à 
fenne un domaine ducal. Ainsi, les officiers de la commune de Rouen qui 
tenaient à ferme en 1179 et 1 180 le domaine ducal de Rouen, alors qualifié 
de vicomte (^^ (plus tard la vicomte de l'eau), sont appelés vicecomites Rothomaiji 
sur le rôle de l'Echiquier de Normandie ^^). Il parait bien que peu d'années 
avant i 1 80 le domaine de Dieppe avait été exploité par huit fermiers, dési- 
gnés sous la dénomination de « les huit vicomtes » dans le compte de l'arriéré 
de leur fermage ^^). 



<'^ « Barthoiomeus major et Hugo Wastei 
reddunt compotum , pro se et pro tota commu- 
nia Rothomagi, de 578 1. i3 s. 4 d. , de réma- 
nente veteris firme de Rotomago. . . Eidem 
reddunt compotum de 3oo 1. de nova firma 
vicecomitatus Rothomagi ...» Rot. Scacc. 
Norm., t. I, p. 69 et 70. 

'** « De 4o 1. quas recepit de vicecomitibus 
Rothomagi.» Ibid., p. 72. — «De 60 1. quas 
recepit de vicecomitibus Rothomagi in anno 



preterito; et de 293 l. i3 s. i d. quas recepit 
de eisdem hoc anno. . . Ibid., p. 76. — Les 
comptes de ces vicomtes sont désignés par 
la rubrique Vicecomites Roth. à la fin de la 
membrane du rôle qui en contient le texte. 

'^' «Idem [Petrus de Bures] reddit compo- 
tum. . . de octava parte de 669 1. 12 s. de 
rémanente compoti suide Deppa et de Archis, 
de tempore guerre , quando fuit unus de octo 
vicecomitibus.» Ibid., p. 66. — «Robertus 



•21 'i VI. OBSKIU \ri()\S SI K LK PROTOCOLE DES ACTES. 

11 y a plus. Si une femme entrait dans une de ces compagnies fermières, 
elle prenait le litre de vicomtesse. C'est ce qui est arrivé à une Rouennaise, 
dont le nom, jusqu'ici oublié, doit j)rendre place dans les annales du com- 
merce de Rouen. Les contemporains la désignaient simplement par la déno- 
mination : la vicomtesse de Rouen. Tel est le nom qu'elle porte dans les docu- 
ments officiels dont j'ai recueilli le texte. Une seule fois, je l'ai vue appelée 
Emma vicecomiiissa , sans les mots de Rothomago, c'est dans le rôle de 
l'Echiquier normand de l'année i 198 que j'ai rencontré cette mention W. 

Cette femme fait en 11 58 sa première apparition dans les documents 
financiers sous le nom de vicecomiiissa de Rothomaçjo , dénomination qui prouve 
qu'antérieurement à Tannée 1 1 58 elle avait été, seule ou en compagnie, 
chargée de la ferme de la vicomte de Rouen. Elle était alors en Angleterre, 
où des sommes plus ou moins considérables, variant de 18 à 34 livres, lui 
furent fivréespar ordre du roi sans que le motif du payement fût jamais indi- 
qué. Pour justifier ces payements, les comptables employaient uniformément 
une formule invariable conçue en ces termes : 

Ricaidus de Raddona. . . : in soltis, per brève régis, vicecomitisse deRothomago, 3o I. 

5 s. ''^'. Mauricius vicecomes. . . : in soltis, per brève régis, vicecomitisse Rothomagi, 26 I. 

6 s. numéro'^). 



Cette même année 1 1 58 , au plus tard, la vicomtesse de Rouen fut chargée 
de la recette de la ferme de Southamptont*). Le Pipe Roll de l'année v*' du 
règne contient un article commençant par ces lignes : 

Vicecomitissa de Rothomago débet 287 1. et 4 s. blanco, de veteri firma de Hantona, et 
eadem reddit compotum de nova firma. 



l'iumnic , Berengarius de Cusneio , Radulfus 
de Bucca et Walterus Cochie reddunt compo- 
tum, pro se et sociis, de 48 1., de veteri firma 
Deppe de secundo anno guerre, et de 1 5 1., de 
rémanente veteris firme de Deppa de anno 
])Ost.i) Ihid., p. 67 et 68. Il doit s'agir ici 
des faits de guerre qui eurent fieu dans la 
Haute Normandie en 1 17.3 et 1 174.- Voir Ro- 
bert de Torigni, t. II, p. 89 et suiv. 

'•' Rot. Scacc. Norin., t. II, p. Sgô. 

'^^ Pipe IV Hen. II , p. 120. 



('^ Ibid., p. 102. — Les autres payements 
sont inscrits dans le même volume, p. i36, 
i38, i63 et 176. Sur le sens du terme numéro 
opposé au terme blanco, il faut voir un passage 
du Dialogas de Scaccario (II, v), expliqué par 
Stapleton [Rot. Scacc. Norm. , t. I, p. xv), et 
ïlntrodaction to the study of the Pipe Rolls , 
(p. 60) , œuvre provisoire publiée en i884, 
par The Pipe Roll Society. 

'*> Le fermier de Southampton auquel elle 
succédait s'appelait Guillaume Trentegerons 



ADRESSE DES \GTES. 215 

L'article du compte se termine par l'indication de la somme dont la 
vicomtesse restait débitrice : 2 38 1. 7 s. 5 d. : «Et débet 2.38 1. 5 s. 2 d. 
blanco » (^^. 

Nous lisons des articles analogues dans les comptes des années suivantes 
1160-11 63 (^K Cette dernière année, la Vicomtesse restait redevable d'une 
somme de i,/i2 3 livres 9 sous t\. deniers. 

Le compte de la ferme de Southampton pour l'année 11 64 est rendu 
par « Rogerus Filius Milonis et Fortinus et Robertus de Sancto Laurentio b(^); 
il n'y est point question de la vicomtesse de Rouen. En 1 1 65, à la suite du 
compte rendu par la compagnie des trois mêmes fermiers, on lit une note 
qui rappelle la situation indiquée sur la note de 1 1 63 : 

Vicecomitissa deRothomago reddit compotum de 1,^2 3 i. 9 s. 2 cl. blanco de veteri fuma 
de Hantona. In cameram curie attornata . . . inde per brève régis. Et amplius non exigetur 
al) ea per rotulos de Scacario^^l 

Le roi paraît donc avoir décidé que l'Echiquier ne devait plus tenir compte 
de la dette de la vicomtesse de Rouen , et on ne parla plus de la faillite à laquelle 
sa gestion de la ferme de Southampton avait abouti. 

Emma revint en Normandie, où elle trouva moyen de s'occuper encore de 
grandes affaires linancières. 

Elle paraît avoir réussi, comme on le verra bientôt, à former une compa- 
gnie marchande et à jouir d'un tel crédit que plusieurs des personnages les 
plus influents de la cour de Henri II n'hésitèrent pas à fournir l'importante 
caution dont elle avait besoin pour être de nouveau fermière de la vicomte de 
Rouen. 

L'entreprise ne fut pas heureuse , et la Vicomtesse dut abandonner la ferme 
et faire place à la commune de Rouen. Elle se retira en 1180, laissant un ar- 
riéré de 2,2 1 4 livres et 5 sous. La dette fut inscrite sur le Grand rôle de 

(Pipe // H. II, p. 53; /// H. II, p. j 07; i »/ H. II, de Rouen , me fait croire qu'il avait été associé 

p. 178). Ce Guillaume appartenait à la famille à la ferme de la vicomte de Rouen. 

rouennaisedont un autre membre Jean Trente- '*' Pipe v H. II, p. 5o et 5i. 

fierons figure dans les rôles de l'Echiquier nor- '^> vi H. II, p. 22. — vu II. II, p. 58. — 

niand en 1180 et 1198 [Rot. Scacc, t. I, vin H. II, p. 89. — ix H. ÏI, p .56. 

p. 80, et t. II, p. 3o6). La place quil occupe '^' Pipe x H. II, p. 27. 

flans le rôle de 1198, à côté de la vicomtesse '■'''' Pipexi H. II, p. 45. 



210 \l. Ol^SKIU ATIONS SIK LK. PHOTOCOLK DKS ACTES. 

rÉcIii(juier('^ où furent en même temps consi«>;nées les sommes pour lesquelles 
s'étaient engagés les garants de la Vicomtesse. L'un d'eux, Richard GiU'art, se 
lit immédiatement libérer, à titre gracieux, de la caution de 20 livres qu'il 
avait promise ("-^. 

D'autres courtisans, Hugues de Gréci(^), Robert MarmionC'), Gérard de 
Ganville(^^ Sehier de Quinci^''^ et Robert de Brucourt (''^ , témoins habituels des 
chartes de Henri II, s'étaient fait inscrire pour des sommes plus ou moins 
considérables sur la liste des cautions. J'ignore s'ils furent contraints de payer. 
Toujours est-il que la Vicomtesse continua sous le règne de Richard Cœur-de- 
lion à être considérée comme débitrice du Trésor. 

Deux articles du rôle de 1 198 se rapportent à la situation de cette dame. 
D'une part, elle est inscrite pour le vieil arriéré, s' élevant à 2,198 livres 
12 s. 6 d. , sur quoi elle avait versé à la recette de Mathieu Le Gros la somme 
dérisoire de 2 5 sous^^l D'autre part, elle est mentionnée en ces termes: 

Emma vicecomitissa de Rothomago et Roliandus Cambitor, 4o marcas, de debitis Ger- 
Nasîi de Hantonna^^'. 

Cette mention nous met sur la voie d'une association marchande qui avait 
probablement à sa tète la vicomtesse Emma. Gervais de Southampton, qui 
ne vivait plus en 1 196, et des dettes duquel Emma partageait avec Rolland 
Le Changeur la responsabilité, avait fait partie d'une compagnie marchande, 
au représentant de laquelle, « Nigellus de Havena », les agents financiers de 



''^ « Vicecomitissa Rothomagensis débet 2 , 2 1 4 
1. et 5 s., de rémanente compoti sui de firma 
Rothomag. » Rot. Scacc. j\orin., t. I, p. 78. 

''' « Ricard us Giffart reddit compotum de 20 
libris pro plegio vicecomitisse Rothomagensis. 
in perdono sibi ipsi, 20 1., per brève régis.» 
Ibid., p. 44. 

^*' «Hugo de Creisseio débet 100 libras de 
idegio vicecomitisse Roth». Ibid., p. 63. 

^*> « Robertus Marmion débet 1 00 1. pro eo- 
dem.» Ibid., p. 44- 

^*^ « Gerardus de Canvilla. . . débet 1 00 libras 
de plegio vicecom. Roth.» Ibid., p. 89. 

'*^ « Seherus de Quinceio débet 4o i. et 1 3 d. 



de plegio vicecomitisse Rothomagensis. » Ibid., 
p. 89. 

''^ «Robertus de Bruelcort, 3o 1., de plegio 
vicecomitisse Roth. » Ibid. , p. 96. 

(*' « Vicecomestissa Rothomagi reddit com- 
potum de 2,198 i. 12 s. 6 d, de rémanente 
veteris firme Rothomagi. In recepta Matheei 
Grossi 25 s. Et débet 2,197 1. 7 s. 6 d. » Rot. 
Scacc. Norm., t. II, p. 3o5 et 3o6. — La dette 
d'une des cautions de la vicomtesse est encore 
inscrite sur le rôle de 1 1 96 : « Willelmus Bat- 
les-bues, 29 1. 5 s., pro plegio vicecomitisse 
Rothomagensis. » Ibid., t. I, p. 284- 

'») Ibid., i. Il, p. 395. 



ADRESSE DES ACTES. 217 

Richard Gœur-de-lion réclamaient une somme de 5o marcs inscrite sur le 
Pipe RoU de 1198W. 

La vicomtesse Emma avait fait construire une maison de pierres située à 
Saint-Wandrille sur un terrain tenu de l'abbaye (^). Je ne saurais dire si elle 
vécut longtemps après 1198. Son obit se célébrait le 2 septembre dans 
la cathédrale de Rouen (^). Je dois ajouter quelques mots sur ses enfants, pour 
aider à faire comprendre le rôle que la mère a dû jouer sous le règne de 
Henri IL 

Emma laissa deux lils, Hugues et Geoffroi, qu'on appelait^//? Vicecomitissc , 
sans jamais désigner le nom du père, et qui tinrent dans la bourgeoisie rouen- 
naise un rang très honorable, à en juger par la place qu'ils occupent dans 
beaucoup d'actes reçus par les maires de Rouen à la fin du xii^ siècle ou au 
commencement du xiii^. 

Voici les chartes dans lesquelles j'ai relevé leurs noms sur les listes des 
témoins W. 

Auteurs des chartes dans lesquelles figure Geoffroi fils de la Vicomtesse : 

Guillaume Fils de Gocelin, du temps du maire Luc du Donjon. (S. 5 199, n" 55.) 
Roger, archevêque d'York, du temps du maire Barthélemi Fergant. 
Raoul, chancelier du roi d'Angleterre, du temps du même maire. (Gartul. de l'Eglise de 
Rouen, n° 84, fol. 68 v°.) 

Robert, comte de Leicester, du temps du maire Luc du Donjon. (S. 5199, n" 56.) 
Robert, prieur du Mont-aux-Malades , du temps du maire Raoul de Cotevrart. 
Robert Le Juif, du temps du maire Mathieu Le Gros. 
Silvestre « de Foro », du temps de Mathieu Le Gros. (Arch. nat. , S. 4889, n" 11.) 

Auteurs de chartes dans lesquelles Jigure Hugues fils de la Vicomtesse : 

Raoul , chancelier du roi d'Angleterre du temps du maire Barthélemi Fergant. ( Gartul . 
de l'Église de Rouen, n° 8^, fol. 68 v°.) 

'^' « Nigellus de Havena débet 5 o marcas '^^ Recueil des Historiens , t. XXIH, p. 366. 

pro societate mercandisarum quain habuit '^' Celles de ces chartes qui sont indiquées 

cum Gervasio de Hantona. » — Pipe ix Rie, ici sans une cote des Archives nationales étaient 

cité par Stapleton, t. II, p. xxii. en 18^19 ^^^^ "" carton des Archives de la 

'^' Charte d'Anfroi, abbé de Saint- Wan- Seine -Inférieure étiqueté : «Divers anciens 

drille, dans le Cartulaire, fol. 11 7 v". (Com- litres entre particuliers passés devant le maire 

munlcalion de Ch. de Beaurepaire.) de Rouen. » 

CHARTES ET DIPLOMES TV. 28 

IMI'CIMEItlE SiTIOXili:. 



218 M. OBSERNATIONS SUR LE PROTOCOLE DES ACTES. 

Bartlu'lenii, Mathieu et Roger Fils de Barthélomi Bataille, du temps du maire Raoul 
de Cailli. 

Guillaume Fils de Gocelin, du temps du maire Luc du Donjon. (S. Siqc), n" 55.) 
Robert, comte de Leicester, du temps du maire Luc du Donjon. (S. 5199, n° 56.) 
Robert Le Juif, du temps du maire Mathieu Le Gros. 

Les deux frères sont appelés Gaaf ridas Vicecomes et Hugo , frater suas, dans 
une charte de Roger de Warwich, chanoine de Rouen, rédigée en présence 
du maire jNIathieu Le Gros. 

Emma la Vicomtesse eut aussi une fille, nommée Emma, comme la mère. 
Un peu avant 1182, cette lille et son mari , Gautier de Châtillon , vendirent à 
maitre Gautier de Coutances les droits que ladite dame Emma [seconde du 
nom] pouvait avoir sur une maison située à Rouen, qui avait appartenu à 
Raoul Fils d'Etienne. Ce Raoul semble bien avoir été le mari de la première 
Emma, et c'était sur cette maison qu'il avait constitué la dot de sa femme, 
consistant en 1 o marcs d'or(^). Raoul Fils de Robert était le frère de Hawise, 
femme de Robert Comin, qui céda à Gautier de Coutances la part qu'elle 
avait dans ladite maison (2). 

Je me suis peut-être un peu attardé aux aventures de la Vicomtesse de 
Rouen; mais j'ai cru l'exemple bon à citer pour faire voir combien nous 
devons déplorer la perte simultanée de tous les brefs de comptabilité, au 
nombre de plusieurs milliers, et de tous les rôles de l'Echiquier normand du 
temps de Henri II, à l'exception du rôle de 1 180 et de quelcjues fragments 
du rôle de 1 1 8^. Que de détails curieux de notre histoire sont ainsi à jamais 
disparus! Combien plus heureux sont nos voisins d'outre-Manche, qui, s'ils 
ont perdu les brefs de comptabilité, ont du moins conservé la série à peu 
près complète des Pipe Rolls, où est passée presque en entier la substance 
des brefs. 

Après cette digression , je reviens aux classes de destinataires des actes de 
Henri II dont je n'ai pas encore parlé. 

('' « Waherus de Castellione et Emma, uxor charte dont je cite un Iragment est insérée tout 

ejus, lllia Yicecomitisse , dotalicium ejusdem au long dans l'article du chancelier Raoul 

Emme, scilicet decem marcas auri, in domo de Wanneville, ci-dessus, p. 101 note, 
que fuit Radulfi Filii Stephani, mariti sui, » '^' Cartulalre de l'église de Rouen, fol. 107, 

Cartul. de l'église de Rouen, fol. 68 v°. La n° 169. 



ADRESSE DES ACTES. 219 

Dapiferi, senescalli, conslahularii ^^\ prepositi/ballivi. — Ces termes s'ap- 
pliquent à des officiers ou agents d'un ordre inférieur; mais plusieurs sont 
haLituellement employés pour des fonctionnaires d'un ordre élevé, comme 
je l'exposerai un peu plus bas. — Ballim, comme minislri, désigne habituelle- 
ment l'ensemble des agents royaux, mais particulièrement les agents d'un 
ordre inférieur. A la page suivante, je consacrerai quelques lignes aux viarii, 
qu'on ne rencontre peut-être qu'en Anjou et dans le Maine. Dans les adresses 
classées par localités sont mentionnés plus d'une fois des fonctionnaires de 
différents ordres, notamment les forestarii. 

Omnibus dapiferis suis et prepositis et viariis et omnibus servientibiis suis (222). — 
Comitibus, baronibus, senescailis, constabulariis , prepositis et omnibus baillivis et fide- 
libus suis, salutem (489). — Comitibus, baronibus, justiciis, vicecomitibus , senescailis, 
prepositis et omnibus baillivis et fidelibus suis terre sue (/iQo). — -Justiciis, vicecomitibus, 
seneschaliis, prepositis et omnilms baillivis et fidelibus suis totius Anglie et Normannie 
(43o, 433, 499). — Omnibus prepositis de ministris suis Normannie et Andegavie. . . 
(407). 

Dapiferi, senescalli. — Je dois donner quelques mots d'explication sur la 
valeur du mot dapifer et du synonyme senescallus , qui, à l'origine, désignaient 
une charge de cour, attachée à la possession d'un fief, mais qui finirent par 
être appliqués à des fonctionnaires amovibles, souvent d'un ordre secondaire 
et ne différant guère des prévôts. Il en était ainsi au temps de Henri II, ce 
qui n'empêchait pas de donner ces titres à des fonctionnaires de l'ordre le plus 
élevé dans la hiérarchie administrative : le sénéchal d'une province était dès 
lors investi des pouvoirs les plus étendus, il était aussi qualifié de justicia ou 
capitalis justicia, et en cette qualité il réglait en dernier ressort les affaires liti- 
gieuses soumises au roi par les parties intéressées, d'où les formules par les- 
quelles se terminent beaucoup de mandements royaux adressés à des agents 
d'ordre inférieur : sine dilacione faciatis justiciam, et nisi faceritis, justicia mea 
Normannie faciat; — Ne trahantur in causam nisi coram me vel coram me a jus- 
ticia capitali . . . 

L'histoire doit enregistrer le nom de plusieurs des sénéchaux qui ont gou- 
verné les provinces françaises soumises à la dynastie des Plantegenêts, On 

''' Il n'est question ici ni du connétable mais des connétables à chacun desquels était 
d Angleterre, ni de celui de Normandie, confiée la garde d'un château. 

a8. 



220 M. OBSEIU ATIONS SLR I.K PROTOCOLE DES ACTES. 

trouvera dans le dernier cliapilro de ce volume quel([ueb détails relatifs à plu- 
sieurs sénéchaux du temps de Henri IF, savoir : 

Pour l'Anjou: Joslein de Tours, puis Ktiemie de Tours ou de Marsai, 
depuis environ i 168. 

Pour le Maine : Payen Maucliien, Pierre Gui et Jean de Meaune. 

Pour la Normandie: Robert du Neubourg, mort en 1169; — Rotrou, 
évèque d'Evreux, vers 1 162; — Guillaume de Gourci, morl en 1 176; — 
Richard d'Uchester, évèque de Winchester, en 1177 et 1178; Guillaume 
Fils de Raoul, depuis 1178 jusqu'à la fin du xii'" siècle. 

Pour le Poitou: Porleclie, puis Fouque de « Mastacli », vers l'année 1177, 
et Robert de Monlmirail , en 1 185. 

Pour la Guyenne : Raoul de Faie, ou de La Faie. 

Pour la partie de la Bretagne, dont Henri II prit possession au nom de 
Geoflroi, son fils: Guillaume Fils de Haimon, en 1166, et plus tard, 
en 1181, Pierre Fils de Gui et Robert de Doniol. 

Il est bon de faire observer que , dans la plupart des provinces détachées de 
la couronne d'Angleterre, les rois de France ont maintenu le titre de sénéchal 
aux fonctionnaires chargés d'administrer ces provinces. C'est ce qui est arrivé 
en Poitou et en Saintonge. Il est même assez curieux de constater qu'une 
quinzaine d'années après la conquête de Philippe Auguste on avait conservé 
le souvenir du grand sénéchal des Plantegenêts dont l'autorité s'étendait sur 
la Normandie tout entière. Le procès-verbal d'une assise, tenue à Argentan 
en 1216, porte qu'elle fut présidée par Pierre du Thillai, bailli de Caen, en 
qualité de sénéchal de la Normandie ('). 

Viaiii. — Les voyers ne paraissent guère figurer que dans les actes du Maine et de 
l'Anjou. — Justiciis, vicecomitibus , ballivis, prepositis, viariis terrarum suarum (69). 
— Prepositis et ^iariis et fidelibus suis totius Andegavie (83). — Episcopo Cenomannensi 
et abbatibus, baronibus, justiciis, vicecomitibus et viariis et omnibus aliis ministris et 
fidelibus suis totius Cenomannie (22^, 226). — Episcopo Pictavensi et episcopo Ande- 
gavensi et comitibus et liaronibus et justiciis et viariis et omnibus ministris et fidelibus 
suis Pictavie et Andegavie (2^6). 

'"' « Petrus de Tllleio, tune ballivus doinini des sénéchaux, dans le Recueil des Historiens, 
régis et senescallus Normannie, assisias apud t. XXIV, p. 280*, n° ào , d'après le Cartulaire 
Argenthomiim lenens. » Chronologie des baillis et de S, Martin de Séez. 



ADRESSE DES ACTES. 221 

Ministri portimni maris. — - Justiciis et vicecomitibus et prepositis et ministris suis An- 
glie et Normannie et portuum maris (3i). — Ministris et omnibus fidelibus suis totius 
Anglie et Normannie et portuum maris (/i5, 72 , ii/i, i2 3). — Omnibus baillivis suis, 
nominatim portuum maris totius terre sue citra mare et ultra (267). — Omnibus minis- 
tris tam Anglie quam Normannie ac portuum maris, et nominatim prepositis de Hamtona 
et de Hastinges et de Dovra et de Barbefluctu et de Cadomo et de Ostreham et de Diopa 
(38, 75, etc ). — Et nominatim prepositis de Hantona, et de Hasting. etdeDoveraet de 
Diepa et de Oistreham et de Barbefluctu (157. d). Ces mêmes ports sont énumérés dans 
un mandat que Richard Cœur-de-lion expédia le 4 décembre 1189 ^'^ faveur des moines 
de Marmoutier^'l. 

Adresses aux parties intéressées , ou, en général, aux agents royaux des pays où les parties 
avaient des intérêts. — Thome, priori de Lochis, et capitule ( 17/I). — Abbati et conven- 
tui de Fiscanno (366). — Willelmo, abbati Cluniacensi (367). — Abbati Sancti Albini 
Andegavensis (538). — Omnibus baillivis in quorum bailliis abbas et monachi de Lira 
habent terras et tenementa (208, 209). — Omnibus ballivis in quorum ballia monachi 
de Lonlaio habent terras et tenementa (5o6). 

Adresses individuelles. — Etardo Pochin (i5, 101). — Faulcon du Han (i35). — Ha- 
moni de Trulea ( i54). — Hugoni de Poceio (61 ). — Johanni, comiti Augi (39). — Jos- 
leno de Turonis (6i). — Osberto de Hosa (i3o, 2o4, 2i4, 248, 249). — Ricardo de 
Redveriis (i52). — Ricardo de Rolloz (496). — Ricardo thesaurario, et Willelmo Mal- 
duitet Warino Filio Giroldi, camerariis suis (478). — Roberto de Novo Burgo (57). — 
[Rotrodo], Ebroicensi episcopo, et R[eginaldo] de Sancto Walerico (257). — Symoni de 
Aneto, G[ilberto] de Teleres et R. de Museio (117). — Symoni de Chailli (242). — 
Waltero Giflardo (39). — Willelmo de Cmceio (329). — Willelmo Filio Johannis 
(16,21,22,23, 34). — Willelmo de Humetis (539). — Willelmo de Moreinvilla (240). 
— W illelmo Patricii (211). — Willelmo Puinant et Radulfo Bigot ( 1 34]- — Willelmo 
de Silleio (227). 

IV. Le salut, les formules de courtoisie, l'emploi du pluriel. — A la 
suite de la désignation des destinataires, l'adresse se termine simplement par 
le mot salatem. 

Le cartulaire de Saint-Evroul(^) contient une charte dont l'adresse est ainsi 
libellée : « Archiepiscopis , episcopis, abbatibus, comitibus, vicecomitibus, 
baronibus, justiciis, ballivis, ministris, et omnibus fidelibus suis, salatem el 
pacem ». Je suis porté à croire que l'exemplaire original de la charte ne portait 

''' Original aux Archives d'Indre-et Loire. — ^"' T. L fol. 27 v", n" 24. 



222 VI. OBSEIW ATIONS SUR LE PROTOCOLE DES ACTES. 

pas les mots et pacem. Je sou])çoniie le copisle de les avoir ajoutés, comme 
aussi (l'avoir dcplacé le mot vicccomitibus , qui devrait venir, non pas après 
comilibus, mais ixpvbs jusiiciis. Ce ne sont pas les seules anomalies (pie pré- 
sentent les chartes de Henri II transcrites dans le Cartulaire de Saint-Évroul. 
La déférence due aux souverains, au pape et à de grands dignitaires ecclé- 
siastiques avait amené le protocole à modifier, dans certaines circonstances, 
la sécheresse et la monotonie des suscriptions. C'est ainsi que le nom du 
destinataire passait au premier rang, avant le nom et les titres du roi. Les 
exemples de cette dérogation aux règles de la chancellerie sont assez rares. 
En voici quelques exemples : 

Lettre au roi de France pour lui demander de ne pas recevoir l'archevêque de Cantor- 
béry dans ses états : «Domino et amico suo Ludovico, iilustri Francorum régi, H., rex 
Anglorum et dux Normannorum et Aquitanorum et cornes Andegavorum, salutem et di- 
lectionem ^^l » 

Autre lettre au même, portant la même suscription pour demander qu'on lui rende 
des hommes du comte d'Auvergne indûment arrêtés (^'. 

Remerciement au même, pour la mise en liberté de plusieurs vassaux de la couronne 
d'Angleterre : » Vencrabili et dilectissimo domino Ludovico, iilustri Francorum régi, 
Henricus. . . salutem et veram dilectionem^^). » 

Lettre par laquelle le roi, fort inquiet de la révolte de ses fils, en iiyS, implore le 
secours des armes spirituelles dont le pape dispose : « Sanctissimo domino suo Alexandro, 
Dei gratia catholicc-e ecclesiae summo pontifici, H., rex Angl. dux Norm. et Aquit., cornes 
Andegav. et Cenoman. , salutem et devotœ subjectionis obsequium'^l » 

Lettre annonçant à l'Eglise d'Orient l'intention bien arrêtée d'aller au secours de la 
Terre-Sainte : « Venerabilibus in Christo patribus et amicis A. et Heraclio, Dei gratia An- 
tiochiœ et Jérusalem patriarchis, et principi Antiochiae et universo populo cristiano orien- 
talis Ecclesiae, Henricus, eadem gratia rex Angl. et dux Norm. et Aquit. et comes And., 
salutem et consolationem in Christo (^)- » 

Lettre au prieur de l'ordre de Grammont'''' : «Religioso sacerdoti et excelso in Verbo 
glorie, patri Petro Bernardi, priori fratrum nostrorum de Grandi Monte, justa desideria 
principis christiani, Henricus, Dei gratia Anglorum rex, filius et frater. » 

<') Rec. des Hist., t.XV],]). 107. ^ Petri Blesensis epistolae, ep. ccxxxvi , 

'*' Ibid., p. 110. Cette lettre et la suivante dans l'édition de Giles, t. II, p. 19. 
doivent être de 116/^ ou ii65. ^^' Gesta Hen. II, t. 11, p. 38. 

''^ Ihid., p. 1 1 1. (") Rec. des HisL, t. XVI, p. 689. 



SALUT ET FORMULES DE COURTOISIE. 223 

Je ne me porte pas garant de l'authenticité et de l'exactitude de ce dernier 
texte. Il faut se servir avec une extrême prudence des documents sortis 
des archives de l'ordre de Grammont, et la date de la lettre adressée au 
prieur de l'Ordre , conçue en ces termes : « Datum Londini , per manum ma- 
gistri Thome, cancellarii nostri, mense martio, regni nostri vu », est plus que 
suspecte. On sait combien rares sont les actes datés de Henri II. Les nom- 
breuses chartes du roi dans lesquelles intervient Thomas Becket ne le qua- 
lifient pas de cancellarius noster, et ne lui attribuent pas le grade de magister. 
Enfin, la présence du roi à Londres en 1161 ne peut guère s'expliquer. Ajou- 
tons que le rédacteur de la lettre fait parler le roi tantôt au singulier, tantôt 
au pluriel : credo, speramas, precor, pro nobis, etc. 

Ce n'était pas seulement dans les suscriptions de ses lettres que Henri II 
traitait avec des égards respectueux non seulement le pape , les hauts digni- 
taires de l'Eglise et les souverains étrangers. En s'entretenant avec eux, il pre- 
nait soin de leur adresser la parole en usant du pluriel. 

Voici quelques exemples de cette marcpie de courtoisie. S'adressant : 

Au roi de France : « Licencia vestra a vobis discessi . . . (^^ — Excellentie vestre gratias 
refero . . A'^^ — Precor vos diligenter ... (2' » 

Au pape : « Litteras vestras . . . ^^^ — Rogo serenitatem vestram . . J^^ » 
A l'archevêque de Gantorbéry : « Sciatis quod obviam vobis . . . t*»' ". 

A l'archevêque de Rouen : « Vobis mediantibus . . . (^) — De vestro aliorumque fidelium 
baronum meorum consilio . . . (^'. » 

A l'archevêque de Sens : « Quos ad me misistis . . . (^). » 

A l'archevêque de Cologne : « Rogamus vos . . . (^^l >• 

A l'évêque d'Exeter : « Sciatis quod . . . '^*l » 

A l'abbé de Cîteaux : « Conquesti sumus vobis . . . '^^l » 

('> Rec. des Hist. , t. XVI, p. 1 10. '*' Materials, t. VII, p. 3oo. 

C' Ibid., p. 1 1 1. ('' Rec. des HisL, t. XVI, p. 829. 

(*^ ^ohertson, Materiab for Thomas Becket , (^°' Ibid., p. 256. Ici, le roi parle en son 

t. V, p. i34- nom et au nom de ses barons et de son clergé. 

^*^ Rec. des HisL, t. XVI, p. à']0. Dans plusieurs phrases de cette lettre, il s'ex- 

''^ Ibid., p. 2 56. prime au singulier : nnnciis meis. . . 

W Ibid., p. /i59. '"' Materiab, t. VII, p. 3M et 5 18. 

('; Ibid., p. 41 1, note. ^''^ Rec. des Hist., t. XVI, p. 809. 



■22^ \ I. ()r>SKU\ Vno.NS SI l\ \A\ PROTOCOLK DES ACTES. 

Henri II traitait son llls Henri coninie un souverain et lui faisait les 
honneurs de la forme j)lurielle : « Sciatis quod Thomas, archiepiscopus 
Cantuariensis, pacem mecum fecit ad voluntateni nicani, et ideo precipio 
quod.. .(•'.» On remarquera qu'ici le roi, conformément à son habitude, 
emploie le singulier en parlant de sa personne. C'est très exceptionnelle- 
ment (jue dans quelques lettres il use en ce cas de la forme plurielle. Sciatis me 
ou (iiiod c(jo ... est la formule ordinaire, et non pas Sciatis nos ou c/uod nos. 

Thomas DuiTus Hardy (-^ condamne les pièces dans lesquelles on fait parler 
le roi au pluriel. 

V. Clauses finales. — Annonce du sceau. — Dans le chapitre précédent, 
j'ai parlé du corps de l'acte et des deux parties dont il est généralement com- 
posé : le dispositif et l'ordre d'exécution. J'arrive donc, sans plus tarder, aux 
clauses finales : l'annonce du sceau, la liste des témoins et la date. La for- 
malité de l'annonce du sceau, à laquelle la plupart des chancelleries du 
xii^ siècle attachaient beaucoup d'importance, était considérée comme à peu 
près inutile par les chanceliers de Henri II. C'est tout à fait exceptionnellement 
c[u'on la rencontre dans les chartes que j'ai recueillies, et encore la plupart 
des rares exemples que j'en puis citer sont-ils loin d'être à l'abri du soupçon. 

Coufirmo et auctoritate mei sigilli communio quecumque in Norman nia possident 
monachi Sancti Guliani Turonensis. . . (99, charte de Saint-Julien de Tours.) 

Prenominatas possessiones, utrique parti rationabiliter assignatas,. . . ego confirmo et 
sigiHi mei teslimonio consigno. [là^, charte de Savigni. ) 

Et ut hoc perpetuitatis rol)ur habeat, sigilH mei munimine confirmo. (1^9, charte de 
Marmoutier. ) 

Presenti scripto et sigilli mei eisdem monachis teslimonio confirmavimus. (252, charte 
de La Trappe. ) 

Ut autem hec mea elemosina cum integritate in- perpetuum persévère! inconvulsa, pre- 
sentis carte munimine et sigilli mei auctoritate eam corrobore. (261 et 262, chartes du 
prieuré du Plessis.) 

Ut hec omnia et omnia alia que fidèles Christi eis contulerunt et in futurum contule- 
rint inconcussa et incontradicta remaneant, nunc et usque in sempiternum, regia hac 
auctoritate confirmo et sigilli mei impressione et subscriptorum testimonio corroboro. 
(365, charte du prieuré de Bonne-Nouvelle.) 

'"^ Roberlson, Materials, t. VU, p. 3/i6. — '^' RotiiU chartaviun, p. xvii. 



LISTES DES TÉMOINS. 225 

Ne vero super hiis possit in posterum dubitari, presenli scripto et sigllli mei auctori- 
tate volui confirmari. (iN" 869, charte des chanoines de Bourges.) 

VI. Liste des témoins. — Ce qui d'ordinaire fait immédiatement suite au 
dispositif et à Tordre d'exécution, c'est la liste des témoins , en tète de laquelle 
est presque toujours tracé un grand T., initiale du mot Testibus, les noms des 
témoins étant généralement écrits à l'ablatif. Par une exception tout à fait rare , 
le mot Testibus est écrit en toutes lettres dans une charte accordée à l'abbaye 
de la Trinité de Gaen (n"^ 45o), et le mot Teste, en tète d'une liste de six 
témoins au bas d'une charte de Foucarmont (n° 1 24). Quelquefois le mot se 
présente sous la forme abrégée Test. Les noms des témoins sont au nominatif 
dans l'analyse d'un bref que nous a conservé le Gartulaire du Mont-Saint- 
Michel (^), et aussi dans quelques autres pièces. 

Les noms des témoins sont rangés suivant l'ordre hiérarchique, très fidèle- 
ment observé : archevêques, évèques, abbés, archidiacres, doyens, comtes, 
barons, officiers divers attachés à la maison royale. Il a été dit quelques mots 
au chapitre de la chancellerie ^"^^ sur le rang assigné aux fonctionnaires et agents 
de ce service. Quant aux membres de la famille royale et aux dignitaires de 
haute distinction, appelés à figurer en qualité de témoins, ils avaient le pas 
sur tous les autres. 

Les noms de baptême des témoins sont souvent figurés par l'initiale. 

Parfois la liste des témoins est remplacée par les mots : Teste me ipso. Sir 
Thomas Duffus Hardy conteste le fait. « La formule Teste me ipso, dit-il, spé- 
ciale aux diplômes anglais , a fait sa première apparition sous le règne de Ri- 
chard Cœur-de-lion; elle ne se trouve plus tôt dans aucun acte reconnu 
comme authentique. Les actes où on la rencontre à une date plus ancienne 
sont faux : « those documents are forgeries^^l » Ainsi s'exprimait l'archiviste 
anglais en 1837. Mais il avait émis une opinion différente en i833, quand 
il attribuait'^) à Henri II l'usage de la formule Teste me ipso : « Henry II was 
the first vvho introduced into a royal diploma tlie formule of Teste me ipso. « 

J'ai relevé la formule Teste me ipso dans la suscription de neuf chartes de 
Henri II , et, quoique plusieurs de ces chartes soient d'une authenticité dou- 

''' Fol. ii4 v"; n° 32 de notre Recueil. '■^' Rotuli chartarum, p. xxxi. 

'"^ Plus haut, p. 97, 102, io4, 109. ''■' Rotuli litterariim clausaruin, ip. :iMi. 

CHARTES ET DIPLOMES. IV. 2Q 



220 \ I. OnSKllN VriONS SI K I.K PUOTOCOLK DKS VCTKS. 

touse, le nombre en est trop considérable, et elles viennent d'établissements 
Irop divers, pour qu'on puisse soupçonner que des faussaires, disséminés dans 
les provinces fraiH;aises soumises à Henri II, aienl ])u s'entendre pour fabriquer 
des actes renfermant une locution assez peu usitée et trouver le moyen de les 
faire entrer dans un certain nombre d'archives. 

Voici la liste des chartes où j'ai relevé la formule finale Teste me ipso; j'y ai 
joint le nom des maisons qui les ont possédées dans leurs archives. J'ai distin- 
gué par des astérisques les pièces présentant des anomalies qui peuvent en 
faire soupçonner l'entière sincérité. 

60. L'abbaye de Saint-Evroui. 

*8/i. L'abbaye de Blancheiande. 

*i/ii. L'abbaye de Saint-EvrouL 

21/1. Les chanoines d'Equeurdreville , dépendant de l'abbaye du Vœu, à Cherbourg. 

*347' L'abbaye de Saint-Evroul. 

*362. La même abbaye. 

367. L'abbaye de Cluni. 

*^9i. L'ordre de Grammou t. 

609. Robert Marmion. 

A ces chartes pourraient s'ajouter deux pièces : un mandement de [Geolïroi ?] , 
duc de Normandie , pour l'église de Bayeux , ainsi daté : « Teste ipso comité , 
apud Baiocas(^) », et une charte de Richard, comte de Poitou, pour la maison 
aumônière de Rouen : «T. Hugone de Diva, apud Rotomagum, et me 
ipso('^) ». 

Je puis citer deux exemples de la formule Tesle re(je ipso, qui doit être 
l'équivalent de Teste me ipso : une lettre adressée en 1170a l'archevêque de 
Cantorbéry(^), et une charte du Cartulaire de Gérisi^^). 

'"' Livre noir de l'église de Bayeux, n° 18, *'^ Original, archives des hospices de Rouen , 

édit. , t. I, p. 25: «Teste ipso comité». L'au- fonds de la Madeleine, série A. 
teur de la charte est désigné par l'initiale G. ^^^ N" 1 8 1 . J de notre Recueil, 

esquissée dans la marge , mais que l'enlumineur ''' N" 2i5. — Je ne connais cette charte 

a néghgé de tracer au commencement de la que par la traduction du Cartulaire de Cerisi , 

charte. qui porte : « Tesmoins le roy mesmes. » 



LISTES DES TÉMOINS. 227 

Je ne doute pas de l'authenticité d'une charte par laquelle le roi se déclare 
témoin et garant d'une concession de bénéfice faite par Robert, abbé du 
Mont-Saint-Michel, à un clerc du chancelier Thomas et qui se termine par 
les mots : « Hujus autem concessionis et conventionis testis sum ego et 
utrinque plegius. Testibus : Thoma, cancellario, et Ricardo de Campvilla (') ». 
L'original se trouve aux Archives du département de la Manche. La for- 
mule en est tout à fait insolite. 

Dans un certain nombre de copies et d'éditions, les mots et multis aliis ont 
remplacé des noms de témoins que les copistes ou les rédacteurs de cartulaires 
ont jugé inutile de reproduire , mais nous avons vu plusieurs chartes origi- 
nales, dans lesquelles les mots et multis aliis, ou et pluribus aliis ont été écrits 
à la chancellerie (^). 

On ne saurait accorder trop d'attention aux listes de témoins , parce que 
c'est en les combinant avec l'absence ou la présence de la formule Dei gratia 
qu'on arrive à fixer avec le plus de précision la chronologie des actes. 

Il importe donc beaucoup d'être renseigné sur la place que les témoins ont 
tenue dans la société contemporaine , pour pouvoir les bien identifier et savoir 
aussi approximativement que possible quand ils ont été investis de certaines 
fonctions, quand ils ont joui de certains fiefs, quand ils sont morts. Il fallait 
avoir des notions assez exactes sur la durée des périodes pendant lesquelles 
ils ont suivi la cour dans ses déplacements continuels en Angleterre , en Nor- 
mandie, en Anjou, en Bretagne, en Poitou, en Limousin et en Guyenne. 
Grâce aux annalistes anglais et à Robert de Torigni, nous sommes renseignés 
avec une exactitude suffisante sur la vie des principaux dignitaires ecclésias- 
tiques; mais nous sommes souvent fort embarrassés, quand notre enquête 
doit porter sur beaucoup de seigneurs féodaux et de fonctionnaires laïques, 
comme aussi sur des clercs de second ordre , qui ont joué un rôle considé- 
rable dans la diplomatie et l'administration. Pour beaucoup de ces person- 
nages, nous sommes à peu près réduits à interroger les hstes des témoins 
des chartes royales. 

La distinction en deux grandes catégories que j'ai pu établir en mettant à 

'*' IN' 129 de notre Recueil. de LongueviUe-en-Caux, et n° 562, pour l'ab- 

(ï) pjo. 5ij et 570, chartes pour le prieuré baye du Vœu à Cherbourg. 

29. 



228 M. OBSEIW ATIONS SUR l.K PROTOCOLE DES ACTES. 

part, dans une catégorie, les actes de Henri II qiil commencent par les mots : 
H[c'nricus], rex Amjloriim , et, dans une autre catégorie, ceux dont les premiers 
mots sont : H[enricus\ , Dei (jrafia rex Anglorum, nous est d'un très grand secours; 
les trente-cinq années du règne sont ainsi partagées en deux sections : l'une 
comprend les années i i5/|-i 172-3, l'autre, les années 1 179-3—1 189. Un 
simple coup d'œil suffit pour autoriser le classement d'une pièce dans l'une ou 
dans l'autre section, réserve faite des chartes dont le texte a été préparé en 
deliors de la chancellerie. 

L'établissement de groupes comprenant des pièces qui correspondent cha- 
cun à une période d'une dizaine d'années autorise à rattacher, avec beaucoup 
de vraisemblance, à une de ces périodes les noms des témoins à date incer- 
taine qui accompagnent assez fréquemment les noms et une formule caracté- 
ristique de la même période, quand ces témoins à date incertaine ne se 
rencontrent pas dans les groupes des périodes voisines. 

Les noms qui n'apparaissent que dans le premier groupe , caractérisé par 
les noms de Thibaud, archevêque de Cantorbéry, et du chancelier Thomas 
Becket, semblent dénoter une date antérieure à 1 1 62 , ou même 1161, quand 
ils ont été expédiés d'une localité française. 

Ceux qui n'apparaissent pas dans le premier groupe, et qui figurent seu- 
lement dans le deuxième, caractérisé par les noms de Henri, évêque de 
Bayeux, et de Rotrou, évêque d'Evreux, en même temps que par l'absence 
de la formule Dei cjraiia, appartiennent vraisemblablement à la période qui 
va de 1 1 62 ou 1 1 63 à 1 1 72-3. 

Ceux qui ne se trouvent c[ue dans le troisième , caractérisé par l'emploi de 
la formule Dei (jratia et les noms de Richard du Hommet, de Rotrou, arche- 
vêque de Rouen, et de Richard, archevêque de Cantorbéry, doivent appar- 
tenir à la période allant de 1 1 73 à 1 1 80. 

Ceux enfin qui ne se rencontrent que dans le dernier, avec les noms du 
connétable Guillaume du Hommet, du sénéchal de Normandie Guillaume 
Fils de Raoul, de l'évêque d'Evreux Jean Luc, et de Gautier de Coutances, 
doivent être des onze dernières années du règne. 

C'est ainsi qu'on peut serrer dans des limites restreintes, le plus souvent 
à dix années près, parfois à beaucoup moins, la date de presque toutes les 
chartes de Henri IL 



LISTES DES TÉMOINS. 229 

Les informations demandées aux annalistes ou suggérées par le voisinage 
de noms de témoins à date certaine sont encore bien insuffisantes et laissent 
dans l'ombre un certain nombre de noms de témoins. Pour essayer de donner 
un peu plus de lumière, j'ai cru devoir recourir aux chroniques et aux pièces 
d'archives, de façon à pouvoir donner, dans le chapitre X de l'Introduction, 
un catalogue de la plupart des noms de témoins, les uns évêques ou abbés, 
les autres possesseurs de grands fiefs, avec renvois à des textes qui permettent 
de les identifier et de voir à quelle époque et dans quelles circonstances ces té- 
moins ont fréquenté la cour, rempli certaines fonctions , accompli diverses mis- 
sions, traversé la Manche pour passer de France en Angleterre et vice versa, ou 
même se rendre dans les pays étrangers. A cet égard , les Pipe Rolls m'ont été 
d'une grande utilité; malheureusement, la publication n'en a été faite que 
jusqu'à l'année xxii® du règne (1175-1176). 

Malgré tout, il faudra apporter une grande circonspection dans les travaux 
d'identification , différents membres de la même famille ayant porté les 
mêmes noms patronymiques et les mêmes noms de baptême. De plus, les 
rédacteurs des chartes ne se sont pas assujettis à ajouter constamment aux 
noms des témoins les titres que ces témoins avaient le droit de porter ou les 
fonctions qu'ils avaient à remplir. 

Aussi, se tromperait-on grossièrement si, en voyant citer sans aucun titre 
un personnage connu pour avoir rempli une des grandes charges du royaume 
ou du duché, on en concluait que l'acte est antérieur à l'année au cours de 
laquelle le témoin est entré en jouissance de son titre ou a commencé à 
remplir ses fonctions. 

Par exemple, dans une charte de Henri II (n° 434 de notre Recueil), le 
nom de Gautier de Coutances, dépourvu de toute qualification, se trouve à 
côté du nom du chancelier Geoffroi, fils du roi, qui fut nommé chancelier 
en 1181. Faut-il en conclure que , à la date de cette charte , 1181 au plus 
tôt, Gautier n'avait pas encore reçu les dignités qui ont rendu son nom 
célèbre.^ Assurément non. Dès l'année 1 i 76, il jouissait de bénéfices impor- 
tants, dont il a été souvent cité comme titulaire antérieurement à 1181. 

Cette observation s'applique à d'autres personnages de la cour de Henri, 
dont les titres ne sont pas toujours énoncés dans les souscriptions des actes 
royaux. 



230 VI. OBSERVATIONS SUR LE PROTOCOLE DES ACTES. 

VII. PosT SCRIPTUM. — Henri II, au coinniencenient de son règne, avait 
confirmé certain bien d'un hôpital dépendant de la maison de Montjou, et 
l'expédition en avait été préparée par un scribe de la cliancelleric, mais avant 
que le sceau y fut apposé, on s'aperçut de fomission d'une clause : il manquait 
une phrase relative aux biens que l'hôpital pourrait acquérir ultérieurement; 
le clerc qui avait transcrit la charte ajouta la clause omise à la suite des noms 
des témoins : Et quicqiiid eis rationabiliter dabitur in fola terra mea , e(jo 
confirma et concedo ... La date Apud Suhantoiiam a pris place à la suite de la 
phrase additionnelle (^). 

VIII. Date. — Le millésime ayant été systématiquement omis dans les 
chartes de Henri II, je pourrais mi'abstenir de parler ici du commencement 
de l'année ; mais, comme notre Recueil contient quelques actes de provenances 
diverses, qui tiennent la place de chartes royales ayant dû ou pu exister, et 
comme plusieurs de ces actes auxiliaires portent un millésime, il n'est pas in- 
utile d'avertir le lecteur que, sous les premiers Plantegenéts , f usage générale- 
ment suivi dans leurs états faisait partir de la fêle de Noël le commencement 
de l'aimée. C'est ce qui ressort des annales quasi ofîicielles qui nous sont 
parvenues pour les règnes de Henri II et de ses successeurs. Nous avons des 
textes qui prouvent que cet usage était suivi pour les actes judiciaires. Le 
procès-verbal d'une grande assise royale tenue à Troarn la dernière année du 
xii"^ siècle est datée suivant ce système : « Hec recognitio facta est anno incar- 
nationis Dominice M° CG**, anno primo domini régis Anglie Johannis, 
XVIII die mensis marcii (^), in magna assisia apud Trouart » ; il s'agit bien là du 
1 8 mars de l'année que nous comptons 1200, ce qui suppose l'année com- 
mençant à Noël ou au i^"" janvier, et les écrits des annalistes nous amènent à 
donner la préférence à la fête de Noël. 

Toutes les chartes de Henri II, à peu près sans exception, se terminent par une 
date, non par une date de temps (le fait a été constaté dans le premier chapitre 
de ce volume), mais par une date de lieu, consistant en deux mots, la prépo- 

'*' N° 2 A- A de notre Recueil. L'original est du Calvados; le texte qu'en a publié Léchaudé 

aux Archives du New Collège, n° 168 de la d'Anisy, dans les Grands rôles de l'Échiquier 

série Hornchurch. de Normandie , p. 202 , col. 1, porte par erreur 

'"' L'original de la charte est aux archives mensis mercurii. - 



DATE. 231 

sition apud suivie du nom de la localité où la charte a été expédiée : Apud 
Rothomaçjum , Apud Westmonasterinm . . . 

Les pièces de notre Recueil, dans lesquelles est indiquée l'année de l'incar- 
nation ou celle du règne, sont au nombre d'une vingtaine, qui vont être 
indiquées en peu de mots avec la date en chiffres arabes. 

28. Pour l'abbaye de Blanchelande. «Datum anno ab incarnatione Domini iiSy.» — 
Acte faux ou falsifié. 

29. Pour l'hôpital de Falaise. « Apud Falesiam , anno ab incarnatione dominica 1 lôy in 
Cliristo confirmata féliciter. » — Acte faux ou falsifié. 

30. Pour l'abbaye de Savigni. « Hec autemmea constitutio ac confirmatio facta est anno 
ab incarnatione Domini nSy, anno scilicet regni mei Anglie 3, ducatus vero Norman- 
nie 8° . . . Apud Moston in Landa Putrida. » — La date suppose que la première année du 
duché de Normandie était comptée par Henri II comme commencée au plus tard avant 
le commencement d'avril ii5o, cette charte étant un peu antérieure au 7 avril nSy, 
date du passage du roi en Angleterre. — Charte rédigée en dehors de la chancellerie. 

3o. A. Pour l'abbaye de Savigni. « Hec autem nostra concessio atque confirmatio facta est 
anno ab incarnatione Domini 1167, anno scilicet regni mei Anglie 3, ducatus vero Nor- 
mannie 8 . . . Apud Danfrontem. » — Charte rédigée en dehors de la chancellerie. 

84. Pour l'abbaye de Blanchelande. «Datum apud Valonias. .. Actum anno regni 
mei 29.» — L'année 29 du règne correspond à l'année 1182-1183 de l'incarnation. 
D'après les noms des témoins la charte devrait être de 1 i56-i iSg. — Acte faux ou falsifié. 

91. Pour les Bons hommes de Monnais, de l'ordre de Grammont. «Datum apud 
Cenomannim, per manus magistri Radulfi canceliarii, septinia die junii, anno quinto 
regni nostri. . . » — Charte fausse, le chancelier Raoul n'ayant été en fonctions que long- 
temps après la cinquième année du règne. 

98. Pour l'aljbaye de Montierneuf. « Actum est hoc Cainoni, anno ab incarnatione 
Domini ii6o, epacta 11, concurrente 5, indictione 8, 8 idus aprilis, 6 anno regni nos- 
tri. » — Charte rédigée en dehors de la chancellerie. 

99. Pour l'abbaye de Saint-Julien de Tours. « Acta sunt hec anno 1160 ab incarna- 
tione Domini, apud Leuns. » — Charte rédigée hors de la chancellerie. 

i33. B. Lettre à Pierre Bernard, prieur de Grammont. «Datum Londoni, mense mar- 
tio, regni nostri 7°. » — ■ Lettre dont le texte a dû être altéré. 



•262 \ 1. 015SEU\ ATIONS SI II \A\ I>nOTO(.OI.K DIvS AC'IKS. 

i44- Cliaile j)our l'abbaye de Savigiii. • Facla est aulem isUi mca coiilinuatio anno ab 
iucarnatioiie Doniini 1162 . . . Apud Doniiiiani Frontein. » ■ — Charte rédigée hors de la 
chancellerie. 

iIiS. Charte relative à la fondation du pont de Saumur. « Anno ab incarnatione Domini 
1 1G2 . . . Apud Salnunum. — Cliarte très solennelle, rédigée dans des circonstances par- 
ticulières. 

i53. Traité avec Thierri, comte de Flandre. « Apud Doverham, i/i kal. aprilis [1 163]. » 
— Acte international. 

162. Charte pour l'abbaye du Mont-Saint-Michel. «Apud Fulgerias in exercitu. Data 
per nianum magistri Stephani, 3 idus julii, anno ab incarnatione Domini 1166, regni 
vero Henrici, gloriosi régis Anglorum, ii. » — L'exemplaire original de la charte porte 
simplement cette date : « Apud Fulgerias, in exercitu. » — Le reste a été ajouté dans le 
Cartulaire, probablement par les soins de l'abbé Robert de Torigni. Dans cette charte et 
dans la suivante, l'année du règne a été mal comptée; le mois de juillet ii66 appartenait 
à la douzième année du règne. 

i63. Charte pour la même abbaye. «Apud Fulgerias. Data per manum magistri Ste- 
phani, 2 idus julii, anno ab incarnatione Domini 1166, présidente universali catholice 
Ecciesie Alexandro papa III, régnante vero gloriosissimo rege Anglie et duce Normannie et 
Aquitanie et comité Andegavie Henrico anno 11. » — L'exemplaire original de la charte 
devait porter simplement les mots « Apud Fulgerias » ; le reste a été ajouté par le rédacteur 
du Cartulaire. 

i64- Certificat relatif à une translation des reliques de saint Brieuc à Angers. «Anno 
ab incarnatione Domini n66, et regni nostri 10, pridie kalendas augusti, luna 3o, die 
dominica. » — Acte d'un genre particulier, rédigé probablement par un religieux de Saint- 
Serge d'Angers. Le 3i juillet 1166 appartenait à la douzième année du règne. 

166. A. Statut pour la levée d'une taille destinée à la défense de la Terre Sainte. « Apud 
Cenomanniam proxima tertia feria post dominicam qua cantatur Misericordia Domini; . . . 
iterato apud Cenomanniam, tertia feria post sequentem dominicam. » — Acte de gouver- 
nement arrêté dans une assemblée où étaient réunis les représentants du clergé et de la 
noblesse des provinces françaises soumises à Henri II. 

171. Charte pour l'abbaye de Saint-Aubin d'Angers. « Actum in Ramis Palmarum , 
Andegavis, in aula mea, anno ab incarnatione Domini 1167, indictione i5. » — Procès- 
verbal d'un accord rédigé sous la forme d'une charte royale. L'acte officiel d'homologation 
est sous la forme d'une charte (n° 172) portant simplement cette date : «Apud Ande- 
":avim ». 



DATE. 233 

296. Charte pour l'al)baye de Loc Maria. « Actum est hoc Cenomaanis, aiino ah incar- 
natione Domini 1172, concurrentes 6, epacte 4- » — Charte connue seulement par une 
notice qu'a rédigée un moine de l'abbaye. 

333. Traité avec le roi de Connaught. « Apud Windeshoueres , in octavis sancti 
Michaelis, anno ab incarnatione Domini 1 175. « — Acte international. 

369. Charte pour les chanoines de Bourges. «Actum anno ab incarnatione Domini 
1178.» — Acte arrangé par un membre ou un agent du chapitre de Bourges, peu au 
courant des usages de la chancellerie, qui a substitué l'annonce du sceau et le millésime 
aux clauses finales de l'exemplaire. 

378. Traité avec Philippe Auguste. «4 kal. julii, inter (lisortium et Triam. » [1180]. 
— Acte international. 

437. Testament de Henri II. « Apud Waltham. . . In predicto loco, anno incai'nationis 
Domini 1182. » 

466. Traité conclu avec le roi de France et Marguerite de France, reine d'Angleterre. 
«Actum apud Gisortium, anno ab incarnatione Domini 11 85, 5 idus martii. » — Acte 
rédigé au nom de la reine Maiguerite et avant un caractère international. 

Le relevé qui précède montre bien que la présence d'une date chronolo- 
j^ique dans les actes de Henri 11 est un fait exceptionnel, une véritable anomalie 
dont il est presque toujours facile de déterminer la cause. 

Les chartes qui nous sont arrivées avec un millésime , ou l'indication d'une 
année de règne, sont, pour la plupart, des pièces fausses, falsifiées ou altérées. 

Plusieurs ont été rédigées ou écrites en dehors de la chancellerie, par des 
clercs qui ne connaissaient pas le formulaire du protocole et qui étaient plus 
habitués à la belle minuscule des livres de bibliothèque qu'à la minuscule ou 
cursive diplomatique. — Dans un certain nombre de pièces, la date a été 
ajoutée par des ignorants incapables de reconnaître les personnages qui, 
à une époque déterminée, avaient pu servir de témoins. — Une déro- 
gation à la règle qui interdisait l'emploi des dates chronologiques s'im- 
posait pour les actes qui touchaient aux relations internationales, notamment 
pour les traités à conclure avec les rois étrangers. 

En sonnne , il n'y a dans les actes ordinaires de Henri II ni millésime ni indi- 
cation d'année du règne. La date se borne à mentionner la localité d'où la charte 
a été expédiée. Elle se réduit à deux mots apud N. , par lesquels se terminent 

CHARTES ET DIPLÔMES. IV. 3o 



2Vi \ I. OBSKKN VriONS SL U LK PUOTOCOLK DKS ACTKS. 

sans exception loutes les chartes du roi. Malgré tout, ces maigres dates de 
lieu, auxquelles s'ajoute, bien rarement, dans les premières années du règne, 
la mention (Tnn notable événement, /// conrHio, in cxcrcilu, in obsidione, m'ont 
été fort utiles, comme on l'a au dans le chapitre II. 

D'après les exemples cités à l'appui de mes observations sur les chartes en 
général et sur les parties protocolaires des actes, on a pu apprécier la rigoureuse 
précision des termes de la langue administrative et la fidélité avec laquelle les 
expéditionnaires se conformaient au style de formulaires bien arrêtés, dont 
rexistencc ne saurait être mise en doute. Evidemment, ce n'était pas dans 
une chancellerie si strictement dirigée et disciplinée qu'il était loisible à des 
expéditionnaires, à de simples scribes, de commencer, à leur gré, le texte d'un 
acte royal soit par les mots H. rex Angloriim, soit par les mots H. Dei (jratia 
rex Amjlorum. N'ya-t-il pas là une raison suffisante pour faire admettre qu'à un 
moment donné un ordre supérieur est intervenu pour prescrire une modifica- 
tion de la formule de suscription : le remplacement des mots H. rex Amjlorum 
par les mots H. Dei (jvatia rex Amflorum ? 

IX. Sceau. — Je n'ai pu examiner qu'un très petit nombre de chartes 
scellées de Henri II , et la conservation des exemplaires qui sont passés sous mes 
\ eux laissait beaucoup à désirer. Je ne puis guère mieux faire que de renvoyer 
à la dissertation de M. W alter de Gray Bircli : On the seals of king Henry the 
second '^^\ et au catalogue que le même savant a publié des sceaux du Musée 
britannicjTie (-). 

Au dire de quelques critiques, Henri II se serait servi de deux sceaux qu'on 
de\Tait distinguer d'après les caractères suivants : 

PREMIER SCEAU. SECOND SCEAU. 

Côté de la face. — Le roi sur son trône, Côté de la face. — Le roi sur son trône, 

une épée à la main droite, un globe dans une épée à la main droite, un globe dans 
la main gauche. la main gauche. 

HENRICUS. DEI. GRATIA. REX. HENRICUS. DEI. GRATIA. REX. 
ANGLORUM. ANGLORUM. 

'^' From Transactions qf the Royal Society of **' Catalogue of Seuls in ike British Muséum, 

Literature, vol. XI, new séries, in-S" de vol. I, p. io-i3. — On a voulu y distinguer 
6~ pages, quatre types différents. 



SCEAU. 



235 



La pointe de l'épée du roi pénètre dans 
le cercle réservé pour la légende, entre les 
lettres R et M du dernier mot. 

Au revers. — Le roi à cheval, une épée 
à la main droite , la main gauche tenant un 
écu et les rênes du cheval. 



HENR. DEL GRA. DVX. NORM. . 
AQVIT. ET. GOM. ANDEG. 

Dimension (') : 90 millimètres. 



ET. 



La pointe de l'épée du roi pénètre dans 
le cercle réservé pour la légende, entre les 
lettres V et M du dernier mot. 

Au revers. — Le roi à cheval , une épée 
à la main droite , la main gauche tenant un 
écu et les rênes du cheval. 

HENRICVS. DVX. NORMANNOR. ET. 
AQVIT. ET. GOM. ANDEG. 

Dimension (') : gS millimètres. 



Je suis porté à révoquer en doute l'existence du premier de ces sceaux qui 
aurait été en usage au commencement du règne. On n'en peut signaler aucun 
exemplaire; il n'est connu que par un moulage de Doubleday, dont l'origine 
est incertaine. L'image du premier type a été publiée par M. Birch à côté de 
l'image du second. 

Le sceau qu'on appelle le second type a été reproduit dans les ouvi^ages 
suivants : nouvelle édition des Fœdcra de Rymer, t. I, part, i, en regard delà 
page 1 9 ; le recueil de fac-similés publié par l'ancienne Commission des ar- 
chives de l'Angleterre, planche XLIV ; la dissertation de M. W. de Gray Birch, 
citée à la page précédente; le recueil des fac-similés de chartes du Musée bri- 
tannicpie par Warner, vol. I, n" 56. Ce dernier recueil contient sous le 
n** 38 une autre charte de Henri II, mais c'est un exemplaire si mal conservé 
qu'il ne permet guère d'en voir la composition. 

Le sceau , dit du second type , a servi à Henri II dès le commencement de 
son règne; il est appendu : i** à deux chartes de l'aljbaye de Reading, anté- 
rieures à l'année 1 lÔg^^), puisqu'elles ont été faites à Rouen, en présence de 
Robert du Neubourg, qui mourut en 1 169; — 2° à une charte délivrée à 
Tliibaud, archevêque de Cantorbéry, du temps que Thomas Becket était chan- 
celier royal, c'est-à-dire au plus tard en 1162 (^). 

Le même sceau était encore en service pendant la seconde période du 
règne de Henri IL Nous le voyons au bas de plusieurs chartes en tète desquelles 



'*' Les dimensions sont indicjuées d'après 
l'Inventaire des sceaux des Archives nationales ^ 
par Douët d'Arcq, t. III, p. 263. 

''^ Addit. charters, n" igSgSet igôgi. — 



M. Birch date ces pièces, l'une de 1 ibà-i i63, 
l'autre de ii53 (.s!c)-iiG3. — La date de ces 
deux chartes est comprise entre 1 1 55 et i iSg. 
'') Harley charter, III, B. dg. 

3o. 



230 \ 1. OBSERVATIONS SUR LE PROTOCOLE DES ACTES. 

le roi est appelé Hcnricus Dci (jratia rc.v, c'esl-à-dire après i 172 : charte de 
Headin»;, de rannée 1170 ou 117/1, piiis([ireHe mentionne comme témoin 
uiii(pie G. eh'cUis J^lyonsis^^'f ; — charte octroyée à Gudlaume d'Esloiiteville(-> 
— conlirmation d'un accord conclu entre les alDbayes de Reading et de Glou- 
cester(^). 

Ce qu'on appelle le troisième sceau de Henri II est représenté par le mou- 
lage de la face d'un sceau portant la légende henricus. dei. gratia. rex. an- 

GLORl M. 

Le (juatrièmc sceau, connu seulement par un moulage, appartient à un autre 
sceau que le précédent. C'est aussi un revers ayant pour légende : henricus. 

DUX. NORMANNOR. ET AQUITANNOR. ET. COMES. ANDEGAVOR. 

D paraît donc certain que la formule du titre de Henri II n'a point subi sur les 
sceaux la même modification que dans l'intitulé des chartes. L'image du roi 
V a toujours été accompagnée des mots Henricus Dei (jratia rex Aiigloriim. 

On a classé au Musée britannique comme troisième sceau de Henri II le 
moulage du premier côté d'un sceau de Henri II ('), qui passe pour avoir été 
pris sur une matrice en fort mauvais état. — Le quatrième type est aussi le 
moulage du second côté d'un autre sceau ^^), dont l'origine est inconnue et l'au- 
thenticité suspecte. Il est facile à distinguer par la graphie du mot Aquitannorum. 

Je ne puis rien dire des sceaux dont se sont servis des faussaires qui ont 
fabriqué des chartes de Henri II soit de son vivant , soit après sa mort. 

Le Pipe Roll de la seconde année du règne (p. 4) mentionne un procès fait 
aux faussaires du sceau du roi : «Et pro judicio falsariorum sigilH régis, 
1 4 sol. 2 den. » 

Gautier Map C^) nous apprend que Henri II fit grâce de la vie à un ouvrier 
(pii avait fabriqué un faux sceau avec une telle habileté qu'il était impossible 
de le distinguer du véritable : « Artifex subtilis expresserat sigillum regium 
bitumine, formaveratque cuprinum tam expressae similitudinis ad illum ut 
nemo dififerentiam videret ...» 

('' Addit. charter, n° iQÔgs. *''' Ce sceau a été lithographie dans le même 

'■' Ihid., n° 571g. opuscule de M. Birch , à droite, au bas delà 

'^^ Ihid., n° 19606. planche 1. 

(*î Reproduit dans l'opuscule de M. Birch, '"> De Nugis carialium. Y, vi, éd. Wright, 

au bas de la planche I à gauche. p. 2 35. 



SCEAU. 237 

La plus importante remarque à faire sur le sceau royal de Henri II, c'est 
que la légende de ce sceau a toujours porté la formule Dei cjratia rex. En cela, 
Henri II suivait l'usage de ses prédécesseurs. Nous lisons sur le sceau de 
Henri P"^ : Henrîciis Dei (jracia rex Amjlomm. — Henricus Dei gracia dux Nor- 
mannoriim; et sur celui d'Etienne : Slephanus Dei gratia rex Anglorum. — Ste- 
plianus Dei gratia dux Norman noriim. — Sa mère, sur le sceau dont elle se 
servait encore depuis qu'elle était remariée à Geoffroi Plantegenét, s'appelait 
Matliihlis Dei gratia Romaiwrmn regina. — Henri, lui-même, quand il n'était 
encore que duc de Normandie , avait un sceau sur lequel étaient gravés les 
mots Dei gratia. 

Indépendamment du grand sceau confié à la garde du chancelier ou d'un 
Aice-chancelier, Henri II, comme tous les souverains , avait à sa disposition un 
ou plusieurs signets ou cachets, peut-être des pierres gravées, dont il se ser- 
^ ait pour sa correspondance privée et qui ont dû être employés pour trans- 
mettre certaines dépêches à faire circuler, des mandements et des circulaires 
c[ui devaient être mis sous les veux de destinataires plus ou moins nombreux. 

Dans le présent recueil (p. i 4o) , j'ai eu l'occasion de parler de la différence des 
attaches du sceau (simples ou doubles queues de parchemin , bandes de cuir, 
lacs de soie, cordonnets plats ou en forme de tuyaux), variétés correspondant 
au caractère spécial des pièces expédiées par la chancellerie. Mais j'avoue 
n'avoir pas accordé assez d'attention à la nature et à l'état des attaches de 
sceau qui subsistent ou qui ont été mentionnées dans diverses descriptions. 
Il y a là de curieux petits travaux de tissage, sans qu'aucun présente une 
inscription, comme celle qui se lit aux Archives du Calvados sur l'attache 
destinée à suspendre le sceau de Richard Cœur-de-lion à la charte relative au 
mariage de Richard du Homme t avec Gille de La Haie : 

Jo sui druorie, 

Ne me dunez mie, 

Ki nostre amur descivre , 

La mort pu '^l 

*'^ Voir la notice insérée en i853 clans la de la char-te , y compris les attaches, se trouve 

Bibliothèque de l'Ecole des chartes, ?>' série, t. W , dans le Musée des Archives départementales, 

p. 58, et dan'; le Bulletin monumental, v.' série , pi. XXVIII (n" 52 , p. 91 du volume de texte). 

t. X, p. 325, année i854- — T^-a photogravure C'est une charte de l'année 1 190. 



238 \ 1. OBSEIU ATIO.NS SIU \A\ PKOTOCOLK DlvS ACTKS. 

Je re":relle aussi (ravoir souvent nédlo-é de noler la eouleur de la cire cm- 
ployée pour sceller. La plupart des sceaux sont en cire blanche ou jaunâtre; 
(|uel(|ues-uns, mais ti'ès peu nombreux, sont en cire rouge. 

G a lanières (') a vu dans les archives de Fonlevrault des chartes dont il dé- 
crit ainsi les sceaux : «scellé en cire rouge sur lacs de soie verte; scellé sur 
lacs de soie bleue et blanche ; scellé en cire verte sm' lacs de cuir. » 

Il y a aux Archives nationales (K. ily. S**) une charte de Savigni, de l'année 
1 162, au bas de laquelle pend une attache en cuir. 

On peut encore noter quelques chartes où l'extrémité inférieure du par- 
chemin a été repliée sur elle-même avant de recevoir les incisions destinées 
à laisser passer les attaches du sceau. 

Il me reste à parler d'une charte qui m'a été signalée par M. Sache archi- 
viste de Maine-et-Loire, pour le sceau de Henri II dont elle a été munie quoi- 
(|u'elle ne soit pas émanée du roi et que rien dans le contexte (n° 1 80. a) n'in- 
dique l'apposition du sceau royal. Cette charte est relative à un domaine situé aux 
Loges, aujourd'hui village de la commune de La Breille (Maine-et-Loire). Les 
bornes du domaine avaient donné lieu à un litige entre les abbayes de Bour- 
gueil et de Fontevrault. Par ordre de Henri II, Etienne de Marsai, sénéchal 
d'Anjou, se rendit sur les heux en 1 1 69 et procéda à un bornage qui, agréé 
par les deux parties, fut constaté dans un procès-verbal, écrit en double copie, 
sur une longue feuille de parchemin, au milieu de laquelle avait été réservé en 
blanc un espace assez large pour recevoir, avant la remise aux abbayes intéres- 
sées, la légende caractéristique ducirographe ou charte-partie. Ainsi préparé, le 
double exemplaire du procès-verbal fut soumis à la cour du roi pour obtenir 
une approbation, sans qu'aucune mention de la demande d'approbation fût 
consignée dans la pièce envoyée. Malgré ce silence, le motif de l'envoi fut 
parfaitement compris. 

Le roi ne lit pas expédier une charte de confirmation comme il avait l'ha- 
bitude de le faire. Se contentant d'une approbation verbale, il ordonna au 
chancelier de faire écrire en caractères monumentaux sur le blanc réservé 
au milieu du parchemin, entre les deux copies du procès-verbal, les mots 
ANNVO-AMEN , puis de séparer les deux parties du cirographe , pour qu'une des 

(^) Ms. latin 5d8o, 1. 1, p. 70, 8A et 875. 



SCEAU. 239 

deux abbayes en cause possédât la partie contenant la partie supérieure de la 
légende cirographique , et que l'autre reçût l'exemplaire ayant en tête la partie 
inférieure des lettres de cette légende; après quoi le grand sceau royal et 
ducal fut attaché à chacun des deux exemplaires sur des lacs passés dans 
quatre incisions •!• à la hauteur de la légende cirographique. La phototypie 
qui en a été pul^liée dans la Bibliothèque de l'Ecole des chartes (^) fait com- 
prendre la disposition de cette pièce des Archives de Maine-et-Loire. 

Quoniara labilis est et caduca vita mortaliiim, rerum gesta volubilitate temporis et no- 
vis successoribus oblivione obnubilantur. Eapropter a patribiis xancitum est, ut ea que 
posteris necessaria sunt, stilo ad memoriam revocentur. Sciant igitur présentes et posteri 
quod abbatissa Fontis Ebraudi, Audeburgis, et Aimericus, abbas de Burgolio, convenerunt 
apud Andegavim, propter querelam quani inter se habebant, de nemore et terra de Lotgis 
ante dominum Aenricum, regem Anglio. Qui jussit Stéphane de Marchaio, senescallo suo, 
ut hanc querelam pacificaret. Et iHe jussus a rege accessit in capitulo de Burgolio, et ac- 
cepit communem assensum totius capituli, ut quicquid ipse de hac querela diffiniret ra- 
tum et iHibatura haberetur. Quid plura ? Perpetualiter concesserunt. Et facto pacto, predic- 
tus Stephanus ivit Lotgas, etcum juratis régis percalcavit terram de Lotgis, circumquaqne 
metas ponendo, ne alii infra terminos aliorum deinceps aliquid usurpaient. Quidquid vero 
infra ambitum raetarum continetur, ex parle régis, possidendum ecclesie de Lotgis, paci- 
fiée et libère absque alicujus rcciamatione, concessit. Sed de hoc quod continetur extra 
laxos ({ui sunt in nemore, et Mala dividit Semita, usque ad fontem Mustriolii (-' et usque 
ad raagnam viam que tendit ad \ ernolium et ultra, sicut a métis pro certo indicatur, red- 
det ecclesia de Lotgis censualiter singulis annis x solides andegavensium ecclesie de Bur- 
golio, ad festum Sancti Pétri ad vincula. 

Facta est autem hec concordia présente abbatissa Fontis Ebraudi, et abbate [sic] Burgolii. 

Hujus(?) rei testes sunt predictus senescallus, W. de Montesorel senex, Fulchodius 
Bloi, et W. filius ejus, Paganus de Sancto Martino, Otgerius frater ejus, Rainaldus de 
Moncel, Genasius de Jeries, Joscelinus de Vauzeles, Aimericus Mansel vicarius de Alona, 
Girardus de Serenes, Gaufridus Gratin. Et ex nostris, predicta abbatissa Audeburgis, Pe- 
trus prier de Raones, Gilia priorissa , Johannec'^'de Verre subprier, et W. Johannec prier 
de Lotgis, Juliana priorissa ejusdem leci, Scolastica cellararia. Et ex monachis, predictus 
abbas Aimericus, Benedictus de Plasait prier Sancti Laurentii, Symen Ganardus prier 
de Brolia, et multi alii. 



''^ Année 1907, p. 3 10. <'' Ce nom et celui du deuxième témoin qui 

'*' La lecture des trois premières lettres de suit sont écrits très nettement Johc avec un 
ce mot est très douteuse. trait ahréviatlf clans la hasfe de la lettre h. 



'2'i0 Al. OBSKIUATIONS SLU LK PlU) lOCOLK DES ACTES. 

Existonlo aiiiu) al) Incariialione Domini M. C.LX. Vllll, (iaufrido Moscliet, episcopo 
Andcf^avensi , présidente, factuiu est hoc in donio de Lolgis, nn kalendas junii, 

ANNVO-AMEN. 

Dans celle pièce, les deux mois ANNVO-AMEN , traversés par Tatlache du 
sceau royal, sont l'équivalent de Thomologation d'un accord conclu entre 
parties et d'un ordre donné par le roi de faire observer les conditions de cet 
accord. Cela nous rappelle le mot FIAT que, plusieurs siècles après, le Sou- 
verain Pontife inscrivait ou faisait inscrire sur cerlaines requêtes qui lui 
étaient adressées et auxquelles il faisait droit. 

Ainsi la simple apposition du sceau royal sur un acte synallagmatique était 
ré([uivcdent d'une charte de confirmation. 

C'est ainsi que le roi fil mettre son sceau au bas de la notice dans laquelle 
étaient relatées les conditions d'un accord conclu entre l'abbesse du Roncerai 
et deux chapelains de cette église : « Actum est hoc anno ab inc. Domini 
M°C**LX°, régnante Henrico rege..., qui hanc cartam altestatione sigilli sui 
precepil muniri » (n"(j8. a de notre Recueil). 



Les observations qui précèdent ont pu faire entrevoir que beaucoup des 
particularités signalées dans les actes de Henri II se trouvent déjà dans les 
actes des premiers rois de la dynastie normande. Je ne dois pas cependant 
terminer ce chapitre sans grouper un ensemble de traits communs à la diplo- 
matique des cinq premiers rois de cette dynastie , de manière à montrer que 
l'organisation de la Chancellerie, telle qu'on la voit fonctionner au temps de 
Henri II, était le résultat de l'œuvre des ministres des rois antérieurs, princi- 
palement de ceux de Henii P^" et d'Etienne de Blois. Sans attendre les études 
approfondies que mérite un tel sujet, on peut se rendre compte du régime 
administratif auquel les populations des étals anglo-français ont été soumises 
pendant tout le xii^ siècle. 

La connaissance des actes émanés du souverain est lui des moyens les plus 
efficaces d'atteindre ce but. Voilà pourquoi il importe de constater sur le vif 
comment s'établissent les traditions administratives. Il faut donc comparer les 
actes de Henri II avec ceux de ses prédécesseurs. La sobriété, la concision 
et la clarté en sont les traits caractéristiques. En ce qui concerne Henri II on 



ANALOGIE AVEC LES ACTES ANTÉRIEURS. 241 

peut s'en convaincre en parcourant le recueil dont l'Académie publie aujour- 
d'hui les Prolégomènes. Pour donner quelques termes de comparaison, je 
citerai un petit nombre d'exemples empruntés aux meilleures sources, notam- 
ment à l'ouvrage de M. Georges-F. Warner, Facsimiles of royal and otiier 
charters in fhe British Muséum, vol. I; William I-Ricliard I (London, 1908; 
in-folio). 

I. Guillaume le Conquérant (Warner, u° 1.) — ►î^ Wilielmus, rex Anglorum , Petro, epi- 
scopo Cestrensi, et Willelmocomiti, Filio Osberni, et Hugoni, comiti Cestrensi , ceterisque 
comitibus ac baronibus, vicecomitibus omnibusque fidelibus et ministris suis, francis et 
angiis, salutem. 

Sciatis me concessisse et dédisse Deo et .necdesie sanctç Mariç de Coventreia et abbati 
Leofwino, fratribusque ejusdem loci, ad victuale subsidium, omnes donationes terra- 
rum aliarumque rerura omnium quas Leofricus cornes, pro salute animç sue ibidem 
contulit, cum saca et socna, toll et team, sic solutas et libéras, sicut pie memorie rex 
^Eadwardus, cognatus meus, melius et plenius eisdem concessit, et per cartas suas confir- 
mavit. 

His teslibus : Odone Baiocensi episcopo, Gosfrido episcopo de Constantiis, Roherlo 
comité de Moretanio, Rogerio comité de Mungumerico, Henrico de Perrariis. Valete. 

II. Guillaume le Roux. (Warner, n" 2,) — Willelmus, Dei gratia rex Anglorum, 
Osmundo Salesberiensi episcopo, et omnibus baronibus et fidelibus suis francis et angiis 
de Wiltescire, salutem. 

Sciatis me concessisse et precepto patris mei dédisse ecclesie Sancti Martini de Bello, 
et monachis ibidem Deo servientibus, unum manerium quod vocatur Broniham, cum 
omnibus appenticiis suis, et cum omnibus rébus et regalibus consuetudinibus sibi adjacen- 
tibus, scilicet cum saca et socna et toi et theam, et infangenetheof et warpenig et murdro 
et lestagio et opère pontium et castellorum et clausurarum et omnibus aliis operibus et 
auxiliis. \olo ei'go et firmiter precipio ut sic libère et c[uiete et in pace eum monachi 
leneant ab omnibus consuetudinibus, geldis et scotis et hidagiis et danegeldo et omnibus 
placitiset querelis et scires et hundredis et de exercitu, sicut pater meus liberius et quie- 
tius tenuit vel tenere potuit. Et defendo ne aliquis eis injuriam inde faciat super foris- 
facturam meam magis quam faceret si ego iUud manerium in mea dominica manu tene- 
rem, sed ut eos adjuvetis in loco meo, ut bene et honorifice semper teneant, et pro 
anima patris mei et matris mee et pro me et pro nobis Deo libenter serviaut. Et precipio 
quatinus homines illius manerii per totam terram meam mercata sua absque teloneo, sicul 
dignum est, faciant. 

Testibus : Eudone dapifero,et Rogero Bigot, et Gisleberto Filio Ricardi. 

Apud Wintoniam. 

CHARTES ET DIPLÔMES. — IV. 3l 



2'r2 \ I. OliSKKN M'IONS SI K I.K PKOTOCOLK i)KS VCTKS. 

III. llcnri l" . Cardilaire de Savip^iii .cliartc G.) ^ Henricus, Dci ^'ralia rox \ni;loinin 
el du\ Nonnannonim, archic|)is(M)|)o Kolhoniagensi, e])iscopis, abhatibus, comitibus, l)ar()- 
nibus t't omnibus lidrlibus suis totius Norniaiinie, salulem. 

Sciatis ([uoniani dedi ot concessi in elemosinam Deo et ecclesie de Savigneio vineam 
ujcani de Abrincis, el vineam (|ut' fuil Uegine, et omnia illa {|ue pertinent ipsis vineis. El 
volo et precipio quod ecclesia de Savigneio eam quiète et libère nuuc et in perpetuum 
obtineal. 

Testibus : A. episcopo Ebroicensi , et Johanne episcopo Sagiensi,et Ricardo de Sig[iHo]; 
et Ricardo comité Gloecestrie, et \\. Fib'o comitis, et Hugone de Falesia. 

Apnd Abrincas. 

IV. Henri l" . (Original, Oxford , Christ Church.) — H., rex Anglorum et dux Nor- 
mannorum, Restoldo \icecomiti Oxenefordie, et Ricardo vicecomiti de Buching. , et 
luinistris suis, salutem. 

Precipio quod tota tei'ra et homines canonicorum Sancti Georgii de OxeneCorda sint 
quieti et in pace de sciriis et hundredis et de wardis et communibus ]>lacitis et omnibus 
aliis rébus, excepto murdro et latrocinio probato, et prohibée quod imllus eis vel homi- 
iiibus suis injuriam vel contumeiiam faciat, quia ipsi suntde propria elemosina mea. 

Teste Rogerio , episcopo Saresberiensi, apud Wudestokam. 

V. Etienne. (Warner, n" 35.) — S., rex Anglorum, episcopo Roffensi, et justiciis et 
baronibus et vicecomitibus et ministris et omnibus fidelibus suis de Chent, salutem. 

Sciatis me concessisse et presenti carta confirmasse donationem quam Ricardus de Luci 
fecit ecclesie Sancte Trinitatis Lundoniensis,et canonicis ibidem Deo servientibus , in elemo- 
sinam, de terra que fuit Godefridi Beivin., servientis sui, in Liesnes. Quare volo et preci- 
pio quod prefata ecclesia et canonici eandem terram bene et in pace, libère et quiète et 
honorifice teneant, cum omnibus pertinentiis suis, ita soluta et quieta sicut carta ejusdem 
Ricardi de Luci et carta Willelmi de Ipra testantur. 

Testibus : Ricardo de Luci, et Fulc[one] de Oilli, et Warnero de Luisoriis, et (iervasio 
de Cornhellis. 

VL Etienne. (Original, Oxford, Christ Church.) — S., rex Anglorum, archiepiscopis , 
justiciis, vicecomitibus, baronibus, ministris et omnibus fidelibus suis totius Aoglie, 
francis et anglis, salutem. 

Sciatis me concessisse et confirmasse donationem illam quam Willelmus de Caisn[eio] 
et Ricardus de Can villa fecerunt ecclesie Sancte Marie de Oseneia, et canonicis regularibus 
ibidem Deo servientibus, de ecclesia Sancti Georgii que in castello Oxeneff. sita est. Quare 
volo et firmiter precipio quod predicta ecclesia et canonici ecclesiam illam Sancti Georgii, 
bene et in pace et libère et quiète et honorifice, teneant, in terris et decimis et ecclesiis 
et omnibus redditibus eidem ecclesie pertinentibus, in bosco et piano, in pratis et pas- 
cuis, et in omnibus aliis rébus etlocis, cum omnibus libertatibus etliberis consuetudinibus 



ANALOGIES AVEC LES ACTES ANTERIEURS. 243 

quas eadeiïi ecclesia umquam melius habuit; sicut predictus Ricardus de Ganvilla et 
Willelmus de Cais[ncioJ illam eis concesserunt et dederunt et cartis suis confirmaverunt. 

Testibus : Roberto episcopo Lin[colniensi], et Ilario episcopo Cicestrensi, et m[agistro] 
Regiu[aldo], et Ricardo de Luci, et Warnero de Lisoriis. 

Apud Lond[oniam]. 

Si 011 examine en détail les différentes parties des chartes de Henri II, et 
c[u'on les compare aux parties correspondantes des chartes des deux prédéces- 
seurs, la ressemblance est encore plus frappante. 

Nom du roi. — Les chartes de Henri P"" et celles d'Etienne commencent le 
plus souvent par la simple initiale du nom du roi H ou S. — Tel est aussi 
l'usage de l'Impératrice Mathilcle ^^\ 

Adresse. — A l'initiale du nom, suivie du titre du roi, succède l'indication 
des collectivités et des individus auxquels l'acte est adressé. L'énumération est 
faite suivant l'ordre hiérarchique, conformément à ce qui a été exposé ci- 
dessus (p. 207) pour les actes de Henri II. 

Voici conune exemples la suscription de deux chartes de Henri P"^ et 
d'Etienne : 

H., rex Anglorum, aichiepiscopis , cpiscopis, abbatibus, coniitilîus, justiciis, vicecomi- 
tibus, baronibus et omnibus minislris et fideiibus suis, francis et anglis, clericis et iaicis 
lotius Auglie, salutem. (Warner, u° 11.) 

S., rex Anglorum, archiepiscopis , episcopis, abbatibus, comitibus, justiciis, baronibus, 
vicecomitibus et omnibus ministris et fideiibus suis, francis et anglis tocius Auglie, 
snlutem. (Warner, n° 21.) 

Division du corps de l'acte en deux parties. — Dans les chartes de Henri II, le 
corps de l'acte est généralement divisé en deux parties : d'une part, l'exposé de 
l'affaire, commençant le plus souvent par Sciatis me, ou par Sciatis quod; 
d'autre part, une conclusion, pour indiquer la suite que le roi entend donner 
à l'affaire; les premiers mots de la seconde partie sont généralement : Quare 
volo et precipio. 

'*' Voir Warner, n"' 19 ot 20. Le fonds des çant par l'initiale M. — H y a dans le même 
Archives de Christ Church à Oxford contient fonds de Christ Church trois chartes du roi 
aussi deux chartes de l'Impératrice commen- Etienne qui débutent par l'initiale 5. 

3i. 



M'\ VI. OBSKin VTIONS SLK LK PROTOCOLE DES ACTES. 

l'areillo dislinrlion, avec qiiol([iios varlanlos do mots, s'observo dans les 
actes de Henri l" el crElienne. 

Henri l" pour l'abbaye de Uamsey : « Sciatis me concessisse abl)ati de Raniesia ... — 
Et volo et j)recipio ut. . . » (Warner, n" 4.) 

Le même pour l'abbaye de Savigni : «Sciatis me concessisse. . . — Et volo et firmiter 
precipio ut bene et in pace et honorifice teneant. . . » (Cartul.de Savigni, n" 197.) 

Le même pour la même abbaye : « Notum sit catholice Ecclesie me dédisse ... — Et 
volo et impcro et concedo ut bene et honorifice. . . » [IbicL, n" /io6.) 

Etienne pour Geoffroi de Manneviile : « Sciatis me fecisse comitem de Gaufrido de 
.Magna villa. . . Quare volo et concedo et firmiter precipio quod ipse et heredes sui. . . » 
(Warner, n° 21.) 

Le même pour l'abbaye d'Oseney : « Sciatis me concessisse et confirmasse donationem . . . 
Quare volo et firmiter precipio. . . » (Oxford, (.hristChurcli.) 

Détails relatifs aux biens donnés ou confinnés par le roi. — La formule relative 
à l'entière franchise de jouissance des biens dont le roi concède ou confirme la 
possession est la même dans les chartes de Henri II et dans celles de ses pré- 
décesseurs : bene et in pace, libère, etc. 

Indication des droits de justice reconnus aux concessionnaires. — A la suite 
d'une charte de Henri II pour le prieuré de Longueville-en-Caux, je mettrai 
quatre chartes, de Guillaume le Roux, de Henri V"' et d'Etienne : 

Henri II pour le prieuré de Longueville : « Cum soca et saca et toll et team et infangi- 
nelheof, et flemane frenithe, et cum omnibus libertatibus et liberis'consuetudinibus pre- 
dictis tenementis pertinentibus . . . » (Double original, Archives de la Seine-Inférieure, 
et Archives de New Collège à Oxford.) 

Guillaume le Roux pour l'abbaye de La Bataille : « Cum saca et socna et toi et theam et 
infangenetheof et warpenig et murdro et lestagio et opère pontium et castellorum et clausu- 
rarum et omnibus aliis operibus etauxiliis. . . » (Warner, n° 2.) 

Henri I" pour l'évêque de Hereford : « Cum soca et sacca et toll ettem etinfangeneteof, 
et omnibus aliis consuetudinibus infra burgum et extra. » (Warner, n" 3.) 

Henri I" pour l'église d'Oseney : « Cum sac et soc et toi et them et infangenetheof. » 
(Christ Church d'Oxford.) 

Etienne pour la même église : « Cum socha et sacha et toll et theam et infangenetheof, 
et cum omnibus aliis consuetudinibus et libertatibus quas ego inde habebam. » (Christ 
Church d'Oxford. ! 



ANALOGIES AVEC LES ACTES ANTÉRIEURS. 



245 



Nisifeceris oiifecerilis. — Formule assez fréquemment employée dans les 
actes de Henri II pour désigner un second commissaire chargé de terminer 
l'affaire si le premier commissaire n'avait pu remplir sa mission. J'en ai cité 
quelques exemples, p. 161 et 162. 

On en trouve déjà du temps de Henri P»" : «Et nisi feceris, justicia mea 
faciat. (^^ » 

IVe amplius. — Autre formule pour enjoindre de régler une affaire au sujet 
de laquelle le roi ne voulait pas être exposé à recevoir une réclamation. On en 
peut voir, un peu plus haut (p. i58 et lôg) quelques exemples du temps 
de Henri IL Elle était déjà usitée à la chancellerie de Henri I" : 

Ne inde clamoren amplius audiam pro penuria plene justitie vel recti^^^. 
Ne super hoc amplius clamorem inde audiam '^'. 

Nisi coram. — Il faut faire remonter à la même épo([ue la formule concer- 
nant l'usage de résen'^er au roi personnellement, ou au sénéchal en chef, la 
connaissance des causes intéressant certains établissements ou certains per- 
sonnages privilégiés : nisi coram me vel nisi coram justicia mea. J'en ai relevé un 
assez grand nombre d'exemples du règne de Henri 11^^^, et l'un de ces exemples 
est au plus tard de l'année 1 108'^^. 

Et quia inspexi diligenter cartas régis Willelmi et aliorum predecessorum meorum, 
ego, non minus misericordia Dei indigens, iterum precipio quod monachi Fiscannenses 
vel eorum homines non respondeant de aliquo tenemento suo vel aliqua alia re nisi coram 
me vel coram capitali justicia. 

Cette sorte de committimus est formellement énoncée dans une charte de 
Henri P"", expédiée de Londres en faveur des moines de Saint-Valeri ('') : 

Prohibemus etiam ne pro aliqua causa ponantur in placitum nisi coram me. 



''* Cart. de Montebourg, n° i3. 

"^ Ibid.,!!" l3. 

('> Ibid., n" i4. 

'*> Plus haut, p. 162 et i63. 



('*' N° 8 du Recueil. 

'*^ Archives du New Collège à Oxford , Ta- 
keley deed, n" 23. — (N" 11 des Photogra- 
phies du Rév. Salter. ) 



241) \l. OBSEIW ATIONS SLK LE PROTOCOLE DES ACTES. 

Le même texte est passé ditns une cliarle originale de Henri II, datée de 
Westminster ('). 

Une autre lettre du même roi est encore plus explicite. 

Prohibemus eciam ne pro aîiqua causa ponantur in placituni de tenementis suis nisi 
oorani me vel corani capitali justicia, quia non permitterem judicium fieri de elemosina 
raea et antecessorum raeorum nisi corani rne^^'. 

Cette seconde lettre, dont nous ne possédons pas un texte irréprochable, 
a servi de modèle à une confirmation de Henri II datée de Westminster : 

Nec pro aiiqua causa ponantur in placitum nisi coram me vel coram capitali justicia 
mea, quia non permitterem judicium fieri de propria elemosina mea et antecessorum 
meorum nisi coram me^^^. 

Les expressions Rationabiliter et Rationabilem donationem. — J'ai parlé, 
p. 1 55, du très fréquent emploi qui a été fait de ces locutions dans les chartes 
de Henri II et de l'importance que semblent y avoir attachée les collectivités 
et les individus qui sollicitaient du roi la confirmation de leurs biens et de 
leiu-s privilèges. Je crois bien avoir rencontré ces mots dans quelques actes 
des prédécesseurs de Henri II; mais je ne suis pas en mesure de citer des 
exemples. 

Formule de sanction. — Dans un certain nombre de chartes de Henri II, 
il est rappelé que la violation d'une clause de la charte constituait ce qu'on 
appelait le forfait du roi, contravention punie par une amende de lo livres. 
L'amende que devait faire encourir le forfait est mentionnée dans une charte 
accordée par Henri P"" à fabbaye de Savigni : « Et prohibeo ne aliquis eam 
disturbet super x libras forisfacture ^^^ ». 



''' New Collège, Takeley, n° 65 (n° 46 des Photographies.) — Ce n'est probablement pas 

Photographies du Rév. Salter). — Inséré dans un exemplaire original, 
notre RecueU, n° i53. a. '^^ Plus haut, p. iSg. 

''^ Ihid., Takeley deed, n° 17. (N° lo des '''^ Cartul. de Savigni, n° 454- 



ANALOGIES AVEC LES ACTES ANTÉRIEURS. 247 

Je ne |joursiiivrai pas plus loin l'examen des rapprochements à faire entre 
le texte des actes de Henri II et celui des actes des autres rois ando- 
normands. Ce qui vient d'être exposé dans les chapitres V et VI suffira pour 
montrer de quelle utilité le présent recueil sera pour l'étude des institutions 
dp la Normandie au xii*^ siècle. 



248 VCTKS DlJ UOl VSSOCIK. 

VII 

VCTES Dl ROI VSSOCIÉ, HENRI FILS DE HENRI H. 

Henri, fils de Henri lî, né en i i 55, mort en i i 83 , doit fixer un moment 
noire attenlion. 

Dès l'année ii55, Henri II avait manifesté l'intention de prendre des 
mesures pour que, à f époque de sa mort, sa succession ne fût pas l'occasion 
d'une guerre civile, comme celle (jui suivit la mort de son grand-père. Le 
lo avril, dans une assemblée tenue à Wellingford ('), il avait demandé aux 
barons du royaume de jurer fidélité à Guillaume, son lils aîné, alors âgé de 
i4 mois, et, si ce Guillaume venait à mourir, à Henri, son second fils, qui 
venait de naître à Londres , quelques semaines auparavant. Guillaume étant 
mort à la fin de f année i i 56 , Henri devint aussitôt l'héritier présomptif de la 
couronne. L'enfant avait à peine sept ans quand le père voulut manifester, par 
une distinction matérielle , sa volonté de l'associer de son vivant au gouverne- 
ment de ses états. Le fait est attesté par finsertion , sur le Pipe PioU de l'année 
1 161-1 162, d'une somme dépensée pour la façon des insignes royaux destinés 
au jeune Henri : « In soltis, per brève régis, Willelmo Cade, 38 1. et 6 s. , pro 
auro ad coronam filii régis et regalia paranda ^'^^ ». Peu après, en 11 63, le 
jeune Henri figura comme partie contractante dans le traité conclu entre 
Henri II et le comte de Flandre (^). 

Ce fut le 1 4 juin 1170 qu'eut lieu le couronnement du jeune roi à West- 
minster; la cérémonie fut renouvelée à Winchester le 27 août 1172^^^ et 
l'usage s'établit assez vite de faire partir du jour du premier couronnement 
le commencement du règne du jeune roi; un exemple de ce mode de sup- 
putation nous est fourni en 1 173 par un acte de la cour de farchevèque 
d'York (5). 

t'^ Robert de Torigni, t. I, p. 298. pro roba régis fdii régis et regine sue, in coro- 

''^ Pipe Roll, VIII H. II, p. 4^3. natione eonim apud Wintoniam, 88 1. et lo s. 

'^' Gesta Henrici II , t. I, p. 5. et /^ d. » Pipe Roll, xviii H. II, p. i^à- 
'*^ /6irf., p. 3i. — « In soltJs, per brève régis, >*' «Data apud Ripon, in curia archiepi- 



CARACTERES DE L'ASSOCI \T10N. 



2'i9 



Aussitôt sacré, Henri Court -maii tel, comme l'ont appelé quelques histo- 
riens, entra en jouissance de ses prérogatives royales : son père, avant de 
s'embarquer pour revenir en Normandie avant la fui du mois de juin i i 70, 
l'avait laissé en Angleterre , en lui donnant un sceau qui lui permettait de faire 
acte de gouvernement ('). 

Dans les premiers temps, rien ne semblait devoir troubler l'harmonie entre 
les deux rois. 

Pendant l'année financière 1171-1172, plusieurs dépenses furent ordon- 
nancées en Angleterre par le jeune roi^^l 

En 1172, Henri II , après avoir fait amende honorable pour la part qu'il 
avait prise au meurtre de l'archevêque de Cantorbéry, fit jurer à son fils 
d'observer les engagements que lui-même prenait de respecter les libertés de 
l'église d'Angleterre (^l 

Le jeune roi assista avec son père à la conférence qui eut lieu la même 
amiée à Saint-Lô, et dans laquelle furent réglés les droits forestiers réci- 
proques de l'abbaye du Mont-Saint-Michel et de Guillaume de Saint-Jean. La 
confirmation que les deux rois donnèrent à la transaction fut mentionnée dans 
le procès-verbal de l'accord qui, sous la forme d'un cirographe, fut écrit par 
un officier de la chancellerie royale ^^K 

On ne devait guère tarder à voir que Henri II, en associant son fils au gou- 
vernement de ses états, avait bien l'intention de le maintenir sous sa tutelle, 



scopi,xix'' anno Henricl nepotis Henrici senio- 
ris, et tertio anno regnl Henrici, filii ejusdem 
régis, dominica ante cathedram beati Pétri 
apostoll. » — Monaslicon anglicaniim , t. VI, 
part III, p. 1191, col. 1. 

'*> Gesia Henrici II, t. I, p. G. — Sur le 
sceau du jeune roi, voir plus loin, p. 273. 

''^ « Falconariis régis, qui non receperanl 
liberationem suam in transitusuo, apud West- 
inonasterium, 6 libras, per brève régis filii 
régis. Et in expensa reglne, fdie régis Fran- 
corum, 20 libras, per brève régis filii régis.» 
Pipe, XVIII II. II, p. 79. — «Pro 12 pannis 
sericis et 5 pellibus de lutreis , 1 3 1. 1 9 s. 3 d. , 
per brève régis filii régis.» Ibid. , p. 86. — 
«De 3o 1. de abbatia de Malmesberia, hoc 

f HARTES ET DIPLOMES. — IV. 



anno, prêter victum monachorum, Roberto, 
monacho, ejusdem ecclesie abbati , liberavit , per 
brève régis filii régis. » Ibid., p. 128. 

'^' « Fecit etiam Henricum regem , lilium 
suuni niajorem , bec omnia capitula jurare te- 
nenda. » Gesta Henrici II , t. 1 , p. 33. 

^*' Hec autem concessio facta est Henrico, 
rege Anglorum, duce Normannorum et Acpii- 
lanorum et comité Andegavorum, présente et 
assensuin prebente et munimine sigilli sui 
auctoritate confirmante; présente etiam Hen- 
rico , fillo ejus , rege Anglorum , duce Norman- 
norum et comité Andegavorum, et assensum 
suum prebente. » Original aux Archives de la 
Manche. Publié dans mon édition de Robert de 
Torigni, t. 11, p. 3o5. 

32 



250 



vc'i'Ks 1)1 i\()i vssocii-;. 



(le ne lui donner aucune indépendance el de ne point le laisser accomplii- 
spontanément le moindre aele polilicpic ou administratif de quelque inipor- 
lance. Les événements se précipitèrent et montrèrent que l{\s deux rois ne 
s'entendaient nullement sur le caractère des rapports qu'ils devaient entretenir 
ensemble. 

Le jeune roi , à la suite d'une visite faite avec sa femme au roi de France, 
son beau-père, se crut en mesure de réclamer de son père une part iinpor- 
lante dans le gouvernement des Etats anglo-normands. Il aurait voulu que le 
royaume d'Angleterre ou le duché de Normandie, ou le comté d'Anjou, lui 
fût abandonné ('). Une prétention aussi exorbitante fut énergic[uement repoussée 
par Henri IL Elle ne pouvait avoir aucune chance d'être accueillie. 

Malgré tout, le jeune roi persista à vouloir user de ses prérogatives sans 
avoir besoin de l'assentiment de son père. Il s'imaginait que son double sacre 
lui donnait le droit d'agir en roi, et tel était aussi le sentiment de la reine 
Ahénor et des princes Ricliard et GeoCProi. On comptait sur la connivence du 
clergé, qui devait prendre en considération le caractère imprimé au jeune roi 
par un double sacre. Henri Court-mantel n'hésita pas à s'en prévaloir auprès 
du pape Alexandre III, dans la lettre qu'il adressa aux légats du Saint-Siège, 
pour protester contre l'élection de l'archevêque de Cantorbéry, qui venait 
d'être faite , le 3 juin i i 78, par les prélats réunis à Londres. 

Les électeurs avaient accordé leurs suffrages à Richard, prieur de Douvres, 
le candidat du roi Henri II. Voici les termes mêmes de la protestation telle 
({u'elle fut notifiée au prieur et au chapitre de Cantorbérv^'^) : 

Ex certa quorumdam relatione recepimus quod , in ecclesia vestra et etiam in provincia- 
libus ecclesiis, personas quasdam minus congruas pater meus instituere attemptet, et 



''^ « Jpse enim a pâtre suo petiit sil)i donari 
Normanniam vel Angliam vel Andegaviam». 
Gesta Henrici. t. I, p. 4i. ConP. Chronica Ro- 
geri de Hoveden , t. II, p. 46. 

' ' Cette lettre nous a été conservée par 
Gervais de Cantorbéry, t. I , p. 2/i5. — Raoul 
deDicet, t. I , p. 372, rend ainsi compte de 
l'affaire : n Sexto idus junii, Cantuariensis elec- 
tus, occurrentiJjus episcopis electis, clero, po- 
pulo, apud Cantuariam, solenni processione 



receptus est. Actuni est ipsa die , de consecra- 

tionil:)us faciendis in crastino : sed littere reg-is 

o 

fdii régis , episcopis quibusdam et priori trans- 
misse, fuerunt impedimento, in quibus conti- 
nebatur quod citra conscientiam et assensum 
ejus, in regno cujus diadema susceperat, elec- 
tiones, consecrationes , intronisationes fieri 
non debebant. . . 

«... Sic intermissis consecrationibusquique 
redierunt ad propria. » 



CARACTERES DE L'ASSOCIATION. 



25 



quoniam absque assensu nostro id nequaquam fieri débet, qui, ratione régie unctionis, 
regnuni et totius regni curani suscepimus, super hoc Romanam sedem, in multorum 
praesentia, appellavimus 

La publication de l'appel au Saint-Siège empêcha de procéder au sacre de 
Richard, qui devait avoir lieu le 9 juin 1 178, veille de la Trinité. Mais le 
pape Alexandre III ne tint point compte de l'appel, et il consacra lui-même 
l'archevêque Richard le 7 avril 1 17/i.W. 

Le pape ne fit pas meilleur accueil au long mémoire que le jeune roi lui 
avait adressé , et dans lequel , après avoir exposé ses griefs contre son père , il 
prenait l'engagement de respecter scrupuleusement les libertés de l'Église d'An- 
gleterre (■-) . 

Cet échec n'empêcha pas le jeune roi de maintenir ses prétentions et d'es- 
sayer de les soutenir les armes à la main. Ce qui l'encourageait dans ses espé- 
rances, c'est qu'il comptait de nombreux partisans en France et en Angleterre. 
Les hostilités éclatèrent en 1173 des deux côtés de la Manche , et l'accord qui 
intervint en 1174^^^ fut loin d'y mettre un terme délinitif. 

Mais ce n'est pas ici que doivent être racontées les ambitieuses et téméraires 
aventures des mécontents, et par suite les calamités de la guerre civile qui 
désola le royaume d'Angleterre et plusieurs provinces de la France pendant la 
seconde période du règne de Henri II. Je dois me borner à examiner les actes 
par lesquels Henri Court-mantel se donna l'apparence d'être roi d'Angleterre , 
duc de Normandie et comte d'Anjou. 

Le trait le plus caractéristique des chartes de Henri fils de Henri II, c'est 
que généralement elles nous offrent, à l'exception des premières et des der- 
nières lignes , la reproduction littérale de chartes correspondantes de Henri II 



^'^ Outre le double témoignage confenu 
dans la note précédente, il faut voir ce qui a 
été dit de l'élection de Richard et des incidents 
qui ont suivi , jusqu'au sacre du "7 avril 1 1 7^ , 
dans les récits contemporains : Gesta Henrici II, 
t. I, p. 6g; Hoveden, t. II, p. 69; Gervasius 
Cantuar. , t. I, p. 24.7; Rad. deDiceto, t. I, 
p. 388. 

^^^ Lettre commençant par les mois : » Ego 
Henricus III, Dei gratia rex Anglorum . . . » , 



dont le texte a été publié, en 18 13, dans le 
Recueil des historiens, t. XVI, p. 6/43-6/i8, par 
dom Brial, d'après une copie prise dans un 
manuscrit de Saint-Victor de Paris. J'ignore 
quel est ce manuscrit. 

'^' Les conditions de l'accord sont consi- 
gnées dans un procès-verbal, dont il existe un 
exemplaire contemporain dans le fonds Cotto- 
nien (VIII, 12), et qui a été pubhé dans la 
dernière édition de Rymer, t. I, part i, p. 3o. 

32. 



252 ACTES DU KOI ASSOCIK. 

et, d'après celle similitude, il semble bien que le rôle du jeuue roi se bornait 
à donner une sorte d'iiomologalion aux arles de son père. Un rôle aussi efTacé 
peut bien servir à expliquer le mécontentement et les révoltes qui troublèrent 
à plusieurs reprises le règne de Henri II. 

La similitude des actes dont il s'agit est telle qu'il est facile de confondre 
les chartes du lils avec celles du père, et la confusion s'est même produite à 
une époque très ancienne. Au xiii^ siècle, le rédacteur du Cartulaire de l'ab- 
baye de Montebourg a mêlé une charte du jeune roi Henri au groupe des 
chartes de Henri II, qu'il a insérées dans le Cartulaire de cette abbaye; après 
avoir transcrit sous le n° 28 une charte de Henri II qu'il a intitulée : Carta 
ejasdem Henrici juvenis^^'^ régis, il copie immédiatement à la suite, avec la ru- 
brique : Carta ejusdem Henrici recjis, une charte du fils de Henri II. — Une 
méprise absolument semblable a été commise par le rédacteur du Cartulaire 
de l'abbaye du Valasse. Après avoir transcrit une charte incontestablement 
émanée de Henri II, il copie, immédiatement à la suite, une charte du jeune 
roi Henri , en la faisant précéder de cette rvibrique : « Confirmacio alia predicti 
domini régis Henrici, quodomnes res nostre sunt exempte, libère et quiète ab 
omnibus exactionibus secularibus b(^^. 

La principale différence qui caractérise les actes du fils, c'est que celui-ci, 
dans l'énumération des titres, omet les mots el Aquitanorum, qui, dans les 
actes du père, se trouvent après les mots dux Normannorum. De plus, à la suite 
de l'énumération des titres, il ajoute les mots recjis Henrici filins. 

J'arrive à l'examen des chartes du jeune roi, dont beaucoup ont été déjà 
indiquées dans un récent mémoire de M. le docteur Ph,-C.-E. Hodgson(^). 
Précédemment M. Paul Meyer en avait employé cinq dans sa belle édition de 
L'Histoire de Gnillaame le Maréchal (t. III, p. xxxii). 

En regard de chacune de ces chartes, je pourrai presque toujours placer la 
charte du roi Henri II qui a servi de modèle au chancelier du roi associé. 

(^^ Javenis par opposition à l'épithète senio- led Henry the third (from the Transactions of 

ris attribuée à Henii I" dans le même cartu- the Royal Society of Littérature, vol. XI, new 

laire : Carta H. régis senioris. Page 6 , n° 5. — séries). Voir aussi plus haut, p. 2o5. 
L'épithète junior a été plus d'une fois attachée (^> Cartulaire du Valasse, t. I, foi. 16 v°. 

au nom du fds aîné de Henri II. Voir le mé- ('' Jung Heinrich Kônig von England Sohn 

moire de M. W. de Gray Birch, On the Seals Kônig Heinrichs II, ii55-i i83. léna, 1906, 

of king Henry the second and ofhis son the so-cal- in-8°, xiii et 81 pages. 



ANNEE 1 170. 253 

I. Charte de l abbaie de Ramsey. 

1 170, 

Le premier des actes de Henri Court-mantel qui soit venu à ma connais- 
sance est une charte de l'abbaye de Ramsey, que les éditeurs du Cartulariam 
monasterii de Rameseia^^"! ont publiée dans les termes suivants : 

H. rex Anglie et dux Normannie [et Aquitanîe], et cornes Andegavie, régis H. filius, 
vicecomiti et ballivis et prepositis de Huntedone, saiuleni. 

Precipio quod permittatis abbatem de Ramesia habere et tenere omnes iibertates et 
libéras consuetudines et quietantias et ioca sua in nundinis Sancti Yvonis, ita bene et in 
pa'ce et juste, sicut habere débet et sicut habere debuit tempore Henrici régis, avi domini 
régis patris mei. Et praecipio quod super hoc nuHam ei inde injuriam faciatis vel fieri 
permittatis. 

Teste Ricardo archidiacono Pictaviensi. Apud Wodestoke. 

Les éditeurs, croyant avoir mis la main sur une charte de Henri II, ont 
cru réparer une omission du copiste du Cartulaire en rétablissant les mots[e< 
Aquitanie^ après les mots dux Nonnannie. Pour être conséquents avec eux- 
mêmes, ils auraient encore dû supprimer à la fin de la suscription les mots 
veçfis Henrici filius . 

En effet, Henri 11 n'était pas le fils, mais le petit-lils d'un roi Henri, il le 
dit expressément quelques lignes plus bas, quand il rappelle l'usage du temps du 
roi Henri, l'aïeul du roi Henri son père : tempore Henrici régis, avi domini régis 
patris mei, et le rédacteur du Cartulaire avait ainsi donné très correctement à 
l'auteur de la charte les titres auxquels le prince avait droit : rex Angliœ et 
dux Normanniœ et cornes Andegaviœ, régis Henrici filius; il était bien roi d'An- 
gleterre, duc de Normandie, comte d'Anjou, et fils du roi Henri; il n'a jamais 
été duc de Guyenne. Cette charte, que les éditeurs croient avoir été faite entre 
les années 1 1 54 et 1 1 75 , a dû être expédiée au mois de décembre 1170 : le 
jeune roi séjournait alors à Woodstock("^), et l'archidiacre de Poitiers devait 
à la même époque se trouver dans le voisinage, prêt à s'embarquer pour se 
rendre à la Cour pontificale, où il arriva vers le 5 janvier 1171 (^^. 

î'> Édit. du Maître des Rôles, t. I, p. 2 5/i. (^' Ihid. , p. i53. — L'archidiacre aval 

'*' Rév, Eyton, p. i52. quitté l'Angleterre au commencement de dé 



25'! 



\ 11. VCTKS nil ROI \SS()(;iK. 



II. (JIARTK DK I,\bbAYI: DE AlON TKBOIRG. 



H., re\. Angl. et dux Norm. el Aquitano- 
rum et cornes Andegavorum, archiepisco- 
pis, episcopis, abbatibus, comitibus, baro- 
nibus, justiciis, vicecomitibus, et omnibus 
ministris et fidelil)us suis Anglic, sahitem. 

Sciatis me concessisse et presenti carta 
confirmasse ecclesie de Monteborc, et mo- 
nachis ibidem Deo servientil)us, manerium 
de Uvelai, cum pertinentiis suis, quod Aeli- 
cia deRiveriis, mater comitis Balduini, eis 
dédit de maritagio suo, in perpetuam ele- 
mosinam, et Willelmus de Vernone juvenis 
concessit. Quare volo et firmiter precipio 
quod prefata ecclcsia et monachi ejusdem 
ecclesie habeant et teneant predictum ma- 
nerium, cum omnibus pertinentiis suis, in 
bosco et piano, in pasturis, in viis et semi- 
tis et in omnibus aliis locis et aliis rébus 
ad idem manerium pertinentibus, bene et 
in pace et libère et quiète et intègre et ho- 
norifice. 

Testibus : G. archidiacono Cantuariensi , 
1\. archidiacono Pictavensi, Reginaldo ar- 
chidiacono Saresberiensi , Johanne decano 
Saresberiensi, Ricardo de Canvilla, Regi- 
naldo de Curtenai, Willelmo de Lanvaleio, 
Hugone de Creissi, Henrico de Bernevalle. 

Apud Warrevillam. 

(Cartul. de Montebourg, n" 28.) 



11., re\ Vngl., (ki\ Norm. et conies 
Andeg. , régis II. lilius, a rchi episcopis, epi- 
scopis, abbatibus, comitibus, baronibus, 
justiciis, vicecomitibus et omniiius minis- 
tris et fidelibus suis Anglie, salutcm. 

Sciatis me concessisse et presenti carta 
confirmasse ecclesie de Monte Burgi , et mo- 
nachis ibidem Deo servicntibus, manerium 
de Uvelei, cum pertinentiis suis, quod 
Aelicia de Riveriis, mater comitis Balduini, 
eis dédit de maritagio suo, in perpetuam 
elemosinam, et Willelmus de Vernone ju- 
venis concessit. Quare volo et firmiter pi-e- 
cipio quod prefata ecclesia et monachi 
ejusdem ecclesie habeant et teneant predic- 
tum manerium, cum omnibus pertinentiis 
suis, in bosco et piano, in pasturis, in viis 
et semitis et in omnibus aliis locis et aliis 
rébus ad idem manerium pertinentibus, 
bene et in pace , libère et quiète et intègre 
et honorifice. 

Testibus : Gaufrido archidiacono Can- 
tuariensi, Ricardo archidiacono Pictavensi, 
Reginaldo archidiacono Saresberiensi, Jo- 
hanne decano Saresberiensi, Ricardo de 
Canvilla, Reginaldo de Curtenai, Willelmo 
de Lanvaleio , Hugone de Creissi , Willelmo 
de Sancto Johanne. 

Apud Burum. 

(Cartul. de Monteboui'g, n° 29.) 



La charte du jeune roi Henri, fils de Henri II, est postérieure au i 4 juin 
1 170, date de son couronnement, postérieure aussi à la charte du père, la- 



rembre , et un peu auparavant il avait assisté 
en qualité de témoin à rexpédition d'une 
charte de Henri II, datée de Woodstock, en 
faveur de l'abbaye de Haghmon. 11 y est, par 



erreur, qualifié de « archiepiscopus Cantuariae, » 
dans l'édition qui se trouve au tome VI du 
Monasticon niKjlicauuin, p. 108 et 109 de la 
1" partie. 



ANNEE 117 l 



255 



(juelle est d'une épo([ue à laquelle la formule Dei gratia n'était pas encore 
adoptée par la chancellerie anglo-normande; elle a été rédigée pendant le 
séjour que le prince Ht en Normandie pendant l'année 1171 (^\ 

La charte de Henri II est antérieure de quelques jours à celle du lils, (pii 
en est un calque tout à fait fidèle et cj[ui est souscrite par les mêmes témoins 
au nombre de neuf^^', datée de Varreville, localité située sur le bord de la 
nier, un peu au midi de Barfleur, port où le roi devait s'embarquer le 
i"" aoùt(^); elle a dû être expédiée dans les derniers jours de juillet 1171. 



III. Charte des Bourgeois d'Eu. 



1 i56-i 161. 

H,, rex Angl. etdux Norm. et Aqiiit. [et 
cornes] Andeg. , H., archiepiscopo [Rotho- 
magensi] et omnibus baronibiis [et fxdeli- 
bus] suis Normannie, sakitem. 

Sciatis me concessisse bur[gensibus] 
Augi quod habeant ita [in] pace et juste et 
libère [et paci]fice communiam suam, [si- 
cut co]mes Johannes illam eis [dédit t]em- 
pore patris mei, et [sum in]de piegius inter 
comitem et eos, sicut pater [meus fu]it et 
sic ut carta sua testatur. Et prohibeo ne 
quis eis inde injuriam vel contumeliam fa- 
ciat. 

Testiijus : Canceliario, et Manassero Bi- 
set dapitero, et Roberto de Donestanvilla. 

Apud Rothomagum. , 

(Car lui. du comté d'Eu, M. i v°. ) 



171 



[H.], rex. Angl. et dux Norm. et cornes 
Andeg., régis Henrici fiiius, venerabiii 
Rothomagensium archiepiscopo, et omni- 
l)us comitibus et liaronibus et omnibus suis 
fidelibus de Normannia, salutem. 

Notum fieri omnibus vobis volo quatinus 
cornes Henricus Augi communionem con- 
cessit burgensibus Augi, sicut pater suus 
comes Johannes concesserat eis. Ad hanc 
igitur communionem confirmandam , comes 
idem Henricus atque burgenses Augi apud 
Drincuriam in meam presenciam venerunl , 
petentes ut utrius[que] partis hostagius in 
teressem. Quorum petitioni ego satisfaciens , 
de tenenda communione inter utramque 
partem, hostagium me interposui, et pre- 
dictam communionem concessi et hac pre- 
senti mea carta confirmavi , hoc modo quod, 
si comes unionis concesse pacta burgensibus 
ulio modo fi angere veiiet , et inde se emen 
dare noliet, inde me postea cum burgensi- 
bus tenerem. Etsimiliter si burgenses pacta 
que habent erga comitem aliquo modo in- 
terrumperent et non tenerent, et se inde 



'' Charte de l'archevêque Rotrou, dans 
notre Recueil , n° 191. a. 

'*' Un dixième nom diffère : Henri de Ber- 



neval est remplacé dans la charte du jeune roi 
par Guillaume de Saint-Jean. 
^'^ Le Rév. Eyton, p. i6o. 



:250 \ll. VCrivS 1)1 IU)I VSSOCIK. 

oincndare iiolleiil, ego posloa llenricuni 
coiniteni contra burgenses adjiivareni el 
nianutonorem. 

llujus paclionis testes fuerunt GuiUclimis 
camerarius de Tancarvilla, Guillelmus de 
Sancta Ma ma, Robertus de Sancto Petro, 
(îaufridus de Sancto Martino, Robertus de 
Davidivilla (?) , Johannes [de] Evreineio. 

(Cartul. (In coinlé dEu , fol. i v°.) 

C'est entre les années i i5() el 1161 que put (Hre expédiée à ïVouen, en 
présence du chancelier Tliomas Beckei, la cliarte par laquelle le roi Henri II 
confirme aux bourgeois d'Eu le droit de commune, dont ils jouissaient depuis 
le temps de Jean, comte d'Eu. Ce fut un peu pins tard que les bourgeois 
voulurent obtenir du jeune roi Henri une confirmation de leur droit de com- 
mmie; ils Tobtinrent dans une conférence que leurs représentants eurent 
avec le jeune roi Henri, et le nouveau comte d'Eu Henri , probablement entre 
1 1 7 o et 1 1 7 3 , peut-être en 1171. 



IV. Charte de l'abbaye du Mo.nt-Saint-Michel. 



L'approbation d'une convention faite entre l'abbé du Mont-Saint-Michel et 
Guillaume de Saint-Jean au sujet d'une foret de l'abbaye, en 1172, est 
donnée conjointement dans le même acte par Henri II et par le roi son jeune 
fils: 

Hec autem concessio facta est Henrico, rege Angloruni duce Normannorum et Aquita- 
norum et comité Andegavorum, présente et assensum prebente, et munimine sigilli sui 
auctoritate confirmante, présente etiam Henrico, (llio ejus, rege Anglorum duce Norman- 
norum et comité Andegavorum, et assensum suum prebente. 

Cette déclai'ation est insérée dans la charte de l'abbé Kobert de Torigni, 
relative à cette convention, charte qui est dépourvue de date; mais une autre 
charte, également émanée de l'abbé Robert, nous renseigne sur la date de 



ANNEES 1171-1174. 



257 



l'accord et sur le lieu où il fut conclu : « Actum est hoc publice in capitulo 
Montis, anno ab incarnatione Domini MCLXXII »(^). 

La visite des deux rois au Mont-Saint-Michel dut avoir lieu au mois de mai 
1172, quand le roi vint à Avranches se faire absoudre par les légats du pape. 
L'acte qui mentionne la confirmation des deux rois est daté de Saint-Lô. 



V. Charte de la communauté du jVIont-aux-Malades. 



1174 (?). 

H., Dei gratia rex Angl. et dux Norin. 
et comes Andeg. , régis Henrici filius, om- 
nibus fidelibus suis ad quos iste iittere ve- 
nerint, salutem. 

Sciatis quod Johannes de Mara, ad pre- 
ces meas dédit et concessit fratribus boue 
congregationis de Monte Leprosorum super 
Rothomaguni ecclesiam de Noitot in perpe- 
tuam eleniosinam habendam. 

Testibus : Roberto comité Mellenti, et 
Wiilelmo Marescallo. 

Apud Ghiviliiacum. 

^Original aux Archives de la Seine-Inférieure.) 



Vers 1 170. 

H., rex Angl., dux Norm. et Aquit. et 
cornes Andeg., omnibus ministris suis, sa- 
lutem. 

Sciatis me dédisse, pro Deo, fratribus 
bone congregationis Sancti Jacobi de Monte 
Leprosorum Rothomagi, ecclesiam Sancti 
Salvatoris de Noytot, in proprios usus con- 
vertendam, et hoc feci ad petitionem 
Johannis de Mara et ejus uxoris, qui erant 
veripatroni dicte ecclesie,qui eam in manu 
mea posuerunt, ad preces Henrici, fdii 
mai, ut eam darem predictis fratribus. 
Confirme etiam eis terram Ricardi de Hayis 
apudRolleville,quamR. de Thicouvilla (?) 
dédit eis, qui erat dominus de terra, et ter- 
ram de Droseyo, quam Ricard us de Osque- 
villa tenet. Quare volo et precipio quod 
omnia supradicta teneant bene et in pace, et 
quidquid de supradictis ad me pertinet vel 
pertinere débet. 

Testibus : Rotrodo archiepiscopo Rotlio- 
magensi, Arnulpho episcopo Lexoviensi, 
Johanne Filio Luce, Ricardo Talebot cle- 
rico, et aliis multis. 

Apud Rothomagum. 

(Vidimus de 1296. Archives de la Seine-Infé- 
rieure. ) 



Ces deux chartes se rapportent à la donation de l'église de Nointot faite à 
la léproserie du Mont-aux-Malades. Celle de Henri II peut être d'environ 

'*' Les deux actes sont publiés dans mon édition de l^obert de Toi-igni, t. II, p. 3o3 et 3o5. 



CHARTES ET DIPLOMES. 



33 



258 



VII. ACTlvS 1)1 KOI VSSOrJK. 



1170; clic osl certaiiieineiit anlôrieiuH' à 1 1 7.'^. Je dassc celle du jeune roi à 
raiinée i 17/j, comme Va fait M. Paul Meyer; elle n'est pas simplement une 
homologation de la prennère, où sont mentionnés d'autres biens ([ue le patro- 



nage de Nointol 



VI, Charte de Gautier de Goutances. 



1 170 on 1 17/1. 

H., Dei gratia rex Angl. et dux Norm. 
et Aquit. et cornes Andeg., archiepiscopis , 
episcopis , abbatibus , comitibus , baronibus , 
justiciis, vicecomitibus et omnibus minis- 
tiis et fideUbus suis IVancis et anglis lotius 
Anglie, salutem. 

Sciatis me concessisse et dédisse in libe- 
ram elemosinam et presenti carta confir- 
masse dilecto clerico meo magistro Waltero 
de Constantiis capellaniam de Blia, cum 
omnibus pcrtinentiis suis, in ecclesiis, in 
capellis et terris et decimis et in omnibus 
aliis ad eam pertinentibus, tenendam quam- 
diu vixerit in habitu clericali, sicut aliquis 
predecessorum suorum eam melius et iibe- 
rius et integi'ius tenuit aiiquo temipore. Quare 
volo et firmiter precipio quod magister 
Walterus de Constanciis habeat et teneat 
bene et in pace, libère et quiète et integi'e 
et honorifice predictam capellaniam, cum 
omnibus pertinentiis et libertatibus et libe- 
ris consuetudinibus suis , in bosco et piano , 
in pratis et pasturis, in aquis et molendinis, 
in vivariis et piscariis , in ecclesiis et capellis 
et terris et decimis , in viis et semitis et in 
omnibus aliis locis et aliis rébus ad eandem 
pertinentibus capellaniam, sicut aliquis 
predecessorum suorum eam melius et libe- 
rius et integrius ante eum habuit et tenuit. 
Testibus : R. archiepiscopo Eboraceosi, 
R. Wintoniensi, G. Eiyensi, electis, comité 
Reginaldo Cornubie, Ricardo de Luci,Re- 
ginaldo de Guitenaio, Willelmo de Albi- 



1 175. 

H., Dei gratia rex Augl. et dux Norm. 
et comes Andeg., Henrici régis filius, ar- 
chiepiscopis, episcopis, comitibus, baroni- 
bus, justiciis, vicecomitibus et omnibus 
ministris et fidelibus suis Francis et anglis 
totius Anglie, salutem. 

Sciatis me concessisse et presenti carta 
confirmasse dilecto clerico domini régis, 
patris mei, et meo, magistro Waltero de 
Constanciis, capellaniam de Blia, quam pa- 
ter meus ei dédit, in liberam elemosinam, 
cum omnibus pertinentiis suis, in ecclesiis 
et aliis rébus ad eam pertinentibus, tenen- 
dam quandiu vixerit in habitu clericali, 
sicut aliquis predecessorum suorum eam 
melius et liberius et integrius tenuit aiiquo 
tempore. Quare volo et firmiter precipio 
quod magister Walterus de Constanciis 
habeat et teneat bene et in pace , libère et 
quiète et intègre et honorifice predictam 
capellaniam, cum omnibus pertinentiis et 
libertatibus et liberis consuetudinibus suis, 
in bosco et piano, in pratis et pasturis, in 
aquis et molendinis , in vivariis et piscariis, 
in ecclesiis et capellis et terris et decimis, 
in viis et semitis et in omnibus aliis locis 
et aliis rébus ad eandem pertinentibus ca- 
pellaniam, sicut aliquis predecessorum 
suorum eam melius et liberius et integrius 
ante eum habuit et tenuit. 

Testibus : Ricardo Wintoniensi, G. 
Eliensi, episcopis, Willelmo Marescallo, 
Giiai'do Thalebot, Robert[o] de Tresgoz, 



ANNEE 1175. 259 

gneio, Unfrido de Bohun, Roberto Mar- Simone de Marisco, Willelmo de Diva, 

mion, Hugone de Creissi, Wiilelmo de Adam de Ichebuef. 

Lamvalleio, Thoma Basset. Apud Westmonasterium. 

Apud Stokes juxta mare. /r , i i r- r i o r, 

'■ (Lartul. de leglise de Rouen, fol. 102 v°, 

(Cartul. de ieglise de Rouen, fol. 100, n° 182. ) n" i58.) 

J'ai déjà eu l'occasion (p. 2 7 ) déparier de la charte du roi Henri, et j'ai expli- 
qué comment la mention desévèques élus de Winchester etd'Ely nous oblige à 
la considérer comme expédiée entre le mois de mai 1178 et le mois d'octobre 
1 174- La charte du fds du roi, qui vise expressément la charte du père et 
qui en reproduit littéralement le dispositif en le confirmant, est postérieure 
au 6 octobre 1 1 7/i, puisqu'on y voit figurer comme témoins Ricardas Winio- 
niensis et G. Eliensis episcopi, lesquels, avant leur sacre, célébré le 6 octobre 
I 174, étaient ordinairement appelés R. Wintoniensis et G. Elyensis elecli. La 
confirmation de Henri fils de Henri II étant datée de Westminster, elle doit se 
classer au plus tôt parmi les actes du mois de mai 1 175; le jeune roi, qui 
n'avait point mis le pied en Angleterre depuis le mois de décembre 1 1 72 , y 
débaïqua au commencement de mai 1175. 



VIL Charte de Saint-Bernard de Montjou. 

Ver» 1175. 

H., Dei gratia rexAngl. et dux Norm. et cornes And., et régis H. filius, archiepiscopis , 
comitibus, baronibus, justiciis, vicecomitibus et omnibus baiHivis et ministris tocius An- 
glie, saiutem. 

Sciatis me concessisse et presenti carta confirmasse ecclesie et fratribus Sancti Bernardi 
de Monte Jovis omnes terras et redditus quas pater meus rex eis in perpetuam elemosinam 
dédit et concessit, sicut carta sua testatur. Quare voio et fîrmiter precipio quod predicti 
fratres easdem elemosinas habeant et teneant bene et in pace, libère et quiète, juste et 
honorifice, intègre et plenarie, in bosco et piano, in pratis et pascuis, in stagnis et moien- 
dinis , in viis et semitis , cum omnibus libertatibus et liberis consuetudinibus et quietanciis , 
in chiminis et extra , cum omnibus pertinenciis que ad predictas terras et redditus perti- 
nent, et sicut pater meus eis confirmavit. Et volo quod prememorati fratres sint in cus- 
todia et protectione mea, et omnes possessiones et res quas habent in terra patris mei et 
mea, sicut sunt in custodia et protectione patris mei. 

33. 



2G0 \ M. ACTES 1)1 KOI ASSOCIK. 

Ilis lestihus : Petro filio Guidonis, Willelmo de Tintiniaco, (îodefrido de Aubigni, 
Henrico de Longo Cainpo, Willelmo de Diva, Adam de lkel)o, Simone de Marisco. 
Vpud Stocam. 

Original scellé, Oxford New Collège, Hornchmcli deod , n° i3. — Communiculioii du T\év. Salle r, 
n° \x du recueil de pliolograpliies. ) 

Je ne connais pas l'acte de Henri II sur lequel a dû être calquée la confir- 
mation des biens et des franchises de la maison de Saint-Bernard de Montjou. 

VIII • Charte de l'abbaye du Valasse. 

Vers 1 176. 

H., Dei gratia rex Angl. et dux Norm., comes Andeg. , Henrici régis fdius, justiciis, 
vicecomitibus , et omnibus ministris suis et nominatim portuum maris tocius Anglie et 
Normannie, salutem. 

Concedo quod omnes res monachorum Sancte Marie de Voto, quas homines sui po- 
terunt affîdare suas esse proprias, sint quiète de modiacione vini et de theloneo et passagio 
et pontagio et omni consuetudine , per totam terram meam et peromnia dominia mea; et 
prohibeone quis eos velres suas injuste disturbet, super quinquaginta libras for[isfacture]. 

Testibus : A. Lexoviensi episcopo, G. cancellario, Willelmo capellano, Petro Filio Gui- 
donis dapifero, Fulcone de Alaco (Alno?), Godardo de Sancto Valeriis (Walerico?), Wil- 
lelmo de Curceio senescallo, Willelmo Marescallo, Roberto de Tresgos. 

Apud Argentomum. 

(Cartulaire du Valasse, t, I, fol. 16.) 

Je ne connais pas la charte correspondante émanée du roi Henri II. 

IX. Charte de la cathédrale de Cantorbéry. 
1177. 

Gervais de Cantorbéry ('^ a inséré dans son histoire la charte que Henri II 
avait accordée à l'église de Cantorbéry]|et qu'il vint déposer le jeudi saint 1177 
sur la tombe de saint Thomas. A la suite de la charte, il a ajouté les mots : 
« Henricus quoque, régis filius, cartam suam dédit in eadem forma.» La 

(') T. I,p. 261-262. 



ANNEES 1 176 Eï 1177. 



261 



charte même du jeune roi, qui fut expédiée un peu plus tard, est au Musée 
britannique ^^^ ; en voici les dernières lignes : 

Testibus : Ricardo thesaurario, Waltero de Gonstantiis, Godefrido de Luci, Galfredo 
Cicestrensi archidiacono , Hugone Murdac, magistro Ad.de Gloecestria, Willelmo Talebot, 
Ricardo de Luci, Ranulfo de Glanvilla, Thoma Basset, Hugone de Cressi, Bertramo de 
Verdun, Johanne de Solincio, Petro Filio Guidonis dapifero, Willelmo de Tintiniach, 
Wiilelmo de Diva, Gaufrido Filio Hamonis, Adam de Ikebof, Petro de Ade^dlla. 

Apud Wodestokam. 

X. Charte de l'abbaye de Préaux. 



1 174-1 l'jb. 

H., Dei gratia rex Angl. et dux Norm. 
el Aquit. et cornes Andeg. , archiepiscopo 
Rothomagensi, episcopis, abbatibus, comi- 
tibus, baronibus, justiciis, vicecomitibus et 
omnibus ministris et fidelibus suis Nor- 
mannie, salutem. 

Sciatis me concessisse, rogatu Roberti, 
comitis de Mellento, et presenti carta con- 
(irmasse ecclesie Sancli Pétri de Pratellis, 



1177. 

H., Dei gratia rex Angl. et dux Norm. 
et comes Andeg., Henrici régis filius, ar- 
chiepiscopo Rothomagensi, episcopis, abba- 
tibus, comitibus, baronibus, justiciis, vice- 
comitibus, prepositis et omnibus ministris 
et fidelibus suis Normannie, salutem. 

Sciatis me concessisse, rogatu Roberti, 
comitis de Mellento, et presenti carta con- 
firmasse ecclesie Sancti Pétri de Pratellis, 



et raonachis ibidem Deo servientibus quietanciam ab omni taillia, quam jam dictus comes 
de Mellento eis dédit de omni terra sua, quam ipsi et de eo et de antecessoribus suis tenent, 
et omnes alias quietancias et libertates quas idem comes et antecessores sui predicte ec- 
clesie et monachis concesserunt, sicut carta ipsius comitis de Mellento, quam inde ha- 
bent, testatur. Quare volo et firmiter precipio quod prefata ecclesia et ejusdem ecclesie 
monachi habeant et teneant in perpetuum predictam quietanciam de taillia, et omnes alias 
quietancias et libertates eis concessas et datas a prefato comité de Mellento et ab anteces- 
soribus suis, bene et in pace et libère et quiète et honorifice, sicut ipse Robertus, comes de 
Mellento, eis concessit et dédit et carta sua confirmavit. 



Testibus : Petro cardinali et legato, 
Rotrodo archiepiscopo Rothomagensi, Ar- 
nulfo episcopo Lexoviensi, Egidio epi- 
scopo Ebroicensi, Johanne decano Sares- 



Testibus , Gaufrido comité Britannie, 
Roberto de Monte Foi-ti, Willelmo capel- 
lano, Thoma de Sigillé, Willelmo Mares- 
callo, Seherio de Quincé juniore, Adam de 



<"' Fonds Cotton, Charte vi, i. — Je dois un extrait de cette pièce à raniitié de M. Paul 
Meyer. 



262 



Ml. VCTKS DU ROI VSSOCÏK. 



heiiensi, comité Willelnio de Mandevilla, Ikehue, (iisli^herlo de Alhemario, Petro de 
I\ol)erto comité l^egiecestiie , llicardo de Adevilla, lloberto de Mara. 
Humetis constabulario, Hemico de Novo (Cartul. de Préaux, exemplaire des AiTl.ivcs de 

BurgO, WillelmO Maio Vicino, Seihero de l'Eure , fol. 3i; exemplaire de la Bibl. nat. , fol. 

Quinci. 22 v°.) 

Apud Cadmoum. 

Cartul. de Préaux , exemplaire des Archives de 
l'Eure, fo!. 26. Exemplaire de la Bibl. nat., fol. 
ÎO v".) 

La charte du jeune roi qui précède ne porte point de date de lieu , mais il y 
a lout lieu de penser qu'elle a dû être écrite en Normandie, où le prince sé- 
journa toute Tannée 1 1 77 et qu'elle fut dressée peu après la charte de Henri II 
qui a servi de modèle au rédacteur. Je crois pouvoir la classer à l'année 1177. 

Cette année-là, les deux rois se rencontrèrent avec le légat Pierre, cardinal 
(le Saint-Chrysogone^^l 

XL Gh.\rte de l'abbaye de Fontevrault. 



1175-1178 (?). 

H., Dei gratia rex Angl. et dux Norm. 
et Aquit. et comes Andeg. , archiepiscopis , 
episcopis, abbatibus, comitibus , baronibus , 
justiciis, vicecomitibus, ministris et omni- 
bus fidelibus suis, salutem. 

Sciatis me concessîsse et dédisse et pre- 
senti carta mea confirmasse Deo et ecclesie 
Béate Dei genitricis Marie de Fonte Ebraudi, 
et monialibus ibidem Deo servienlibus , pro 
sainte anime mee et antecessorum et suc- 
cessorum meorum, pontem Saeii, ita libe- 
rum et quietum sicut aliquis antecessorum 
meorum eundem pontem ipsi ecclesie me- 
iius et iiberius concessit habere; vicariam 
etiam ejusdem pontis 

. . . , sicut ea ipsis concessi et carta mea 
confirmavi. 

Testibus : Guill. Cenom., G. And., 
R. Nannet., St. Redon., episcopis. Rie. et 



1178 (?). 

H., Dei gratia rex Angl. et dux Norm. et 
comes Andeg. , archiepiscopis , episcopis , ab- 
batibus, comitibus, baronibus, justiciis, 
comitibus , senescallis , prepositis et omnibus 
ministris et fidelibus suis, salutem. 

Sciatis me concessisse et dédisse et pie- 
senti carta mea confirmasse Deo et ecclesie 
Béate Dei genitricis Marie de Fonte Ebraudi , 
et monialibus ibidem Deo servientibus , pro 
salute anime mee et antecessorum et succes- 
sorum meorum, pontem Seii, ita iiberum 
et quietum sicut aliquis antecessorum meo- 
rum eundem pontem ipsi ecclesie melius 
et iiberius concessit habere, et sicut carta 
domini régis, patris mei, continet et testa- 
tur; vicariam etiam ejusdem pontis 

. . . , sicut rex Henricus pater meus eis 
dédit et concessit et cartis suis confirmavit, 
et sicut in eis continetur cartis. 



'^' Voir les textes réunis dans le Recueil des historiens, t. XIII, p. 170 et suiv., et t. XV, 
p. 945-947. 



ANNEES 1177 ET 1178. 



20:5 



G., filiis meis, com. W. de Mandevilla, 
Fuichone de Mastach seneschailo Picta- 
vensi, St. de Turonis senescalio Andega- 
vensi, Maur. de Croun., Pag. de Vegg. , 
Gaufr. Perticensi, Petro Filio Guidonis, 
Will. de Ostilli, Durando pincerna, Gilie- 
berto guarderobb[a]. 
Apud Andegav. 

(Original aux Archives de Maine-et-Loire. — 
Autre original aux Archives nationales, J. i84. 



Testibus : Thoma de Colunces, Gerardo 
Talebot, Rob. de Tregoz, Joh. de Praeus, 
Adam de Ikebo, WiU. de Tintiniaco, Juel. 
de Maene. 

Apud Chinonum. 

(Original aux Archives nationales, L. 1018, 



La charte de Henri, fils de Henri II, est calquée sur une charte de Henri II 
qui, d'après la souscription de Geofifroi, évêque d'Angers, est au plus tard de 
Tannée i i 77 ou 1178 (n. st.). 

XJI. Autre charte de l'abbaye de Fontevrault. 



1164. 

H. , rex Angl. et dux Norm. et Aquit. et 
cornes x4ndeg., baronibus suis de Scaccario, 
salutem. 

Sciatis me dédisse monialibus de Fonte 
Ebraldi, in perpetuam elemosinam, lx li- 
bratas terre , videlicet in Bedefortsira mane- 
rium meum de Lectona, pro lvi libratis, 
cum terra que fuit Walteri Puliani, que 
valet XXXII solidos, quam eis dedi in ex- 
cambio molendlni quod dedi monachis de 
Woburna, in eodem manerio, scilicet xv li- 
bratas terre , pro eiemosina Wiileimi fratris 
mei, et xlv libratas de quater viginti libris 
quas habebant annuatim ad Scaccarium ad 
festum saneti Michaelis, de eiemosina régis 
Henrici , avi mei , et mea. Et precipio vobis 
quod de predicta eiemosina Henrici régis, 
avi mei, et mea, faciatis eisdem monialibus 
habere annuatim ad festum saneti Michaelis, 
ad Scaccarium, xxxv libras, que eis rétro 
suut de predicta eiemosina. 

Testibus : Nigello episcopo Eliensi, Ro- 
berto comité Legrecestrie, Ricardo de Luci. 

Apud Westmonasterium. 

(Original aux Archives de Maine-et-Loire.) 



1178. 

H. , Dei gratia rex Angl. et dux Norm. et 
comes Andeg. , Henrici régis filius . . . 

Sciatis me dédisse et confirmasse monia- 
libus de Fonte Ebraldi lx libratas in Bede- 
ford, super manerium meum de Lectona. . ., 
quam (?) rex, dominus et pater meus, eis 
dédit ... ; et in Bukingehansir[a] un libra- 
tas, in manerio meo de Radenai, videlicet 
XV libratas de eiemosina Wilielmi, fratris 
régis patris mei ; item xlv libratas de lxxx 
libratis ... de eiemosina régis Henrici , avi 
patris mei. . . Item concedo donationem 
quam Willelmus de Sancto Johanne . . . 
fecit de m marchis argenti . . . 

Testibus : Thoma de Colunces , Gerardo 
Talebot, Roberto de Tregoz, Johanne de 
Praeus, Adam de Ikebo, Wiilelmo de Tin- 
tiniaco, Juello de Maenna. 

Apud Chinonem. 

(Copie d'après l'original, avec dessin du sceau 
qui était en cire blanche stir soie rouge. Ms. latin 
5480, t. I, p. 269.) 



20^i \ II. VCTKS 1)1 ROI VSSOCIK. 

La charte de Henri II est, au plus lard, de Tannée i i G/j comme je Pai 
établi dans un chapitre précédent(') à l'aide d'un rapprochement avec le 
Pipe KoU de Tannée xi du règne. Quant à la charte du jeune roi, ia date en 
est beaucoup plus récente : d'après les noms des témoins, elle est du même 
temps que la charte du jeune roi Henri relative aux coutumes des Ponts-de-Cé, 
dont il vient d'être question et qui est postérieure à 1175, peut-être de Tannée 
1 1 7 7 . La première partie de celte cbarte est calquée sur la cliarte paternelle 
de i 16 4, qui est imprimée dans la première colonne; la seconde partie est 
un extrait de la charte par laquelle Henri II confirme une donation faite 
à l'abbaye de Fontevrault par Guillaume de Saint-Jean et dont voici la 
teneur : 

H., Dei gralia rex Angl. et dux Norm. et Aquit. et cornes Andeg., archiepiscopis, epi- 
scopis, abl)atibus, comitibus, baronibus, justiciis, vicecomitibus, ministris et fidelibus 
suis totius terre sue, citra mare et ultra, salutem. 

Sciatis me concessisse et présent! carta confirmasse abbatisse et monialibus Fontis 
Ebraudi donationem quam Willelmus de Sancto Johanne, pro anima matris sue et ante- 
cessorum suorum eis fecit de tribus marcis argenti, singuiis annis habendis de redditu suo 
Guntone, de termino Sancti Michaelis, in die sancti Benedicti, qua mater sua obiit, [ut] 
moniales inde reficiantur. Quare volo et firmiter precipio quod predicte moniales habeant 
l)ene et in pace et intègre illas très marcas singuiis annis de redditu jam dicti manerii, ad 
prenominatum terminum, sicut carta Wilielmi de Sancto Johanne, quam inde habent, 
testatur l^'. 

Testibus : R. archiepiscopo Rothomagensi , W. episcopo Cenomannensi , G. episcopo 
Andegavensi, comité Willeimo de Mandeviila, Hugone de Laci, Seihero de Quinci, Regi- 
naido de Paveilii , Roberto de Stutevilla , 

Apud Gisorcium^^J. 

Cette charte a été dressée entre les années 1178 et 1 1 78, ce qui concorde 
bien avec le résultat auquel nous a conduit l'examen des témoins de la charte 
du jeune roi. 

■'^ Chap. 11, p. 58. pell., Thoma de Sanclo Pancratio et Willeimo 

'-' Un extrait de la charte de Guillaume de de Leseaux. » Aucun de ces noms n'a pu m'ai- 

Salnt-Jean, visée ici par Henri II, se lit dans le der à préciser davantage la date de la charte 

recueil de Gaignières (ms. latin 548o, t. I, de confirmation du roi. 

p. 269). Voici cpiels en sont les témoins : « Tes- '^^ Original aux Archives de Maine-et-Loire, 

tibus : Ricardo de Orival et Gisleberto de Ca- n" 35 1 de notre Recueil. 



ANNÉE 1178. 265 

XIII. Charte de l'abbaye de Waltham. 

Vers 1 178. 

La plus curieuse peut-être des chartes émanées du roi associé est celle qui 
a pour objet la substitution de chanoines réguliers aux chanoines séculiers 
établis depuis la première moitié du xi*" siècle dans Téglise de Sainte-Croix de 
Waltham. Ce fut en 1177 que la substitution s'opéra. Elle donna lieu à une 
longue charte de Henri II , caractérisée par deux particularités fort rares dans 
les actes de ce roi. On y remarque, d'abord, un préambule assez développé sur 
la part importante que les rois doivent prendre à la fondation des églises et 
sur l'attention avec laquelle ils doivent veiller, de concert avec le souverain 
pontife, à y maintenir la discipline. En second lieu, l'acte se termine par 
une terrifiante imprécation contre les violateurs des privilèges ecclésiastiques. 

Voici, d'après l'édition du Monasticon anglicanum^^\ le commencement et la 
fin de la charte de Henri II relative à la réorganisation de l'église de Wal- 
tham. 

H., Dei gratia rex Angl. dux Norm. et Aquit. et cornes Andeg. , archiepiscopis , epi- 
scopis, etc., salutem. 

Cum ex divine benignitatis gratia, que corda regum ad qaod voluerit sola potest incli- 
nare, propositum nobis esset et voluntas construendi monasterium canonicorum regula- 
rium, duximus imprimis a viris religiosis et a majoribus regni nostri de loco convenienti 
construendo monasterio consiiium querere, qui, diligenter super hoc délibérantes, locum 
proposito nostro congruum ecclesiam de Waltham existimaverunt, et precipue cum in ea 
canonici seculares nimis irreligiose et carnahter vixissent, ita quod infamia conversationis 
illorum, modum excedens, muitos scandaiisasset, visum fuit archiepiscopis et episcopis 
nostris , et aliis viris religiosis , opus esse pietatis , illis amotis quos infamie nota macuia- 
verat , viros sancte conversationis substituere et opinione laudabiles , ut sic uno eodemque 
lacto régie celsitudinis propositum sanctum sortiretur effectum et a ioco celeberrimo tur- 
pitudinis removeretur exemplum. 

His itaque, de consilio majorum regni nostri, ad dominum papam Alexandrum tertium 
reiatis, ut ipse discretionis sue consiiium nobis impertiret, in hac forma responsum nostra 
consultatio suscepit : videlicet ut canonicis secularibus ecclesie de Waltham pro qualitate 
(jrebendarum suarum alias provideretur, et deinde canonici regulares introducerentur. 
(!um igitur predictis canonicis competenter fuisset provisum, canonici regulares, ex aucto- 

'') T. VI, parti, p. 63. 

CHARTES ET DIPLOMES. IV. 34 



JE TVATIONALK. 



266 Vil. ACTES DU ROI ASSOCIÉ. 

litato jnonomiiiafi pape, per manus episcopoium qiios ad hoc convocavimus , in com- 
ineinoratam ecclesiam sunt introducti. 

Quapropter, cum hec supradicta ecclesia de Waltham, a primitiva sua fundatione , 
semper regalis fuisset capella, nuUi archiepiscopo vel episcopo, sed tantum ecclesie Ro- 
mane et régie dispositioni subjecta, illam, cum omnibus pertinentiis suis liheram et, ut 
prescriptum est, absolutam e\ auctoritate supradicti pape concessinius et donavimus in 
perpetuam eleraosinam canonicis regularibus, gloriosam servantibus vivendi regulara, a 
sanctis apostolis traditam, et postea a magno et beato Augustino divina revelatione,multis 
adjectis. adornatam. Hauc insuper ecclesiam, quasi novam Christi sponsara, nova dote, 
sicut decebat, digimm duximus esse ditandam. 

Concedimus ergo et donamus illi et canonicis ibidem Deo servientibus, pro sainte nos- 
Ira, liberorum successoi'umque nostrorum, pro redemptione etiam nostrorum predeces- 
sorum regum x\nglie, et reginarura omniumque fidelium, in perpetuam elemosinam, 
quietas a me et ab omnibus heredibus meis, Siwardestune, cum omnibus ad se perti- 
nentibus campis, pascuis, pratis, silvis et aquis; Eppinges, cum omnibus ad se per- 
tinentibus, cumque pascuis, pratis, silvis et aquis; item Walterum de Geldeford filium 
Alwiini , et doraum suam , cum omnibus pertinentiis, et iibertate inferius expressa, quam 
domum ego eis dedi, ut habeant ibi hospicium in eundo et redeundo ad curiam régis. 

Veteres etiam possessiones commemorate ecclesie de Waltham , quas in presenti pagina 
certis duximus exprimendas vocabulis, illis perpétua stabilitate confirmamus, scillcet, apud 
Waltham terram que dicitur Norlande , mansiones que fuerunt canonicorum secularium. . . 

[Suit le détail des biens, des droits et des franchises de l'ahbaye, après quoi, et avant les 
souscriptions des témoins, se lit l'imprécation lancée contre les violateurs de la charte :) 

Si quis autem contra hec statuta scienter venire temptaverit, et ammonitus hoc non 
emendaverit, indignationem omnipotentis Dei et sancte Crucis et omnium sanctorum 
incurrat. 

Testibus : Rie. Gantuar. archiep. et apostolice sedis legato, Gileberto London. ep., Jo- 
celino Sareb.. Waltero Roff., Barthoî. Exon., Rog. Wigorn,, Rie. Winton., Galfr. Eliensi, 
Joh. Cicestr., Joh. Norwic. , Reginaldo Bathon., Hug. Dunelm., Adam de S. Asaph epi- 
scopis, Galfrido Lincoln, electo, Galfrido filio meo,Win. comité Glocestrie , Rie. de Luci, 
Hunfr. de Boun constab., Rog. Bigod, Regin. de Gurtenai, Will. de Lanwaleio, Thoma 
Baseth, Will. Filio Radulfi, Will. Baseth, Rad. Filio Stephani camerario, et Eustachio 
fratre suo , Aiiwardo camerario. 

Apud W^intoniam. 

La dignité et le noinl^re des témoins réunis pour célébrer la réorganisation 
de l'abbaye de Waltham prouvent quelle importance on^attachait à cet acte. 
Le roi associé brillait par son absence; mais il ne voulut pas laisser passer la 
fête sans faire acte de roi. 



ANNEE 1178. 267 

Aussitôt qu'il eut connaissance de la charte qu'on vient de lire, il s'em- 
pressa, soit spontanément, soit à l'instigation des nouveaux: chanoines, de 
donner à ceux-ci l'équivalent de la grande charte délivrée par Henri IL H vou- 
lut leur octroyer, lui aussi , une grande charte , non moins solennelle que celle 
de son père. Le clerc qu'il chargea de la rédiger ne se mit pas en grands frais. 
Suivant l'usage, il se borna à ce qu'on peut appeler un démarquage. Il repro- 
duisit le dispositif de la première charte, à la fin duquel il copia, mot pour 
mot, la terrifiante imprécation contenue dans le modèle. Quant au préambule 
il imita un peu moins servilement les développements de la première charte 
sur le rôle des rois dans la fondation des abbayes et dans leur entente avec le 
souverain pontife pour assurer le maintien de la discipline ecclésiastique , toute- 
fois ne manqua pas de s'approprier la phrase dans laquelle l'abbaye réorga- 
nisée nous est présentée « comme une nouvelle épouse du Christ, à laquelle il 
convient de donner une nouvelle dot ». 

Mais ce qui est tout à fait original dans la seconde charte , c'est la façon dont 
le jeune roi qualifie son père, en employant des expressions qui, suivant les 
usages du temps, ne s'appliquaient guère qu'à des personnages défunts dont 
on voulait commémorer la mémoire; pater meus inclite recordationis..., — pio 
principe paire meo. Il n'aurait point employé d'autres expressions s'il avait eu 
à parler d'actes d'Edouard le Confesseur ou de Guillaume le Conquérant. Le 
malheureux, qui ne se contentait pas de n'avoir que le titre de roi, ne pré- 
voyait pas qu'il précéderait son père dans la tombe et que celui-ci devait vivre 
encore plus de dix années, donnant journellement des preuves de sa merveil- 
leuse activité. 

Pour justifier ce qui vient d'être dit, et pour mettre à même de comparer 
les deux actes, je donne ici les parties essentielles de la charte du jeune roi. 
J'en ai emprunté le texte à la copie qui fut insérée, un peu plus d'un siècle 
et demi plus tard, dans un rôle des Cartœ antic/uœ portant aujourd'hui la 
cote M, n° 4^'^- 

H., Dei gratia rex Angl. et dux Norm. et cornes And., régis Henrici fiiius, archiepi- 
scopis, episcopis, abbatibus, comitibus, baronibus, justiciis, vicecomilibus , ministris et 
bailiivis et omnibus fidelibus suis franc, et angl., salutem. 

<'^ Cette charte se trouve aussi, à côté de la Gartulaire de l'abbaye de Waltham, conservé à 
grande charte de Henri II, au fol. 87 v° du la Bodléienne, sous le n° Sqi. 

34. 



268 \ll. VCIKS 1)1 1U)I VSSOCUK. 

Sicut, inter <;esla relii^iosî principis, gloiiosum extitit et conimendabilc subjectis 
exemplum ecclesias condere, monasliria fundare ot saiicte conversacionis hominum con- 
giegaciones dilatare, sic non minus regiam niajestatem decet que a predecessoribus suis 
Deo et sancto Ecclesie data sunt et concessa conservare et regio munimine confirmare. 

Ouoniani igitur predictiis paler meus, inclito recordationis, catervam canonicoruip re- 
gularium in ecclesia Walthamensi, pro sainte sua suorumque, auctoritate apostolica 
constituit, iUos ejusdem auctoritate amovendo, quos inhonesta conversatio eorum indi- 
caverat amovendos, doinde vero eidem ecclesie quasi renovale sponse novam dotem cum 
multiplici libertalo contulit, veteres ctiam possessioncs confirmavit. Ego ergo laudabileui 
virorum commutationem , in prefata ecclesia a prenominato pio principe pâtre meodivina 
inspiratione factam, commendo, et, pro ipsius sainte et mea et omnium nostrorum, 
ipsam communionem canonicorum et donationes novas veteresque possessiones et liber- 
tates commemorare ecclesie \A althamensi , et canonicis regularil)us ibidem Deo servien- 
tibus datas et concessas, et donationes et libertates quas idem pater meus postea eidem 
daturus est, perpétua voluntate concedo et regia auctoritate quiète et pacifiée a me et suc- 
cpssoribus raeis possidendas confirmo. 

Iste sunt nove donationes quas dominus rex pater meus predictis canonicis regularibus 
dédit : Savardestonam , cum omnibus ad se pertinentibus , campis, pascuis,pratis, silvis et 
aquis. Item Walterus de Geldeforda filins Alwrini, et domus sua, cum omnibus pertinen- 
ciis et libertate inferius expressa. 

\eteres etiam possessiones commemorate ecclesie de Waltham, quas in presenti pa- 
gina certis duxi exprimendas vocabulis, sicut dominus rex, pater meus, fecit, illis per- 
pétua stabilitate confirmo, scilicet : apud Waltham terram que dicitur Norand mansiones 
que fuerunt canonicorum secularium. 

(Suit une longue énumération des biens et des franchises de l'ahhaye de Waltham; et la 
charte se termine par cette imprécation :) 

Si quis autem contra hec statuta scienter venerit, et ammonitus hoc non emendaverit, 
indignationem omnipotentis Dei et sancte Crucis et omnium sanctorum incurrat. 

Testibus : Ricardo episcopo Wintoniensi, Frogerio episcopo Sagiensi, Henrico epi- 
scopo Baiocensi, magistro Walterio de Constanciis , magistro Osberto de caméra, Nicolao 
capellano, Ranulfo de Glan\illa, Gaufrido de Pertica, Hugone de Cressi, Gerardo de 
Canvilla, Willelmo capellano, Willelmo marescallo, Willelmo Filio Rogeri. 

x\pud Argentomum. 



XIV. Charte de Gautier de Coutances. 



180. 



H. , Dei gratia rex Angl. et duxNorm. et FI. , Dei gratia rex Angl. etdux Norm. et 

Aquit. et comes Andeg. , archiepiscopis , comes x\ndeg. , régis Henrici filius, archi- 
episcopis , abbatibus , comitibus , baronibus , episcopis, episcopis, abbatibus, comitibus. 



ANNEES 1178 ET 1180. 



269 



justiciis , vicecomitibus et omnibus ministris 
et lidelibus suis, saiutem. 

Sciatis me, ad peticionem Bernardi Cu- 
min et Hawise, uxoris sue, et Willelmi, 
filii sui primogeniti, et aliorum liberorum 
suorum , et Radulfi de Sancto Amando , he- 
redum Radulfi Filii Stephani, concessisse 
et presenti carta mea confirmasse magistro 
^^aite^o de Constanciis, clerico mec, do- 
mum que fuit Radulfi Filii Stephani in 
Rothomago super Grandem Pontem, cum 
gardino et toto purprisio et omnibus perti- 
nentiis suis, quam ipse magister Walterius 
émit ab eis, coram justiciis meis et commu- 
nia Rothomagi ('). Confirme etiara ei domum 
Iboldi de Grandi Ponte 

Quare volo et firmiler precipio quod pre- 
dictus magister Walterus de Constanciis, 
clericus meus, et heredes sui omnia pre- 
dicta, salvo servitio meo et dominorum 
feodi, habeant et teueant, bene et in pace, 
libère et quiète , plenarie et intègre et ho- 
norifice, cum omnibus pertinentiis et liber- 
tatibus et liberis consuetudinibus suis, sicut 
aliquis ea umquain melius et liberius te- 
nuit. 

Testibus : Ricardo Wintoniensi, Gau- 
frido Eliensi, episcopis, Willelmo de Hu- 
metis constabulario, Rogero Le Bigot, Sté- 
phane de ïoronis senescallo Andegavie, 
Rannulfo de Glanvilla, Gaufrido de Pertica, 
Saiherio deQuinci, Rogero de Stutevilla, 
Michaele Belet, Willelmo de Bendengis. 

Apud Windesoram. 

(Cartul, de TégUse de Rouen , fol. 69 v°, n. 87, et 
fol. 106 v", n. 168.] 



baronibus, justiciis, vicecomitibus et om- 
nibus ministris et fidelibus suis, saiutem. 
Sciatis me, ad petitionem Bernardi Cumin 
et Hawise, uxoris sue, et Willelmi, filii sui 
primogeniti, et aliorum liberorum suo- 
rum, et Radulfi de Sancto Amando, here- 
dum Radulfi Filii Stephani, concessisse et 
presenti carta mea confirmasse magistro 
Waltero de Constanciis, clerico domini 
régis, patris mei, domum que fuit Radulfi 
Filii Stephani, in Rothomago super Grandem 
Pontem, cum gardino et toto porprisio et 
omnibus pertinentiis suis, quam dominus 
rex, pater meus, ei carta sua confirmavit 
et quam ipse magister Walterius émit ab 
eis, coram justiciis patris mei et communia 
Rothomagi. Confirmavi etiam ei domum 
Iboldi de Grandi Ponte 



Quare volo et firmiter precipio quod pre- 
dictus magister Walterus de Constanciis et 
heredes sui omnia predicta, salvo servitio 
domini régis, patris mei, et meo et domi- 
norum feodi, habeant et teneant bene et in 
pace, libère et quiète, plenarie et intègre 
et honorifice, cum omnibus pertinenciis et 
libertatibus et liberis consuetudinibus suis, 
sicut aliquis ea umquam melius et liberius 
tenuit. 

Testibus : Ricardo Wintoniensi et Gau- 
frido Eliensi , episcopis , Willelmo de Hu- 
metis, Rogerio Le Bigot, Rannulfo de Glan- 
villa , Willelmo Marescallo , Gerardo Talebot , 
Roberto de Tregoz , Adam de Ikebo , Simone 
de Marisco. 

Apud Westmonasterium. 

(Original aux Archives de la Seine-Inférieure, et 
Cartul. de l'église de Rouen, fol. io5 v°, n° i 67.) 



L'inscription du nom du connétable Guillaume du Hommet dans les deux 
chartes prouve qu'elles sont, toutes les deux, de la lin de 1179 ou du com- 



<'' L'acte de vente sera publié dans le chapitre X , p. 348. Voir aussi plus haut , p. 53. 



270 MI. \CTES DU ROI ASSOCIK. 

mencement de i i 80 au plus tôtC^ La seconde est antérieure au 1 1 juin 1 1 83, 
jour de la mort du jeune roi Henri. Or, entre 1 1 79 et 1 1 83 , le jeune roi 
Henri n'a séjourné en Angleterre que pendant la première quinzaine du mois 
d'avril 1 180, et c'est alors que fut expédiée de Westminster la charte de 
Henri, fds du roi. La charte de Henri II peut être antérieure de quelques 
jours. 

XV. Charte des moines de Bitlesden. 

Je ne sais quelle date il faut assigner à la pièce suivante, qui n'est peut- 
être pas une simple homologation d'un acte de Henri II. M. Paul Meyer a 
bien voulu m'en donner la copie, et une édition en a été insérée à la page 36 
du Mémoire de M. W. de Gray Birch cité ci-dessus (p. 262). 

H., rex Angl. et dux Norm. et cornes Andeg., régis Henrici (ilius, Rogero Foliot, 
salutem. 

Precipio tibi quod juste warantizes monachis de Betlendena, terrain de Witefeld, quam 
tu et lieredes tui concessistis eis in elemosiiiam , sicut carta eorum testatur, et prohibée 
ne eos amplius vexes vel vexari permittas. Et nisi feceris, vicecomes de Bukingham faciat, 
ne inde amplius clamorem audiam pro penuria recti. 

Teste Willelmo de Sancto Johanne. 

Apud Windeshoram. 

(Musée britannique, Harley charter, 84. C. 6.) 

Le Guillaume de Saint-Jean, témoin de cette charte, est le bienfaiteur de 
l'abbaye de Fontevrault dont il a été question plus haut, p. 26/i. 

XVI. Charte du prieuré de Sainte Frideswide d'Oxford. 

H., rex Angl. et dux Norm. et cornes Andeg., régis Henrici filius, Henrico forestario, 
salutem. 

Precipio tibi quod juste et sine dilatione adresciari facias fossatum quod formari fecisti 
in pratis juxta Haliwellam, post coronationem meam, sicut esse débet et sicut antea fuit, 
ne injuste noceat libero tenemento prioris de Sancta Fretheswitha et canonicorum, nec 

''^ Voir plus loin, chap. X, p. i85. 



[DATES INCERTAINES. 271 

gurgiti suo. Et nisi feceris, vicecoines de Oxenefordsira faciat fieri, ne in[de] amplius cla- 
iiiorem audiam pro penuria recti. 

Teste Willelmo de Sancto Johanne. 

Apud Oxen. 

William H. Turner, Calendar of charters and rolls preserved in the Bodleian library (Oxford, 1878, 
in-8°, à la p. iv). 

Je ne connais pas l'acte de Henri II auquel doit correspondre ce mande- 
ment. 

En m'occupant ici des actes du prince Henri, fils de Henri II, j'ai dû laisser 
de côté un mandement adressé en faveur des moines d'Evron par « H., rex 
Angl. et dux Norm. et comes Andeg. » à ses baillis de la foire de Montmartin. 
Le titre donné dans ce texte à l'auteur du mandement convient bien au jeune 
roi Henri; mais je crois pouvoir supposer que la copie d'après laquelle j'ai vu 
la pièce dans un recueil de Gaignières (^) est incomplète et que la suscription a 
été abrégée par le copiste. Il ne me semble pas que le jeune roi ait pu avoir 
des baillis particuliers à la foire de Montmartin, qui était administrée directe- 
ment par les agents de Henri II, comme on le voit par le compte rendu en 
1 180 à l'Echiquier (^). 

Je n'ai pas davantage tenu compte de la copie d'une charte de Henri II 
où , par un motif inexplicable , un copiste a introduit deux bouts de phrase 
dans lesquels il faudrait voir l'intervention du fils de Henri II. Il s'agit de la 
grande charte de confirmation des biens de l'abbaye de la Trinité de Gaen. 
L'original de cette charte, que j'ai maniée plusieurs fois aux Archives du 
Galvados et dont j'ai en ce moment la photographie sous les yeux, et dont 
l'authenticité ne peut donner lieu au moindre soupçon, contient, sur la fin, 
deux phrases ainsi conçues : 

Ex doiio régis Wilielmi, proavi mei, et régis Henrici, avi mei, terras subscriptas in 
Anglia, maneria videlicet Hantonam, etc. 

^'^ En voici la teneur : « H. , rex Angl. et dux Et ideo precipio quod inde in perpetuum sint 

Norm. et comes Andeg. , omnibus bailivis suis quieti. 
ferie de Monte Martini, saiutem. Teste Rogero capeliano. 

Sciatis quod dedi abbati et monachis de Apud Ebronium» .(Ms. latin 171 2/i, p. i85.) 

Ebronio quietanciam de omnibus rébus quas '^^ Rotuli Scaccarii Norrnanniœ , édit. Sta- 

ement in feria de Monte Martini ad usus suos. piéton , t. I , p. 3o. 



212 Vil. \CTlvS 1)1 nOl ASSOCIK. 

Sicut carta prelati lOgis VVillelnii et régis Henrici, avi mei, et aliorum donatoruin 
lestantur. 

A oici la transformation que ces deux phrases ont subie dans la copie du 
manuscrit latin i 1077 (fol. i3) de la Bibliothèque nationale, qui est de la 
main de Léchaudé d'Anisy : 

Ex dono pretati régis Willehni, abavi nostri, et régis Henrici, avi nostri et régis 
Henrici, patris mei, terras subscriptas : in Anglia nianeria videlicet Ilantonam. 

. . .sicut carta prefati régis Willelmi et régis Henrici, proavi, et régis Henrici, palris 
nostii, et aliorum donatorum testantur. 

li m'est impossible d'expliquer l'origine de cette interpolation et de dire où 
Léchaudé d'Anisy a pu la rencontrer. Il ne doit pas en être l'auteur. 

En lisant toutes les chartes réunies dans ce chapitre , on se demande quel 
motif les intéressés, qui avaient obtenu du roi Henri II la confirmation de 
leurs droits et privilèges, pouvaient avoir de solliciter du jeune roi associé une 
nouvelle confirmation qui était une simple homologation et qui ne s'adressait 
à aucun agent d'exécution autre que les officiers tenant leur autorité du roi 
effectif. On s'étonne qu'ils aient attaché de l'importance à une formalité de ce 
genre, qui les obligeait d'ailleurs à débourser la somme réclamée comme droit 
de chancellerie, ou comme gratification aux fonctionnaires chargés de l'ex- 
pédition. 

J'ai été surtout frappé de l'observation que suggèrent deux des actes ci- 
dessus publiés, les 11°^ III et XI : il s'agit de chartes dont l'homologation a été 
tardivement demandée , parce qu'elles avaient été accordées par Henri II plus 
ou moins longtemps avant l'association du jeune Henri. Il me paraît évident 
que les impétrants croyaient s'assurer par cette démarche le maintien de leurs 
privilèges à l'époque où l'héritier présomptif entrerait en jouissance effective 
du royaume d'Angleterre, du duché de Normandie et du comté d'Anjou. 

En fait, la royauté du jeune Henri était purement honorifique, comme le 
furent en France les associations des héritiers présomptifs du trône sous les 
premiers Capétiens, et notamment l'association que Louis le Gros fit en 1120 
de son fils Philippe, alors âgé de moins de qu^atre ans(*). 

''• Voir la note que j'ai publiée à ce sujet dans le Journal des Savants, 1898, p. 786. 



SCEAU DL ROI ASSOCIÉ. 



273 



Evidemment, Henri Court-mantel devait attacher une grande importance 
au cérémonial ; ii tenait à être traité en roi et il devait être enchanté de pou- 
voir attacher au has de ses chartes un grand sceau sur lequel il trônait avec 
tout l'appareil de la royauté. 

Ce sceau est-il celui que Henri II fit graver pour son fds après le sacre de 
1 1 ']o^^\ pour remplacer le sceau dont le jeune prince s'était jusqu'alors servi 
et dont aucun exemplaire n'a été signalé? 

Faut-il l'identifier avec celui dont le porte-sceau Richard Barre était déten- 
teur quand le roi associé s'enfuit de la cour de son père , et qui fut séquestré 
par l'ordre de Henri II ('^^ ? 

Je ne saurais répondre à ces questions, ni dire quel fut le sceau dont se 
servit le roi associé pendant sa première révolte et dont le roi de France lui 
avait donné la matrice (^). 

Le seul sceau de Henri Court-mantel que, jusqu'à ces derniers temps, 
je croyais pouvoir citer, était celui que Galgnières avait trouvé au Jjas d'une 
charte expédiée vers l'année i 170, en faveur de l'abhaye de Fontevrault ('). 
Aucun exemplaire original n'en était connu. — Le Musée britannique (^) n'en 
possédait qu'un moulage provenant de Doubleday. — Le Rév. H. Salter a 
bien voulu m'en signaler tout dernièrement un exemplaire dans les archives du 
New Collège à Oxford. C'est un grand sceau de majesté, analogue aux sceaux 
des rois anglais du xii^ siècle. Le prince y est représenté siégeant sur un trône 
à bras terminés par des têtes de lion , avec les attributs de la royauté , un globe 
surmonté d'une croix dans la main droite et un sceptre fleurdelisé dans la main 
gauche. Autour de l'image on lit : + HENRICVS REX ANGLORVM ET 



''^ « Diinislt in Angliam novum regem lillum 
suum, cui concessit facere in Anglia omnes 
rectitudines et justicias per siglllum novum 
qiiod rex ei fieri praecepit. » Gestu l leur ici , t. I, 

P-6. 

*^^ «Post discessum vero juvenis régis, Ri- 
cardus Barre , qui sigillum ipsius portabat , ad 
regem , patrem ejus,rediit, et tradidit illi sigil- 
lum lilii sui quod ille ei ad cusfodiendum 
commiserat, et illud recipiens pra-cepit hene 
custodiri.» Gestu Hcnrici, t. J, p. 43. 

CHARTES ET niPLOMES. — IV. 



'^' n Statim [Lodowlcus rex] fecil fieri ei no- 
vum sigillum per quod ille subscripfas dona- 
tiones coniirmavit. . . » Gcsta llcnrici II, t. 1, 
p. /i3. — « Omnes vero has donationes confir- 
mavit eis sigillo suo novo, quod rex Franciye 
fecit ei fieri. Preterea alias fecit donationes 
quas eodein sigillo confirmavit : concessit enim 
Willermo régi Scotiie, etc. » Ibid. , p. 45. 

^'''^ Voir plus haut, p. 2 63. 

'*> Sceau n" 79, reproduit dans l'opuscule de 
Birch sur les sceaux de lien ri II. 

35 



27/1 \ll. VCTES Dl K0[ ASSOCJIv 

DVX NOKMANiNOlWM ET COiMES ANDECA\01\VM(i). C'est, je crois, le 
sceau dont il v a un moulao^e en soiifie au Musée britanni([ue , et dont l'origine 
est inconnue; on en trouvera une pholotyple sur la planche H de la dissertation 
de M. W. de G. Bircli, On thc Scals oj kinij Henry ihc second and of lus son llie 
so called Henry tite third. 11 est bien possible que le moidage du Musée britan- 
nicpe, qui vient, comme je l'ai dit, de la collection de Doublcday, ait été 
pris sur le sceau de la charte (|ue Gaignières avail \ue dans le chartrier de 
Fonte vrault. 

'■' On peut voir le texte de la charte et le dessin du sceau que nous devons à Gaignières, 
dans le ms. latin 5 180, t. F, p. l'jo. 



ERREURS DE COIMSTES. 275 



VIII 

OBSERVATIONS SUR DES ANOM\LIES DE CH\RTES VUTHENTIQUES. 

Mes éludes comparatives sur les actes de Henri II, notamment sur ceux que 
j'ai vus en original ou en reproduction photographique, au nombre de plus 
de trois cents, m'ont mis à même de reconnaître un certain nombre de pièces 
qui sont manifestement fausses et dont les historiens ne peuvent point tirer 
parti. Mais, avant d'en parler, je dois passer en revue quelques pièces dans 
lesquelles on peut relever la violation des règles protocolaires , sans cependant 
être fondé à rejeter les actes dans lesquels les anomalies se rencontrent. C'est 
à l'examen de ce genre d'anomalies que le présent chapitre est consacré. 

J'aborde donc ici l'examen de chartes dans lesquelles certains détails ne 
sont pas conformes aux règles que la très grande majorité des pièces parvenues 
jusqu'à nous en original nous autorise à considérer comme ayant été fidèle- 
ment obsen^ées par les officiers de la chancellerie , et qui , malgré d'incontes- 
tables anomalies , m'ont paru de nature à être tenues pour authentiques. Les 
unes, et c'est le plus grand nombre, ne sont connues que par des copies ou 
des éditions, plus ou moins anciennes, plus ou moins fidèles; les autres se 
rencontrent dans des pièces que la rédaction et l'écriture font reconnaître 
comme n'ayant été ni composées , ni copiées par les rédacteiu's et les scribes 
officiellement attachés à la chancellerie. 

I. Anomalies de chartes dont les originaux ne sont pas connus. — 
Prenons d'abord les chartes dont les exemplaires originaux ne sont pas connus 
ou ne sont pas représentés par des transcriptions déclarées prises sur les 
originaux par des copistes dignes de confiance, comme Gaignières et certains 
bénédictins. 

Par exemple , des rédacteurs de Cartulaires , quand ils avaient à copier une 
charte royale , trouvaient bon de faire précéder des mots Dei gratia le titre de 
rex Amjlorum, sans s'inquiéter s'il n'y avait pas eu des raisons pour écrire, 

35. 



27G \lll. VNOMMJKS l)K Cil \HTKS AUTHENTIQUES. 

clans certains cas, simplement rex Anylorum , et, dans d'autres, Dei (jratia rcx 
\ncjlornm. 

Ainsi le ro|)iste du beau carlulaire de l'abbaye de Foucarmont, conservé 
à la bibliollirque do Rouen, a inséré, sur le folio 35 de ce manuscrit, deux 
chartes (^) dont il a ainsi tracé les premiers mots : H., Dei gratia rex, alors que 
les originaux devaient porter simplement H., rex, la première charte étant du 
temps que Thomas Becket était chancelier (1162 au plus tard) , et la seconde, 
du vivant de l'Impératrice, morte en 1 167. Le copiste de Foucarmont était, 
d'ailleurs, assez peu soigneux. A la fin de la première de ces chartes, il a mis 
Teste capcUano, ce qui n'a aucun sens, au lieu de Teste Canc[eUario], ce qui 
désignait le chancelier Thomas Becket. 

Un exemplaire encore plus curieux de l'emploi abusif de la formule Dei 
(jratia nous est fourni par un cartulaire des biens des Templiers et des Hospi- 
taliers situés en Angleterre , rédigé au xv^ siècle : « Registrum munimentorum 
et evidentiarum camerai^um , prœceptoriarum , platearum et locorum prioratus 
Hospitalis Sancli Johannis Jérusalem in Anglia, inceptum anno Domini 1I1/12, 
tempore fralris Roberti Boteller, prioris dicti Hospitahs anno secundo ». Ce car- 
lidaire, conservé au Musée britannique, dans le fonds Gottonien (Nero, E. vi), 
contient cint^ chartes ^-> de Henri II, qui sont certainement de la première 
période du règne, et qui toutes cependant commencent dans le Cartulaire par 
la suscriplion H. , Dei (jratia rex : 

H., Dri gratia rex. , . Sciatis me dédisse . . .fratribus militibus Templi Salomonis. . . 
unamcarucatam terre apud Dertfordam . . . — T. Theobaldo Canluariensi archiepiscopo . . . 
— ( Au plus tard de 1161.) 

H., Dei gratia rex. . . Sciatis me dédisse. . . fratribus Tempii Salomonis xvi denariatas 
terre. . . T. Henrico de Essexa, constabiUario . . . Apud Sanctum Edmundum. . . (Très 
probablement de 1 iSy, voir le Pipe Roll de ii56-ii57,p. 107.) 

H. , Dei gratia rex . . . Ego dedi . . . militibus Templi Jérusalem locum super Flietam . . . 
T. Tlioma cancellario . . . Apud Vilemur in castris. — (Acte de iiôg; voir plus haut, 

p. 68.) 

H., Dei gi'atia rex. . . Sciatis me . . . confirmasse conventionemque rationabiliter factaest 
inter Raginaldum priorem et monachos de Bermundesey et fratres Templi, de tota illa hyda 

^'' Ces deux cliartes forment les n"' 120 et cleusement communiquée, en Juillet 1907, par 
I 6.) de notre Recueil. M. le marquis d'Albon , de Pontcharra-sur-Tur- 

î"' La copie de ces chartes m'a été Ibrl gra- dine. 



ERREURS DE COPISTES. 277 

de Wideflete... T. Gaufrido arcliidiacono (') Gantuar. — (En n66, d'après les Annales 
monasterii de Bermundesia : « Anno Doniini n66, idem Raynaldus dimisit, cum assensu 
convenlus, fratribus Tenipli lotam hidam de Widefleta. ») 

H. , Dei gratia rex . . . Sciatis me dédisse . . . fratri Ostoni et aliis militibus Templi mane- 
rium de Bustelesham. . . T. Roberto Lincolnensi episcopo. (Au plus tard de 1 168.) 

Il est évident que le scribe , qui copiait au milieu du xv^ siècle le Cartulaire 
des Hospitaliers anglais, s'imaginait que dans les suscriptions des actes royaux 
la formule Dei gratia était inséparable du titre rex Ancjloram. 

Voilà donc sept chartes de Henri II, insérées deux dans le cartulaire de 
Foucarmont, et cinq dans le cartulaire anglais des Templiers et des Hospita- 
liers, toutes antérieures à l'année 1 172-3, lescj[uelles toutes débutent par la 
suscription H., Dei gratia rex Anglorum. Je me crois autorisé à déclarer que 
les exemplaires originaux de ces sept chartes devaient porter comme suscrip- 
tion H., rex AngL, sans les naots Dei gratia. Les scribes se sont permis d'inter- 
caler ces deux mots dans leurs copies ; il faut les supprimer si l'on veut rétablir 
l'intégrité du texte primitif. 

Pour montrer que cette correction n'a rien d'excessif et d'arbitraire , je 
puis produire un texte qui est à l'abri de toute contestation. 

Une charte de l'abbaye du Mont-Saint-Michel, conservée en original aux 
xArchives de la Manche sous la cote H. i5ooo, et encore munie du sceau 
royal, est conçue dans les termes suivants : 

H. , rex Angl. et dux Norm. et Aquitan. et cornes And. , justiciis et vicecomitibus et pre- 
positis et omnibus ministris suis Anglie et Normannie et portuum maris, salutem. 

Precipio quod omnesres monachorum de Monte Sancti Michaelis , quas homines eorum 
poterunt affîdare suas esse proprias, sint quiète de theloneo et passagio et pontagio, et 
omni consuetudine per totam terram meam Anglie et Normannie et per portus maris. Et 
prohibeo ne quis eos inde disturbet injuste, super x li. forifacture. 

T. Roberto de Novo Burgo. 

Apud Moritonium. 

La charte est antérieure à l'année 1 1 59, puisqu'elle a été souscrite par Ro- 
bert du Neubourg. Aussi débule-t-elle par les mots H., rex Angl. 

''^ Le cartulaire porte par erreur archicpiscopo. 



278 Mil. \NOM\iJKS OK CM \UTKS \ITIIK\TIQIIES. 

Or, aux Archives do la Manche, à côté de cette charte , sous la cote H. i 5oo i , 
se trouve une copie qui a dû être faite par un moine du Mont-Saint-Michel 
peu d'années après l'expédition de l'original. En voici le texte : 

II. , Dei gratia rex Angl. et dux Norm. et Aquit. et cornes And., justiciiset vicecomitibus 
et piTpositls et ministris suis Anglie et Norraannic et portuum maris, salutcm. 

Procipio quod omnes res monachorum de Monte Sancti Michaelis, quas homines eoruni 
|)oterunt affidare suas esse proprias, sint quiète de theloneo et passagio et pontagio et omni 
alia consuetudinc per totam Angliam et Normanniam et per portus maris. Et prohibée ne 
(|uis eos inde disturbet injuste super x libras forisfacture. 



T. Roberto de Novo Burgo. 



Apud Moritoninm. 

Entre les deux textes, il n'y a qu'une différence, au commencement de la 
première ligne : 

L'original porte pour suscription : H. , rex Angl. , tandis que sur la copie 
nous lisons la suscription: H., Dei gratia rex Angl; le copiste s'est cru permis 
d'y intercaler les deux mots Dei gratia. 

Nous sommes donc fondés à nous défier de la façon dont les copistes 
transcrivaient les suscriptions, même très peu de temps après que l'expédition 
originale était sortie de la chancellerie. 

II. Anomalies de chartes écrites hors de la chancellerie. — Je dois 
parler maintenant de chartes accordées à des ahbayes qui jouissaient du plus 
grand crédit , et auxquelles Henri II accordait une telle confiance qu'il auto- 
risait l'abbé à faire préparer par un de ses rehgieux le texte des privilèges 
cpi devaient assurer la prospérité du monastère. Telle fut l'abbaye de Savigni, 
au diocèse d'Avranches, fune des plus puissantes maisons de Tordre de 
Cîteaux. La vie de ses premiers abbés, Vital et Serlon, l'avait entourée d'une 
auréole de sainteté, et l'heureux développement des colonies qu'elle avait fon- 
dées dans divers diocèses de la France et de l'Angleterre avait contribué à 
jeter sur elle un éclat incomparable. C'était une des filles préférées de la 
famille religieuse de Henri II, qui n'avait rien à lui refuser. Il la combla de 
bienfaits, et chacun de ses séjours dans les pays du Passais et du Mortainais 
était marqué par l'octroi de privilèges qui sont parvenus jusqu'à nous et qui 
se présentent avec des caractères tout particuliers : les religieux ont été auto- 



CHARTES ECRITES HORS DE LA CHANCELLERIE. 279 

risés à les rédiger et à les écrire eux-mêmes, ce qu'ils ont fait, sans se préoc- 
cuper des exigences du formulaire officiel , et ce qui a donné à ces actes un air 
de famille très caractérisé. Rien d'analogue ne se rencontre dans les fonds 
d'archives d'autres abbayes. Les chartes dont je veux parler sont au nombre 
de trois. 

La première de ces chartes est une longue et très détaillée conlirmation 
des biens et des privilèges de l'abbaye. Je n'en donnerai qu'un extrait, d'après 
le texte inséré dans l'excellent Cartulaire de Savigni (charte 569) : 

Henr. , Dei giatia rex Anglorum et dux Normannorum et Aquitanorum , cornes Andega- 
vorum, archiepiscopis , episcopis, comitibus, baronibus, justiciis, baillivis, vicecomitibus, 
prepositis, ministris et omnibus fidelibus suis, totius terre sue, salutem. 

In nomine Domini nostri Jesu Christi. 

Notum sit vobis, presentibus atque futuris, quod ego, pro ainore Dei et salute anime 
mee et anime patris etmatris mee et lixoris mee et liberorum ac fratrum nieorum et omnium 
antecessorum ac successorum nostrorum , atque omnium fidelium chiistianorum , con- 
cessi ecciesie Sancte Trinitatis de Savigneio , et Richardo abbati et monachis ibidem Deo 
servientibus , in perpetuam elemosinam , omnes terras omnesque elemosinas atque quietan- 
cias quas antecessores mei et homineseorum donaverant eidem ecciesie atque concesserant. 
Et eandem ecclesiam, cum omnibus rébus ad ipsam pertinentibus , assumpsi in manu et 
custodia ac defensione mea, sicut propriam abbatiam et dominicain elemosinam meani. 
Et ut omnes possessiones ad eandem ecclesiam pertinentes firmiter ac stabiliter et absque 
omni dulîitatione in perpetuum confirmarentur et in presenti tempore atque futuro, libère 
et quiète ac secure ab eadem ecclesia tenerentur ac possiderentur, volui ut in liac presenti 
carta nominatim ascriberentur atque confirmarentur, et sic ad noticiam successorum nos- 
trorum et ad utilitatem possidentium salve et intègre in perpetuum conservarentur. 

Concessi itaque forestam Stivigneii, sicut cingitur tribus aquis, Camba scilicet et Cham- 
besna ac Nigra Aqua, cum omnibus pertinentiis suis, que foresta est prima possessio 
ejusdem ecciesie, unde et ipse locus nomen accepit ut Savigneium vocaretur, quam fores- 
tam possidet eadem ecclesia ex dono Radulfîi de Filgeriis . . . 

[Suit une longue énumération des hieus donnés et des franchises accordées à l'abbaye.) 
Hec autem nostra concessio atque confîrmatio facta est anno ab incarnatione Domini 
.\r C° L" VIP, anno scilicet regni mei Anglie m , ducatus vero Normannie vin. 
Quare voie, etc. 
Testibus : JNigello episcopo Eliensi, etc. 

[Suit une longue liste de témoins, dont plusieurs n'appartiennent pas à la catégorie des per- 
sonnages qui suivaient habituellement la cour du roi.) 
Apud Damfrontem. 



280 Mil. \\()M\Lli:S 1)K Cil AUTKS M IIIRNTIOIJES. 

Dans celte charte, sans relever la façon dont le nom du roi est écrit, on 
peut signaler de graves anomalies, des longueurs de style, l'emploi de la for- 
mule J)ei (jralia, l'invocation initiale, la profusion des détails et la date des 
années de l'incarnation, du rè^ne et du duché. 

La seconde charte de Savigni dont je dois parler ici est une charte de sauve- 
garde, insérée également dans le Cartulaire (charte 568) : 

Henr., Dei gratia rex Angloruin et dux Normannorum et Aquitanorum et cornes Ande- 
gavoniin, archiepiscopis , episcopis , comitibus, baronibus, justiciis, ministris et omnibus 
fidelibus suis totius terre sue, salutem. 

Sciatis me, pro amore Dei et salute anime mee et anime patris ac matris mee et uxoris 
mee et liberorum, fratrum meorum et omnium antecessorum ac successorum nostrorum, 
atque omnium fidelium christianorum , assumpsisse ac firmiler retinuisse in manu et cus- 
todia ac defensione mea, sicut abbatiam et dominicam elemosinammeam, abbatiam Sancle 
Trinitatis de Savigneio, et abbatem et monachos el conversos et eorum famulos et omnes 
terras et omnes possessiones et omnes res ad ipsam abl)atiam pertinentes , ubicumque sint 
et de cujuscunque dono sint, in tota terra mea. Et ideo precipio ac firmiter constitue qua- 
tinus ipsa abbatia et omnes res ad ipsam pertinentes habeant firmam pacem et pertectam 
libertatem et omnem quietanciam per totam terrain meam , in mari et in terra , in lx)sco 
et in piano, ac omni consuetudine et servitio et exactione, sicut elemosine Deo dedicate. 

Hec autem mea constitutio ac confirmatio facta est anno alj incarnatione Domini M" C" 
quinquagesimo VII, anno scilicet regni mei Anglie iii°, ducatus vero Normannie viii". 

Teste : Herberto, Abrincarum episcopo, etc. 

ApudMoston(^), inLanda Putrida, 

Ici , nous devons reconnaître la main du rédacteur de la première charte. 
Nous y retrouvons les mêmes anomalies : la formule Dei (jralia , une expression 
identique de sentiments de piété ])ro amore Dei. . . , et la date identique des 
années de l'incarnation, du règne et du duché. 

La troisième charte est la plus intéressante à étudier, parce qu'on peut la 
critiquer sur le vu de l'original conservé aux Archives nationales (R. 2^, 
n** 8*), et reproduit en phototypie dans la Bibliothèque de l'Ecole des chartes, 
année 1908, en regard de la page 528. 

Henricus, rex Angl. et dux Norm. et Aquit. et comes And., archiepiscopo Rothomagensi , 
episcopis, abbatilius, comitibus, baronibus, justiciis, vicecomitibus, ministris et omnibus 
fidebbus suis totius Normannie, salutem. 

'"' Aujourd'hvii Mouton, suivant le Dictionnaire des Postes, petit hameau de la commune de 
Sainl-Clémenl. arr. de Mortain. 



CHARTES ECRITES HORS DE L\ CM WCELLERIE. 281 

Sciatis me concessisse el hac presenti caria confirmasse, pro amorc l)ei cl pro salulc 
anime mee, et omnium predecessorum et snccessorum meorum, conventionem que inter 
monachos Savigneii et Paganum de Sanclo Bricio et Gervasiam, tixorem ejus, et filios ratio- 
nabiliter lacta est, hanc scilicet ((uod monachi qui apud Vireiuni suh priore vel abbale 
vivere debebant ad Savigneiense cenol)ium revocarentiir. . . 

Facta est autem ista mea confirmatio anno ab incarnat ione Domini M" C LXir. 

Test, t^) : Botroido episcopo Ehroicensi , ErnuJfo cpiscopo Lexovicnsi, Frocjero cptscopo 
Saçjieusi, Bicardo de Hiimetis ronsiahuJario , Man[ass('ro] lii.sct dapifcro, Willelmo Filio 
IJam[onis]. 

Apud Doniinam FrofUeni. 

Les anomalies de cette troisième charte sont peut-être moins graves que 
celles des deux précédentes; toutefois il faut relever le nom du roi Henricns, 
en toutes lettres au début de l'acte, et la date de Tincarnation. 

Mais l'examen de la pièce nous permet de nous rendre un compte exact de 
la façon dont la charte a été préparée et promulguée. 

L'écriture ne ressemble en rien aux diverses variétés de l'élégante cursive 
ou minusculo-cursive des pièces copiées dans les bureaux de la chancellerie ; 
c'est la grosse, sobre et sévère minuscule des calligraplies du xii*^ siècle, qui 
ont rempli de leurs labeurs beaucoup de bibliothèques monastiques, notam- 
ment celles de l'ordre de Cileaux. Le scriptorkim de Savigni possédait plu- 
sieurs de ces calligraphes, dont nous pouvons admirer l'habileté dans les 
débris de la bibliothèque de cette abbaye arrivés à la Bibliothèque nationale 
avec les collections de Colbert. 

Mais la plus notable particularité de la charte est la façon dont elle se ter- 
mine : au mdieu de l'avant-dernière ligne , la main du calligraphe s'est arrêtée 
après avoir tracé en abrégé le mot Test[ibus], pour annoncer la liste des té- 
moins. C'est une autre main qui, d'une autre encre, a écrit les noms des prélats 
et des barons qui avaient assisté à l'expédition officielle de la charte, dans le 
château de Domfront, où le roi résidait avec sa cour. 

Du groupe des trois chartes qui viennent d'être passées en revue ne saurait 
être détachée la lettre de sauvegarde qui fut expédiée, en novembre i i5o, 
au nom de Henri, duc de Normandie et comte d'Anjou. C'est sur cette lettre 

''^ Ce qui suit, imprimé en caractères italiques, a été écrit sur l'acte original avec une autre 
encre et par une autre main. 

CHARTES ET DIPLOMES. IV. 36 



:>82 Mil. ANOMVJ.IES DE CHARTES \l TIIEN TfOUES. 

(le 1 lào, qu'a été calcjiiée la sauvegarde de i 157, nienlionnée un peu plus 
haut (p. 280). 

llenricus, Dei gratia dux Normannoiuin et conies Andegavorum, archiejnscopis, epi- 
scopis, comitibus, baronibus, jusliciis, ministi'is et omnibus fidelibus suis totius terre sue, 
saluteni. 

Sciatis me , j)ro amore Dei et salute anime mec , et anime patris ac matris mee et fratrum 
meoruni et omnium antecessorum ac successorum nostrorum, atque omnium fidelium 
christianorum, assumpsisse ac firmiter relinuisse in manu et custodia ac defensione mea, 
sicut propriam abbatiam et dominicam elemosinam meam, abbatiam Sanctc Trinitatis 
Sancteque Marie de Savigneio , et abbatem et monachos et con versos et eorum famulos et 
omnes terras et omnes possessiones et omnes res ad ipsam abbatiam pertinentes, ubicum- 
([uc sint et de cujuscunque dono in tota ten-a mea. Et ideo precipio ac firmiter consti- 
tue quatinus ipsa abbatia et omnes res ad ipsam pertinentes habeant firmam pacem etper- 
fectani libertatem et omnem quietanciam per totam terram meam, in mari et in terra, 
in bosco et in piano, ab omni consuetudine et servitio et exactione, sicut elemosina Deo 
dedicata. Hec autem mea constitucio et confirmatio facta est anno ab incarnatione Do- 
mini M" C° quinquagesimo 1°, anno scilicet ducatus mei Normannie 11°, anno vero comi- 
tatus mei Andegavie 1°, mense novenlîri, apud Baiocas. 

Teste : Philippo Bai[o]censi episcopo, etc. . .(•' 

Cette charte (à part la première ligne, la date et la liste des témoins) est 
l'exemplaire qui a servi de modèle , mot pour mot , au clerc qui a préparé 
l'expédition de la sauvegarde datée de 1157. L'acte de 1157 n'est qu'un rajeu- 
nissement de l'acte de 1 1 5 1 . C'est un exemple de ce genre d'innovations dont 
il a été question dans le chapitre V (p. 1 85). 

Le recours à des clercs ou à des religieux, peu familiers avec les usages de 
la chancellerie , s'explique dans des cas exceptionnels , surtout quand le roi , 
au cours de ses perpétuels déplacements, était pris au dépourAu, sans avoir 
sous la main un de ses secrétaires hahituels. 

Tel est le mandement que Henri II adressa à ses prévôts et sergents 
de Guyenne, notamment aux prévôts de Poitiers, de Chizé, de Benon et de 
La Rochelle, louchant les franchises des églises de Sablonceaux et de Fon- 
taine-le-Comte , lequel a été rédigé par un clerc qui ne connaissait point les 
usages de la chancellerie royale. L'acte a été expédié dans la ville de Bordeaux 

C' Cartul. de Savimii, chaiie 565. 



PROCES-VERBAUX D'ACCORD. 283 

pendant le séjour qu'y lit le roi, à la fin de l'année i i56. On n'y voit men- 
tionné qii'un seul témoin, Geoffroi, archevêque de Bordeaux, dont un secré- 
taire dut suppléer à l'absence des officiers de la chancellerie royale. 

On a fait parfois appel à des calligraphes de profession pour avoir des 
exemplaires de luxe, et ces calHgraphes ne connaissaient pas les usages de la 
chancellerie et ne se souciaient guère de la correction des textes latins. Tel 
était celui qui a écrit avec tant d'élégance, sur deux colonnes, la charte datée 
de Bayeux relative aux domaines anglais de Saint-Etienne-de-Caen '^), de ceux 
surtout que Henri P'" avait cédés comme équivalant à la couronne et aux 
insignes royaux légués à l'alobaye de Saint-Etienne par Guillaume le Conqué- 
rant; ce calligraphe, si jaloux de préparer la pièce pour recevoir le sceau de 
Henri II, n'était guère plus soucieux de l'orthographe que des formules proto- 
colaires : il trace en caractères d'une netteté parfaite le mot paschiiis, et il 
n'est pas choqué de laisser ainsi tomber de sa plume la souscription d'Arnoul, 
évèque de Lisieux : /Enulfo Lunovienso episcopo. 

III. Anomalies d'un acte royal servant de procès-verbal d'accord. — 
Dans un chapitre précédent (p. i o) il a été assez longuement question d'accords 
et de conventions qu'on faisait confirmer ou homologuer par le roi. D'ordinaire , 
ces accords ou conventions donnaient lieu à une double formalité. En premier 
lieu, était dressé un procès-verbal anonyme, remplacé quelquefois par des 
actes émanés de personnes qui étaient intervenues dans l'alfaire ou qui avaient 
assisté aux débats. Venait ensuite la confirmation ou , pour mieux dire , l'ho- 
mologation. Il est arrivé parfois que le procès-verbal a pris la forme d'un acte 
royal, lequel, dans ce cas exceptionnel, n'a pas été rédigé suivant le formu- 
laire protocolaire. 

Je prends comme exemple deux actes relatifs à l'accord qui fut conclu en 
1167 entre l'abbé de Saint-Aubin, d'une part, et les frères Mathieu et Gui- 
chard de La Jaille , d'autre part. Les deux pièces étaient jadis dans les archives 
de l'abbaye de Saint-Aubin d'Angers; elles paraissent ne plus exister; mais 
l'une a été vue par Gaignières, qui en a inséré le texte dans ses collections; 
c'est le texte définitif et protocolaire ; l'autre a été copiée par une main in- 

''^ N° 108 de notre Recueil. 

36. 



:>8^i Mil. WOVlAIJIvS l)K CHARTES AUTHENTJQL ES. 

connue et fait aujourd'hui partie d'un dossier du Cabinet des titres, le «xte en 
est plus développé : c'est en quelque sorte un procès-verbal où sont platées 
])lusieurs circonslances auxquelles il n'est pas fait allusion dans l'acte ( (initif. 
Je citerai cet exemple pour montrer combien on aurait tort de rejetej nbloc 
l()ul(\s les pièces qui présentent des anomalies. Un examen détaillé df haque 
pièce s'impose avant d'en prononcer la condamnation. 



TEXTE DE PROCES-VERBAL (1). 

Ego Hcnricus, Dci gralia ro\ Anglorum 
et clux Noiniannorum et Acpitanorum et 
cornes Andecavoruiu. Nolum [facimus] quod 
quedam controversia inter nionachos Sancti 
Albiiii et Matheum de Jallia Wischardum- 
que, fratrem ejus, super medietaria de 
Charreriis, cjuam Haimericus de Jallia, vir 
nobilis, cujus terra Aïatheo jure liereditario 
contingebat, eisdem monachis in elemosi- 
nam dederat, etvir bone memorie, Fulclio 
scilicet de Caiideio, ad cujus feodum terra 
ilia respiciebat, bénigne concesserat, et ab 
eis inde ccc solidos habuerat. De ista con- 
ventione sic inter eos coniposui. Dicti fratres 
Matheus et Wischardus medietariam de 
(Charreriis, unde monachis calumpniani in- 
ferebant, totam, cum nemore et pratis et 
oschis Gillarderie, et terra quani prefatus 
Haimericus judeo accommodaverat , libe- 
ram eisdem monachis in presentia mea 
concesserunt, et per manum meam Willel- 
mum, abbatem Beati Albin! , cum quodam 
l)aculo investierunt. 

Insuper, ul ipsi in ea [conventione] fide- 
liter custodienda monachis auxiliatores et 
protectores deinceps existèrent , ex precepto 



TEXTE PROTOCOLAIRE . 

Henricus, rex Anglorum et ix Nor- 
mannorum et Aquitanorum < cornes 
Andegavorum, episcopo Andegaveii, abba- 
tibus, baronibus, justiciis et omiaus mi- 
nistris et fidelibus suis totius A;legavie, 
salutem. 

Sciatis me concessisse et presf ti carta 
confirmasse concordiam et finem (ui fac- 
tns fuit coram me, Andegavis. in " mona- 
chos Sancti Albini et Matheum d<fallia et 
Wiscardum, fratrem ejus, de ii lietaria 
de Carreriis, quam Aimericus, ( '■um co- 
gnatus, ecclesie Sancti Albini et lonachis 
dederat in perpetuam elemosinan scilicet 
quod Matheus de Jaillia et Wiscaus, fra- 
ter ejus, coram me, Andegavis, mcesse- 
runt ecclesie Sancti Albini et mon his pre- 
dictam medietariam , iiberam et qi tam ab 
omni consuetudine et servitio, et lidqiiid 
in ea clamabant dimiserunt, cum osco et 
pratis et oschiis Gillarderie, et c(a terra 
(juam prefatus Aimericus judeo a<omoda- 
verat. 

Et pro hac concessionc dederui mona- 
chi Matheo dcccc solidos, et ^'scardo, 
fratri suo , l solidos andegavensiu] ^\ 



*'' Copie d'après f original du Cabinet des 
litres, dossier Cliouises. 

'"' Copie de Gaignières. ms. lai in i-yiaG, 
p. 109. — Puldlé. d'après cette copie, dans le 
CartaUdre de l'abbaye de Suini- Aubin d'Anyers, 



édit. de Bertrand de Broussilloi t. Il, 
p. 157. 

'■^^ Ici ou dans le texte du procès -bal il y 
a une erreur de copie, et je ne saui ^ dire si 
Guichard reçut /|0 ou 5o sous. 



PKOCES-VERBAIIX D'ACCORD. 



285 



Jiieo, cui(lain militi, nomine Alano de 
Roham, manus dederunt. 

Monachi, intuitu pacis, Matheo, qui erat 
primogenitus, dccc solides, et Wischardo 
XL dederunt. 

Actum in Ramis Painiiuum, Andegavis, 
in aula mea, anno ab incarnatione Domini 
MCLXVII, indictione xv, videntibus : Co- 
nano comité Brilaunie, Alano de Roham, 
Simone Torna bovem; de monachis : Wil- 
lelmo abbate, Lisoio de Cella, Herberto 
hospitiario, Bruno priore de Pinciaco. 

Ego vero Henricus, Dei gratia rex An- 
glorum, sigilli mei impressione hoc ro- 
borans, ratum in perpetuum haberi et 
irrefragabiliter observari precepi, et sub 
custodia mee dcfensionis heredumque 
meornm suscepi. 



Quod(') volo et firmiter precipio quod 
predicta ecclesia et monachi habeant et te- 
neant predictam medietariam, in bosco et 
piano, in pratis et pasturis et oschiis et in 
omnibus ad eandem pertinentibus, ita bene 
et in pace et libère et quiète et intègre, 
sicut Aimericus, cognatus Mathei et Wis- 
cardi, eis dédit, quando devenit ecclesie 
Sancti Albini monachus, et sicut ipse Ma- 
theus et frater ejus Wiscardus concesserunt 
coram me et affidavernnt. 

Testibus : comité Conano, Willelmo 
Maiet dapifero, Simone de Turnebu, Allano 
de Roham, Reginaldo RufTo, Philippo de 
Saloniaco, et Philippo de Ver. 

Apud Andegavim. 



Il s'agit donc ici d'une métairie, qu'un certain Aimeri de La Jaille donna 
au\ moines de Saint-Aubin, quand il prit l'habit religieux dans cette abbaye (^). 
La donation fut reconnue, moyeimant finance, par ie seigneur du fief dans la 
mouvance duquel la terre était située; mais les cousins du donateur préten- 
dirent avoir des droits sur cette métairie ; le roi les décida à se désister en 
concluant une transaction [finis], et il procéda lui-même à la cérémonie 
de f investiture qui fut donnée à l'abbé par la remise d'un bâton. Eniin, 
Alain de Rohan fut chargé d'aider les moines à jouir paisiblement de la mé- 
tairie. 

Or, dans le texte protocolaire , il n'est question : ni de l'entrée en religion 
d' Aimeri de La Jaille , — ni des conditions auxquelles fut obtenue la recon- 
naissance du seigneur qui avait la métairie dans la mouvance de son fief, — 
ni de la cérémonie d'investiture à laquelle le roi procéda en personne , — ni 
enfin du concours d'Alain de Rohan. 

Remarquons encore une double différence entre les deux textes ; celui qui 
n'est pas conçu en style protocolaire est le seul qui contienne dans la suscrip- 

t'' Qaod est peut-être une l'aule de lecture l'objet d'une notice insérée dans le Cartulaire 
pour Quare. de Saint- Aubin, éd. Bertrand de Broussillon, 

'*^ La donation d'Aimeri faite en ii5i est t. il, p. i5i4. 



2H'i 



\lll. WOMVLIKS l)K CIIVK'IKS VmiKN'nOMvS. 



connue ol fait aiijourd'Iuii paillf (l'un ilossicr du Cabinet des titres, le texte en 
est |)lus développé : c'est en (|iiel(|ue sorte un procès-verhal où sont relatées 
j)lusieurs circonstances auxquelles il n est pas fait allnsion dans l'acte (lélinitil". 
Je citerai cet exemple pour montrer combien on aurait tort de rejeter en bloc 
loulcs les [)icces (|ui présentent des anomalies. Un examen détaillé de cliaque 
pièce s'impose a\ant (Fi n prononcer la condamnation. 



TKXTE DE Pl\Or.KS-\ EUB M. i'. 

Ego Honriciis, Dei gratia rt'\ Angloruin 
el dux Norman iiorum et Affuitanorum et 
cornes Andecavoruin. Notum [lacimus] qiiod 
quedam controversia intermonachos Sancti 
Albini el Mathenm de Jallia Wiscliardum- 
que, fratrein ejiis. super medietaria de 
(Iharreriis, (juam Ilaimericus de JaUia, vir 
nobilis, cujiis terra Malheo jure hereditario 
contingeliat. cisdeni inonacbis in elemosi- 
nani dederat, etvir bone memorie, Fulcbo 
scilicet de Candeio, ad cujus feodum terra 
illa resplciebat, bénigne concesscrat, et al) 
eis inde ccc solidos babuerat. De ista con- 
veutione sic inter eos composui. Dicti fratres 
Matlieus et \Aiscbardus medietariam de 
Charreriis, unde monachis calumpniam in- 
ferebant, totani, cum nemore et pratis et 
oschis Gillarderie, et terra quani prefatus 
Haimericus judeo accommodaverat , libe- 
ram eisdem monachis in prescntia mea 
concesserunt, et per manum meam Wiilel- 
mum, abbatem Beati Albini, cum quodam 
baculo investierunt. 

Insuper, ul ipsi in ea [conveutione] fide- 
liter custodienda monachis auxiliatores et 
protectores deinceps existèrent, ex precepto 



TEXTE PROTOCOLAIRE C'I 

llenricus, rex Anglorum et dux Nor- 
niannorum et Aquilanorum et cornes 
Audegavorum, episcopo Andegavensi, abba- 
tibus, baronibus, justiciis et omnibus mi- 
nistris et fidclibus suis totius Andegavie, 
sabitem. 

Sciatis me concessisse et presenti carta 
confirmasse concordiam et fmem qui fac- 
tus fuit coram me, Andegavis. intermona- 
chos Sancti Albini et Matheum de Jallia et 
N^iscardum, fratrem ejus, de medietaria 
de Carreriis, quam Aimericus, eorum co- 
gnatus, ecclesie Sancti Albini et monachis 
dederat in perpetuam elemosinam, scilicet 
quod Matheus de Jaillia et Wiscardus, fra- 
ter ejus, coram me, Andegavis, concesse- 
runt ecclesie Sancti Albini et monachis pre- 
dictam medietariam , liberam et quietam ab 
omni consuetudine et servitio, et quidquid 
in ea clamabant dimiserunt, cum bosco et 
pratis et oschiis Gillarderie, et cum terra 
quam prefatus Aimericus judeo accomoda- 
verat. 

Et pro hac concessione dederunt mona 
clii Matheo dcccc solidos, et Wiscardo, 
fratri suo, l solidos andegavensium (^l 



'"' Copie d'après l'original du Cabinet des 
titres, dossier Cliourscs. 

'■' Copie de Gaignières, ms. latin 17126, 
p. 109. — Publié, d'après cette copie, dans lo 
Cartulaire de l'abhaye de Saitit-Aubin d'Amjei s , 



édit. de Bertrand de Broussillon, t. II, 
p. 157. 

'^' Ici ou dans le texte du procès-verbal il y 
a une erreur de copie, et je ne saurais dire si 
Guichard reçut /io ou 5o sous. 



PHOCES-VEUBAUX D'ACCORD. 



285 



meo, cui^am miiiti, nomine Alano de 
Rohani, manus dederunt. 

Monachi , intuitu pacis , Matheo , qui erat 
piimogenitus, dccc solidos, et Wischardo 
XL dederunt. 

Actum in Ramis Palmarum, Andegavis, 
in aula mea, anno ab incarnatione Domini 
MCLXVII, indictione xv, videntibus : Co- 
nano comité Britannie, Alano de Roham, 
Simone Torna bovem; de monachis : Wil- 
lelmo ablxite, Lisoio de Cella, Hcrberto 
hospitiario, Bruno priore de Pinciaco. 

Ego vero Henricus, Dei gratia rex An- 
glorum, sigilli mai impressione hoc ro- 
borans, ratum in perpetuum haberi et 
irrefragabiliter observari precepi, et sub 
cnstodia mee dcfensionis heredumque 
nieorum suscepi. 



Quod(*^ voio et fîrmiter precipio quod 
predicta ecclesia et monachi halîeant et te- 
neant predictam medietariam, in bosco et 
piano, in pratis et pasturis et oschiis et in 
omnibus ad eandem pertinentibus, ita bene 
et in pace et libère et quiète et intègre, 
sicut Aimericus, cognatus Mathei et Wis- 
cardi, eis dédit, quando devenit ecclesie 
Sancti Albini monachus, et sicut ipse Ma- 
theus et frater ejus Wiscardus concesserunt 
coram me et afifidaverunt. 

Testibus : comité Conano, Willelmo 
Malet dapifero, Simone de Turnebu , AUano 
de Roham, Reginaldo Ruflb, Philippo de 
Saloniaco, et Philippo de Ver. 

Apud Andegavim. 



Il s'agit donc ici d'une métairie, qu'un certain Aimeri de La Jaille donna 
aux moines de Saint- Auliin , (piand il prit l'habit religieux dans cette abbaye (^). 
La donation fut reconnue, moyennant finance, par le seigneur du fief dans la 
mouvance ducjnel la terre était située; mais les cousins du donateur préten- 
dirent avoir des droits sur cette métairie ; le roi les décida à se désister en 
concluant une transaction [finis), et il procéda lui-même à la cérémonie 
de l'investiture qui fut donnée à l'abbé par la remise d'un bâton. Enfin, 
Alain de Rohan fut chargé d'aider les moines à jouir paisiblement de la mé- 
tairie. 

Or, dans le texte protocolaire , il n'est question : ni de l'entrée en religion 
d' Aimeri de La Jaille , — ni des conditions auxquelles fut obtenue la recon- 
naissance du seigneur qui avait la métairie dans la mouvance de son fief, — 
ni de la cérémonie d'investiture à laquelle le roi procéda en personne , — ni 
enfin du concours d'Alain de Rohan. 

Remarquons encore une double différence entre les deux textes; celui qui 
n'est pas conçu en style protocolaire est le seul qui contienne dans la suscrip- 

'"' Qaod est peut-être une taule de lecture l'objet d'une notice insérée dans le Cartulaire 
pour Qiiare. de Saint-Aubin, éd. Bertrand de Broussillon, 

**' La donation d'Aimeri faite en ii5i est t. II, p. i5/i. 



286 MM. WOMMJKS l)K CIIVUrKS \l THKNTIOUES. 

lion la formule I)ei (jracia, le seul (jui selenuino par une date mentlonnanl, 
uou seulement Tannée de l'incarnation, mais encore rindiction et le jour, 
désigné par la fête des Rameaux (3 i mars i 167)''). Cette pièce est évidemment 
ré(piivalent du j)rocès-verbal ({u'on dressait au moment de la conclusion des 
transactions dans la cour du roi. 

La dérogation aux règles protocolaires n'est donc pas toujours un argument 
pour écarter les pièces dans lesquelles ces règles paraissent être violées. Tel est 
le cas de plusieurs autres des pièces cpie je vais passer en revue et dont les 
anomalies ne paraissent pas devoir entraîner la condamnation. 

l\. Anomalies de chartes diverses. — Après a\oir examiné en détail 
plusieurs genres d'anomalies, je vais énumérer assez brièvement, suivant à 
peu près l'ordre chronologicjue , un certain nombre de chartes dans lesquelles 
les règles protocolaires n'ont pas été strictement observées. J'essaierai d'expli- 
(uier ces irrégularités. On y verra un certain nombre d'actes qui contiennent 
indûment la formule (jratia Dei dans la suscription. 

1. Charte de l'abbaye de Fécamp. (1 i55.^) — Le n° 6 de notre Recueil est 
un privilège accordé par le roi à son cousin Henri de Sulli , abbé de Fécamp ; 
il remonte aux premières années du règne ; il est cependant rédigé au nom de 
H., Dei gracia rex Angloram. C'est l'œuvre d'un habile calligraphe, qui proba- 
blement n'était pas un des scribes ordinaires de la chancellerie. 

L'original est aux Archives de la Seine-Inférieure. 

2. Charte des chanoines de Vile d'Erm. (1 1 55- 1 1 58.) — Charte du temps du 
chancelier Thomas Recket, avec la suscription de H. Dei (jratia rex (n** Ixk de 
notre Recueil). Le texte ne nous a été conservé que parle procès-verbal d'une 
enquête faite en 1 809, et publiée dans les Placita de quo Waranio, p. 828. 

3. Charte de l'abbaye de Saint-ÉvrouL (1 1 58- 1 159.) — Cette charte, du 
temps de l'abbé Rernard , commence ainsi dans une copie conservée à Londres , 
au Record Office ('-) : H. Dei (jratia, etc. Sciatis quod Willelmus Mansellus cla- 

''^ Sur cette date, voir plus haut, p. ^7. — ^^' Caitœ antiquœ , W. n" 21. — N° 60 de noire 
Recueil. 




CHARTES DIVERSES. 1155. 287 

mavit adfnmam hereditariam. — On voit, par cet elc, que le copiste n'avait 
iiuère souci des formules. 

4. Charte de l'abbaye de La Chaise-Dieu. — Une conlirmation des biens de 
cette abbaye débute par la suscription H. Dei (jratia rex^^). Elle est cependant 
du commencement du règne , puisqu'elle est souscrite par le chancelier Tho- 
mas, dont la souscription , d'ailleurs, n'est pas tout à fait conforme à l'usage 
habituel , puisque ce dignitaire est appelé , non pas simplement Thoma cancel- 
lario, mais Thoma cancellario meo. 

Nous ne connaissons cet acte que par la copie moderne, assez incorrecte, 
d'un vidimus de l'année i 279. Cette copie est aux Archives de l'Eure. 

5 et 6. Deux chartes de l'abbaye du Vœu, près Cherbounj. (1161 et 1 167, 
au plus tard. ) — La dotation de cette abbaye a domié lieu à un acte daté de 
Rouen et souscrit par le chancelier Thomas, c'est-à-dire antérieur à 1 162^-'. 
Le roi est qualifié Dei (jratia rex. De plus, deux des témoins qui, d'habitude, 
sont simplement nommés Thomas cancellarius et Manasserus Biset dapifer, sont 
ici qualifiés, l'un de cancellarius régis et f autre de dapifer régis. — La ciiarte 
n'est connue que par un vidimus de 1896, conservé aux Archives de la Manche. 

Une autre charte de la même abbaye ^^\ déhvrée à la demande de l'Impé- 
ratrice Mathilde, c'est-à-dire au plus tard en l'année 1167, présente les mêmes 
anomalies : H. Dei (jratia rex et Mann. Biselh, dapifer re(jis. — Les copies 
qu'on en a aux Archives de la Manche dérivent d'un vidimus de Philippe le 
Hardi, expédié à Cherbourg en septembre 1278. 

7. Accord entre les abbayes de Montierneuf et de Bounjueil. (1 160.) — La 
confirmation pai' le roi, en 1 160, d'un arrangement conclu entre les abbayes 
de Montierneuf et de Bourgueil^^^ quoiqu'elle soit rédigée au nom du roi 
{E(jO Henricus Dei (jratia rex. . .), ne doit être considérée que comme une 
notice, ou un procès-verbal. Elle porte une date : Acium est hoc Cainoni, anno 
ab inc. Domini M.C.LX., epacta xi , concurrente v, indictione viii, viii idus 
aprilis , sexto anno rcjni nostri. Il v a la formule Dei (jratia rex. On y fait parler 

''^ N" 68 de notre Recueil. '^^ N" 169 de notre Recuei]. 

'*' N" 97 de notre Recueil. '*' N" 98 de notre Recueil. 



288 \lll. WOMM.IKS l)K ClIMn'KS \l TIIF.XTIQl KS. 

le roi lanlùl au singulier, laulùl au pluriel : lùjo Ifctirirus. . , si(jni[Jko . . .; 
conrordiam nosira amiorilalc pcrdurlam . . . ; composiliouem factam pcr manum 
nostram . . . ,vny///o noslro . . . coniniunirl fcclnms . . . Va\ Icle de l'acte, un lieu 
commun sur la nécessité de j)ré\enir de re<j;reltal)les débats en assurant par des 
écrits le souvenir des conventions ; Liftcranun volina,fida memoric fatnulatrix , et 
rei simulacriim , ad excludendas quorumlibct caJumpiiias, ad veritatis pervalet tesii- 
monium. 

Je dois à mon ami M. Alfred Kichard, archiviste/de la Vienne, une copie 
de celle pièce, d'après un vidinms de i ^o."). 

8. (Ihaiic de Saint-Etienne de Caen. [\ 161, au plus tard.) — Une charte de 
Saint-Etienne de Caen'-^ datée de Baveux et portant la souscription du chan- 
celier Thomas, antérieure par conséquent à la fm de l'année 1161, est écrite 
sur deux colonnes, en lettres de forme, et a reçu l'empreinte du sceau royal. 
A la voir, sans la lire , on dirait un feuillet détaché d'un livre de luxe du mi- 
lieu du xii*^ siècle ('^^. L'habileté du calligraphe (^) ne l'a pas empêché de tracer 
incorrectement deux mots au commencement de la charte : il a écrit en toutes 
lettres dans la suscription de la charte : diix normanie et aqtanie, au lieu de 

NORMAWORLM et AQUTANORUM. 

Malîrré cette double anomalie, l'authenticité de la charte est à l'abri de tout 
soupçon. C'est l'œuvre d'un calligraphe étranger, selon toute apparence, à la 
chancellerie, qui a été chargé d'écrire la charte où est relaté le rachat fait par 
Henri II de la couronne de Guillaume le Conquérant : « pro corona ceterisque 
ornamentis eidem corone adjacentibus, que pater suus [le père de Henri h'^), 
W. rex, proavais meus, Sancto Stephano dimisit. » On peut attribuer à la 
même main les deux exemplaires de la charte gigantesque de Henri II, qui a 
été expédiée à Caen, en présence du chancelier Thomas, à peu près en même 
temps que la charte datée de Bayeux et qui contient une interminable énumé- 
ration des biens acquis, reçus en don, achetés ou échangés par l'abbaye de 
Saint-Etienne pendant le premier siècle de son existence. 

'*' N" 108 de notre Recueil. comme si c'était le litre marginal d'une charte 

'"' Ce qui contribue à faire illusion , c'est copiée dans un cartulaire. 
que le scribe a, de sa plus belle main, tracé '"^^ Le double exemplaire de cette charte 

sur le repli de la charte les mots Carta H. II , porte le n" 111 dans notre Recueil. 



CHARTES DIVERSES. 1161-1106. 289 

9 et 10. Deiix chartes des archives de Saint-Florent. — Desarcliives de Saint- 
Florent de Sanmur sont sorties deux chartes d'une grande importance et d'un 
intérêt général. Les rédacteurs ont cru pouvoir, dans ces circonstances, s'af- 
franchir de la rigueur des règles protocolaires. Ces actes ont trait, l'un à la 
construction d'un pont de pierres sur la Loire, en i i (ig , l'autre à l'établisse- 
ment des levées sur les rives de ce fleuve. Dans l'un et dans l'autre, le corps 
de la charte est un exposé narratif rédigé dans le style des anciennes notices. 

Le premier'^) contient la date à la suite de la liste des témoins : Anno ah 
incarnatione Domini M. G. LXIL L'authenticité n'en est pas douteuse. 

Le second (^^ est du temps qu'Etienne de Tours était encore chambrier du roi 
et pas encore sénéchal d'Anjou, c'est-à-dire avi plus tard de i i68. Ce docu- 
ment a trouvé place, non seulement dans les cartulaires de Saint-Florent, 
mais encore dans ceux de Bourgueii et de Saint-Martin de Tours, cpii n'existent 
plus. 

1 L Statut pour la levée d'une imposition, (i i 66. ) — I^e statut pour la levée 
des deniers destinés à secourir la Terre Sainte, qui fut arrêté en i i66, dans 
une assemblée de prélats et de barons (^\ n'a pas dû être rédigé par les clercs 
de la chancellerie qui s'occupaient des affaires courantes. Le tex^te , qui nous a 
été transmis par Gervais de Cantorbéry^^), se termine par une date : Hec acia 
sunt anno ah incarnatione Domini M. G. LXVI. A deux endroits, le roi met les 
mots e(jo Henricus en tête de phrases dans lesquelles il s'exprime ainsi : EGO 
Hcnricus Dei (jratia rcx . . . , et statutum hoc EGO primus manu propria me ohscr- 
vaturum ajfidavi . . . On remarquera encore que, dans la première phrase, 
l'emploi de la formule Dei (jratia constitue une anomalie, puisque le statut 
est de l'année 1 166. 

12. Lettre à Alexandre III. (ii66.) — Les dictatores de la Cour, à la 
plume desquels on faisait appel pour la correspondance diplomatique , n'étaient 
pas astreints à se conformer au formulaire protocolaire. Ainsi, un tour de 
phrase, adopté pour témoigner des sentiments de déférence au Souverain Pon- 

''^ N" i48 de notre Recueil. — Voir les '^^ N° i6i. b de notre Kecueli. 

Layettes da Trésor des chartes , 1. 1 , p. 86 , n" 1 78. '*' T. I , p. 1 98. Voir aussi le Recueil des liis- 

'^^ N" 2^/i de notre Recueil. loriens , t. XVI, p. 6^o. 

CHAUIES ET DIPLÔMES. IV. ^7 



lOMALK, 



290 VUI. VNOMALIKS l)K CIIMITKS \l Tll KATIOIKS. 

life, a conduit le secrétaire de Henri II à aj)|)li((iicr à son niaitre, en nicinc 
temps qu'au pape, la formule Dci (jratia rcx, dans l'adresse d'une lettre écrite 
en 1 i()6 à Alexandre III, pour se plaindre de l'archevêque de Ganlorhéry : 
Rcvcrcndo domino et palri suo spiriluali Alexandro, Dei gratia summo pontifici , 
Henricus , eadcm (jratia rc.r [nijl. ^^\ 

15. Charte de l'église d'En, (i 181-1 189.) — Cette charte ^^\ telle qu'elle a 
été transcrite dans le Cartulaire du comté d'Eu^^^ contient une grosse erreur 
dans la liste des témoins. Il s'y trouve deux noms qui ne peuvent donner lieu 
au moindre doute : (Taiifridiis , cancellarius meus , Willelmas Filins Radulfi, se- 
nescallus Normannie, et d'après lesquels la date de la pièce doit être fixée entre 
1181 et 1 1 89 ; mais le nom de Johannes, Eboracensis archiepiscopus , qui figure 
en tète, est tout à fait inadmissible. Le siège d'York demeura vacant pendant 
tout le temps que Geolfroi, fds de Henri II, fut chancelier. Au lieu de Jo//. 
Ebor. archiep., il faut lire Johannes Ebroicensis episcopus. Le nom d'un autre 
témoin, Nicolaus de Stouteville , semlile présenter aussi quelque difficulté; 
les Annales de Saint-Taurin W ont enregistré, sous l'année 1 177, la mort de 
Nicolas d'Estouteville ; mais deux membres de la grande famille d'I'^stouteville 
peuvent avoir porté le même prénom. 

14—15. Deux chartes de l'abbaye de Saint-Valeri-sur-Somme. — Au cha- 
pitre V(^^ en parlant du rajeunissement des chartes, j'ai signalé des anomalies 
dans deux chartes de Saint-Valeri : Henricus, en toutes lettres, rex Anglie , etc., 
(jratia Dei (dans un acte de 1 i63), et sciatis nos (au lieu de sciatis me). Ces 
chartes ont dû être écrites hors de la chancellerie. 

\. Chartes de Fontevrallt ayant subi des altérations. — Je terminerai 
ce chapitre par quelques observations sur un petit groupe de chartes de 
Fontevrault, qui ont été évidemment altérées, mais sans qu'on aperçoive une 
intention frauduleuse dans le remaniement qu'elles ont eu à subir. 

Au xyi*^ siècle il s'est trouvé un archiviste, un homme d'affaires ou un 

'') Recueil des historiens, t. XVJ , p. aôG, ^^1 Ms. latin iSgo^, fol. 38 v°. 

d'après le ms. latin SSys. '") Recueil des historiens, t. XII, p. 777 c. 

''' N° 549 fie notre Recueil. <*' Ci-dessus, p. 189. 



CHARTES DIVERSES. 



291 



simple écrivain, qui, ayant à s'occuper du minage (le Saumur, c'est-à-dire des 
redevances en blé cjue l'abbaye de Fontevrault emmagasinait à Saumur, a 
transcrit les actes relatifs à cette redevance dans un petit registre , aujourd'hui 
conservé aux archives de Maine-et-Loire (^). Ce registre commence par quatre 
chartes de Henri II, dont les originaux paraissent ne plus exister; mais Gai- 
gnières, dans le séjour qu'il lit à Fontevrault, en 1699, les avait vus, et nous 
possédons les copies fidèles qu'il avait rapportées de son voyage. C'est à l'aide 
des copies de Gaignières que j'ai pu me rendre compte des altérations que les 
chartes signalées avaient subies. La forme en a été profondément modifiée, 
sans que le fond même ait été changé. Je constaterai le fait sans pouvoir l'ex- 
pliquer, en me bornant à signaler les variantes les plus caractéristiques qui 
existent entre les deux textes, celui des exemplaires originaux, représentées 
par les copies de Gaignières, et celui des copies du registre des archives de 
Maine-et-Loire. 

Je commence par publier les articles essentiels de la première charte, de 
façon qu'on ait en même temps sous les yeux le texte original et le texte 
modifié. 



TEXTE ORIGINAL. 

H. , rex Anglorum . . . , comitibus , baro- 
nibus, justiciis, vicecomitibus et omnibus 
ministris et jQdelibus suis totius Andegavie , 
salutem. 

Sciatis me concessisse . . . Deo et Sancte 
Marie et ecclesie de Fonte Ebraudi et mo- 
nialibus ibidem Deo et gloriose virgini 
Marie servientibus . . . , minagium in civi- 
tate Andegavis, et minagium in Salmuro, 
quod me contingit; preterea in civitate 
Andegavis placiam unam, et in Salmuro 
similem unam, ad faciendum granarium 
ubi minagium reponant. 



Et ideo volo et firmiter precipio quod 



TEXTE MODIFIE. 

Henricus, Anglorum rex. . ., comitibus 
et baronibus et omnibus justicie sue minis- 
tris fidelibus, salutem. 

Notum facimus universis nos D(îo, glo- 
riose Virgini matri, ecclesie Fontis Ebraldi 
et monialibus divino ibidem cuitui pie et 
sancte inservientibus , concessisse subse- 
quentem elemosinam . . . medimnarium 
scilicet unum Andegavi, medimnarium al- 
terum Salmurii , que nostre ditionis sunt ; 
locum preterea unum in civitate Andega- 
vensi, alterum in Salmuriensi delegimus, 
in quibus granaria ad colligenda dicta me- 
dimnaria, sive medimnorum tributa, exi- 
gantur. 

Volumus preterea et qua valemus autho- 



''^ Ce cahier, daté de 1649, ^^^ ^'^ copie d'un cahier cei-tifié par un commissaire le 7 juin 

i547- 

37. 



2<ù'2 



Mil. \\()\I\LIKS l)K CIIMITKS Al TIIENTIOU KS. 



prodicla oroie.sia cl moniales jaiu clicU' lia- 
licanl iii |)t'rj)(lmim iniiia<^iuni in prodiclis 
Imis ila hcni' cl in pace et libère, quiele et 
iiitcgn- cl plcnatio siciit ego inelius et lihe- 
rius et plenius hal)ui alicjuo tenipore. 

Testibus : A. ravina Anj^iorum, etc. '^'. 



rilale pnîcipiimis ut predicta ecclesia et mo- 
niales dictis donis paeilice, libère, (juiete, 
intègre et plenarie, siciit et nos aliquando, 
perfruanhir. . . 

Testibus: résina Andie, etc.''^). 



Le loiul (les doux Icxtos est uleiiLiquc, iiuils lu rédaction (liirèrc dans tous 
les détails; l'auteur du remaniement semble avoir eu la prétention de rem- 
placer le slvle de la cour de Henri II par des tours de phrase qu'il trouvait 
plus élégants et par des mots recherchés, incompris du vulgaire. C'est ainsi 
([ue, sous sa plume, la redevance de grains mesurés à la mine, connue de 
tout temps sous la dénomination de minage, est devenue le medimnarium , 
appellation que n'a probablement connue aucun des contemporains de Henri II, 
et (|u'd est encore aujourd'hui permis d'hésiter à tradun^e : qui sait que me- 
DiMNE est le nom d'une mesure greccjue employée pour le mesurage des 
grains '^l*^ On peut douter que les bourgeois de Saumur aient jamais entendu 
appeler médimnier le grenier où s'emmagasinaient les redevances en grains 
dues par les tenanciers de l'abbaye de Fontevrault. 

Le même traitement a été infligé à une autre charte de Henri II , également 
relative au minage. Comme dans la précédente, le roi parle à la première 
|)ersonne du pluriel, ce qui est contraire au formulaire habituel de la 
chancellerie. 



TEXTE ORIGliNAL. 

H., Dei gratia rex Anglorum. . . 

Sciatis me concessisse . . . 

Ex dono Pagani de Mange et Dionisie, 
uxoris sue..., terciam partem omnium 
I t'ddituum ipsorum in minagio Salmuri et 
in aqua. . . 

Ex concessione et venditione Jagelini de 
Loceio, concedente Margareta, uxore sua, 

''' Recueil de Gaigniéres, ms. latin 54.8o, 
t. ] , p. 8^. Cette charte et celle qui lui fait 
lace sont les n"' 287 et 288 de notre Recueil. 

'*^ Registre du minage de Saumur, fol. 1 . 

'■^' Le mot j\jediiniifiriuin nest point cité 



TEXTE MODIFIE. 

Henricus, Dei gratia Anglorum rex. . . 
Innotescat omnibus nos concessisse . . . 
subscripta que, nobis presentibus, eis a 
Pagano de Mange et Dyonisia, uxore ejus, 
et filiis, libère. . . tradita sunt, tertiam 
scilicet partem omnium redituum quos ex 
medimnario Salmurensi et aqua percipere 
soient. 

dans le Glossaire de Du Gange, où la Mediinna 
est définie : « Mensura est quinque modiorum , 
dicta quod medietur quinque modiis , qui sunt 
perfecti numeri, Id est decem medietas ». Conf. 
Forcellini, édition De Vit, t. IV, p. 77. 



CHARTES SYSTEMATIQUEMENT ALTÉRÉES. 293 

et Mabilia, filia eorum, x libras quas an- . . .Quicquid in dicto medimnario et in 

nuatini in supradicto minagio hahebat, aqua ex venditione Jagelini de Proceio, 
quas cum predicta Margareta a Briando de consenciente Marguarita uxore, et Mabilia, 
Martinniaco in maritagium accepei-at'^). fdia ejus, possidebat, decem preterea libras 

quas a Briando de Maitiniaco, cum uxore 
hoc reditu dotata, acceperat. . .('-'. 

A la dernière iigne de ce double texte l'auteur du remanleinent, pour 
éviter Texpression ^aa/w cum Manjarita in maritagium acceperat , a préféré écrire 
quas cum uxore hoc reditu dotata acceperat. 

J'ai tenu à entrer dans quelques détails sur le groupe de chartes concernant 
le minage de Saumur. Si on ne les avait connues que par les copies conservées 
à Angers dans le Registre du minage , on aurait été exposé à considérer comme 
propres à la chancellerie de Henri II des particularités qui sont dues à l'imagi- 
nation fantaisiste d'un écrivain du xvi® siècle. Heureusement, Gaignières avait vu 
les originaux de plusieurs de ces chartes , et , nous en a laissé d'excellentes copies. 
Il y a là un exemple frappant de l'extrême prudence avec laquelle il faut s'oc- 
cuper de diplomatique quand, à défaut d'originaux, on n'a à sa disposition 
que des copies émanées de scribes ou d'écrivains inconnus. 

^'' Recueil de Gaignières, ms. latin 5A8o, Recueil, sous les n"" 35o, 35o.a, 35o.b, 4^33 

t. I , p. 76. et /i33. A, d'autres actes relatifs au minage de 

'^^ Registre du minage de Saumur, fol. 2 v". Saumur, qui ont subi ce genre de rajeunisse- 

— Les deux chartes sont les n" 3oo et 3oo. a ment, certainement imputable à un humaniste 

de notre Recueil. — On trouvera dans notre du xvi° siècle. 



29(') l\. CIIVRTKS h \ISSKS Ol KM.SITIKKS. 

tan. cl coin. Andcij., avec l'adresse et la salutalioii ordinaire; mais, immédiale- 
meiit après le salut [salutcni), le rédacteur inel dans la bouche du roi la 
répélllion du titre : Sciatis quoniam c(jo Henricns , divina miseralione rex Aixjl. cl 
dux Norni. cl Aquilan. cl coni. Andeij.; une telle redondance est tout à fait 
insolite, et les mots qui précèdent les titres du roi, divina miseralione , ne se 
trouvent, à nia connaissance, dans aucune autre charte de Henri II; 

2" Sur la liste des témoins sont énumérés très correctement quatorze per- 
sonnages ([ui pouvaient bien se trouver réunis à la cour du roi, à Falaise, 
en 1 167; ces quatorze personnages sont rangés rigoureusement suivant l'ordre 
hiérarchique, mais, au commencement de la première ligne de la liste, il est 
dit (|ue le privilège a été concédé [)ar le roi conformément à favisdetous ceux 
(pii souscrivent l'acte : cl ut hec omnia perdurent, regia auctoritate concéda, 
et a Deo milii collata potestale precipio, collaudala omnium subscriplorum consilio. 
D'ordinaire, la présence des témoins est simplement constatée, sans que rien 
indique qu'ils aient été appelés à émettre un avis; 

3* A la liste des témoins succède une date de lieu, suivie du millésime 
1 167, Apud Falesiam, anno ah incarnatione dominica M^.C. LVIl. La date de 
lieu est correcte, mais faddition du millésime ne l'est pas; 

!i° L'acte se termine par une formule dont je ne connais pas d'autre 
exemple : In Christo consummalum féliciter. 

Si le fond de l'acte est vrai, il doit avoir été remanié dans presque toutes 
>es parties. 

3-9. Maisons de l'ordre de Grammont. — Les chartes de l'ordre de Gram • 
mont forment le groupe le plus nombreux et le plus important à examiner 
parmi les chartes suspectes attribuées à Henri II. 

3. — Rouen. — La charte de dotation de la maison des Bons Hommes, à Ja 
porte de Rouen , dans la foret deRouvr'àiW, est une de celles dans lesquelles les 
anachronismes s'étalent avec le plus d'impudence. Elle porte la date du 3 juillet 
1 106, époque à laquelle, le 7 du même mois, le roi présidait une assemblée 
tenue en Angleterre, à Bridgenorth^'^), et elle mentionne comme témoin Guil- 

'' N° 536 de notre Recueil. — '■'^'' I^o llév. l'\lon , [). 10 el 1 1. 



I 



F\LAISE. — (iUAMMONT. 297 

laume Fils de liaoul, sénéchal de Normandie, qui ne fut investi de cette 
fonction que vingt-deux ans plus tard. Elle fourmille de locutions qui n'ont été 
en usage que plus ou moins longtemps après le milieu du xii*' siècle : viceco- 
milatas aqac Rotliommji, — dominium altam et bassum et utile ac merum et 
miœtiim imperium, — dominus capitalis, - — libre fortium andegavensium, — 
recepta totius ducatas Normannie, — extra maiiiim suam ponere, — Jinanciam 
solvere, — amortizare, — inimici nostri vel reipiiblice. 

4. — Rouen. — Une autre charte de Henri II, pour la même maison ('), ne 
contient pas des marques d'une aussi grossière falsification; mais je ne la crois 
pas exempte de toute altération. Les lignes finales surtout me paraissent hien 
suspectes : In cujus rei testimonium , etiam présentes litteras sigillo nostro prccepi 
conjirmari. Datum per manum Gaucherii, capellani nostri. Une telle annonce du 
sceau est insolite dans les actes de Henri II. L'emploi de la forme du pluriel 
tout à côté de la forme du singulier [litteras siijillo nostro precepi conjirmari) 
jî'est guère admissible. Nulle part ailleurs se rencontre un officier de la chan- 
ceUerie nommé Gaucherius, capellanus noster. 

5. — Monnais. — Si la charte accordée par Henri II au\ Bons Hommes de 
Monnais('^) n'a pas été fabriquée de toutes pièces, elle a été du moins gravement 
altérée par l'addition d'un nom de chancelier et d'une date : Datum apud Ceno- 
mannim, per manus magistri Radulfi, cancellarii, septima die junii, anno cjuinlo 
regni nostri. D'une part, le 7 juin 1 1 59 Henri II se trouvait, non pas au Mans, 
mais dans la Haute-Normandie, à Heudicourt, où il eut une entrevue avec le 
roi de France (^). D'autre part, le chancelier du roi, en 1 i5(), était le célèbre 
Thomas Becket. C'est beaucoup plus tard ([ue la chancellerie fut confiée à 
Kaoul de Warneville, qui devint évèque de Lisieux. Remarquons encore, tout 
à la fin de la charte, le mot nostri {regni nostri), tandis que dans le corps 
de l'acte le roi parle toujours au singulier : e(jo, pro remedio anime mce , régis 
avi mei . . . 

''J N° 535 de notre Recueil. Angloium . . . lit coUocutio apud HeldincorI 

'*' N" 91. (Heudicourt, Eure, arrond. des Andeiis).., » 

'^' « Octavo idus junii [anno i lôg], septinio Additions faites par un moine du Bec à laChrc- 

el sexto, inter regem Francoruin et regeni nique de Robert de Torigni, I. IF, p. 172. 

CHARTKS ET DIPLOMES. IV. 38 



lE NATIONALE 



298 IX. ClIVKTIvS FAUSSES OL FALSIFIEES. 

6. — La Jicllicre. — Il y a des traces de remanlenienl dans une charte de 
la maison de La Bellière^'^ dans les(|uels nous voyons employer tantôt le mot 
MKUS et tantôt le mot nosteu : d'une part, matris mee, anlecessorum meorum , 
in Castro meo de Anjenlomo, in castro meo de Falesitty in Castro meo de Cadomo, 
dominium melm; d'autre part, concessionis nostre. A deux reprises, l'écrivain 
fait parler le roi au pluriel : Scialis i\()S dedissœ; concedimus et precipimls 
quod homincs pretaxati a nobis dati. La liste des témoins est précédée, non 
point du simple mot testes, mais de la phrase : Testes autcm hujas donationis 
et concessionis aostre sunt . . . 

7 el 8. — La Haie, près d'Amjers, et Bercei, dans le Maine. — On peut 
s'étonner de voir Gautier de Coutances ({ualifié de chancelier du roi dans 
deux chartes de date diUérenle ^'^^ et concernant deux maisons différentes de 
l'ordre de Grammont, l'une la maison de La Haie, près d'Angers (n° /i2i), 
l'autre celle de Bercei, dans le Maine (n° 399). Je n'ose pas condamner abso- 
lument ces deux pièces, mais n'ont-elles pas subi quelque altération? 

8 bis. — La maison de Bronzeau^^^ en Limousin. — Pendant que ces pages 
étaient en épreuves , la Société archéologique et historique du Limousin a inséré 
dans le tome LVIl de son Bulletin un fragment d'une Histoire de l'abbaye de 
Grammont, paraissant avoir été composée au xviii*^ siècle. L'auteur y a fait 
entrer une charte de Henri U, qui doit prendre place à côté de celles dont je 
viens de démontrer la fausseté. En voici (^) le texte débarrassé des altérations 
qu'un copiste moderne a fait subir aux noms des témoins : 

Henricus, Dei gratia rex Angl., dux Norm. et Aquit. et cornes And., Stephano Calvo 
et heredibus suis, saluteiii. 

Sciatis quod amicus meus karissimus , prior pauperum Grandimontis , posuit in manu 
mea et custodia et protectione domum de Brondea. Et ideo volo et firmiter vobis pre- 
cipio quod prefatam domum et helemosinam Willelmi Calvi custodiatis et manu 
teneatis et protegatis, sicut rem meam propriam, ita quod nullam ei injuriam vei contu- 

t') N" 455 de notre Recueil. de Saint- Léger -Magnazeix (Haute-Vienne, 

m ^'o» ^2j et 399. — Gautier de Coutances arr. de Bellac). 
n"a pas eu le titre de chancelier. '^) D'après le Bulletin qui vient d'être cité, 

''^ Aujovu-d'hui dépendance de la commune p. ^aS et /ja/j. 



GRAMMONT. 290 

meliam aut gravamen faciatis nec fieri permittatis. Si cjuis autem eidem domui foris- 
facere presumpserit, sine dilatione iilud emendare faciatis. Sciatis enim certissime quod, 
si quis prefate domui molestiam aliquam aut injuriam aut gravamen intulerit, plenariam 
inde jusliciam exhibere non differam. 

Testibus : Radulfo Andegavensi episcopo, magistro Wallero de Constanciis, Willelmo 
de Humetis constabulario , Folqueo Painel, Stephano de Turonis senescallo Andegavie. 
Petro Filio Guidonis. 

Apud Andegavim. 

Cette sauvegarde, donnée à la maison de Bronzeau en Limousin, est un 
faux sorti de la même officine que les pièces critiquées ci-dessus. Les noms 
des témoins ont été empruntés à un acte authentique expédié entre les 
années 1170 et 11 83. La lettre de sauvegarde a été adressée, non pas, 
comme c'était la règle, aux officiers royaux chargés de la faire observer, 
mais à un simple particulier, probablement le fondateur de la maison et aux 
héritiers de ce particulier, dont le nom n'est accompagné d'aucune quali- 
fication : Stephano Calvo et heredibas suis. Le privilège a été accordé à la requête 
du prieur des pauvres de Grammont, que le roi qualifie de son « très cher 
ami » , ce qui est tout à fait anormal : amicus meus karissimus prior pauperum 
Grandimoiitis. Enfin, le mandement se termine, non point par une injonction 
adressée aux officiers royaux pour faire respecter la sauvegarde, mais par une 
déclaration annonçant que, s'il est causé un dommage à la maison privilégiée , 
le roi en fera prompte justice, ce qui est bien différent des formules proto- 
colaires dont j'ai cité nombre d'exemples (p. 1 5 8-1 62 ). 

9. — Lettre à Pierre Bernard, prieur de l'ordre de Grammont. — Je ne saurais 
être indulgent pour la lettre de félicitations adressée à Pierre Bernard, qui 
venait d'être élu prieur de l'ordre de Grammont (^). Je ne doute pas que Henri II 
ait partagé les sentiments de respectueuse et admirative déférence dont les 
contemporains entourèrent la personne du prieur Pierre Bernard (^K J'admets 
aussi f[ue, dans une correspondance ayant un caractère d'intimité, on ne se 
soit pas astreint à observer les règles du style administratif. Mais rien ne peut 
justifier la date par laquelle la lettre se termine : Datum Londini, per manum 

t'> Recueil des hisloTiens ^i.W] , p. 639. N" i33.b de noire rerueiL — ^^' Hist. litt. de la France, 

t. XV, p. ao. 

38. 



300 l\. CIJVKTKS F\LSSKS OU FALSIFIKES. 

mmjistri Thome cancellarii noslri , mense maiiio, refjni nostri vu. Gomment expli- 
(|iier la présence d'une date précise dans une lettre privée, alors que toute 
date de temps était proscrite dans les correspondances administratives? L'ad- 
dition frauduleuse est mathématiquement démontrée : Henri II n'a pas pu, au 
mois de mars de l'an vu de son règne, c'est-à-dire 1161, expédier une lettre 
de Londres, puisqu'il n'a pas mis le pied en Angleterre du mois d'août 1 i58 
au mois de janvier 1 i63(^). Il faut encore noter que, dans nul autre acte du 
roi, Thomas Becket est qualifié magister Thomas canccllarius noster. Il faut 
donc ranger dans la catégorie des pièces plus ou moins altérées la lettre de 
félicitations adressée à Pierre Bernard. 

Les actes de Henri II qui viennent d'être passés en revue ne sont pas les 
seules pièces des archives de l'ordre de Grammont qui méritent d'être cen- 
surées et déclarées suspectes. Il y en a d'autres et, notamment, cinq émanées 
de Richard Gœur-de-lion, pour lesquelles je renvoie à un mémoire (^) publié, 
en 1 853 , au tome XX des Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie , 
p. 171-221. 

Je ne puis pas quitter les chartes de Grammont sans rappeler que, le 1 3 no- 
vembre 1259, dans la session de l'Echiquier tenue à Rouen, il fut question 
du prieur de Grammont, qui avait été emprisonné comme coupable de faux : 

Ibidem fuit consuitatio de controversia movenda ex parte domini Lexoviensis contra ar- 
cliiepiscopum , super eo quod priorem de Grandi Monte denegaverat ei, qnem uterque 
dicit sibi, Lexoviensis diocesis'^' subesse, qui pro falsitate incarceratus erat^^'. 

Le pape Alexandre IV a\ait été avisé, par le roi saint Louis, des bruits qui 
couraient sur les frères de l'ordre de Grammont, accusés d'avoir falsifié des 
lettres du roi et de quelques barons du royaume. Alexandre IV, par lettre du 
3 janvier 1 260, chargea Eudes Rigaud de faire une enquête à ce sujet et de 
punir les coupables. L'archevêque, en vertu des pouvoirs qu'il avait reçus, fit 
emprisonner le prieur de Rouen , et si l'évêque de Lisieux intervint dans l'af- 
faire, c'est que, suivant lui, le prisonnier était son justiciable, parce que le 

('^ Le Rév. Eyton, p. /|0-58. viaienl élie placés à la ligne précédente, après 

(*^ Examen de treize chartes de l'ordre de les mots priorem de Grandi Moule. 

Grammont, par L. Delisle. ''! Nolœ Constantienses , dans le Recueil des 

'■'' Il semble que les mots Lexov. dioc. de- historiens , t. XXIII, p. 545. 



GRAMMONT. 301 

prieuré de Grammont, situé à Rouen, faisait partie de l'exemption de Saint- 
Cande, dépendance du diocèse de Lisieux. 

La lettre originale d'Alexandre IV est en original aux Archives nationales (^K 
Alexander, episcopus, servus servorum Dei, venerabili fratri . . . , archiepiscopo Rotho- 
magensi, salutem et apostolicam benedictionem. Cum, sicut ex parte carissimi in Ghristo 
Hlii nostri. . régis Francie iilustris, fuit propositum coram nobis, nonnulli priores et 
fratres Grandimontensis ordinis ipsius régis et aliquorum baronum regni sui Htteras falsa- 
verint, et super hoc sint publiée diffamati, fraternitati tue, per apostolica scripta man- 
damus quatinus, per te vel per alium seu alios, inquisita super hoc dihgentius veritate, 
Hlos priores et fratres, quos super hoc culpabiles inveneris, punias prout de jure fuerint 
punieudi, et denuntians hujusmodi litteras esse nullas, revoces penitus omnes processus, 
si qui sunt habiti per easdem, non obstante aliqua indulgentia generali vel speciali per 
quam posset jurisdictio impediri, et constitutioni de duabus dietis édita in concilio gene- 
rali, contradictores per censuram ecclesiasticam , appellatione postposita, compescendo. 
Datum Anagnie, m nonas januarii, pontificatus nostri anno sexto. 

Ce qui doit nous étonner, c'est que nul ordre religieux n'a peut-être été 
plus favorisé par Henri II que celui des Bons Hommes de Grammont, et les 
écrivains contemporains en ont été frappés. Quelques témoignages méritent 
d'être textuellement rapportés : 

Quid faciunt nunc illi Grandimontani quos ille [Henricus] adeo diligere consuevit et 
venerari? (Jean de Salisbury, ep. 245. Opéra, éd. Giles , t. II, p. i/ic) 

Noster dominus, id est rex Henricus secundus, caritatis intuitu [Grandimontanis] est 
tani profuse munificus ut nusquam egeant actum, et ad hos ostendit avaritia digitum et 
a tactu non tempérât [sic éd.). Nuper etenim providerunt ut habeant in singulis propin- 
([uis civitatibus singulos cives qui sibi vestes et victualia procurent ex acceptis muneribus, 
ipsique raeruerunt omnem a principibus immunitatem . (Gautier Map, De Nugis curia- 
liuin, I, XXVI, éd. Wright, p. 69.) 

(Anno 1170.) Precepit episcopis et comitibus et baronibus qui ei in illa infirmitate 
assidebant, quod, si illani non evasisset infirmitatem, corpus suum déferrent ad sepelien- 
duin apud Grandem Montem. . . Et ipse ostendit eis quandam cartam quam Boni 
Homines de Grandi Monte ei fecerunt de corpore suo sepeliendo in exitu capituli domus 
Grandis Montis. . . Cum autem hoc audissent, vehementer mirati sunt et hoc concedere 
noluerunt, dicentes hoc esse contra dignitatem regni sui. Ipse vero magis ac raagis instabat 
ut hoc fieret. — Gesta Henrici II, t. I, p. 7. 

'•^ Trésor des chartes, Mélange de bulles, n° 22, J. 697. — N° àb']^ de l'édition des Layettes. 



302 l\. ClIVKTlvS FAUSSES Oi; FVLSIKIKKS 

(Anno 1177.) Prece c\ petitione Ronorum Flomimim de (irandi Monto motiis. . . s(a 
luit. . . ne qiiis pro dehito domini res hominis capere presuineret. . . {IbiiL, 1. 1, p. 19/1.) 

(Auno ii()7.) Mathildis Imperalrix obiit . . ., que Grandiniontensibus tune xxx millia 
solidorum, et filius ejus rex totidem jho ipsa dédit. (GeoflVoi de Vigeois, dans Hec. des 
Instar., t. \1I, p. 44i. E.) 

Il .semble qu'un de ces auteurs, Gautier Map, ait eu sous les yeux une de 
ces chartes par lesquelles le roi reconnaissait aux Bons Hommes le droit de se 
faire représenter par un ou deux .serviteurs affranchis de toutes servitudes 
dans chacune des villes ou localités où ils avaient des intérêts à surveiller, des 
rentes à percevoir, des services à attendre. C'est ainsi cpie nous lisons dans la 
charte d'une maison du Maine : Duos homines in eadem civitate videlicet Ceno- 
mani, et unum in Castro Lidi, et iinum apud Maetum ad serviendum domui etfra- 
tribus de Burceio, liheros et quietos in terra et arjaa ab omni servitio et taillia. . . 
Et dans une autre : In castro meo de Argentomo unuin liominem, in caslro meo de 
Falesia, alium hominem, in Castro meo de Cadonio alium, et omnibus parrocliiis 
adjacentibus predictis castris, in unaquaque earum videlicet unum hominem simi- 
liter qui bénéficia et elemosinas que fratribus dicte domui in predictis villis dabun- 
tur, pro omore Dei, recipiant et eis lecjitime defferant. . . N'est-ce pas bien là les 
hommes francs auxquels Gautier Map fait allusion ('^ ■' 

Comment s'explicjuer ([u'un ordre si bien traité par les rois anglo-normands 
ait cru opportun de fabriquer ou d'altérer des chartes ponr mieux s'assurer la 
jouissance de certains privilèges, de certains droits.^* 

Un avocat de l'Ordre ne manquerait pas d'invoquer des circonstances atté- 
nuantes. 11 rappellerait que le fondateur, voulant faire observer dans toute sa 
rigueur le vœu de pauvreté , avait défendu à ses disciples de garder les chartes 
relatives aux biens qui leur auraient été donnés et de s'en servir pour soutenir 
des procès. Conformément à cette prescription, les premiers disciples de saint 
Etienne de Muret auront négligé de garder les chartes de leurs bienfaiteurs. 
C'est quand on eut reconnu les conséquences de cette négligence qu'on aura eu 
l'idée de remplacer par des copies ou des restitutions plus ou moins fidèles les 
chartes perdues ou détériorées. On a vu un peu plus haut que dès le milieu 

'^^ N° 455 de notre Recueil. Voir aussi les chartes, quoiqu'elles ne nous soient pas toutes 
n"' /i2i, 535 et 536. Je crois pouvoir citer ces arrivées sans avoir subi des retouches. 



i 



GRAMMONÏ. — LA TRAPPE. 303 

(lu xiii^ siècle on avait reconnu l'existence de faux commis dans Tintérêt des 
religieux de Tordre de Grammont. Quoi qu'il en soit, il ne devait pas s'agir 
des chartes qui viennent d'être incriminées; c'est plus tard que la fabrication 
ou la restitution et la copie durent en être faites. Peu importe de savoir qui a 
commandé ou exécuté l'opération. Ce qu'il fallait établir, c'est qu'on ne doit se 
servir qu'avec une extrême circonspection des chartes de Henri II qui viennent 
des archives de l'ordre de Grammont. 

10. Abbaye de La Trappe. — L'art des faussaires consistait parfois à calquer 
des actes authentiques, à les copier en caractères ayant jusqu'à un certain 
point une apparence antique , à changer les noms mentionnés dans le modèle , 
et à glisser dans le corps de la pièce une ou plusieurs clauses conformes aux 
intérêts de la partie intéressée , et à reproduire plus ou moins fidèlement les 
formules initiales ou finales de la pièce prise pour modèle. Je puis citer plu- 
sieurs exemples pour lesquels nous possédons à la fois le texte authentique et 
le texte amplifié et interpolé. 

Telle est une charte qui, dans les temps modernes, fut fabriquée pour 
assurer à l'abbaye de La Trappe des droits qu'un malfaiteur crut pouvoir faire 
passer comme fondés sur une concession de Henri II. Le roi avait simplement 
donné aux moines la métairie de Mahéru, avec les franchises et coutumes 
attachées à la possession de ce domaine. A un moment donné, on voulut faire 
croire que la donation comportait la jouissance de droits d'usage forestiers 
très étendus dans la forêt de Mahéru. La charte authentique, mentionnant 
simplement le don de la métairie (^), existe en original aux Archives de l'Orne, 
comme aussi la charte amplifiée, mentionnant avec la métairie la haute justice 
et les droits d'usage. Voici le texte des deux chartes : 

TEXTE PRIMITIF. TEXTE AMPLIFIÉ. 

II., rex Anglorum et dux Normannorum Henricus, rex Anglorum et dnxNorman- 

et Aquitanorum et cornes Andegavorum, noium et Aquitanorum et cornes Andega- 

archiepiscopo Rothomagensi, episcopis, ab- vorum, archiepiscopo Rothoraagensi, epi- 

l)atibus, comitibus, barouibus, justiciis, scopis, abbatibus, comitibus, baronibus, 

vicecomitibus et omnibus ministris et fide- justiciis, ^aZ/ivis, vicecomitibus et omnil)us 

libus suis Normannie, salutem. ministris et fidelibussuis sancte mairis Eccle- 

''^ N'" 25 1 et 262 de notre Kecixeil. 



304 



l\. CHARTES FAllSSKS Oli FALSIFIÉES. 



Sciatis me dédisse et presenti carta con- 
firmasse ahbatie de La Trappa , in perpetuam 
elemosinam, et monachis ibidem Deo ser- 
vientibus, pro sainte mea et Hberorum 
meorum, et pro animabus antecessorum 
meorum , meteeriam meam de Maheru. 



Quare volo et firmiter precipio quod 
predicta abbatia et predicti monachi ean- 
dem meteeriam habeant et teneant, bene et 
in pace, libère et quîete, intègre et plenarie 
et honorifice, cum omnibus iibertatibus et 
liberis consuetudinibus suis, sicut eam te- 
nui in manu mea. 



Testibus : A. episcopo LexoYiensi, F. 



sie Jiliis, presentibus elfuturis, Normannis, 
salutem. 

Quisquis, pro Dei ainore et sue retribiitio- 
nis ftcrnc , aU<ini(l indigentibus administrai in 
presenti secnloruni iempore , sihi procul dubio 
thésaurisât in futuro. Ilac spe ductus, pro 
salute anime mee , antecessorum et hereduin 
et successorum meorum, dedi Deo et abbatie 
Sancte Marie de La Trappa et monachis 
ibidem Deo servientibus, in elemosinam 
perpetuam, liberam penitus et quietani ab 
omnibus rébus ad nos et heredes et successores 
nostros perlinentibus , meiteriam meam de 
Maheru, m dominio, in hominibus, in red- 
ditibus, in terris cultis et incultis, in pra- 
tis, in nemoribus sceduis et non sceduis, in 
molendinis, in columbariis , injusticiis et in 
omnibus aliis rébus ad eandem pertinentibus , 
nichil michi et heredibus et successoribus meis 
in eadem retinens, prêter nostram justiciani. 
Quare voio et presenti carta confirmo eis- 
dem monachis quod ipsi eorumdentqae 
homines firmarii, medietarii et pensionarii [in] 
maneiro et grangia de Maheru manentes et 
receantes , sint liberi, quieti, immunes et 
exempti ab omnibus subsidiis, terreno servi- 
tio, peagio , fouagio, traverso et seculari 
consuetudine , vel tallia vel relevatione vel 
gardis vel fossatis vel muragiis vel curagio, 
seu quibuslibet aliis terrenorum servitiorum 
exactionibus , et etiam ab omni justifia secu- 
lari et laica. Preterea dedi eisdem monachis 
in foresta ejusdem de Maheru, ad carrucas 
dicte domus faciendas et reparandas , per 
manus foresiarii , Iresfagos annuatim tiaden- 
dos, et in eadem foresta pasnagium porcis 
durante ipso, folium, herbagium, fougerium 
et pasturam animalibus omnibus dicte domus , 
et clausuram ad prata et terras dicte domus. 
liée omnia fideliter tenenda super quatuor 
evangelia juravimas , et presenti scripto et si- 
gilli mei eisdem monachis testimonio conjir- 
mavimus. Testibus; archiepiscopo Pwthoma- 



LA TRAPPE. 305 

episcopo Sagieosi, Roberto filio comilis gensi, A. episcopo Lexoviensi, F. episcopo 

Legrecestrie , Ricardo de Huraetis consta- Sagiensi, Ricai'do de Humetis constabula- 

bulario,Gaufrido de Briwecuria, Gilleberto rio, Gaiifrido de Bono Moulin et Herberto 

fratre suo, HerJ)erto de Sancta Scolastica. de Sancta Scolaslica. 

Apud Argentomuni. Apud xVrgentomum. 

Le texte primitif est imprimé ci-dessus d'après l'original des Archives de 
l'Orne. Le prétendu original de l'acte interpolé se trouve dans le même dépôt ; 
mais les réactifs à l'aide desquels on a voulu raviver l'écriture l'ont rendu à 
peu près indéchilTraRle ; j'en ai donné le texte d'après une copie de Léchaudé 
d'Anisy, qui dit l'avoir pris sur une transcription de Robert Loren de Bois 
d'Ardeine, sénéchal de l'abbaye de La Trappe. J'ai fait imprimer en caractères 
italiques tout ce qui a été substitué ou ajouté au texte primitif. 

La charte amplifiée ne peut pas supporter le moindre examen; elle est écrite 
en caractères gothiques qui ne sont d'aucune époque, et qui trahissent les 
efforts d'un scribe tout à fait maladroit et ignorant. Les deux chartes sont 
datées d'Argentan, en présence de quatre témoins qui sont les mêmes dans 
Tune et dans l'autre : Arnoul, évèque de Lisieux; Froger, évéque de Séez; 
Richard du Hommet, connétable, et Herbert de Sainte-Scolasse. Il n'est pas 
admissible que quatre témoins, assez étrangers les uns aux autres, et dont 
l'un, Herbert de Sainte-Scolasse, fré(juentait rarement la cour du roi, se 
soient rencontrés à deux reprises dans une même localité. Les deux chartes 
se présentent en effet comme expédiées dans les mêmes circonstances, et 
cependant ce n'est pas en même temps que le roi a simplement donné la mé- 
tairie et ajouté au don de la métairie l'abandon des droits de haute justice et 
la jouissance de droits d'usage. 

Ce n'est pas tout. Les libertés, les franchises et les droits d'usage sont 
énoncés avec un détail et dans des termes qu'on ne trouve jamais dans les 
chartes de Henri IL 

Enfin, jamais Henri II n'a déclaré qu'il prêtait sur les quatre évangiles le 
serment d'observer fidèlement le contenu d'une charte accordée à une abbaye. 

Ajoutons encore un mot sur la clause relative à la délivrance de trois hêtres 
pour faire et réparer les charrues des hommes de Mahéru, clause qui se 
retrouve dans une charte de saint Louis accordée aux moines de La Trappe : 
« Et in foresta de Maheru ad carrucas faciendas et reparandas dicte grangie de 

CHARTES ET DIPLOMES. IV. '^Q 

IIII'niUriMC HATIOMIE. 



300 I\. CIUKTKS FAISSES 011 FAJ.SIFIKKS. 

Malieru Iros fagos, por nianus forestarii nostri annuatini Iradeiulas, et clau- 
suras ad prata et terras dicte grangieO. » Or cette charte de saint Louis porte 
une fausse date, et, dès l'année 1890, époque à lacjuelle je ne connaissais pas 
encore la charte de Henri II , j'y ai relevé ('-) une foule d'anomalies. Les deux 
pièces, celle de Henri II et celle de saint Louis, sont sorties de la même offi- 
cine et doivent être rejetées toutes les deux sans la moindre hésitation. 

M. Kound (n" 692), qui a vu la pièce, l'a prise pour une copie ancienne, 
sur laquelle il a porté ce jugement : « Clearly spurious in this form. » Il est 
évident qu'on a voulu la faire passer pour un original, comme fattestent les 
débris de sceau qui y sont attachés. 

II. Le Plessis-GrimouU, prieuré. — Une confirmation générale des biens 
et des franchises du prieuré du Plessis-Grimoult(^) nous est parvenue sous deux 
formes. Elle est insérée dans le volumineux Cartulaire de ce prieuré conservé 
aux Archives du Calvados, et l'exemplaire original fait partie du lot de pièces 
que l'abbé de La Rue piit choisir dans le même dépôt , il y a près d'un siècle , 
et qui, vers l'année i835, fut acheté et porté en Angleterre par Thomas 
Stapleton. J'ai fait copier ces chartes par M. Maitre, archiviste de la Loire- 
Inférieure, en 1881, alors qu'elles étaient au château de Carlton, chez lord 
Beaumont. 

Le texte du Cartulaire est identique avec celui de l'exemplaire original; il 
n'y a de différences que pour plusieurs noms d'hommes et de lieux. 

La charte a été faite à York et souscrite par le chancelier Thomas Becket. 
Elle a donc été expédiée pendant l'un des deux premiers séjours du roi et de 
son chancelier en Angleterre, soit pendant l'année 11 55, soit pendant les 
quinze mois qui s'écoulèrent entre le mois d'avril 1 j 5 7 et le mois d'août 
ii58W. 

La teneur de la charte, telle que je la connais, ne me permet pas de la 
considérer comme authentique. Il m'en coûte de porter ce jugement sur une 

<"' Cartul. de La Trappe, Tp. Goo. — Cette '^' Bibliothèque de l'Ecole des chartes, 1890, 

charte n'est pas dans le manuscrit du Cartu- t. LI, p. SyS. 
laire de La Trappe, conservé à la Bibliothèque '^' N° 58 de notre Recueil, 

nationale; le texte en a été ajouté dans l'édi- '*' J'accepte les dates fournies par Yltiné- 

tion d'après une copie moderne. raire du Rév. Eyton, p. 2-/io. 



LA TRAPPE. 307 

pièce dont je n'ai pas vu l'original et dont, par conséquent, je ne saurais 
apprécier les caractères de l'écriture; mais le texte présente des anomalies 
telles que j'hésite à en faire remonter la rédaction au temps de Henri II. En 
tout cas, elle n'est pas sortie de la chancellerie, et j'ai peine à y reconnaître le 
style des chartes anglo-normandes du milieu du xii^ siècle. 

On ne saurait en lire les quatre premiers mots, Ego Henricus Dei (jratia 
rex. . ., sans être choqué par une double anomalie. Du temps du chancelier 
Thomas Becket, Henri II n'était pas qualifié de roi par la grâce de Dieu, et il 
n'avait guère l'habitude de faire précéder son nom du pronom Ego (^) , ni de 
déclarer qu'il obéissait aux avertissements divins et qu'il tenait compte des 
recommandations de gens d'église : divine caritaiis instinctu commonitus , reli- 
giosarum etiam personarum intercessione rogatns. 

Sur la fin de la charte, il termine une phrase en parlant au singulier : tan- 
qiiam elemosina me a propria, et il commence immédiatement la phrase suivante 
en employant la forme plurielle : Si quis autem îianc libertatis nostre diffinitio- 
nem minuere vel in aliqiio tcmerare presumpserit , et il termine cette seconde 
phrase par une double menace, une amende exorbitante et le jugement der- 
nier : In presenti principali fisco centum libras argenti persolvet, et in futuro divi- 
num jadicium non cvadet. 

Le diplomatiste qui aura la faculté d'examiner l'exemplaire original de la 
charte pourra reviser le procès, si j'ai péché par excès de sévérité. Il m'était 
d'ailleurs assez difficile d'apprécier avec indulgence les pièces du chartrier du 
Plessis. Je connaissais en effet les transformations frauduleuses qu'avait subies 
une de ces pièces, la charte relative à la donation de l'église d'Ivrande faite à 
cette maison par le roi Henri II. 

Cette charte se présente sous trois formes dans le Cartulaire, aux n°* 8 4 9, 
85 et 853. Le texte primitif, auquel je n'ai aucune critique à adresser, est 
celui du n° 8-49^^^- Voici dans quels termes le roi définit les droits forestiers 
du prieuré, et indique le mode de payement d'une rente annuelle de 1 00 livres 
assignée sur la prévôté de Bayeux : 

Et in foresta mea de Landa Putrida , mortuum l)oscum ad ignem eorum et ad edifficia 
ejusdem loci, et pasnagium quietum porcis eorum. 

^'' Il y a cependant des exmeples de cet emploi du pronom Ego. — '^^ N° 261 de notre Recueil. 

39. 



308 



1\. CIIAKTKS FVISSKS Ol IWI.SIFiKKS. 



Et centum lihras andegavensium in proposilura Baiocensi ''^ et si alicjuo tcmpore alla 
nioneta cucurioiit iii civilatc illa, ceiilum lihras illins nioiu'to similiter pcrcipiant aiinua- 
tim. Volo aulem, et sic constituo, ut unoquoque sabhato redclat prepositus avenanlum de 
illis centum lihris per nianum servientis canonicorum; et si uno sabhato minus fuerit, 
allero sabbato suppléât nr, ita ut, habila ralione per sabbata, infra annum centum libre eis 
persolvautnr. 

Je fais simplement observer, en passant, que, dans les donations ou les 
conlirnialions de rentes assises sur les domaines ducaux, Henri II n'a point 
riialMlude de prévoirie changement de monnaie, ni de prescrire un payement 
hebdomadaire; mais je ne tire pas argument de cette double particularité, et 
j'accepte le texte de la charte tel que nous l'offre le n" 8/19 du Cartulaire. 

La charte 85o du même Cartulaire (^^ contient la même date de lieu et les 
mêmes noms de témoins que la charte 8/19 , et j'ai cru pouvoir les classer l'une 
et l'autre dans la catégorie des chartes expédiées entre 1 1 65 et 1 1 72—8 ^^^ Le 
lexte du n" 85o ne diffère guère du n° 849- H } a cependant dès la première 
ligne une variante assez significative : le texte du n° 8/19 commence par les 
mots Henricus rex Amjlorum, et celui du n° 85o par Henricus Dei gratia rex 
Anylorum. L'addition des mots Dei gratia pourrait être imputée à l'étourderie 
d'un copiste ; mais l'interpolation d'une phrase , dont l'équivalent n'existe pas 
dans la première charte , dénote bien une intention frauduleuse : 

Do etiam eis et confirmo in perpetuam elemosinam vivarium de Pomeria quod feci, et 
concède ut faciant molendinum extra fossata sua, et ut habeant aque conductum liberum 
ad illud molendinum per terram meam. 

L'interpolation est antérieure au mois de janvier i3/i/| (n. st.), date à 



''^ Voici comment le compte de l'année 1 1 80 
mentionne le payement de cette rente affectée à 
l'entretien des chanoines résidant à « L Ivrande 
en Lande Porrie», comme s'exprime Wace : 
«Priori de PIai.>sitio, ad victum et vestitum 
septem canonicorum de Iveranda , c lihras de 
elemosina statuta. » Rotuli Scaccarii ^ormaii- 
niœ , t. I, p. 7. 

'*' N" 262 de notre Recueil. Je n'ai pas cru 
pouvoir séparer le n° 262 du n" 261. La date 



du n" 262 est ainsi conçue : «Teslihus : R. Ro- 
thom. archiep. , A. Lexov. , H. Baioc. , F. Sag. , 
E. Ehroic. , eplscopis, Rie. de llum. constab. , 
Jord. ïaissun , Rie. Filio comitis , Will. de Curci , 
Archemhaldo costab. Tenerchebraii. Apud Ar- 
gentomum. » Dans la liste des témoins du n° 26 1 
(c'est-à-dire S/jg du Cartulaire) les noms des 
évéques d'Avranches et de Rennes sont omis. 
'^' Le Rév. Eyton (p. 1 18] a proposé la date 
de 1 169, et Round (n" 55o)la date 1 167-1 175. 



LA TRAPPE. — LE PLESSIS. 309 

laquelle le texte interpolé a été vidimé à la chancellerie de Philippe de Va- 
lois W. 

D'ailleurs, les termes mêmes du vidimus préviennent naïvement des cir- 
constances dans lesquelles s'était produite la nécessité d'obtenir sous forme de 
vidimus le remplacement de l'original qui avait été détruit, au moins en par- 
tie , par un incendie : 

Pour ce que nous avons entendu que notoire chose est au pais que ladicte priourté et 
les maisons d'ycelles furent, dès pieça, arses, pourquoy presumpçion véhémente est que 
les chartes originaulz des copies ou vidimus dessus Iranscrips furent arses et destruitz du 
dit feu. 

Une troisième édition de la charte relative à la donation de l'église 
d'Ivrande ('^) est insérée dans le Cartulaire sous le n° 853. Le corps de l'acte est 
identique à celui du n° 85o, sauf l'addition qui va être signalée. Dans les 
n"* 8^9 et 85o, la charte est datée d'Argentan; dans le n" 853, elle est datée 
de Bur. La liste des témoins est tout à fait différente. D'après cette liste, les 
deux premières chartes doivent être rattachées à la période comprise entre 
1 i65 et 1172. Les témoins de la troisième nous conduisent à une époque 
notablement postérieure, à l'année 1 1 8 1 ou 1 1 82. C'est donc, à vrai dire, une 
charte nouvelle, une « innovation de charte », comme on disait à la chancellerie 
de Richard Cœur-de-lion, quand on voulut obliger les détenteurs de chartes 
expédiées au commencement du règne à s'en faire délivrer de nouveaux exem- 
plaires munis du nouveau sceau^ royal, après la rentrée du roi dans ses états. 

La nouvelle chai'te se distingue des deux précédentes par l'emploi de la 
forme du pluriel au lieu de la forme du singulier dans les expressions : in 
forcsta NOSTRA de Landa Putrida, exceptis deffensis nostris, au lieu de inforesta 
MEA, etc., mais ce qui est beaucoup plus grave, c'est l'intercalation faite au 
milieu de la clause relative au payement hebdomadaire de la rente à toucher 
sur la prévôté de Baveux; cette intercalation donnait une grande extension 

'') Le vidimus est copié dans le Carlulaire Mathan) avait copié ce vidimus, d'après la 

du Plessis, charte 85 1 ainsi qu'au Trésor des pièce 220 du Dépôt du grefle de la Chambre 

chartes, registre LXXII, n° ,42 2. — Dom Le des comptes. Je cite le vidimus d'après la copie 

Noir (dans le vol. XIX de sa collection, p. 19; de dom Le Noir. 
au château de Semilli, chez le marquis de '*' N° 432 de notre Recueil. 



310 l\. CHARTES FMSSKS 01] FALSIFIEES. 

aux droits forestiers du prieuré. Dans les cliartes n°* S/ig et 85o, il n'était 
(juestion (|ue de la forêt de Lande-Pourrie; la troisième édition de la charte, 
le n" 853, englobe dans les libéralités faites aux chanoines d'importants droits 
d'usage dans toutes les forêts ducales du Passais : 

Et in foresta uostra de Landa Putrida et de Tenerchebray morluum boscuin ad igncm 
illoruni, et ad edilficia ejusdem loci, et pasnagium porcis eorum in foresta nostra de 
Landa Putrida et de Tenercheliray , et in aliis forestis nostris de Passeys, scilicctin Andeine 
et in silva Drua, exceptis defensis nostris. 

De plus , au milieu de la clause relative au payement de la rente assignée 
sur la prévôté de Baveux, on a maladroitement inséré entre les mots : similiier 
pcrcipiant annuafim et Volo autem et constituo, toute une phrase relative à la 
concession de quatre églises, qui ne figurent en aucune façon dans les deux 
premières éditions de la charte : 

Dedi eis preterea ecclesiam de Camba, et ecclesiam Sancti démentis juxta vada Vire, et 
ecclesiam de Morta [sic] Ger et ecclesiam de Bueys, cum omnibus pertinentiis earumdem 
ecclesiarum. 

Le nom des deux premières de ces quatre églises a été fourni à l'interpola- 
teur par une charte de Henri II, dont je ne connais pas le texte, mais dont la 
substance , y compris la liste des témoins , est textuellement passée dans une 
confirmation de Henri, évêque de Bayeux. La confirmation de l'évêque est 
copiée dans le tome III du Cartulaire du Plessis, sous le n° i383. Voici les 
noms des témoins de la confirmation de l'évêcjue , qui n'est peut-être pas au- 
thentique : 

Testibus : Gaufrido filio dicti régis, magistro Waltero de Constantiis Oxoniensi archi- 
diacono, Radulfo archidiacono Herefordensi, Wiilelmo de Humeto constabulario, 
Willelmo Filio Radulfi senescalio Normannie, fratre Rogero elemosinario, Hugone de 
Morwic dapifero, Hugone Bardulfo et pluribus aliis. 

12. Abbaye de Lonlai. — H y a lieu de suspecter la charte confirmative des 
biens de Lonlai (^), telle que Du Monstier fa publiée. Ce texte, le seul que 

''' N" 54 1 de notre Recueil. 



LE PLESSIS. — LONLAI. 311 

j'en connais ('), se trouvait sous la forme d'un inspeximus du i i avril \I121, 
au folio 43 d'un grand registre, aujourd'hui perdu, que cite souvent Du 
Monstier, comme se trouvant entre les mains de Vyon d'Hérouval et qui devait 
renfermer beaucoup d'actes de la chancellerie de Henri V. 

Les motifs qui me décident à rejeter cette pièce sont nombreux : 

\° Le roi y prend un titre tout à fait étranger aux règles du protocole : il 
s'y qualifie de comte du Maine et de la Touraine ('^) ; 

a** Dans l'adresse, qui se termine par la formule insolite : «et omnibus 
aliis ad quos praesens scriptum pervenerit », les justiciers sont placés après les 
vicomtes et non pas avant (^^ ; 

3** La rédaction est verbeuse et entre dans des détails contraires aux habi- 
tudes des notaires de Henri II : raisons que le roi a de se considérer comme 
le fondateur de l'abbaye; indication de l'emplacement de cette abbaye [monas- 
terium Longiledi^'^^ prope cas tram meum et villam Dompni Frontis in Passeyo)-^ 
mention de la banalité des moulins de Gondé [molendina de Condeto, construcia 
et construenda , cumjure hannalis l\e\mjœ moleiidinanœ delationis) ; menaces contre 
ceux qui ne respecteraient pas les droits de l'abbaye. Ce dernier point est 
surtout à prendre en considération [si recjiœ majestatis ojfensam effayere, per 
severiialem disciplinœ, voluerit in prœsenti, et in fuluro Dei [et] genitricis suœ di- 
slrictam ultioneni Jonnidaveril, cum Datlian et Abiron et Juda, Christi traditorc, 
ijjne gehennali perpétua craciandus). 

Le faussaire a du avoir sous les yeux, comme modèle, un acte des dix 
dernières années du règne, où figurent comme témoins le sénéchal de Nor- 
mandie Guillaume Fils de Raoul, et le connétable Guillaume du Hommet^-'l 
En tète de la liste, il a mis les mots Testibus ad hœc, et non pas tout simple- 

"' Neastriapia, p. 426. Cette charte a été nous lisons : «monachos de Lonlaio», et « ab- 

cllée par le Rév. Eyton, p. 290, qui l'attribue batiade Lonlaio». 

à l'année 1 188. ^^'' Voici la liste des témoins telle que nous 

'*' «Henricus, Dei gratia rex Angliae, dux la donne l'édition, avec beaucoup d'incorrec- 

\orman. et Aquitaniae, conaes Andegaviae tions : «Testibus ad haec, Guillelnio de Hom- 

Cœnoman. et Turoniae. » met conestabulario , Willelmo Filio Radulphl 

'•^) «Baillivis, vicecomitibus , justitiariis, ml- seneschallo Normannlae, Willelmo de Saliars, 

nlslris et omnibus aliis. » Radulpho de Domo, NigcUo de Moritonio, 

(*' Dans trois autres chartes de Henri U , Remigio Tailliatoris. » 



312 



IX. CHARTES FAUSSES 01) FALSIFIEES. 



ment Teslihus. Il a fait précéder la date du lieu du mot Datum, ce qui est 
contraire au style habituel. 

Deux chartes de la même abbaye ('), connues seulement par des copies mo- 
dernes, représentent peut-être des actes authentiques, mais, s'il en est ainsi, 
les copies qui ont passé sous mes yeux ont subi des altérations. Il ne me 
semble pas possible d admettre que, dans des actes authentiques, on ait 
ajouté aux titres ordinaires de Henri II la qualification de comte de Mortain et 
celle de comte du Maine et de Touraine. 



13. Le duché (Je Normandie. — L'auteur d'une singulière falsification, dont 
je ne puis détemiiner ni la date ni le motif, s'est proposé d'appliquer à la 
Normandie la charte des libertés de l'Angleterre que Henri III avait promul- 
guée à Westminster le i i février 1227. La pièce falsifiée a pris place à la 
Chambre des comptes dans le registre des Mémoriaux connu sous le titre de 
Livre de Saint-Just ('^). 

Le faux, malgré son invraisemblance, a été accepté par quelques écrivains. 
Brussel(^) a publié, en 1727, sans aucune observation, la charte dont il s'agit, 
et il l'a intitulée : « Lettres patentes en forme de charte de Henri II, roi d'An- 
gleterre et duc de Normandie , en faveur du clergé , des nobles et de tous les 
habitants de la Normandie » ; il ne dit pas à quelle source il l'a puisée. Bre- 
quigny('*\ en 1788, l'a enregistrée purement et simplement parmi les actes 
de l'année 1 1 55. Elle a été mise à contribution par les continuateurs du Glos- 
saire de Du Cange(^), et l'un d'eux, D. Carpentier (•■'), qui a recouru au Livre 
de Saint-Just, en a suspecté la sincérité et l'a rapprochée de la charte des 
libertés de l'Angleterre. 

Pour être convaincu de la supercherie, dont je ne soupçonne pas l'origine. 



<•' N" 23 1 et 186 de notre Recueil. 

**^ Cette pièce est indiquée par ces mots 
dans la table qu'a publiée Marnier [Mém. de la 
Société des antiquaires de Normandie, -x' série, 
t. VIII, Impartie, p.ii) ;« Ordonnance d'Henry, 
roi d'Angleterre , concernant les libertés de la 
Normandie, n° 28, fol. 26.» 

^'' Nouvel examen de l'usage des fief s , t. II, 
appendice, p. i-vi. 



'*' Tahle chronologique , t. III, p. 286. 

'^^ Aux mots Bidehis (article indûment rec- 
tifié du mot Kidelus) , Haabergettns, el Russetum 
( 1. 1 , p. 676 , t. m , p. 635, et t. V, p. 83o). 

*°' « Hanc eamdem libertatum Anglie char- 
tam mire depravatam ex Reg. Sancti Justi, 
fol. 35 v°, col. 1 , profert Brussel ... : qui codex 
quem perlegi, nihil tamen diflert a verbis edi- 
tis in Glossario. . . » 



LONLAI. — NORMANDIE. 



313 



il suffit de jeter les yeux sur l'extrait qui suit, pour voir que la prétendue 
charte normande a été servilement et assez incorrectement copiée sur la charte 
anglaise. On a bien, à quelques endroits, pratiqué des coupures et on a, 
d'ailleurs, assez maladroitement substitué les mots omnibus de Normannia aux 
mots omnibus de regno nostro; — in ducatu Normannie à in regno nostro; — et 
Normannie Ecclesia à Ânglicana Ecclesia. Mais on a maintenu des clauses qui 
ne peuvent convenir qu'à l'Angleterre. Il n'y a pas une seule expression qui 
convienne à la Normandie, et le faussaire n'a pas même pris le soin de suppri- 
mer les clauses qui concernent les libertés de la cité de Londres, les pêcheries 
de la Tamise et les privilèges des barons des Cinq ports. 

Dans l'extrait qui suit, j'ai reproduit le texte, publié par Brussel, de la 
charte normande, et j'ai mis en regard le texte de la charte de Henri III, tel 
qu'on peut le lire sur l'exemplaire original des archives de la cathédrale de 
Durham('). 



CHARTE NORMANDE. 

Henricus, Dei gratia rex Anglie, etc., 
archiepiscopis , episcopis , abbatibus , comiti- 
bus, baronibns et omnibus fidelibus suis 
présentera cartam inspecturis, salutem. 



Sciatis quod nos, intuitu Dei et pro sa- 
lute anime nostre et animarum antecesso- 
rum nostrorum, ad exaltationem sancte 
Ecclesie et emendationem regni mei, spon- 
tanea et bona voluntate nostra, dedimus et 
concessimus archiepiscopis, episcopis, ab- 
batibus, comitibus, baronibus et omnibus 
de Normannia has libertates scriptas, in 
ducatu Normannie in perpetuura tenendas. 

In primis concessimus Deo et hac pre- 
senti carta confirmamus , pro nobis et he- 
redibus nostris, in perpetuum, quod Nor- 



CHARTE ANGLAISE. 

Henricus, Dei gratia rex Anglie, dominus 
Hybernie, dux Normannie, Aquitanie et 
cornes Andegavie , archiepiscopis , episcopis, 
abbatiljus , prioribus , comitibus , baroni- 
bus, vicecomitibus, prepositis, ministris 
et omnibus ballivis et fidelibus suis pre- 
sentem cartam inspecturis, salutem. 

Sciatis quod nos, intuitu Dei et pro sa- 
inte anime nostre et animarum antecesso- 
rum et successorum nostrorum , ad exalta- 
tionem sancte Ecclesie et emendationem 
regni nostri, spontanea et ])ona voluntate 
nostra, dedimus et concessimus archiepisco- 
pis, episcopis, abbatitus, prioribus, comiti- 
bus , baronibus et omnibus de regno nostro , 
has libertates subscriptas, tenendas in regno 
nostro Anglie in perpetuum. 

In primis concessimus Deo et hac pre- 
senti carta nostra confirmavimus, pro nobis 
et heredibus nostris in perpetuum, quod 



''^ Fac-similé gravé dans Appendijc to Re- 
ports froin the comihissioners . . . rcspectin(j tke 

CHARTES ET DIPLOMES. IV. 



Public records of the Kingdom, 1819, in- fol. 
pi. V. 



^o 

lUrniMERIE NATIONALE. 



314 



1\. CllAUTlvS FAISSKS Ol IVM.SlIlKlvS. 



mannie Ecclesia libéra sit et haheat jura 
sua intégra, libertiites suas intégras et ille 
sas. 

Concessimus et dedimus omnibus libe 
ris hominibus Normannie in perpetuuni 
omnes has libertates subscriptas, habendas 
et tenendas eis et heredibus suis, de nobis 
et heredibus nostris. 

Si quis cornes vel baro, seu alius tena- 
mentum tenons de nobis in capite per ser- 
\icium militare, mortuus fuerit, et, cuui 
decesserit, hères ejus plene etatis fuerit, 
et relevium del)eat, habeat hereditatem 
suam per releviuiu antiquuin, et alii simi- 
liter, per antiquam consuetudinem feodo- 
rum. 



Si autem hères ahcujus tahum fuerit 
infra etatem, dominus ejus non hal)eat 
custodiam ejus nec terre sue antequam ho- 
magium suum ceperit; et postquam talis 
hères fuerit in custodia, cum ad etatem 
pervenerit, sciUcet xxi annorum, habeat 
hereditatem suam sine relevio et sine fine, 
ita tamen, quod, si ipse, dum infra eta- 
tem fuerit, fiât miles, nichilominus terra 
remaneat in custodia dominorum suorum 
usque ad terminum predictuiii. 



anglicana Ecclesia libéra sit et habeat 
onmia jura sua intégra et libertates suas 
illesas. 

Concessimus etiam omnibus libcris ho- 
minibus regni nostri, pro no])is et heredi- 
bus nostris in perpetuum, omnes libertates 
subscriptas, habendas et tenendas eis et 
heredi bus suis , de nobis et heredibus nostris. 

Si quis comitum vel baronum nostro- 
rum sive aliorum tencncium de nobis in 
capite per servicium militare, mortuus 
fuerit, et, cum decesserit, hères ejus piene 
etatis fuerit, et relevium debeat, habeat 
hereditatem suam per antiquum relevium, 
scilicet hères vel heredes comitis, de baronia 
comitis intégra per centum libras; hères 
vel heredes baronis , de baronia intégra per 
centum libras; hères vel heredes militis de 
feodo militis integro per centum solidos ad 
plus, et qui minus debuerit, minus det 
secundum antiquam consuetudinem feo- 
dorum. 

Si autem hères alicujus talium fuerit in- 
fra etatem, dominus ejus non habeat cus- 
todiam ejus nec terre sue antequam homa- 
gium ejus ceperit, et postquam talis hères 
fuerit in custodia, cum ad etatem perve- 
nerit, scilicet viginli et unius anni, habeat 
hereditatem suam sine relevio et sine fine, 
ita tamen quod, si ipse, dum infra etatem 
fuerit fiât miles, nichilominus terra rema- 
neat in custodia dominorum suorum usque 
ad terminum predictum. 



Civitas Londonensis habeat omnes anti- 
quas libertates et libéras consuetudines 
suas. 

Preterea volumus et concedimus quod 
omnes allé civitates, burgi et ville et ba- 
rones de Quinque portibus hal)eant liber- 
tates et libéras consuetudines suas. 



Civitas Londoniensis habeat omnes an- 
tiquas libertates et libéras consuetudines 
suas. 

Preterea volumus et concedimus quod 
omnes alie civitates et burgi et ville et ba- 
ronesde Quinque portul)us et omnes portus 
habeant omnes libertates et libéras consue- 
tudines suas. 



NORMANDIE. 



315 



Omnes bideli [sic] de cetero deponantur 
per Tamesiam et Medeweiam et per totam 
Angliam , nisi per costeriam maris. 

Brève quod vocatur Principis^^^ de ce- 
tero non fiât alicui de aliquo tenemento, 
unde liber homo perdat curiam suam. 

Una mensura vini sit per totum regnum 
nostrum, et una mensura cervesie, et una 
mensura bladi, scilicet quarterius Londo- 
uensis, et una latitudo pannorum cuncto- 
rum, et ruisetorum et haubergionum , sci- 
licet duo ulue infra listas. 



Omnes kidelii de cetero deponantur pe- 
nitus per Tamisiam et Mideweiam et per 
totam Angliam nisi per costeram maris. 

Brève quod vocatur Pvecipe de cetero 
non fiât alicui de aliquo tenemento, unde 
liber liomo perdat curiam suam. 

Una mensura vini sit per totum regnum 
meum, et una mensura cervisie, et una 
mensura bladi, scilicet quarterium Lon- 
doniense, et una latitudo pannorum tinc- 
torum et russettorum et haubergettorum , 
scilicet due ulne infra listas. 



Nec aliquis vicecomes vel baillivus suus 
faciat turnum suum per hundred nisi bis 
in an no, et non nisi in loco debito con- 
sueto. 



Nec aliquis vicecomes vel ballivus faciat 
turnum suum per hundredum nisi bis in 
anno, et non nisi in loco debito et consueto. 



Omnes autem istas consuetudines et li- 
bertates quas concessimus in regno nostro 
tenendas, quantum ad nos pertinet, erga 
nostros omnes de regno nostro, tamclerici 
quam laici, observent, quantum ad se per- 
tinet, erga suos. 

[Cette clause est omise clans le texte qu'a 
publié Brassel.) 



Concessimus et eisdem , pro nobis et liere- 
dibus nostris, quod nec nos nec heredes nos- 
tri aliquid proquiremus [sic] per quod li- 
bertates iste infringantur vel infirmentur. Et 



Omnes autem istas consuetudines pre- 
dictas et libertates quas concessimus in 
regno nostro tenendas, quantum ad nos 
pertinet, erga nostros omnes de regno 
nostro, tam clerici quam laici observent, 
quantum ad se pertinet, erga suos. 

Pro bac autem concessione et donatione 
libertatuni istaium et aliarum libertatum 
contentarum in carta nostra de libertatibus 
foreste, archiepiscopi , episcopi, abbates, 
priorcs, comités, ])arones, comités, mi- 
lites, libère tenentes et omnes de regno 
nostro dederunt nobis quintam decimam 
partem omnium mobilium suorum. 

Concessimus etiam eisdem , pro nobis et 
beredibus nostris , quod nec nos nec heredes 
uostri aliquid perquiremus per quod liber- 
tates in bac carta contente infringantur vel 



<'^ Ainsi porte l'édition de Brussel, qui, croyant que c'était une leçon fautive, a mis 
marge : «11 y a Principe n. 



Ao, 



316 IX. ClIAllTIvS FAUSSES OU KAI.SlblKlvS. 

si ah aliquo aliquid contra hec proquisilum infirnientur. Et si ab aliquo aliquid conlra 
fuerit, uihii valeal et pro nulio habeatur. lioc perquisitum fuerit nichil valeat et pro 

nullo habeatur. 

Mis testihus : domino S. Cantuariensi 

archiepiscopo , E. Londoniensi 



Datum apud VVeslnionasteriuni, undeciino 
die februarii, anno regni nostri nono. 



14. Abbaye de Saint-Evroul. — Deux chartes de i'abbaye de Saint-Évroul 
me semblent, sinon absolument fausses , du moins entachées de très graves 
altérations. 

La première (*) est une confirmation de différents biens du monastère en 
commençant par des biens situés à Moulins et à Bons Moulins. Les Archives 
de l'Orne en possèdent l'exemplaire original, ou du moins un exemplaire an- 
cien , auquel est encore attaché un débris de sceau ; mais ce débris paraît bien 
avoir été frauduleusement attaché. L'écriture de la pièce ne présente pas les 
caractères habituellement employés par les clercs de la chancellerie royale. 
Sur le prétendu original de nombreux passages ont été outrageusement pas- 
sés à la noix de galle, procédé qui ne s'imposait pas absolument pour en 
faciliter la lecture et cpii a eu pour résultat de la rendre aujourd'hui im- 
possible. Léchaudé d'Anisy, probablement d'après une copie de l'année 
1686, l'a compris, dans son recueil, conservé à la Bibhothèque nationale (^), 
et dans celui qu'il a fait pour l'ancienne Commission des Archives de la 
Grande-Bretagne (^). De plus, le texte en a été inséré vers la fin du xiii^ siècle 
dans le Cartulaire de Saint-Evroul (^). 

A la première ligne, dans les titres de Henri U, les mots diix Normannie 
sont écrits en toutes lettres, tandis que la forme habituelle des actes origi- 
naux est dux Normannorum ou par abrégé duxNorm., mais, si on peut ne pas 
faire état de cette anomahe, on ne saurait pousser l'indulgence jusqu'à 
admettre le titre de Sénéchal de Normandie, donné à Richard du Hommet: 
Ricardo de Humciis, senescallo Normannie : ce grand seigneur n'a jamais été 

^'J N" 347 de notre Recueil; charte datée de ^'^ Cité par le Rév. Eyton (p. 22 , n° 1 ) , et 

Caen, entre les années 1 178 et 1178. par Round (n°' 638 et 639). 

(') Ms. latin 10075, fol. i4. '*^ T. I,foL i/i. n° 21. 



SAINT-ÉVROUL. — SAINT-JULIEN DE TOURS. 317 

que connétable de Normandie, charge de premier ordre, qu'il remplissait 
même avant l'avènement de Henri II et qu'il a conservée jusqu'à sa retraite en 
1178 dans l'abbaye d'Aunai. 

La fraude est d'autant plus évidente que la même qualification a été don- 
née à Richard du Hommet dans une autre charte de l'abbaye de Saint-Évroul 
accordée par le roi à la demande de Robert Giroie : « Ricardo de Humez , tune 
temporis senescallo meo Normannie. » Cette charte, datée de Séez(*), est con- 
nue par la copie qui est contenue dans le Cartulaire de Saint-Evroul, t. I, 
fol. 23, n** 22. 

Il faut donc tenir pour très suspectes les deux chartes dont il s'agit. 

La mention de Godard de Vaux, qui est dans la première, avait fait croire 
au Rév. Eyton et à Round que toutes les deux étaient du commencement du 
règne de Henri H, 1 1 56 ou i 1 ôy. L'analyse du Rév. Eyton, qui rapporte la 
seconde charte à f abbaye de Saint-Etienne de Caen, est d'ailleurs inexacte. 

La fraude est ancienne puisqu'elle est antérieure à la transcription du Car- 
tulaire de Saint-Evroul, où la copie de la première charte a été, elle de son 
côté, l'objet d'une altération : au xvi*^ siècle, on y a effacé les mots : ecclesiam 
de Maheru, cum omnibus pertineniiis sais et hominibas et jaribus, et on les a rem- 
placés par : ecclesiam Sancti Dionysii de Maheru. 

15. Abbaye de Saint-Julien de Tours. — Il faut, je crois , ranger parmi les 
pièces fausses ou falsifiées la charte de l'année 1160 qui contient une confir- 
mation des propriétés normandes de l'abbaye de Saint-Julien de Tours (^). Le 
rédacteur, en insérant textuellement dans cet acte une charte de Guillaume, 
duc de Normandie, datée de io63, attribue à Henri II des locutions tout à fait 
contraires au langage officiel. En tète de la pièce il a mis une invocation : In 
nomine sancte et individus Trinitatis , et le titre Henricus , Dei (jratia rex. A la fm 
il annonce fapposition du sceau : auctoritate mei sigilli confirma, et place im- 
médiatement avant la liste des témoins, qui contient plusieurs noms étrangers 
à la maison royale, une date de temps et de lieu : Actasunt liée anno MCLX 
ab incarnatione Domini, apud Leuns. Il v a là un ensemble d'anomalies trop 
graves pour être justifiées. 

*'^ N' 362 de notre Recueil. — ''^ N" 99 de notre Recueil. 



318 l\. CIIAUrivS h M SSIvS Ol KM.SIKIKIvS. 

J 6. CoUvijiale de Saint-Laud d'Anijers. — Les ardiivos de la collégiale de 
Saint-Laud d'Angers renfermaient trois chartes de Henri II, anjonrd'Inii plus 
ou moins bien représentées dans les restes d'un dossier partagé entre les Archives 
de Maine-et-Loire et la Bibliothèque d'Angers, Je ne crois pas que deux 
de ces trois chartes puissent être acceptées sans de grandes réserves. 

La première ('^ est conservée en original dans le manuscrit 767 de la Bil:>lio- 
ihèque d'Angers. Le texte est écrit en gros caractères, tracés d'une main très 
ferme, en caractères bien différents de ceux qu'employait la chancellerie 
royale. Un morceau du parchemin a disparu, mais la lacune peut être com- 
blée à l'aide de copies modernes qui accompagnent l'original. Dans la 
reproduction qui suit, les morceaux suppléés d'après les transcriptions mo- 
dernes sont en caractères italiques. 

HenricuS'-, rex Anglorum et dux Norm [a /morw m] et Aquitanorum et cornes Andegavo- 
nim, opiscopo Andega^ist^', et prepositis et ballivis et omnibus fidelibus suis tolius An- 
degavis, clericis et laicis, salatern. Sciatis me concessisse et présente carta confirmasse 
Fulconi, camerario meo de Andegavis, capellaniam qiiam ipse constitiiit in ecclesia 
Sancti Laudi, pro anima sua et pro anima patris mei et antecessorum meorum, et 
pro animabus omnium fideîium defunctorum. Quare volo et firmiter precipio quod capel- 
lanus qui predicte capellanie deservit libère et quiète teneat et possideat omnia illa que 
predictus Fulco ad eandam'^' capellaniam dédit et concessit. Concedo itaque capel- 
lano terram de Prisciniaco, yèo(/um et census, cum omnibus coîisuetudinibus predicte terre 
ad me pertinentibus, çtiam in chimino et extra chiminum, prêter consuetudinem 
excrcitus, de quo capellanus poterit retinere unum^-^) si voluerit.ltem concedo ei vu quart[as] 
vineai'um que sunt de feodo Sancti Albini, et etiam alias quas capellanus poterit adquirere, 
inmunes ab omnibus consuetudinibus ad me pertinentibus, ut de viuagio et aliis, ita 
etia?n quod de vino de predictis vineis coliecto non reddat capellanus benaginm'-^) neque 
aliam consuetudinem. Preterea concedo ei domum quandam que est in feodo Sancti Jo- 
hannis. Et insuper proibeo ne quis capellano de rébus predicte capellanie injuriam vel 
contumeliam inférât nec eandem capellaniam in aliquo minuere présumât. 

Testibus : Stephano sinicallo, etRaginardo de Vo. Teste etiam Radulfo Filio Stephani, 
et Gisliberto Guarde robe, et Willelmo de Ostilleio, et Durando Piscerna, et Emerico Pis- 
oerna. Teste etiam Johanne filio régis minori et pluribus aliis. 

4pud Andeg[avim]. 

<'' N° 457 de notre Recueil. — Le dernier ''^ En toutes lettres, sur l'original, ici et à 

des témoins de cette charte, datée d'Angers, la ligne suivante, 

est Jean, fils du roi. '** La charte porte très nettement eandam. 

'*' Le mot Henricas est en toutes lettres. '*' Ainsi est écrit ce mot sur l'original. 



SAINT-LAUD D'ANGERS. 319 

Je n'invoque pas, comme arguments à l'appui de mes doutes, plusieurs 
particularités d'ordre secondaire peu conformes aux habitudes de la 
chancellerie du roi : le nom de Henricus écrit en toutes lettres au com- 
mencement de la charte, et non pas figuré par l'initiale .H. placée 
entre deux points, l'emploi du mot Aadecjavis , au lieu de Andegavie ou 
Andeg., dans la formule omnibus Jidelibus suis totius Andegavis, et l'incor- 
rection des mots eandam, proibeo et siiiicallo. Mais ce qui est plus grave, ce 
qui me rend la charte absolument suspecte, c'est la formule d'annonce des 
témoins. 

La chancellerie officielle se borne à faire précéder la liste des témoins du 
mot Testibas, ou Teste, sans distinction d'une catégorie complémentaire, 
ajoutée après coup et annoncée par les mots : Teste etiam et une seconde 
fois par les mêmes mots : Teste etiam. L'intervention du plus jeune fils de 
Henri II ( Teste etiam Johonne filio régis minori) est aussi fort invraisemblable. 
La cliarte étant faite au nom de Henricus, rex Anglorum est au plus tard 
de 1172 ou 1173, et à cette date le prince qui devait être connu sous 
le nom de Jean n'était âgé que de six ou sept ans. La réunion de toutes 
ces anomalies m'a décidé à laisser à l'écart la charte dont il vient d'être 
question. 

J'ai d'autant moins hésité à lui appliquer ce traitement que le chapitre de 
Saint-Laud a cru pouvoir se permettre de recourir à des procédés irréguliers 
pour combler les lacunes de son chartrier. C'est, du moins, ce qui m'a semblé 
résulter de la charte suivante. 

17. Autre charte de la collégiale de Saint-Laud. — La charte à laquelle je 
viens de faire allusion (^) n'est connue que par une copie moderne conservée 
aux Archives de Maine-et-Loire (G. ioo3), au fol. l\. d'un cahier intitulé 
« Papier concernant les chartes de la chapelle de La Noue ». Elle est ainsi 
conçue : 

Henricus, rex Anglorum et dux Normannorum et Aquitanorura et cornes Andega- 
vorum, episcopo Andegavis, et prepositis et ballivis et omnibus fidelibus suis totius An- 
degavis, clericis et laicis, salutem. Sciatis me concessisse et itorum presenti caria mea 

'•> N° 458 de notre Recueil. 



320 IX. CllAKTKS KAlSSlvS Ol KM.SITIKKS. 

ooiîfirinasse Fulconi, canierario nieo do Andogavi, oapellaniaiu ((iiam ipso conslilnit in 
ecclesia Sancti Laudi. Quare volo et lirmitcrpiccipio ({uod capellaiiu.s,quiprcdictccapellanie 
deservit, libère et quiète teneat et possideal oninia illa que prcdictus Fulco ad eandem capel- 
laniam dédit et concessit. Preterea concedo terrain de Preciniaco, feodum et census, cum 
omnibus consuetudinibus predicte terre ad nie pertinentibus. Item per présentes do pre- 
diclo capellano jurisdictionom in omnes subjectos etiam rebelles ejusdem terre et feodi, 
jus jiaritcr bennerii torcularis venationisque. Concedo similiter ei décimas totius predicti 
feodi, scilicet vini, bladi, canabis, lini et leguminis; primitias quoque agnorum et porco- 
rum. Et si que iiant uovalia in dicto feodo inde percipiet décimas. Oncedo cliam capellano 
septem quartas vinearum que sunt de feodo Sancti Albini,ct etiam alias quas capellanus po- 
terit acquirere, immunes ab omnibus consuetudinibus ad me pertinentibus, ut de vinagio et 
aliis, ita etiam quod de vino de prcdictis vineis collecto non reddat capellanus bennagium 
ne({ue aliam consuetudinem. Insuper prohibeo ne quis capellano de rel)us predicte capellanic 
injuriamvel contumeliam inférât, nec eandem capellaniam in aliquo minuere présumât. 
Et ut hec lirmius et liberius teneantur, sigillo regni mei necnon comitatus mei muniri et 
sigillari feci et precepi. 

Hoc autem viderunt et audierunt Richardus et Gofridus, filii régis, Johannes de Salisbe- 
rio, Alanus de Tcukesberio, Gillauus, Guillermus de Cantorbia, et pluribus aliis. 

Apud Andegavum. 

Cette charte est de tout point inacceptable. Henri II n'avait pas l'habi- 
tude d'annoncer qu'il donnait une seconde édition [largement amplifiée] 
d'une charte antérieure : et iterum presenti carta mea confirmasse ... Il ne par- 
lait jamais de droits de justice sur les vassaux rebelles : jurisdictionem 
in omnes subjectos rebelles , ni de la banalité des pressoirs, ni du détail 
des dimes, ni de la perception des novales; il n'a jamais distingué le double 
caractère de son sceau : sigillo regni mei necnon comitatus mei. Il n'a jamais 
fait précéder des mots Hoc viderunt et audierunt la liste des témoins d'une 
charte. 

La charte 458 donne donc encore plus de prise à la critique que la charte 
fib']. J'ai cru inutile de rechercher si, comme M. Round (n*' i i 62) l'a sup- 
posé avec hésitation, la charte l\.bS a pu être faite dans la ville d'Angers 
pendant un séjour du roi à l'occasion de la fête de Pâques 1 1 66. 

Une troisième charte de Saint-Laud, n° 3/i6 de notre Recueil, peut-elle 
trouver grâce aux yeux d'un juge impartial.»^ Elle est représentée dans le ma- 
nuscrit 767 d'Angers par une copie moderne et par des lambeaux mal ajustés 
d'un prétendu original, qu'un conservateur a qualifiés de « charte originale en 



SAINT-LAUD. 321 

poussière ». En voici deux ou trois clauses encadrées entre les lignes du début 
et celles de la fin : 

Henricus, Dei gratia rex Anglorum et dux Normannorum et Aquitanorum et cornes 
Andegavorum , archiepiscopis , episcopis, abbalibus, comitibus, baronibus, justiciis, vice- 
comitibus, ministris et omnibus fidelibus suis, salutem. 

Sciatis me concessisse et presenti carta mea confirmasse capellanie béate Genovefe 
virginis et beati Laudi confessons, intra muros civitatis Andegavensis , ante fores comita- 
lisaule posite, et clericis ibidem Deo servientibus, pro sainte anime mee, et predecesso- 
rura et successorum meorum, foragium et decimam vinearum et terre arabiiis, quam 
modohabent, pro dimidia parte panagii quam habebant in foresta Vitrearia, de dominio 
comitis, et boscum ad coquinam et vineas et pistrinum. . . 

... Et in aqua Sancti Albini, subtus pontem Sigeii, unum locum molendini, et 
aiium locum inter arcus predicti pontis, et decimum denarium de moneta Andega- 
vensi. . . 

. . . Concedo etiam eis ('' quam de liberandis coHibertis habebat predictus 

comes Goffridus, ubicumque liberaretur, si quidam ex clericis ecclesie adesset. In An- 
gularia juxta civitatem Andegavensem , ioco Genestulio, terram que fuit Ursonis militis de 
Cornono , cum vicaria et vinagio et ^^'> vinearum , et forragio pro quo Johannes 

magnum ciphum vini bibit, quem Garinus cellararius prefato comiti protulerat'^^. 

. . . Testibus : Gaufrido Andegavensi, RoberteNannetensi, Stephano Bedonensi, episco- 
pis, Ricardo et Gaufrido, filiis meis, comité Guillelmo de Mandevilla , Fulcone de Maslach. 
seneschalo Pictavie , Mauricio de Croun , Pagano de Vegg . . . , Stephano Turon . senes- 
callo Andegavensi, Guid. de Lavalle, Gaufïrido Perticensi, Hugone Galler., Guillelmo de 
Ostili, Gilleberto Garde robbe. 

Apud Andegavim. 

C'est le ton général de cette longue énumération des biens et des privi- 
lèges de l'église de Saint-Laud qui pourrait bien justifier des doutes sur la 
sincérité de la pièce. 

Dans les confirmations générales des propriétés d'abbayes anglaises ou 
françaises que nous possédons en si grand nombre, Henri II n'entre 
guère dans des détails tels que la cérémonie d'une coupe de vin donnée 
à boire au témoin d'une convention. Il y a là survivance d'un usage qui 

t'^ Place d'un mot laissé en blanc, peut- ''' Curieuse mention du pot de vin qu'on 

être sammam. faisait boire à un témoin au moment où une 

'^' Place d'un autre mot que le copiste n'a convention était conclue , pour qu il en cou- 
pas lu ou qui était détruit sur l'original. servàt le souvenir. 

CHARTES ET DIPLOMES. IV. 4 I 



322 IX. CHARTES FAlSSlvS OU FALSIFIÉES. 

a joui, surtout au xi"^ siècle, d'une grande vogue en Touraine, en Anjou 
et en Poitou, et qui consistait à consacrer le souvenir d'une convention, non 
par une charte proprement dite, mais par une notice, rappelant souvent 
des circonstances très pittoresques, comme ici loffre d'une coupe de vin au 
comte Geoffroi, qui la lit boire au témoin d'une donation faite à l'église de 
Saint-Laud. 

Cela me rappelle la coupe qu'on remit à Geoffroi, fils du comte Geoffroi, 
quand on alla à Saumur lui présenter la charte-notice relative au règlement 
du vinage, arrêtée au Mans en i i38, et ratifiée à Carrouge par la comtesse 
Mathilde [l'Impératrice], pour qu'il y ajoutât sa croix ('). 

Les témoins de la charte de Henri II, qui m'ont suggéré ce rapprochement , 
sont, sauf de légères différences, exactement ceux qui ont souscrit la grande 
charte du Pont-de-Cé (2), ce qui permet d'assigner aux deux chartes la date 
de 1 177 ou environ. Autrement, si la charte 346 est l'œuvre d'un faussaire, 
il a eu sous les yeux la charte du Pont-de-Cé , et dans ce cas il a exactement 
copié la liste des témoins. 

Je crains donc d'avoir à suspecter les trois chartes 346,/l57et458. 

18. Charte du prieuré de Saint-Paul hors Rouen. — Après ce qui a été dit 
ci-dessus, au chapitre V (p. i83), à propos des vidimus, il serait inutile de 
répéter les observations que j'ai faites sur la confirmation que Henri II aurait 
fait expédier d'une charte de Guillaume le Conquérant en faveur de l'église 
de Saint-Paul hors Rouen. La fabrication ou l'arrangement de la pièce doit 
remonter à une époque ancienne, puisque le texte en a été copié dans les 
registres E et F de Philippe Auguste. 

19. Abbaye de Saint-Sauveur-le-Vicomte. — La charte par laquelle Henri II 
avait confirmé en détail les différents biens de l'abbaye de Saint-Sauveur-le- 

'*' «Redeuntes vero a Carrogio, Stephanus tum suum ei tradiderunt , atque sua manu 

burgensis oppldi Salmuri , et Rainaldus de Pinu , propria signo cruels domlnice cartam hanc 

Sancti Florencii monachus, digitis cujus tota muniri fecerunt». Charte notice copiée dans le 

hec carta scripta est , et GofFredum , comltls Livre d'argent et le Livre rouge de Salnt-Flo- 

fiUum, adeuntes, qui in opldum Salmuri, rent. 

apud Goscelinum Rotonardl nutrlebalur, scrip- (^' N° 342 de notre Recueil. 



SAINT-LAUD. — SAINT-SAUVEUR-LE-VICOMTE. 323 

Vicomte (^^ a été falsifiée dans des circonstances qui méritent d'être exposées en 
détail, pour mettre en pleine lumière l'industrie du faussaire. L'original même 
de la charte , qui est aux Archives de la Manche , n'a point été falsifié , mais il 
a subi des avaries qui en ont fait disparaître d'assez longs bouts de ligne , ce 
qui a rendu le reste assez difficile à lire; j'ai pu cependant en faire une copie 
complète, en m'aidant de la transcription du texte non altéré, qui se trouve 
en tête du cartulaire de l'abbaye. La même charte, avec des variantes, existe 
aux Archives de la Manche , copiée sur une feuille de parchemin , en 
cairactères archaïques qui ne doivent pas être antérieurs au xvi" siècle; 
elle se trouve aussi, avec des variantes, et en caractères archaïques, au 
troisième feuillet du Cartulaire. Ce troisième feuillet, dont l'écriture est 
toute différente de celle des feuillets qui précèdent et qui suivent, a été 
substitué à un feuillet que le faussaire a coupé, mais dont le talon est 
encore parfaitement visible dans le Cartulaire. Ce second texte dilfère du 
premier : 

i** Par la substitution des mots ecclesiam Sancte Marie de Rauvilla aux mots 
ecclesiam Sancte Marie de Covilla; 2° par la suppression de quelqvies phrases 
ou fragments de phrase indiquant plusieurs des biens mentionnés dans le texte 
primitif; 3*^ par l'addition de deux courtes phrases ainsi conçues : 

Concedo et confirmo dona que fecit Eudo vicecomes eidem abbatie , videlicet ecclesiam 
et decimam Sancti Germani de Tournebu et vavasoriam quam tenet presbiter. 

Concedo etiam et confirmo donationes quas eidem abbatie misericorditer fecit Algarus 
episcopus , in ecclesiis et terris et quibuscunque decimis et elemosinis eisdem ecclesiis 
pertinentibus. 

Les suppressions ont été faites pour trouver la place nécessaire à l'interca- 
lation des deux articles qu'on vient de lire. J'ignore le motif qui a suggéré au 
faussaire l'idée d'insérer dans la confirmation royale le premier de ces deux 
articles; mais j'ai découvert la raison qui a fait ajouter le second. La place 
manquait pour copier sur le feuillet refait la charte où étaient énumérées les 
églises concédées à l'abbaye par l'évêque Algare. Le faussaire trouva plus loin 
dans le Cartulaire , à la page i 2 6 , un espace laissé en blanc, dont il profita pour 

''^ N° 349 de notre Recueil. 

4i. 



yi'i 



IX. CHARTES FAUSSES OU FAI.SIIIKKS. 



y copier la cliarte de révèqiie('); mais c'est là que la fraude éclate dans toute 
sou étendue. Un lieureuK hasard m'a fait rencontrer, il y a une trentaine d'an- 
nées, chez un amateur de Cherbourg, L. de Pontaumont, l'original un peu 
mutilé de la charte d'Algare , que mon ami le bibliophile consentit à oifrir à 
la Bibliothèque nationale (^l Voici les additions que le faussaire trouva bon d'y 
faire : 

(A propos de l'église de Tréauville, après le mot decimis :) ■ veteribus et novalibus ». 

(A propos de l'église de Grosville, après le mot omnibus .) « decimis grossorum fructuum 
et novalium et omnibus ad eam pertinentibus », 

(A propos de Téglise de Haineville, après le mot terra :) « et decimis veteribus et nova- 
libus. 

(A propos de l'église de Saint-Germain de Tournebu :) « cum uno vavassore et decimis 
veteribus, novalibus». 

(Après l'article relatif à Liesville :)«ecclesiam quoque Sancti Pétri de Fontaneto de 
supra Vada, pro média parte , cum feudo, decimis veteribus et novalibus, seu novalium 
decimis, et omnibus adeamdem mediam partem et feudum pertinentibus». 

( A propos de l'église d'Auvers, après le mot omnibus ;) « decimis. » 

(A propos de la chapelle de Saint-Médai'd, après le mot terris :) « decimis ». 

(Avant l'article concernant Saint-Remi des Landes:) « ecclesiam quoque Sancti Sam- 
sonis de Ansnevilla, cum omnibus decimis veteribus, novaliun quoque, et omnibus que 
ad eandem ecclesiam pertinent ». 

(A propos de Saint-Remi et de Saint-Christophe, après le mot teiris :) « decimis ». 

(A l'article suivant, après le mot silva :) « de Tallipodio, cima decimis novalium et om- 
nibus ceteris que ad eam pertinent ». 

(A l'article de Saint-Sauveur après le mot cum :) « terra et decimis majoribus, veteribus 
et novalium ». 

(A l'article de Catteville, après le mot omnibus) « majoribus et veteribus et novalibus, 
vel novalium decimis, et aliis ». 

Ce relevé montre que le faussaire avait pour but d'assurer à i'abbaye le 
droit de percevoir sans difficulté les dîmes des novales. Je crois qu'il n'était 
guère question de novales en Normandie avant les grands défrichements du 
xiii^ siècle. Le silence que gardent sur les novales les actes antérieurs à cette 
époque donna lieu à beaucoup de procès. C'était pour en éviter qu'on trouA^a 



'*' Il porte le n° 16^9 du fonds latin des 
Nouv. acq. Une héliogravure en est insérée 
dans l'atlas de mes Mélanges de paléographie et 



de bibliographie; le texte de la charte est im- 
primé à la page 48 1 de ce volume. — La charte 
peut être d'environ l'année j Mo. 



^^^^^ <'_f..«?''^f.^ 




SAINT-SAUVEUR LE-VICOMTE. 



325 



prudent de spécifier le don des novales dans la charte d'Algare, évêque de 
Goutances, et subrepticement dans la confirmation de Henri II, qui visait la 
charte d'Algare. 

Pour donner encore plus de force au texte frauduleusement amplifié des 
concessions ou confirmations de l'évéque Algare et du roi Henri II, le faus- 
saire y joignit une troisième charte, datée de i i 85, par laquelle Tévêque de 
Goutances, Guillaume de Tournebu, aurait reconnu aux religieux de Saint- 
Sauveur le droit de percevoir dans les paroisses dépendant de leur abbaye les 
dîmes novales, absolument comme les anciennes grosses dîmes. Le rédacteur 
de la troisième charte fausse ne s'est pas mis en frais d'imagination; il s'est à 
peu près jjorné à une simple énumération des noms de paroisses, en mettant 
à part dans un article final les cinq paroisses de l'île de Jersey. Malgré cette 
sage brièveté, l'acte porte la trace de l'inexpérience du faussaire. Je n'en con- 
nais le texte cjne par une copie sur papier, conservée aux Archives de la 
Manche. Les notaires royaux de Saint-Sauveur certifièrent l'avoir faite d'après 
l'original le 16 avril 1682, en présence de Pierre Le Huby, prêtre, curé de 
Bricquebosc, contre qui la charte devait être produite, « non obstant l'absence 
du sieur Le Huby, qui a fait refus de se transporter au chartrier » ('). 



''' «Universis Christi et ejus sponsœ sancta- 
matris Ecclesiae fidelibus, hanc chartam visuris 
et auditurls, Wilelmus, divina miseratione 
Constantiensis episcopus, salutem. Noverituni- 
versitas vestra quod ego, justis et honestis 
petitionibus abbatis et monachorum con- 
ventus Sancti Salvatoris Vicecomitis, hujusce 
diœcesis, favorem benevolum volensimpertirl, 
concedo et de meo eplscopali jure condono, 
sicut jam concesserunt et ante condonaverunt 
prefatis abbati et monachis, tam praesentibus 
cjuam futuris, praedicti conventus, Algaras, 
piae recordationis , praedecessor meus , Constan- 
ciensis episcopus , et Henricus , rex et dux Nor- 
mannorum , ut in ecclesiis et parrochiis Sancti 
Joannis de Sancto Salvatore, Sancti Audoeni 
de Cathevilla , Sancti Salvatoris de Petra Ponte , 
Sancti Martini de Goio, Sancti Remigii de 
Landis, Sancti Sansonis de Ansnevilla, Sancti 



Pétri de Fontaneto supra Vada, Sancti Ste- 
phani de Ahers, Sancti Martini de Lieviila, 
de Frede villa et de Escalde villa , Sancti Ger- 
mani de ïournebusq et de Direth, Sancti 
Martini de Henevilla et de Grouvilla, Sancta; 
Maria; de Podiis pro média parte, Sancti Pétri 
de Trialvilla , Sancti Michaelis de Bricbosch et 
Sanctœ Mari;E de Couvilla, in quibus abbas et 
monachi praedicti haclenus possederunt et légi- 
time perceperunt majores et veteres, novales 
quoque décimas, pro ea portione qua veteres, 
cum terris, eleemosinis et omnibus aliis perti- 
nentiis ad omnes supra dictas parrochias et 
ecclesias spectantibus, in posterum possideant 
et quiète percipiant. Concedo etiam et con- 
dono praedicto conventui, in insula de Gersoio, 
ecclesias de Sancto Broelario , de Sancto Joanne 
de Quercubus, de Sancto Pelro de Deserto, 
de Sancto Helerio et de Sancto Clémente, 



326 



IX. CHARTES FAUSSES OU FAJ.SIFIÉES. 



20. Abbaye de Savigiii. — Une confirmation générale des l)iens de l'abbaye 
de Savigni par Henri II, datée de Domfront, nous est arrivée sous deux 
formes ([ui diflèrent surtout par l'étendue des développements. 

Le texte le moins développé nous a été conservé par le cartulaire qui est 
aux Archives de la Manche (^^ et dont fexécution date de la fin du xii'' siècle 
ou des premières années du xiii*'. 

Le texte développé se lit dans un vidimus confirmatif émané du roi 
Cliarles IV ^'-^ qui a été renouvelé à diverses reprises, par les rois Henri VI 
en \/i2b^^\ Charles VII en i/i5o('\ Louis XI en i464^^^ et Charles VIII en 
septembre i /iSô'*"^. La confirmation de Louis XI a été publiée dans le recueil 
des Ordonnances ('). 

La principale addition consiste en une longue et verbeuse énumération des 
franchises et privilèges de l'abbaye, en termes qu'on n'est pas habitué à ren- 
contrer dans les textes du xii^ siècle. On s'étonne surtout de voir les moines 
autorisés à bailler leurs terres suivant les coutumes qui seraient à leur gré, 
et à faire venir devant eux leurs hommes quand et où ils le trouveraient bon , 
autant de fois qu'ils le jugeraient à propos, et nonobstant les coutumes des 
pays, quelles qu'elles fussent W. 



cum omnibus declmis , terris et eleemosinis ad 
iUas ecclesias pertinentibus. Et ut omnes su- 
prascriptae donationes stabiles in futurum et 
inconcussae persévèrent, praedictam hanc 
chartam meam sigilli mei munimine corrobo- 
ravi. 

Teslibus his : Richardo de Poliers archi- 
diacono, Rogerio de Herouvilla canonico, 
Nicolao Conum canonico, cum multis aliis. 

Actum apud Sanctum Laudum , anno domi- 
nicae incarnationis millésime centesimo octo- 
gesimo quinto. 

'"' La pièce est transcrite dans le Cartidaire 
de l'abbaye de Savigni, aux Archives de la 
Manche; elle y porte le n° 582. — N° 4^1 3 de 
notre Recueil. 

'** Biblioth. de Rouen, fonds Leber, n° io3 
des actes de Savigni. Voir le Catal. des mss. 
des départements, série in-8°, t. H, p. g'j. — 



Nous avons classé, sous le n° ài^ de notre 
Recueil, le texte vidimé par Charles IV. 

''' Copie à la Bibl. nat. , ms. latin 10078. 

'*' Original aux Arch. nat. , fonds de Sa- 
vigni. 

'^' Reg. du Trésor des chartes, cité dans le 
Recueil des Ordonnances, t. XVI, p. 3i4. 

(*' Copie du 26 janvier i486 aux Arch. 
nat. , fonds de Savigni. 

'') T. XVI, p. 3i4. 

^'^ « Et est sciendum quod ego concessi ex 
dono meo proprio predictis monachis de Sa- 
vigneyo quod possint tradere suas terras ad 
qualescunque consuetudines voluerint. Et po- 
terunt suos homines coram se ubicunque vo- 
luerint et in quacunque parte terre sue conve- 
nire, quocienscunque sibi viderint expedire, 
non obstantibus patriarum consuetudinibus 
quibuscunque. » 



SAVIGNI. 327 

La liste des témoins est annoncée par les mots Testibus his, tandis que 
l'usage constamment suivi se borne à l'emploi du seul mot Testibas. 

Je n'insiste pas sur ce point; mais ce qu'il est absolument impossible de 
laisser passer sans la plus sévère condamnation, c'est la date qui précède la 
liste des témoins : « Hec autem mea confirmatio , atque concessio facta est 
anno ab incarnatione Domini M. G.LVII. , anno scilicet regni mei Anglie m, 
ducatus Normannie octavo. » J'avoue que, malgré l'absence systématique de 
notations chronologiques, il faut, comme j'ai eu l'occasion de le dire, 
admettre des exceptions justifiées par des circonstances exceptionnelles. Mais 
il n'y a pas ici la moindre raison d'accepter une excuse valable. La date qui 
vient d'être reproduite est absolument condamnée par les noms des témoins , 
dont je ne puis me dispenser de reproduire ici la liste : 

Testibus hiis : magistro Waltero de Constanciis Oxenefordie archidiacono , Radulfo 
Herefordensi archidiacono, magistro Jordano Gicestrensi archidiacono, Wiilelmo Filio 
Raduifi senescallo Normannie, Radulfo de Filgeriis, Seherio de Quincie, Bertranno de 
Verdun, Wiilelmo de Solariis, Reginaldo de Paveilli, Hugone de Morwich et multis aliis. 

Nous sommes là en présence du millésime i iSy et d'une liste de six té- 
moins, parmi lesquels maître Gautier de Goutances archidiacre d'Oxford, 
maître Joscelin archidiacre de Ghichester, et Guillaume Fils de Raoul séné- 
chal de Normandie. 

Or Gautier de Goutances ne parut à la cour qu'une douzaine d'années 
après 1 1 5 7 . 

Joscelin ne dut guère être archidiacre de Ghichester que pendant les dix 
dernières années du règne de Henri II, c'est-à-dire une vingtaine d'années 
après 1 1 5 7 . 

Guillaume Fils de Raoul ne fut nommé sénéchal de Normandie qu'en 
1178, c'est-à-dire encore plus de vingt ans après 1157. 

Il y a là un faux éhonté, et je puis dévoiler les circonstances dans lesquelles 
il a été exécuté. 

Le texte développé de la confirmation générale, moins les parties ci-dessus 
stigmatisées, a été littéralement copié sur le texte plus court tel que nous 
pouvons le lire, en copie du xii° siècle, dans le Gartulaire de Savigni, pièce 
582. 



328 



1\. CHARTES FAISSKS Ol FALSIKIKKS. 



La date a été maladroilemenl empruntée à une petite cliarte de Henri II 
([ui se trouve dans le Cartulaire de Savigni sous le n" 568. Cette charte 5G8 
(N** 3o de notre Recueil) est une de ces pièces anormales dont rautlienlicité 
est admissible comme je l'explique dans un chapitre spécial de cette Introduc- 
tion (p. 282). Les noms des témoins qui suivent la date du n" 568 : « Teste [sic) 
Herberto Abrincarum episcopo, et Bermundo abbate de Lonleio. . . », sont 
en parfaite harmonie avec le millésime 1 157 et sont absolument différents 
de ceux (jue le faussaire a empruntés au n** 582 du Cartulaire. 

Du privilège ainsi composé (corps de la charte emprunté au n" 582 du 
Cartulaire, date maladroitement extraite du n'* 568, additions originales 
conçues dans un style ridicule), une copie fut faite en caractères archaïques 
et munie d'un sceau en mauvais état , plus ou moins maladroitement emprunté 
à une charte authentique. Cette copie , à laquelle il avait été facile de donner 
l'apparence d'une pièce ancienne fatiguée par un long usage, fut portée à la 
chancellerie du roi Charles IV en i323, pour en demander le renouvellement 
sous la forme d'un vidimus. Le porteur ne manqua pas de faire remarquer 
les dangers que le déplorable état des lacs de soie faisait courir à la conser- 
vation et à l'intégrité de la pièce ; c'est le notaire de la chancellerie qui a pris 
soin de consigner l'observation dans la rédaction du vidimus : « propter debili- 
tatem laqueorum de serico caude carte ejusdem, detrimentum aliquantulum 
sustinebat (') », Le vidimus était ainsi préparé sans que le rédacteur soupçon- 



^'^ J'insère Ici le texte même des formules 
entre lesquelles est encadrée la prétendue 
charte de Henri II, que la chancellerie de 
Charles IV accepta les yeux fermés : 

«Rarolus, Dei gratia Francorum et Navarre 
rex. Notum facimus universis, tam presenli- 
bus quam futurls, quod, cum ex parte rell- 
giosorum dilectorum nostrorum abballs et 
conventus monasterii Sancte Trinitatis de Sa- 
vlgniaco, quod quidem monasterium, cum suis 
membris, sub nostra et predecessorum nos- 
trorum ab antique fuisse et esse dignoscitur 
gardia speciali , nobis fuerit humiliter supplica- 
tum, ut, quoniam cartam, dudum eis per ma- 
gnificum principem Heniicum , regem Anglie , 



ducem Normannie et Aquitanie et comilem 
Andegavie, concessam, que, propter debilita- 
tem laqueorum de serico caude carte ejusdem 
detrimentum aliquantulum sustinel>at, renovari 
et in scripturam novam redigi mandare- 
mus, nos, eorum inclinati supplicationibus, 
nolentes quod per vetustatem seu debUitatem 
caude hujusmodi aliquod eis quocumque tem- 
pore prejudicium generetur, dictam cartam 
lenovari et in scripturam novam redigi man- 
daremus , sub suo tenore sequente in hec verba : 

Henricus Dei 

« Per banc autem renovationem nolumus pre- 
dictis religiosis aut aliis quibuscunque , in pro- 
prietate vel possessione, quomodolibet jus 



SAVIGNI. — APPENDICE. 



329 



nàt la fraude dont il devenait inconsciemment le complice; les droits acquit- 
tés, l'exemplaire nouveau, muni du grand sceau royal, était remis en double 
exemplaire à la partie intéressée, qui pouvait en multiplier ultérieurement 
les vidimus conftrmatifs, et elle ne s'en faisait pas faute; elle n'avait plus souci 
du prétendu original aux lacs de soie tombant de vétusté ; elle l'a détruit ou laissé 
périr. Malgré tout , les copies qui en subsistent ne doivent tromper personne , 
et la vue même du prétendu original qui fut produit à la chancellerie de 
Charles IV ne me ferait pas croire que Gautier de Coutances assistait en i i 67 
dans le château de Domfront à la confirmation des privilèges accordés à 
l'abbaye de Savigni par le roi Henri II, avec un luxe de détails tout à fait 
contraire aux usages du xii'^ siècle. 



APPENDICE. 

21. Prétendue charte de Montehounj qui n'a pas existé. — Je ne parle pas ici 
d'assez nombreuses chartes citées ou publiées sous le nom de Henri II, mais 
qui en réalité appartiennent au roi Henri III, puisque l'auteur de ces chartes 
prend le titre de dominas Ilibernic, qui n'a jamais été jjorté par Henri II; mais, 
je dois dire im mot d'une prétendue charte de Henri II, qui n'a jamais existé, 
([uoiqu'elle ait été indiquée comme conservée en original aux Archives de la 
Manche. 

M. KoundC) a cru avoir vu dans ces Archives une charte originale de Henri II 
qui, sui^ant lui, aurait eu pour objet la donation aux moines de Montebourg 
de la chapelle de Saint-Magloire, dans file de Serk. Ce qu'il a pris pour une 
charte originale est l'extrait d'une grande charte de confirmation des biens de 



alifpiod novum acqulri nobisve aut successori- 
l)us nostris seu quibuscunque aliquod prejudi- 
riuin generari. Que ut perpétue stabilitatis robur 
obtlneant , présentes lltteras sigiiii nostri feci- 
inus munlmine roborari. 

«Actum in domo de Quercu [Gal]onis, reli- 
giosorum ordinis Grandlmontensis, anno Do- 
mini millesimo trecentesirno vicesimo tercio, 
mense augoisto. 

CUARTES ET DIPLOMES. — I\ . 



<i Per dominum regem, ad relationem. . . . 
Ail" : 

« J. de V. Dupplicata. » 

•'' N° 891. M. Round paraît s'être inspiré 
d'une conjecture du Rév. Eyton (p. 188). 
Voici les termes mêmes de son renvoi: « [1 175, 
march.] Original in Archives. — Trans. vol. II, 
fol. 182 ». Le mot Trans. désigne les Transcrip- 
tions envoyées <à Londres par Léchaudé d'Anisy. 

42 



NATIOXilLE. 



330 



I\. CHARTES FAUSSES OU FALSIFIÉES. 



rabl)aye de Monteboiirg, qui est en entier dans le Cartulaire de cette abbaye, 
à la page 8 , sous le n° 16, et à laquelle nous avons donné le n" 398 dans notre 
Hecueil. Il y a là simplement méprise de diplomatiste. 

L'extrait se compose des premiers et des derniers mots de la confir- 
mation entre lesquels a été insérée la clause relative à la chapelle de Sainl- 
Magloire. Le vidimus est en fort mauvais étal, et la partie droite de la pièce 
n'existe plus, de façon que l'extrémité de toutes les lignes a disparu ('). Voici 
les formules du commencemant et de la fin d'un autre vidimus de cinq chartes 
de Tile de Serk, rédigé d'après le même formulaire et à la même date que le 
vidimus de la charte de Henri II ('^) : 

Universis présentes litterasinspecturis, f rater E.,permissione divina Constanciensis eccïe- 
sie minister Inimilis, salutem in Domino senipiternam. Noverit universitas vestra nos, anno 
Domini M' .CC' . LXXX, die hme anle festum beati Barnabe apostoli, litteras, caHas ac confir- 
mationes îiiteratorias inferius annotatas, non cancellatas , non aboiitas nec in aliqua sui parte 
viciatas ac veris sigillatas sigillis, proiit prima facie apparebat, vidisse et diligenter in- 
spejcisse in hec verba '-^^ ; 

(Suit le texte de cinq chartes, qui sont indiquées au bas de cette page^'^.) 
Qaod autem vidimus loquimur, et quod audivimus sub nostro sigiilo testamur. Datum 
apud Valonias, anno et die lune supra scriptis. 



^'^ Poui- pemiettre d'évaluer l'étendue des 
lacunes, je puis dire qu'il manque à la fin de 
la ligne 1 du vidimus les mots : fruler E. permis- 
sione divina Constanciensis ecclesie minister hii- 
milis. 

'*' Ce second vidimus porte aux Arcliives 
de la Manche la cote H. 12816. 

<'^ Dans le vidimus de la charte de Hen- 
ri II, l'indication du texte vidimé diffère en 
quelques endroits de l'indication des textes 
contenus dans le second vidimus. Il y a ( ou il 
devait y avoir) sur les lignes 5 et 6 du vidimus 
de la charte de Henri II : Cartam. Henrici, An- 
glorani régis, inferius annolalam, inspexisse, non 
cancellatam, non abolitam, nec in aliqua sui par- 
te viciatam, conjirmationeni possessionum abha- 
lie Montis Surgi continentem , que sic iucipit : 
Henricus , Dei gratia .... 



'^' Voici l'indication de ces cinq chartes : 

I. Ego Willermus de Vernone . . . capellam 
Sancti Maglorii in Serco. 

If. Ego Ricardus de Vernone , . . donatio- 
nem quam Willermus de Vernone, pater meus, 
fecit loco Sancti Maglorii . . . 

III. Ego Robertus de BarneviUa . . . vigintl 
solidos quos habeo a domino Willermo de Ver- 
none in Serco insula . . . 

IV. Ego Ricardus de Vernon concedo. . . 
XX solidos lu insula de Serc, quos Robertus 
de BarneviUa , quando ejusdem loci monachus 
factus est. . . 

V. Ego Ricardus de Vernone concessi. . . lo- 
cum Sancti Maglorii. . . Actum fuit hoc anno 
incarnati Verbi 1 196. 



APPENDICE. 331 

On Irouveici, en caractères romains, les passages qui sont au commence- 
ment et à la fin dans les deux vidimus. 

Il faut donc supprimer l'article 891 de l'Inventaire de M. Round. 

22. Chartes faussement attribuées à Henri II. — Dans un chapitre relatif 
aux chartes fausses, je n'ai pas cru devoir parler de pièces dont l'authenticité 
ne saurait être acceptée si on devait s'en rapporter au jugement des copistes et 
des éditeurs; je n'en citerai qu'un seul exemple : une ordonnance prescri- 
vant l'abolition du droit de varech sur les côtes des états du roi d'Angleterre. 
Bréquigny(^), adoptant l'opinion des éditeurs des Fœdera, l'attribue à Henri II 
et la rapporte à l'année 1 1 7 4 : la charte est faite au nom de Henri , roi d'An- 
gleterre, seigneur de l'Irlande, duc de Normandie et d'Aquitaine, et comte 
du Poitou, et elle est datée « apud Merewel, 26 die maii, anno regni nos- 
tri 20 ». La suscription et la date prouvent que c'est un acte de Henri III. La 
confusion que je signale ici a été commise plus d'une fois, et les auteurs du 
Youveau traité de diplomatique '^"^^ sont allés jusqu'à poser en principe que 
« lorsque Henri II se fut rendu maître de l'Irlande, il ajouta au titre de roi 
d'Angleterre celui de dominus Hyherniœ ». L'assertion des Bénédictins est ré- 
pétée, mais avec des réserves, dans les Eléments de paléographie^^^ de Natalis 
de Wailly. 

Au premier abord, on pourrait attribuer à Henri II la charte qui est citée 
dans le Glossaire de Du Gange (éd. Didot, t. IV, p. 599) au mot Nampium, et 
par laquelle le roi Henri interdit de saisir, à titre de nantissement, des mar- 
chandises mises en vente sur le marché de Montebourg. Cette charte et trois 
autres insérées dans une confirmation du roi Louis X sont émanées de 
Henri P'; ce sont les pièces transcrites dans le Gartulaire de Montebourg, sous 
les n°' 8, 9, 11 et i3. 

C' Table chronolocfiqiie . t. III, p. 488. — '^'> T. V, p. 81 5 Cf. t. IV, p. 537. — ''^ T. I. 
p. 3oo. 



332 



X. DOCIMKNTS BIOC KAI>H lOUES. 



X 

DOCUMEMS ET NOTES SLR LES PRINCIPVUX TÉMOINS 

ET SUR CERTAINS PERSONNAGES 

CITÉS DANS LES CHARTES DE HENRI II. 



Je ne pouvais pas terminer ces Observations sur les actes de Henri II sans y 
joindre quelques notes relatives aux témoins et à d'autres personnages dont 
les noms y reviennent le plus fréquemment, à ceux-là surtout qui ont fré- 
quenté la Cour, qui ont occupé un rang élevé dans la hiérarchie ecclésiastique 
et féodale, qui ont rempli des fonctions administratives, qui ont accompli 
des missions de confiance et dont les conseils ont dû exercer une influence 
sur les habitudes et les décisions du souverain. 

Les principales sources auxquelles ont été puisées les notes biographiques 
qu'on va pouvoir consulter sont les ouvrages des annalistes contemporains, 
les pièces d'archives, notamment les cartulaires, et avant tout les Pipe Kolls, 
dont la précision chronologique est inappréciable et dont les éditeurs ont 
reproduit les noms d'hommes et de lieux avec une fidélité exemplaire. 

En tète de ces notes biographiques, rangées suivant Tordre de l'alphabet, 
on trouvera le texte de plusieurs documents pouvant servir d'annexés à des 
nomenclatures d'un genre plus général et connues depuis plus ou moins 
longtemps, comme : i° la série des aveux rassemblés dans le Liber niger Scac- 
carii^^)\ 2° fétat des fiefs dressé en 1172 et inséré dans le Liber rabeus Scac- 
carii, dont une copie a pris place dans le premier registre de Philippe Auguste , 
consente au Vatican '2); 3» f état des fiefs de l'abbaye du Mont-Saint-Michel, que 
Robert de Torigni présenta en 1172 à Henri II et qu'il inséra dans le Cartu- 



^'' Ed. Hearne, 1 77/i, t. 1. — Ces aveux^ sont 
de la première moitié du règne, du moins 
pour une notable partie. 

'"' Recueil des Historiens, t. XXJll, p. 693. 
Cette édition aurait besoin d'être collationnée 



sur ie ms. du Vatican (fol. 32 v°) , ou sur le fac- 
similé phototypique que j'en ai donné en i883 
sous ce titre Le premier Registre de Philippe Au- 
guste; reproduction héliotypique du manuscrit du 
Vatican. Paris, i883, grand in-4°. 



CATALOGUE DE DOCUMENTS. 533 

laire de son abbaye ^'l Ce sont les mots mis en tête de ce dernier morceau 
qui nous ont révélé la date à laquelle Henri II se fit livrer l'état des fiefs de ses 
vassaux : « Anno ab incarnatione Domini MCLXXII, convenerunt omnes ba- 
rones Normannie Cadomi, in nativitate béate Marie Virginis, ex precepto régis 
Henrici, et ibi recognitum est ab unoquoque baronum, ante juslicias régis, 
quot milites unusquisque baronum deberet ad servitium régis et quot baberet 
ad suum proprium servitium ...» 

Voici la liste des pièces contenues dans cette annexe : 

1° Le fragment du Grand râle de l'Echiquier normand, découvert, en i85i, 
aux Archives nationales. Au moment même de la découverte, je démontrai 
r[u'il se rapportait à l'année i i 84 et qu'il appartenait à la même série que les 
rôles publiés en i84o et i844 par Stapleton(^) pour la Société des antiquaires 
(le Londres. Ces rôles sont, à coup sur, la source la plus abondante de ren- 
seignements sur la féodalité et le régime administratif de la Normandie au 
temps de Henri IL 

2° Un état de la vicomte d'Avranches, de la fin du règne de Henri II, copié 
à cette époque sur le dernier feuillet d'un manuscrit de l'abbaye de La Lu- 
zerne. Ce document devait former un chapitre d'un état des domaines du 
duc de Normandie, c'est malheureusement le seul morceau de cel inappré- 
ciable état qui soit parvenu à ma connaissance. 

3° Le procès-verbal de l'assise tenue à Caen en janvier 1175, dans laquelle 
furent reconnus les droits du doyen de Bayeux sur l'église de Surrain. 

4" Un double acte de vente reçu simultanément par la Juridiction communale et 
la juridiction ecclésiastique de Rouen. Vers i i8o. 

''* Fol. i32 v". — Cet état a été publié dans comptes publiés par Stapleton a été insérée en 

le Recueil da Historiens, t. XXIII, p. 70.S, et i846 et 1862 , dans les Mémoires de la Société 

dans mon édition de Robert de Torigni, t. Il, des antiquaires de Normandie {2' série, t. V et 

p. 296. VI). De ce tome VI a été tiré à part, sous le 

'*^ Magni Rolali Scaccarii i\ormanniœ sub re- titre de Magni Rotuli Scaccarii Normanniœ de 

fjibus Anrjliœ , opéra Thomae Stapleton. Lond. , anno Domini, ut videtur, il8U , Fragmentum, le 

i84o, i844- — Une édition défectueuse des morceau découvert aux Archives nationales. 



X\'i \. DOCUMENTS BIOCKAPIIKHIKS. 

r)** ine liste des pcnonmujes qui assistèrent en l ISS, probablement à Caen, à 
une assise plénière de la cour du roi. 

6" Un acte passé en 1 190 à l'Echiquier de Caen. 

7** Un accord conclu à la cour du roi à Rennes vers la fin du xii' siècle. 

1 . Fragment du Grand Rôle de V Echiquier de Normandie pour l'année 1 18ù. 
[Membrana 1'"'.] 

1. [Radulfus] Filius Herberti reddit compotum, pro pâtre suo, de dcc libris, de firma 
prepositure et vicecomitatus de Argentomo; et de x\ libris, pro moiendino Novi stanni; et 
de X libris, pro [mole]ndinode Gravella. Summa: dcc libre xxx libre. 

In thesauro, nichil. [In decjima, Sancto Wandregisilo, xv libras. Canonicis de Sagio. 
xiij libras xij denarios, de elemosina statuta. In décima, abbatie de Bosco, x libras. Hospi- 
tali Jérusalem, c solides, de elemosina [statuta]. Abbacie de Sancto Andréa, xlvi solidos vi 
denarios, de elemosina statuta. Capellano de Sancto Nicholao, xl solidos, de elemosina 
statuta. Vigili castri, Ix solidos, de liberatione statuta. Portario, Ix solidos, de liberatione 
statuta. [Ad] pontem Ogne, xx solidos, de consuetudine statuta. Pro vinis régis adducendis 
de Andegavi usque Cadomum, quater xx libras xv libras iij solidos iiij denarios, per brève 
régis. In reparandis domibus régis [in] Castro de Argentomo, iiij libras xiiij denarios, per 
idem brève. Rogero de Maisie, x libras, de dono régis, per Ijreve régis. Pro papilione régis 
ducendo de Argentomo ad Chinon , iiij libras ij solidos , per idem brève. In thesauris du- 
cendis de Argentomo usque Vernolium et Andegavim, xxij solidos vj denarios, per idem 
brève. Ernaldo balistario ducis Sauxonie, c solidos, de dono, per brève régis. In expensa 
Reginaldi de Fulgeria, xviij libras x solidos, per idem brève. Henrico de Abovilla et sociis 
ejus, 1 solidos, per idem brève. Pro equo locando ad portandum Alanum Wasteheuse de 
Argentomo ad Beccum, xij denarios, per idem brève. In expensa filii Willelmi de Sancto 
Mauro, vij solidos v denarios, per idem brève. Rainero Aucupi et sociis ejus, 1 solidos, 
per idem brève. Gaufrido Filio Pétri, xv libras, de dono, per idem brève. Ricardo de Cur- 
ceio, iiij libras, de dono, per idem brève. Johanni Armigero et Bodino et sociis eorum, 
xxiiij libras, ad expensas equorum régis, per idem brève. Philipo de Fornellis, xx libras, 
de dono , per idem brève. Willelmo Filio Ernisii , c solidos , de dono , per idem brève. In 
conredio Johannis filii régis, 1 libras, per idem brève. Hugoni de Amelaincort et Adelelmo 
de Fontibus, 1 libras, de dono régis, per idem brève. Adelais [sic] uxori Ricardi de Sifre- 
villa, ad nutriendum filium marescalli ducis Sauxonie, c solidos, per idem brève. In justi- 
ciis faciendis , ix solidos, vij denarios. 



ROLE DE L'ECHIQUIER NORMAND. 118^1. 335 

Et débet ccc libras Iviij libras xv solidos vj denarios. 
Idem (•) reddit conipotum de eodem dehito. 
In ihesauTo, c libras xxxiiij libras xj solidos vj denarios. 
Et débet ce libras xxiiij libras iiij solidos. 

II. [Idem] reddit compotum de c libris, de firma foreste de Gofer; et de c solidis, de 
bigris eusdem [sic] foreste; et de Iv solidis ix denariis, de porpristiiris ejusdem foreste; et 
de Ixv solidis, de pasnagio [ejusdem] foreste; et de x libris, de exitu terre abbatie de 
Mosterviler, de dimidio anno , in Sifreivilla et in O , dum fuit in manu régis. Summa : 
c libre xxj libre ix denarii. 

In thesauro, c libras xj libras ix denarios. [In] décima, abbacie de Bosco, x libras de 
lirma foreste. 

Et quietus est. 

m. [Idem] reddit compotum de xxxiiij libris x solidis, de reguardo asiso ejusdem 
foreste. 

In thesauro, xvij libras ij solidos ix denarios. [In] suo superplus precedentis anni, xv li- 
bras vij solidos iij denarios. 

Et débet xl solidos, qui rémanent super terram comitis Willelmi. 

IV. [Idem reddit] compotum de xiij libris ij solidis, de exitu ferie de Pentecoste; et de 
vj libris, de Insula Hamonis hoc anno; et de ix libris, de exitu terre Pétri de Bures; et de 
xliij solidis , [de c]ataillis Rogeri Livarde îugitivi pro morte Torel de Escocie ; et de ix so- 
lidis, de cataillis Ricardi Basset fugitivi pro eodem; et de xviij libris xviij solidis xj dena- 
riis, de novo pas[nagio fo]reste de Gofer. Summa : xliiij libre xij solidi xj denarii, et 
XXV solidi sterlingorum pro c solidis andegavensium. 

In thesauro liberavit. 
Et quietus est. 

V. [Rogerus Gran]dis reddit compotum de xx libris de rémanente veteris firme de 
Argentomo. 

In thesauro, c et vj solidos, et xxiij solidos vj denarios sterlingos pro iiij libris et xiiij 
solidis andegavensium. 

Et débet [x libras]. 

[Idem reddit com]potum de eodem debito. 

In thesauro, xv solidos et xlvj solidos iij denarios sterlingos pro ix libris v solidis ande- 
gavensium. 

Et quietus est. 

^'^ Sont imprimés en caractères italiques les articles qui ont été insérés après coup dans ie 
compte. 



:53G \. DOCUMENTS BIO(;UAI>HIQUKS. 

M. [Ricardus do ('ajrdif reddit coin[)otum di; recepla stia do vcteribus propositis de 
Argcntomo, scilicet : de Willt^lmo fratre Richeri, xl solidos sterlingorum pro viij libris 
andrgavensium ; de Petro Carnifice, xxv solidos sterlingoruin |)io c solidis andegavensium. 
Summa : Ixv solidi sterlingoruin pro \iij libris andegav(Misiiuii. 

In ihesanro iii)eravit. 

Et quietus est. 

Ml. [Willelniiis C.lericns] reddit conipotnm, pro Herberto de Argentomo, de recepta 
suadeeisdem })repositis, scilicet : de Willelmo fratre Richeri, xxxiij [sic, l. : xxiij) solidos 
sterlingorum iij denarios pro vj [sic, L : iv) libris xiij solidis andegavensinm , de Tegrino 
Carnifice, xxxviij solidos andegavensium, et [xlviij] solidos sterlingorum pro ix libris xij 
solidis andegavensium; de Rogero (îreignardo, iiij libras xij solidos sterlingorum pro xviij 
libris viij solidis andegavensium; de Dionisio Haslé Iviij solidos iij denarios sterlingos pro 
xj libris xiij solidis andegavensium; de Radulfo de Monte. . . xvij libras iiij solidos ande- 
gavensium, et xxix solidos xj [sic, L: ix) denarios sterlingos pro c et xix solidis andega- 
vensium; de Willelmo Seignore, xxiij libras iij solidos; de Willelmo Baubet, xx libras. 
Summa : Ixij libre v solidi, et xij libre xj solidi iij denarii sterhngi [pro 1] libris v solidis 
andegavensium. 

In thesauro liberavit. 

Kt quietus est. 

Mil. Ranulfuls Haslé, Rogerus Greignart,Willelmusfrater Richeri reddunt compotum, 
pro se et sociis suis, de ccc libris xxxj libris xvj solidis viij denariis, de rémanente veteris 
firme de Argentomo. 

In thesauro, nichil. In suprascripta recepta Ricardi de Gardif, xiij libras. In prescripta 
recepta Willelmi Clerici, c libras xij libras x solidos. Pro vino ad opus ducisse Sauxonie 
apud Argentomum, xv libras v solidos \àij denarios, per brève régis. 

Et debent c libras quater xx libras xj libras xij denarios. 

IX. Ricardus de Gardif reddit compotum de ixv solidis, de terra Mote in Argentomo; 
et de xl solidis, de terra Roberti de Aumanescbes; et de xxiiij solidis hoc anno, de iij 
pratis récupéra lis per juream; et de xxiij [sjolidis iij denariis hoc anno, de censis Galceie; 
et de Ix solidis, de censis et reguardis terre Hugonis Britonis, cum terra ubi graucia régis 
fuit; et de xxxix solidis xj denariis hoc anno, de terra que fuit Willelmi Sacerdotis; [et] de 
ij solidis, de mansura Willelmi de Bosco juxta Escoves; et de iij denariis, de caméra 
domus Ricardi de Bailleui que est in fossato régis; et de xxx solidis, de terra Galderie, 
régis escaeta. Summa : xiiij libre iiij solidi v denarii. 

In thesauro, Ix solidos xj denarios. [In defecjtu mansure de terra Mote que vacua est, 
V solidos. In perficienda libéra tione ipsius Ricardi de c libris xl libris, quas habet per an- 



RÔLE DE L'ÉCHIQUIER NORMAND. 1184. 337 

num pro ciistodia castri de Argentomo, x libras. In reparando fossato conductus aque. . . 
et exclusa emendanda, xviij solidos vj denarios, per brève régis. 
Et quietus est. 

X. [Idem] reddit compotum de xij libris, pro hoc anno, pro ij modiis et j mina et 
dimidio quarterio avene de bernagio , de Oximis et de Argentomo. 

In thesauro, Ix solidos sterlingorum pro xij iibris andegavensium. 
Et quietus est. 

[Membrana 2'*'.] 

XI. [Idem] reddit compotum de recepta sua de plegiis et catallis Ade de Gravella, sci- 
licet de catallis ejusdem, vj libras viij solidos; de Willelmo Gernon, xl solidos; de Gau- 
frido Britone, xv solidos. Summa : ix libre iij solidi. 

In thesauro, viij solidos, et xiij solidos ix denarios stcrlingos pro Iv solidis andegaven- 
sium. [Pro] lorica data Radulfo de Ardena, vj libras, per brève régis. 
Et quietus est. 

XII. [Willelmus Clericus rejddit compotum de recepta sua de plegiis et redditibus 
heredis Ade de Gravella, scilicet : de Willelmo Gernon, xxx solidos; de Hugone Le Sauner, 
X solidos; de redditu ejusdem heredis, xxix solidos iiij denarios; de Ricardo. . . [x solidos; 
de r]edditu ejusdem heredis, xxxij solidos. Summa : c solidi et xvj denarii. 

In thesauro, Ixix solidos iiij denarios, et viij solidos sterlingorum pro xxxij solidis ande- 
gavensium. 
Et quietus est. 

XIII. [Filius Ade de G]ravella reddit compotum de quater xx libris xvij libris xvij solidis 
jdenario, de debilo patris sui, de rémanente veteris firme de Argentomo. 

In thesauro, nichil. [In] prescripta recepta Ricaidi de Cardis [sic], ix libras iij solidos. 
In prescripta recepta Willelmi Clerici, c solidos et xvj denarios. 
Et débet quater xx libras Ixxij solidos ix denarios. 

XIV. [Ricai'dus de] Cardif reddit compotum de xxxix libris xvij solidis ix denariis, de 
rémanente taillagii de Argentomo. 

In thesauro, xxij libras v solidos viij denaiios, et v solidos sterlingorum pro xx solidis 
andegavensium. [In liberatione servi]entum reduntium [sic] de Lemovic. apud Sagiuui, 
Iiij solidos, per brève régis. 

Et débet xiij libras xix solidos j denarium. 

Idem reddit compotum de eodem dehitn. 

In thesauro liheravit. 

Et quietus est. 

CHARTES ET DIPLÔMES. IV. 43 



338 X. DOCUMENTS lUOCH VPIIIQUKS. 

XV. [Idem ipddit compotnm de] xiiij libris w solidis, de exitu terre Fulcoiiis de Alnoii, 
duin fuit iii manu régis pro stultiloquio suo apud Lemovic. 

In thesauro liberavit. 
Et (juietus est. 

XVI. [Idem reddit compotum de] x solidis, de Roberto de Valle Ogeri, pro dissaisina; 
et de xij solidis iiij denariis, de nltiino pasnagio foresle de Goufer; et de xix solidis, de 
cataillis Hugonis Molendinarii, pro defectu. Sumina : xlj solidi iiij denarii. 

In thesauro liberavit. 
Et quietus est. 

XVII. [Idem reddit compotum de] xxxiiij libris vij solidis vj denariis, de rémanente 
veteris recepte sue de veteribus prepositis de Argentomo. 

In thesauro, xvij denarios, et xxij solidos et iij sterlingos [i. e. dimidios denarios) pro 
iiij libris viij solidis vj denariis. 

Et débet xxix libras xvij solidos vij denarios. 

XVIII. . . [débet] . . . libras x solidos, pro recto de debito versus comitem de Arondel. 
— Gaufridus de Baiocasino débet Ixxxviij solidos, pro negare et cognoscere. — Radulfus 
de Airel débet x solidos, pro concordia duelli. — ... [débet] xx solidos, pro vino super- 
vendito. 

XIX. [Hamo Pincerna reddit compotum de] x libris, de redditu v porcariarum et 
iij vaccariarum de foresta de Monte Fiche t. 

In thesauro, ij solidos j denarium. [In décima, abbati de Ce]rasio, xix solidos iij dena- 
rios. Leprosis de Baiocis, xlv solidos, de elemosina statuta, pro xv baconibus. In defectu 

dimidie porcarie, vij solidos vj denarios. In capella Sancti Nicolai lam[bruscanda] 

toroillis et seris portarum et ostiorum et in ij caminis reparandis apud Burum , 

vj libras vj solidos ij denarios per brève régis. 

Et quietus est. 

XX. [Idem reddit compotum de v solidis] de terris récupéra tis per juream prope 
forestam, et de v solidis, de mansm'a Petevin apud Sanctum Germanum de Ala; et de 
iiij libris xvij solidis hoc anno, de censis terrarum re[cuperatarum , per juream in Baio]cis; 
et de xiiij solidis hoc anno, pro j sextario frumenti, de clauso Cromelle; et de v solidis viiij 
denariis, de censis et reguardis de terra Gaufridi de Clarlonda recuperatarum [sic) per 
juream; [et de xxij solidis] hoc anno, de potariis, pro terra quam capiunt in foresta de 
Truncheio; et de iij solidis, de mansura Buschet; et de xj libris xviij solidis, hoc anno, pro 
xvij sextariis frumenti, [scilicet : de xiij se]xtariis et mina de terra Willelmi fdii Nigelli, 
et de ij sextariis et j mina de terra Othonis, et de j sextario de terra Vitalis de Longa 



RÔLE DE L'ECHIQUIER NORMAND. 1184. 339 

Aqua; et de xviij soHdis iiij denariis hoc anno, pro xj [quarteriis aven]e, de terra recupe- 
rata per juieam in Magnevilla prope Treverias; et de Ix solidis, hoc anno, de censis et re- 
guardisNove Ville prope pontemde Baleré; et de xxx solidis, de censis et [reguardis] terre 
jNiitricionim in Cremic; et de xiv iibris, quas recepit de prepositis de Amanvilla de firma 
sua. Sumnia : ixix libre xviij soiidi vj denarii. 

In thesauro, xlvij solidos vij denarios. [In reficijenda domo ad pincernariam et dispen- 
sariam, et domo ad lardariam, et palicio novo in curia, et fossato in curia, et palitio rele- 
vando in landa versus Archenceium, Iviij libras vj [solidos vj] denarios, per brève régis. In 
constamento xij tonellorum vini andegavensis parandorum de Buro ad Barbefluvium, ix 
libras iij solidos iiij denarios, per brève régis. 

Et quietus est, 

XXI. [Idem débet] xiiij libras xvj solidos, pro x modiis avene, de veteri bernagio de 
V annis, quod remanet super terram Willelmi de Humeto, constabuiarii , in Airel et in 
Dodelvilia et Balaré et Marescallis. 

XXII. [Idem] reddit compotum de xxxij Iibris v solidis iiij denariis hoc anno, pro x 
modiis j sextario avene de bernagio baillie sue. 

In thesauro, xxv libras xvij solidos iiij denarios. 

Et débet vj libras viij solidos qui rémanent super terram Willelmi de Humeto, consta- 
buiarii, in prescriptis terris. 

XXIII. Idem reddit compotum de lx\ solidis, de exitu terre Hamonis de Valoniis juxta 
Torineium. 

In thesauro liberavit. 
Et quietus est. 

XXI\ . Idem reddit compotum de misericordiis et finibus et promissis, scilicet : de 
rémanente tallagii de Baiocis, Ixv solidos. De Hugone Anglico, Ix solidos, de recreantisa. 
De rémanente catallorum Willelmi de Basenvilla fugitivi pro morte hominis, xiiij solidos. 
De reguardo foreste de Troncheio et de Verneio, xij libras xij denarios. Dereguardo foreste 
Sancti Severi, xvj solidos iij denarios. De Radulfo Fiiio Warini, xxxvij solidos vj denarios 
pro V bysanciis, pro recto de debito. De Radulfo de Monceliis, x solidos, pro dissaisina. 
De Herveo de Maisnillo, x solidos, pro falso clamore. De Willelmo Seiran, v solidos, pro 
clamore dimisso. De Gocelino Cosiu, v solidos, pro dissaisina. De Alano Corbin, v solidos, 
pro simili. De Ranulfo de Longa Aqua, v solidos, pro dissaisina. De Roberto Fiossei, v so- 
lidos, pro concordia. De Serlone Graverenc, v solidos, pro eodem.Dc Thoma Filio Alani, 
xxx solidos pro iiij bisanciis, pro recordatione. De Willelmo de Graeio, x solidos, pro super- 
demanda. De Petro Episcopo, x solidos, pro eodem. De Ranwlfo Jumel et Ricardo de Can- 
tilupo, X solidos, pro clamore dimisso. De Wauchelino de Campinneio, v solidos, pro 
falso clamore. De Rogero Textore, v solidos, pro simili. De Willelmo de Viana, xx solidos, 

43. 



340 X. DOCI-MKNIS BIOCUAPHIQUES. 

pio stiiltiloquio. De Roberto Huese, v solidos, pro falso clamorc. De Willelino Eiiguci- 
ranni, v solidos, pro eodem. De Willelmo Maigaiite , v solidos, pro coiicordia. De Hugone 
de Neirs, x solidos, pro eodem. De Hugone Dursene, x solidos, pro Hilso clamore. De filio 
leprosi de Tillie, v solidos, pro simili. De Gaufrido Simeon, v solidos, pro simili. De 
Ansketillo de Buosson, x solidos, pro eodem. De Willelmo Ricardi, v solidos pro eodem. 
De Willelmo Rupalaio [sic], \ solidos, pro eodem. De Serlone Filio Guidonis, v solidos, 
pro eodem. De Willelmo de Saiicto Laurentio, v solidos, pro dissaisina. De Alberée de 
Fulmucoii, XV solidos, pro clamoi'e dimisso. De Ranulfo Le Campain, x solidos, pro dissai- 
sina. De Ranullb Esturman, v solidos, pro falso clamore. De Ricardo Ruiïo, v solidos, pro 
dissaisina. De Willelmo liomine Ricardi Ruffî, Ix solidos, de recreantisa sua. De Willelmo 
Gerno, k solidos, pro simili. De catallis Radulfi de Haia fugitivi pro morte hominis, xlj 
solidos iiij denarios.De catallis Ricardi Gelber fugitivi pro latrocinio, xvj solidos iiij dena- 
rios. De catallis Gaurfredi Rufin fugitivi pro simili, vj libras xvj solidos ij denarios. De 
catallis Émme de Hamello fugitive pro simili, vij solidos. De catallis Bartholomei de Sancto 
Laurenlio fugitivi pro simili, xx denarios. De catallis Sautdebroil fugitivi pro simili, xij so- 
lidos X denarios. De catallis Witot fugitivi pro simili, ix solidos. De catallis Bertin Porcel 
fugitivi pro] simili, v solidos. De cataillis Rogeri Caisnel fugitivi pro simili, xxxiij solidps. 
De cataillis Âitardi de Taissie fugitivi pro simili, vj solidos vj denarios. De catallis Lam- 
berti usurarii mortui, Ix solidos. Summa : Ivj libre xvij solidi. 

In thesauro liberavit. 

Et quietus est. 

XXV. Willelmus de Golumberiis reddit compotum de kxv libris xvj solidis viij dena- 
riis, quos habuit de terra Eudonis de Castilleio. 

In thesauro, ij solidos. 

Et débet Ixxv libras xiiij solidos viij denarios. 

XXVI. Alveredus de Vaaceio reddit compotum de i libris v solidis, quia non venit ad 
asisam. 

In thesauro, xix libras xv solidos. 
Et débet xxx libras x solidos. 

XXVII. Ranufus de Grandi Valle reddit compotum de xxix libris xj denariis, pro 
dissaisina. 

In thesauro, x libras. 

Et débet xix libras xj denarios. 

XXVIII. Abbas de Cerasio reddit compotum de c libris, de dono quod fecit régi. 

In thesauro, Ixj libras vj solidos viij denarios, et iiij libras xiij solidos iiij denarios ster- 
lingos pro xviij libris xiij solidis et iiij denariis andegavensibus. 
Et débet xx libras. 



RÔLE DE L'KCHIQUIER NORMAND. 1184. 341 

XXIX. Hères Willelmi Picot reddit compotum de iiij libris xix solidis, pro hahenda 
serjanteria que fuit patris sui. 

In thesauro, xx soiidos. 
Et débet Ixxix soiidos. 

XXX. Radulfus de Rende reddit compotum, pro pâtre suo, de c solidis, pro recorda- 
tione duelli. 

In thesauro, xx soiidos. 
Et débet iiij libras. 

XXXI. Giilebertus Serviens reddit compotum de x solidis, pro marisco eftbsso. 
In thesauro, v soiidos. 

Et débet v soiidos. 

RADULFUS FILIUS HERBERTI FILII BERNARDI. — RIGARDUS DE CARDIF. 
— HAMO PIXCERNA et ex altéra parte. 

[Membrana 1"'% dorso.] 

XXXII. Ricardus Harenc reddit compotum de x libris, de tailliagio. 
In thesauro, c soiidos. 

Et débet c soiidos. 

XXXIII. Rogerus Bacon débet d libras de misericordia sua, quia pluries submonitus a 
justiciis propter injurias et dissaisinas quas fecerat hominibus suis, venire noluit. — Idem 
débet c libras, pro concordia du[elli] "versus Rogerum de Monte Freart, et pro dissaisina 
hominum suorum. — Gervasius de Torineio débet c soiidos, de tempore Willelmi de 
Gurceio. — Osbertus de Sancto Quintino, xx soiidos. — Rol)ertus Filius Eve débet [xx so- 
iidos]. — Unfridus Silvestris débet xx soiidos. — Ranulfus Wislart débet xx soiidos. — 
Rogerus de Ponte débet xx soiidos , pro recognitione. — Herbertus Morin débet 1 soiidos , 
pro simili. — Simon Cornix et Willelmus de Aillefe. . . debent xl soiidos, pro simili. — 
Philippus de Groeio débet x soiidos, pro dissaisina. — Serlo deLonga Aqua débet x soii- 
dos, pro dissaisina. — Rogerus de Fraisneio débet v soiidos, pro marisco effoso. — Enger- 
ranus Patrie, c libras, quia recessit a curia sine licencia, et pro dissaisina hominum Rotho- 
magi de vadio. — Abbas de Cerasio, x libras, pro habendo recto de Evrechinvilla. — 
Johannes de Soligneio, x libras, pro dissaisina, et pro negare et cognoscere. 

XXXIV. Durandus Filius Tie habet per regem Londam Wachelini. — - Hamo Pincerna 
habet feodum régis in Aldreio etAneriis, et terram Rogeri Filii Hugonis, et terram Hubert 
de Ponte, et terram Hugonis, [et terram Hugonis de Russeio], et terram Pxadulfi Filii 
Osberti, et terram Willelmi de Guria, per cartam régis. — Ricardus Daneis habet Valeum, 
per regem. — Filius Radulfi de Insuia habet medietatem de Cardonvilla, de h[ouore de] 



3'i2 X. DOCUMENTS BlOCUAPlllQlJES. 

Anianvilla. — Robcrtiis de Curceio liabot iiij lihratas terre iii (.iuiofosse, de eodom lionore. 
— NAillelmus de Huineto, constabularius, habet Maiseium, de feodo comitis Giffardi,per 
cartain [régis], — Rogerus Bacon habet Balgeium , per regeni. 

XXX\ . Rogeiiis de Locellis et \A illelnnis C.lericus reddiint compotum de xxix libris 
V solidis, de rémanente veteris lirnie prepositure de Anianvilla, 
In thesauro liberavernnt. 
Et (juieti sunt. 

XXXM. Rogerus de Locellis et Willelmus Clericus reddunt compotum de c libris 
Ixx libris, de nova firma ejusdem prepositure cum pertinenciis. 

In thesauro. c libras xix iibras xj solidos vj denarios. In décima, Sancto Amendo Ro- 
thomagi, ix solidos vj denarios, hoc anuo, de piscaria. In recepta Hamonis Pincerne scripta 
ex altéra parte hujus rotuli, xlv libras. Pro crasso pisce portando de Monte Baiocas, vj soli- 
dos , per brève régis. 

Et debent iiij libras xiij solidos. 

Eidem reddunt compotum de eodem debito. 

In domihus castri de Amanvilla reparandis et porta rejicienda , iiij libras xiij solidos. 

Et (juicti s[unt]. 

XXXMI. Hamo Pincerna reddit compotum de iiij libris xviij solidis viij denariis, de 
exitu terre Mainardi in Camba, et terre Martini in Sancto Clémente. 
In thesauro liberavit. 
Et quietus [est]. 

XXXVIII. Jordanus de Landa reddit compotum de xxxij solidis, de exitu medietatis 
ferie de Inter Montes, et de ix solidis, de exitu terre Willelmi Tyrei. 

In thesauro liberavit. 
Et [quietus est]. 

XXXIX. Idem reddit compotum de misericordiis et finibus et promissis, scilicet : de 
Gaufrido de Ponte Erenborc, x solidos, pro terra occupata de Godefrido de Maisnillo Grira, 
X solidos, pro dissaisina. De Radulfo Potier. . . [solidos, pro] simili. De jUnfrido Le Fel- 
trier, v solidos, pro falso clamore. De Radulfo presbitero de Meraio, x solidos, pro dissai- 
sina. De Rogero de Bosco, xv solidos, pro simili. De Alveredo de Monte Cauvet, x solidos, 
pro concordia. . . [De] Milone de Glatignie, x solidos, pro eodem. De Wimarc, v solidos, 
pro falso clamore. De Ernaldo de Fraxino, x solidos, pro simili. De Wilieimo Hastevielie, 
X solidos, pro simili. De hominibus Erenborc de. . . de Landa Ysac, xi solidos, pro diffor- 
ciatione. De Jordano de Landa, c solidos, pro dissaisina. De Hugone Patrie, x solidos, pro 
clamore dimisso. De Durando de Gardino , x solidos , pro simili. De Unfrido Tyrel , v solidos , 



RÔLE DE L'ECHIQUIER NORMAND. 1184. 343 

pro negare et coïgaoscere]. De Espinardo, v solidos, pro concordia. De Raighaldo 

Presbytère, v solidos, pro eodem. De Wilielmo Seiranz, v solidos, pro ialso clamore. De 

Soramonda, xxx solides, pro licentia maritandi. De Ranulfo de Albucon pro defectu. 

De Ansketillo de Teil, v solidos, pro concordia. De Warino Baligant, x solidos, pro diffor- 
ciatione. De Mustel, x solidos, pro simili. De Herberto Couber, x solidos, pro eodem. De 
Roberto de Monte, v solidos, pro negare et cognoscere. De Wilielmo Erraen., v solidos, 
pro simili. De Wilielmo de Esson , v solidos , pro plegio. De Roberto Presbitero , x solidos , 
pro negare et cognoscere. De cataillis Willelmi Vitalis fugitivi pro latrocinio, x solidos. De 
cata[illis] Roberti Sutore {sic) fugitivi pro simili, vj solidos. De cataillis Radulfi Painnon, 
pro defectu, xx solidos. De cataillis Unfredi de Nigra Aqua fugitivi pro latrocinio, v solidos. 

De cataillis Osberti de Gornaio mortui usurarii, x solidos. De cataillis Radulfi 

Elborc mortui usurarii, c et viij solidos. Summa : xxix libre. 

In thesauro liberavit. 

Et quietus est. 

XL. Philipa de Rosel reddit compotum de iiij libris pro falso clamore. 
In thesauro, xl solidos. 
Et débet xl solidos. 

XLI. Radulfus Corbel, Willelmus Vesdie, Ansketillus Maugeri, Radulfus de Insula, 
Willelmus Gruel,Burnulfus de Sancto Martino, Gervasius de Coldreio reddunt compotum 
de xix libris xv solidis, de rémanente veteris ri[r]me de Condé. 

In thesauro, x solidos, et v solidos sterlingorum pro xx solidis andegavensium. 

Et debent xviij libras v solidos. 

XLII. Roinoldus Gofelée et Robertus Medicus reddunt compotum pro se et tota villa de 
Ixvij libris x solidis de rémanente veteris firme ejusdem ville. 
In thesauro c et x solidos. 
Et debent Ixij libras. 

[Membrana 2*^% dorso.] 

XLIII. Herbertus sacerdos de Monte Secreto reddit cempotum de x libris, pro habendo 
tilio suo ad rectum. 
In thesauro, c solidos. 
Et débet c solidos. 

XLIV. Willelmus presbiter de Caligneio reddit compotum de xx solidis, pro falso cla- 
more. 

In thesauro, x solidos. 
Et débet x solidos. 



3^i'i X. DOCHMKN'rS I^IOCU MMIIQUKS. 

\]\. Walcholinus Taillebois débet xx libras, de leiiiaiienle veteris firme de Condé. — 
Osmonl Peisson débet xl solidos, pro recto versus lleinicuin de Noiers. 

XLVI. Jordanus de Landa reddit compotum, pro WiUelmo de Soliis, de iiij libris 
xj solidis, pro viij sextariis avene et j summa vini, que idem Willelmus habuit de prepo- 
sitis de Molins et Bomolins. 

bi thesauro liberavit. 

Et quietus [est]. 

\LV1I. Gaufridus Duredent reddit compotuin de c libris Ixix solidis, de rémanente 
veteris firme prepositure de Condé. 
bi tbesauro liberavit. 
Et quietus [est]. 

XLMII. Idem reddit compotum de ccc libris, de nova firma ejusdem prepositure et 
recuperatorum per juream. 

In thesauro, c libras xxviij libras xij denarios, et vij libras xv solidos sterlingorum pro 
xwj libris a[ndegaveusium]. Canonicode Moretonio, c solidos, de elemosina statuta. Eidem, 
xxx solidos, de décima ferie Sancti Martini et furnormn. In justiciis faciendis, xij solidos. 

Et débet c libras xxxiiij libras xvij solidos. 

Idem reddit compotum de eodem dehito. 

In thesauro, xxx libras et xx solidos sterlingorum pro iiij libris andegavensium. 

Et débet qiiater xx libras xix libras xvij solidos. 

XLIX. Haia de Monte Acuto est dominica et defensa et extra firmam. 

L. Ranulfus de Praeriis reddit compotum de c libris xl libris, de firma vicecomitatus 
Baiocassini. 

In thesauro, c libras x libras x solidos. In décima, abbali Gemeticensi, xiiij libras. In 
([uietancia terre Fratrum Templi in Vaaceio, x solidos. In quietancia terre comitis Gloen- 
cestrie, xv libras. 

Et ([u[ietus est]. 

LI. Idem et Hamo Pincerna debent ix libras iij solidos , de rémanente exitus terre co- 
mitis Cestrie. 

PREPOSITI DE AMANVILLA. JORDANUS DE LANDA. GAUFRIDUS DUREDENT 
DE CONDÉ. RANULUS DE PRAERIIS PRO VICECOMITATU BAIOCASSINI. 

Emandatus. 
(Rouleau original aux Archives nationales, S. 4 82 4 n° 1.) 



I 



ETAT DE L'AVRANCHIN. 



345 



2. Etal de la vicomte d' Avranches vers la fin da xii" siècle. 



De Abrincis. 

Milites jiiratores. 

\Mllelmus de Verduno. 
Robertus deVeim. 
Regerius de Campaigne. 
Willelmus de Buxeio. 
Ruai, de Hulmo. 
Eu do deTanie. 
Tomas de Belveeir. 
Willelmus Chauce bof. 
Carpent[arius]. 
Petrus de Terra Gasta. 
Hasculfus de Apulleio. 
W. de Maisnil Adeline. 
Ruai, de Fekerolis. 
W. Crolart. 
W. de Cangeio. 
W. de Sériant. 
Gislebertus de Sartilleio. 



Robertus de Craisneio. 
Ruai, de Campaigne. 
W. de Verduno. 
Gislebertus de Cantepîe. 
Petrus de Boillon. 
Ruai, de Maceio. 
Ricardus de Cisneio. 
Guarmo de Saceio. 
Ricardus de Auceio. 

Biirgenses juratores. 

Radulfus Filius Herberti. 
Osmundus de Molinello, 
Rualdus Balgart. 
Hamelinus de Maigneio. 
Constantius. 

Rogerus Filius Elmenoldi. 
Johannes Bigra. 
Geraldus Filius Landery. 
Radulfus Filius Tustini. 



Episcopatus de Abrincis est de donatione régis. 

Civitas Abrincensis est dominica régis. 

Tunis Abrincensis dominica régis. Gislebertus de Abrincis custodiebat eam temporc 
régis H[enrici] per ipsum regera. 

Cornes Cestrie est vicecomes in feodo de Abrincis et eis que ad Abrincas pertinent, et 
habet in firma sua census et theloneum et omnia placita ad vicecomitem pertinentia per 
iiii . XX libras , de quibus xx libre computantur ad Scacarium consuete pro Vehimo cum perti- 
nentiis suis, que abbatia Sancti Stephani de Cadumo habet in elemosinam de dono régis 
Willelmi. Ad vicecomitatum auteni pertinent consueludo aliva in Vehimo, videlicet de 
extrinsecis horainibus : nam abbas habel teloneum de dominicis hominibus suis, etiam si 
liât in Abrincis. 

In Gênez vero hajjet abbas de Monte mercatum suum et totas consuetudines de eis que 
venduntur in mercato, nisi de horainibus qui sunt quieti apud Abrincas, Vicecomes vero 
de Abrincis, habet totum trespassura, et habet consuetudinem de burgensibus de Gênez 
de eis que vendunt vel emunt in Abrincis; sed milites et vavassores de feodo abbatie 
snnt quieti de nutriluris suis et de eis que emunt ad proprios usus inter Thar et 



CHARTES ET DIPLOMES. 



ZUPniUEItlC NATIONALE. 



340 \. DOCLAIEMS lilOCUiAIMl IQUES. 

Coisnuin nisi in feria Saiicli Aiulroe. Kl oamorarii roi;is (jiii Icriani cuslocliunl liabeiit in 
die ferie de abbale oonsueluclinarie nnaui lihrain piperis et pondus cere. 

Honiines episcopi de l'ontihus suiit (jiiieti in Abrincis nisi in die mercati; et homines 
de V'alle Sancti Pétri similiter. 

Vavassores e|)iscopi qui non sunt niercatoros sunt ((uieli apiid Abiincas nisi in feria 
Sancti Andrée. 

Nullus mercator alivus débet nierceni suam exponere ad vendendura ad Ponz nisi 
prias fuerit apud Abrincas cunoi merce sua. 

Episcopus habet tlieloneuni alivum de blado et sale quod venditur in Valle, sed de 
vino babet rex consuetudinem. 

Vicecomes placitat ter in anno in Ardevun et in (ienez de consuetndinibus suis abspor- 
tatis et procuratur ab abbatc.et liabet exitum de omnibus burgensibusabbatisde omnibus 
his que portant extra vicecomitatum, et exitum de omnibus hominibus alivis. 

Hec suntdominica régis : Prata de Abrincis, et pralarius qui ea custodit tenet feodum 
suum de rege in capite; — et eastanearia dominica régis, et feodum Havart forcstarii, qui 
eam custodit de rege in capite. 

Homines de Sancto Petro Ansgeri et de Cantepie et de Montframerei et homines de 
Apilleio debent portare castaneas ad regem in Normannia et repperire saccos ad portan- 
dum iHas, et sacci rémanent régi. 

Terra que est inter castaneariam et aquam de Maloe, dominica régis, recuperata per 
jureamj, et reddit x quarteria frumenti. Johannes Filius Metearii et Radulfus Filius En- 
guerran tenent. Henri Grate reddit pro eadeni terra iiii solides. 

Montes régis inter Castaneariam et Abrincas dominici régis. 

Furnusde Fossato, recuperatus per juream, reddit v solidos. 

Nova domus thesaurarii, recuperata per juream, reddit vi solidos. 

Thalamus qui est post domum Galteri Tronchou in porprestura est dorainicus régis, 
recuperatus per juream. Tustinus Beschief habebat. 

Feria Sancti Andrée dominica régis, in qua paucissimi sunt quieti; et abbas de Monte 
reddit die ferie camerariis régis libram piperis et pondus core. 

Lande de Arbore Reneri son [sic] frocus. 

Masura Vitalis Gonbaldi escaota régis, 

Landa de Lindreio in ^'alle Sancti Pétri est frocus. 

Lande de Vehim sunt frocus. 

Isti tenent in civitate de rege in capite, scilicet : hères Roberti de Abrincis totum feodum 
suum. Gaufrirlus Peile vilain feodum suum, qui est inde dominicus serviens régis ad 
custodienda placita régis. Cornes Cestrie masuram centum [sic]. Willelmus de Albingneio 
masuram suam. Willelmus de Vernon masuram suam. Enger[ranus] de Saieio masuram 
suam. Robertus de Vehim i masuram. Hères Gisleberti de Abrincis feodum suum; Gau- 
fridus de Castro feodum suum. Willelmus de Verduno ii masuras. 



ACTES .lUDICIAIRES. 347 

Tenentes extra civitatem in Abrincatino de rege in capite. — Reinaldus de Cortenai 
feodum. Robertus Filius R. in Valle Segie. Willelmus de Duxeio Duxeium. Rertran de 
Verduno Sanctam Mariam de Caveio. Robei'tus de Sancto Johanne feodum Alani Filii 
Jordani. 

Omnes masure consuetudinarie infra Abrincas et extra reddunt un denarios de gaitagio, 
et campaitum et motonagium dehis qui bidentes habent, et reddunt omnes consuetudines 
et portant messagia per Abrincatinum. 

Rex Henricus dédit monachis de Savigneio vineas suas de Abrinc[is], et pressorium et 
celiarium et feodum Ruai, de Baudengei ad custodiendum vinum. 

f Copie du temps, à la tin d'un manuscrit venu de l'abbave de La I^uzerne; Bil)l. nat. , nouv. acq. lai., 
1879, fol. 196.; 

3. Procès verbal de V assise tenue à Caen, en janvier J 176 
et dans laquelle furent reconnus les droits du doyen de Bayeux 
sur l'é(ilise de Surrain. 

Ricard us, Dei gratia Wintoniensis episcopus, Simon de Tornebu, Robertus Marmion 
et Willelmus de Glanvilla, universis sancte matris Ecclesie, salutem. Noverit universitas 
vestra quod, cum apud Cadamum [sic] essemus in assisa, Robertus presbiter de Surre- 
heim coram nobis recognovit in ipsa assisa quod Willelmus, decanus Baiocensis, dona- 
verat ei, tamquam dominus et advocatus et donator, sine cujusquam presentatione, duas 
partes ecclesie de Surreheim, cum pertinenciis suis. Recognovit etiam se de illis jurasse 
fîdelitatem et obedientiam eidem decano et successoribus suis. 

Tune ((uoque, in oadem assisa, Philippus de Thaon coram nobis recognovit quod idem 
decanus donaveratei, tamquam dominus et advocatus et donator, sine cujusquam presen- 
tatione, medictatem ecclesie Sancti Pétri de Thaon cum pertineutiis. Recognovit etiam se 
de ea jurasse fîdelitatem et obedientiam eidem decano et successoribus suis. 

Hec autem assisa fuit anno ab incarnatione Domini M°G°LXX''VI°, mense januario , et in 
ea fuerunt présentes : Henricus Baiocensis, Arnulfus Lexoviensis et Ricardus Constan- 
ciencis episcopi, Stephanus abbas Sancti Severi, Ricardus de Humetis, JordanusTaisson, 
Fulch. Paganellus, Willelmus de Ferrariis, Willelmus de Solers, magister Hugo de 
Gaiet. , Rogerus de Arr[eio], Hamo Pincerna, Gaufridus Monacus, Alexander de Barentin, 
Rannulfus de Grandi Valle, Jordanus de Landa, Thoma[s] de Baa, Galienus, Ricardus 
capellanus Falesie, Radulfus nepos ejus, Simon de Tenecheb[raio] , Robertus Agnel, 
Simon de Arr[eio], Willelmus clericus Willelmi de Glawilla, Anchetillus clericus Gau- 
fridi Monachi, Adam de Cruce senescallus comitis Johannis, Thomas de Anfrevilla, 
Obs^ertus] presbiter de Berneriis, Patricius de Berneriis, Willelmus de Aider., Willelmus 
Beleth, Robertus Beleth, Robertus de Baiocis, Robertus de Liveth, et multi alii. 

'Livre noir de l'église de Bayeux, fol. 36, n" 96; éd., t. 1, p. 119.) 

44. 



:Vi<S X. DOClMKN'rs HIO(ÎUAPIIIOl)KS. 

/j. Double otie de renie reçu à Houe/i par la juridiction communale 
et par la juridiction ecclésiastique. 

^ ers 1 1 80. 

A. — Notum sit presentibus quod ego Hawisa , iixor Bernardi Comin , et VVillelmus , primo- 
geuitus meus,ceteriqueliberimei,assensupredicti mariti mei , vendidimus magistroWaltero 
de Constantiis, Rothomagensisecclesie thesaurario , portionem hereditatis que nos contingebat 
indomo et porprisio quod fuit Stephaui, fratris mei. Insuper et domum que fuit Iboldi de 
Grandi Ponte, cum virgulto adjacente, quam nos de emptione nostra possidebamus. Et hec 
omnia predicta ei et heredibus suis absque reclamatione aiiqua in perpetuum jure donii- 
norum feodi abjura ^'imus. Juravimus etiam quod, si quis ei super hoc contraire voluerit, 
nos cum eo pro posse nostro stabimus, et ei et heredibus suis predictas mansiones al^sque 
dolo et malo ingenio warantizabimus, sine nostrum mittere, sicut illi cujus pecuniam 
accepimus , scilicet septies xx'' iibras andegavensium et unum paiefridum. Actum est hoc 
publiée in plena communia Rothomagi, coram Bartholomeo Fergant, majore Rothoniagi. 
Testibus : Hugone de Gressi, R. abbate iMortui Maris, Willelmo de Mala Palude, Willeimo 
de Brealte, Galtero Filio Ger.'^^, Nicholao Groignet, Willelmo Caballo, Rogero Dorg. , 
Luca de Dong^ione], Guidone Parvo, Galfrido de Valie Richarii, Hugone Wast. , Bartho- 
lomeo Bataill., Ricardo Filio Benedicti, Rogero Baldr[ici], Fulcone de Vesili., Johanne de 
Sancto Candido, Nicholao de Dep[pa] , Roberto Filio Guidonis, Rogero de Bello Monte, 
Radulfo de Cotevr. , Radulfo de Carevilla, Symone Nag., W. Filio Engen., Jordano Jois- 
mari, Radulfo de Vinea, Roberto Filio Drogonis, Malgero de Sancto Laudo et aliis multis. 

(Cart. de régi, de Rouen, fol. 69, n° 86, et fol. 107, 11° 170.) 

B. — Notum sit presentibus et f uturis quod Hawisia , uxor Bernardi Comin , et Willelmus 
primogenitus meus, ceterique liberi mei, assensu predicti mariti mei, vendidimus ma- 
gistro Waltero de Constanciis, Rothomagensis ecclesie thesaurario, portionem illam que 
nos contingebat in domo et porprisio quod fuit Radulfi Filii Stephani, fratris mei, insuper 
et domum que fuit Iboldi de Grandi Ponte, cum virgulto adjacente, quam nos de emptione 
nostra possidebamus. Et hec omnia pretaxata ei et heredibus suis absque reclamatione 
aiiqua in perpetuum, salvo jure dominorum feodi, abjuravimus. Juravimus etiam quod, 
si quis ei super hoc contraire voluerit, nos cum eo pro posse nostro stabimus et ei pre- 
dictas mansiones absque dolo et malo ingenio warantizabimus absque nostrum mittere, 
sicut illi cujus pecuniam accepimus, scilicet septies xx*' iibras andegavensium et unum 
paiefridum. Actum est publiée, coram Rotrodo Rothomagensi archiepiscopo , Roljerto 
decano, Radulfo cancellario, Petro cantore, et multis aliis. 

(Cartul. de Téglise de Rouen , fol. 107, n° iCg.) 

''' Ce nom et les cinq suivants sont omis dans le n" 1 70. 



ACTES JUDICIAIRES. 349 

5. Liste des personnages qui assistèrent à une assise plénière de la cour du roi, 
en 1183, d'après une notice de l'abbaye de la Trinité de Caen. 

Sciendum est quod Johanna, abbatissa Sancte Trinitatis Cadomensis, anno ab incarna- 
tione Domini M.C.LXXXIII, disraisnavit domum que fuerat Wiguenni Britonis adversus 
Evainnum et Benedictum qui faciebant se de parentela illius, in curia domini régis, in 
pienaria assisa, coram Willehno Fiiio Radulfi, tune teniporis senescalio domini régis in 
Normannia, et Willelmo de Sancto Johanne, Radulfo Tesson, Henrico de TiHeio, Willel- 
mo de Mara, Hamone Pincerna, Ranulfo de Piacriis, Radulfo vicecomile, Henrico Lovet, 
Gaufrido Duredent, Jordano de Landa, Roberto de Livet, Roberto de Cuileio, Ricardo 
Filio H., Roberto de Manerio, Willelmo de Calux, Roberto Belet, Rogero de Arreio, 
Thoma de Botemont, et pluribus aliis tune presentibus. 

(Carlul. de la Trinité de Caen, ms. latin 565o, fol. 87.) 

6. Acte passé à l' Echiquier de Caen, constatant l'abandon 

de l'église de Hobehomme à l'abbaye de Troarn. 

1190. 

Universis sancte matris Ecclesie filiis presentibus et futuris ad quos presens scriptum 
pervenerit, Johannes filius Johannis filii Willelmi comitis Pontivi, salutem. Noverit 
universitas vestra quod ego Johannes concedo et presenti carta condrmo abbatie Sancti 
Martini Troarnensis et monachis ibidem Deo servientibus , in perpetuam elemosinam , per 
concessionem domini régis Angl[orum] Ricardi, et per concessionem meam et Roberti et 
Willelmi, fratrum meorum, ita libère et quiète et absolute, cum omni jure suo et cum 
omnibus pertinenciis suis, et cum jure presentacionis ecclesie Sancte Marie de Reimber- 
home , quod ipse vel heredes sui nichil possint a modo in omnibus predietis vindicare. 
Quare volo et libère concedo et presenti carta confirme quod predicta abbatia Troarni et 
monachi ejusdem loci habeant et jure perpetuo possideant predictam villam que dicitur 
Reimberhome . cum omni jure suo et omnibus pertinenciis suis, et cum jure presentacionis 
ecclesie Sancte Marie de Reimberhome, bene et in pace, libère et quiète, intègre et plc- 
narie et honorifice, in hominibus et terris, in bosco et piano, in pratis et pasturis et 
rosariis,in aquis et vivariis et molendinis et rivariis et stagnis et piscariis, in viis et se- 
mitis, et in omnibus aliis locis et aliis rébus ad illud pertinentibus, et cum omnibus liber- 
tatibus et liberis consuetudinibus suis. Dicte autem abbatie abbas et monachi, videntes 
urgentes nécessitâtes patris mei, dederunt ei, pro hac concessione et donatione, mille et 
ducentas libras andegavensium. 

Hoc autem actum fuit anno ab incarnatione Domini millesimo centesimo nonagesimo, 
apud Gadomum, coram Willelmo Filio Raduifi senescalio Normannie, in presentia 



:\:^() \. noci mknts niociwpiiiQUES. 

subsciiplorum testiuni. Testibus : Ilenrico Baiocrnsi rpiscopo, llonrico abbatc Sagionsi, 
Uoberto abbate Sancti Andrée de (ioler, l\oberto arcbidiacono [de] Notingehani, Rogero 
de Arreio, Roberto Bernardi arcbidiacono Baiocensi, Pbilippo de Croileio, Robcrto do 
Briecort, llenrico de Tilli, Wiilehno Bacon, Willehno de Angervilla, Johanne Filio 
Roberti de Briecort, Raduifo Travers, Undidfo de Riipera, Ricardo de Rupera, Willelmo 
de Mainnie, Pliilippo Suhardo, llenrico Filio RaduHi Iratre doniini senescalli INormannie, 
Willelmo de Calviz, Reign. Blaheer, Willelmo de Serans, Roberto de Rie, Fulcone de 
Brevilla, Willelmo de («îlot. Roberto de Corcellis, Roberto elemosinario , Thoma de 
Botemont, Hiigone Maignerii, Willelmo Bojon, Roberto de Acceio, Rol)erto Bojon, 
Ragnulfo nepote Nigelli et pluribns aliis. 

(Cartulaires deTroarii, fol. iio v° du nis. de la Bilil. ikU.. loi. loi de, celui des Archives du Cal- 
Nados. — Cette charte est accompagnée d'une confirmation du roi Richard Coeur-de-lion , datée de 
Chinon, le 19 juin 1190.) 



7. iccord conclu à la cour du roi, à Rennes, 
par les soins de Hobcrl de Lanvalai, sénéchal de Rennes. 

Rol)ertus de Lanvalai, senescallns Redonensis , fidelibus universis, salutem. Scripto 
presenti notum vobis facere curavimus ortam fuisse contencionem; inter monachos Savi- 
gueii et Guillehnum Filium Dodonis et Odonem de Capella, de una parte meditarie Nor- 
mannie (pie est supra viam Reddonensem a Fulgeriis, et de quadam parte broUii de 
Moscon. Laborantibus monachis in predicta medietaria, venit Guillelmus Filins Doun et 
violenter iniciens manus in quenidam monachum Radulfuni Pisceni, bis euni ense super 
caput percussit, insuper monachorum duos boves ibidem arantes occidit. Clamantibus 
igitur monachis ad curiam domiui régis apud Reddonis, facta est coram nobis, in curia 
domini régis, inter predictas partes hujus modi concordia. Guillelmus Filius Dodun et 
Odo de Capella quicquid in antedicto brollio de Moscun in prefata medietaria Normannic 
clamabant, excepta una quartaria que est in capite ipsius medietarie, versus Calandor, 
quietaverunt et sine omni calumpnia et controversia monachos reliquerunt. Fide quoque 
coram omni curia se hoc in perpetuum servaturos fîrmaverunt. De bobus vero occisis 
reddiderunt xx" quinque solides et de predicto monacho verberato competentem satisfac- 
tionem Savigneiensi ecclesie fecerunt. Ut autem hec concordia in perpetuum inconcussa 
permaneat, ipsam scripto présente annotavimus, et sigiilo nostro muniri fecimus. Tes- 
libus : Olivero de Apigneio, Gaufrido fdio meo, Roberto deChantelou, Guillelmo viario, 
Raginaldo canonico de Rota et aliis pluribus. 

(Cartulaire de Savigni, n° 3o4.) 



ACIIAKDLS. — AL VMS J)K J>1KIS. 351 



NOTES BIOGRAPHIQUES. 

Achardus, Abrincensis episcopus. — Achaid, après avoir été abJ)é de Saint- 
Victor de Paris, gouverna l'église d'Avranches, de 1161 à 1 1 7 1 . Voir V His- 
toire littéraire de la France, t. XIII, p. lib'S. Le sceau d'Achard, évèque 
d'Avranches, est aux Archives nationales, n** 6^85 de V Inventaire des sceaux. 

Adam episcopus de Sancto Asaph. — Maître Adam, que Robert de Hoveden 
dit originaire de Galles (^), et qui, suivant Raoul de Dicet('^), avait commencé 
par être chanoine de Paris, fut élu évèque de Saint-Asaph au mois de mai 
I 1 76 (^) et sacré à Westminster le 1 3 octobre de la même année C'î. Il mourut 
en 1181 dans l'abbaye d'Osney(^'. Le plus important des actes royaux auxquels 
Adam assista est le traité conclu à Londres, en mars 1177, pour rétablir la 
paix entre les rois de Gastille et de Navarre ('"'). Ce personnage est bien connu 
sous le nom d'Adam du Petit Pont; on peut voir ce qui en est dit dans V His- 
toire littéraire de la France^'^'i et dans la préface mise parValentin Rose, entête 
de l'édition du Viaticus de Gilles de Gorbeil (Leipzig, 1 907). 

Adelis regina. — Fille deGodefroi, comte de Louvain, femme de Henri T' , 
roi d'xingleterre , morte en 1 1 5 1 . 

Alanus de Neuvilla, Nevilla, Novilla. — Souvent cité dans les Pipe Rolls de 
1 i55 à 1 170. Il était attaché à l'Echiquier en 1 i65, et son lils, nommé égale- 
ment Alani, remplit les fonctions de juge itinérant de 1 i 70 à 1 1 79^^^. 

Alanus de Piris. — Il y avait dans les archives de Marmoutier une chartt; de 
Richard, évèque de Coutances, relative à ce personnage et à son fils Thomas. 
(Ms. latin 5441, t. II, p. 28.) 

<■' T. II, p. 78: « Magister Adam Walensis.» ''^ t^ad. de Diceto, t. I, p. I102. 

'*' T. I, p. 4o3 : «Adam canonicus Pari- '^' Annales d'Osney, éd. Luanl, l\ , 39. 

siensis. 1 '*> Geata Hem ici, t. I, p, i5/j. 

'■^ Gervals de Gant., t. 11, p. 255. — Gesta '"' T. XIV, p. 189. 

Hcnrici, t. I, p. 91. '*) Foss, Tlie Jndges, t. 1, p. 288 et 28.1. 



^^:y2 



\. NOTKS IHOCU VnillOI KS. 



Albertus (Magister). — Kn i i y-.i ,iiiaîUe Alhorl, cardinal de Saint-Laurenl- 
in-l.iiniia, et Theodin, cardinal de Saint-Vital, vinrent en Normandie im- 
poser une pénitence à Henri II pour la part de responsabilité qu'il avait en- 
courue dans le meurtre de l'archevè(|ue de Cantorbéry ('). 

Aldefonsus, frater comitis Sancti Egidii. — Alpbonse, comte de Toulouse, 
depuis I 1 /|8, 

Alexander de Barentin, pincerna régis. — Alexandre de Barentin, bou- 
teiller du roi, dirigea ie service des caves loyales, principalement pendant la 
seconde période du règne. Il était chargé d'approvisionner de vin les châteaux 
de la couronne et les localités où la cour devait s'arrêter pendant les voyages 
du roi. Voir plus haut, p. 52 , 76 et 77. Henri IT lui confirma, à lui et à ses 
héritiers, la possession de terres qui lui avaient été données (2). 

Alexander de Bohon. — Témoin à plusieurs chartes du temps que Henri 
était duc de Normandie, en 1 1 00 et 1 1 5 1 . — Il fut chargé, avec son frère 
Enjuger, en 1 i36, de la garde de Domfront et d'Argentan (3). 

Algarus, Constantiensis episcopus. — Sur ce prélat, qui gouverna le diocèse 
de Coutances de 1 102 à i i5i, voir plus haut, p .3 28. 

Aliéner, Anglorum regina. — Ahénor, femme du roi Henri II, à cpii elle 
avait apporté en dot le duché de Guyenne et le comté de Poitou (*). Elle figure 



'*' Ge.tta Henrici, t. I, p. 29. 

''^ Charte datée de Westminster, publiée 
par Madox, Formulare, p. /i8, n" i,\xxvi. 

<^^ Jean de Marmoutier, dans Chron. des 
comtes d'Anjou, p. 29/1. 

•*^ Sur le mariage d'Aiiénor avec Henri II , 
voir plus haut , p. 128 et 127. — Elle figure 
assez rarement en cpalité de reine dans les 
actes de son mari. 

C'est pendant les premières années de son 
union avec Henri II , et très probablement en 
1159, ^F^' P^'' 1^ charte suivante, Aliénor 
confirma, d'accord avec son mari, un arran- 



gement conclu entre le trésorier et le chapitre 
de Saint- Hilaire de Poitiers. 

" A. , regina Anghe et ducissa Aquitanie et 
comitissa Andegavie , archiepiscopis , episcopis , 
baronibus, dapiferis et omnibus fidelibus et 
ministris régis et suis totius Aquitanie, sa- 
Jutem. Sciatis regem dominum meum et me 
concessisse et confirmasse conventionem et 
finem que facta fiiit inter Gervasium thesau- 
rarium ecclesie Sancti Hylarii et ejusdem 
ecclesie capitulum. . . 

« Testibus : Matheo cancellario et Rad. de 
Hasting. dapifero et Saldebrol constabulario et 



ALBERTUS. — ALIENOK. 353 

rarement dans ies actes royaux, ayant été emprisonnée depuis la révolte de 
ses enfants contre le roi jusqu'en i i85, suivant Gervais de Gantorbéry(^), qui 
fixe à environ douze années la durée de sa captivité. C'est au mois de juillet 
1 174 qu'elle passa en Angleterre pour y être internée [Gesta Henrici, l. I, 
p. 72). Un article du Pipe Roll de l'année 1 i85 fait allusion à son retour en 
France : « in liberatione esnecce quando dux Saxonie et regina transfretaverunt , 
7 1. 10 s. Et in liberatione septem navium que transfretaverunt cum hernesio 
predictorum, 12 1. 1 o sol » (Rév. Eyton, p. 2 6/t). 

Peu de temps après son retour en France, Aliénor, par charte datée 
d'Alençon, s'associa à son mari et à ses enfants pour assurer à l'abbaye de 
Fontevrault la perception d'une rente sur la prévôté de Poitiers : 

Aliéner, Dei gTa lia regina Angl. ducissa Norm. et Aquit. comitissa Andeg. , archicpiscopo 
Huidegal., episcopis, abbatibus. . ., et fidelibus suis totius Aquitanie, salulem. 

Sciatis me, assensu domini mei H. régis Angl., et Ricardi, Galfridi, Johannis, filiorum 
meorum, dédisse abbatie Fontis Ebraldi centum libras in perpetuam elemosinam, in 
prepositura Pictavis et in vinea de Banaun et in ea que recipitur apud Marciieiuni. 

Hiis testibus : Gauf. de Taunai, Rad. de Taunai, Chalone de Roca t^orti, Herveo de 
Marul., Roberto de Montemiralio senescallo Pictavie, Jolianne de Resse, Reimono 
de Resse, Petro Filio Guidonis, Emerico Filio Ivonis, Stepliano senescallo Andeg., 
Hugone vicecomite de Castrodun., Hugone de Creissi, Thom. Bardulfi, Rogerio elemo- 
sinario domini régis, Josberto de Precigné , Herveo preposito de Munbasun. 

Apud Alenc.t^l 

Cette charte ne peut être que de l'année 11 85 ou 1186, puisqu'elle 
mentionne l'intervention de GeofFroi, comte de Bretagne, mort en août 
1186. 

r 

Sur la part qu'Aliéner a eue un moment ^^' à l'administration des Etats de 
son mari, voir plus haut p. 171-174. 

Willolmo filio Hamonis et Herveo preposito '"> T. I, p. 326. — La mise en liberté 

Pictav. — Apud Rofiacum. » dAliénor est rapportée, dans les Gesia Henrici 

Rédet a publié cette charte dans les Me- (t. I, p. 3o5 ) , à l'année ii83 : «jam a multis 

moires de la Société des antiquaires de l'Ouest retroactls temporibus in custodia régis retenta 

(t. XIV, p. 160), d'après le recueil de Dom l'uerat». 

Fonteneau, où se trouve une très brève indi- ''^ Ms. latin 548o, t. I, p. 454- 

cation de la confirmation du roi, laquelle a ^^> Les brefs de régence cités dans les Pipe 

pris place dans notre Recueil sous le n" 92. ]\olls se rapportent aux années 1 ibi]-i i63. 

CHARTES ET DIPLOMES. IV. 45 



;^54 \. NOTES BIOGRAPHIQUES. 

On verra un peu plus loin (p. 4i i et 436), aux articles Palricius SalLshe- 
ricnsis cornes el Ilicardus, Piclavensis cornes, deux actes émanés de la reine 
Aliéner avant qu'elle eût encouru la disgrâce de son mari. A la page 199, j'ai 
eu l'occasion de signaler son attitude après la mort de Henri II, avant le cou- 
ronnement de Richard Cœur-de-lion. C'est le seul des actes de la reine douai- 
rière dont j'aie dû ni'occuper. 

Un des recueils de Gaignières (ms. latin 6/119, p. 80) nous a consei^vé 
l'image du sceau dont elle continua à se servir pendant son veuvage. C'est 
un long sceau allongé et pointu sur lec|uel elle est représentée debout, tenant 
un oiseau sur la main gauche; il ne subsistait (pie la dernière partie de la lé- 
gende : . . . NORMANORVM DUCISSA ET ANDEGAVIE COMITISSA. — 
11 y a aux Archives nationales, attaché à une charte de l'année 1 199, ua 
exemplaire mutilé de ce même sceau; voir le Catalogue de Douët d'Arcq, 
t. in, p. 262. 

Alveredus (Magister). — Ce clerc est témoin à trois chartes de Henri II(') 
dont une est souscrite parole chancelier Thomas Becket, et les deux autres 
sont au plus tard de l'année 11 58. Est-il permis d'identifier ce «magister 
Alveredus » avec « Alveredus, clericus et familiaris régis Anglorum Henrici », 
qui monta en 1 i58 sur le siège épiscopal de Worcester (■^î .^^ 

Alveredus , Alvredus , Alwredus de Sancto Martine, dapifer. — Très fré- 
quemment témoin de chartes de Henri II, parfois avec le titre de dapifer 
(n°* 262 et 307) ou de senescallas (n° 3o8). Nommé dans le Pipe Boli 
de 1171. 

Le roi voulut faire donner une église à un chapelain de cet « Alveredus de 
S. Martino , qui in finibus Hastingensium sub comité Augi vicecomitis exeque- 
batur officium(^) ». 

Il sert de témoin à une charte de Henri, comte d'Eu^''), et il avait été vassal 
du comte Jean, père de ce Henri (^). 

(1) >jo» 12, 33 et 69 de notre Recueil, '"^^ Chronicon monasterii deBello jéd.Bievfer, 

^"' Continaatio Beccensis, publ. dans les ad- citée dans la traduction de Lower. 

ditions à la Chronique de Robert de Torigui, '■'''> Monast. angL, t. ^', p. 668. 

t. Il, p. i65. ''' Liber niger Scacc. , t. I, p. 67. 



ALVEREDUS. — BALDUINUS. 355 

Il gère les domaines du roi à Neufchâtel en 1 180 et 1 184 ^'^- Il est témoin 
d\me charte de la reine Marguerite le 1 1 mars 1 186^'^). 

Le 3 G novembre 1189 il fut l'objet d'une charte de Richard Cœur-de- 
lion (3). 

Il avait fondé l'abbaye de Robertsbridge en 1 i y6(*). 

Alveredus de Vaaceio , de Vuaci. — Auvré de Vassi escorta très coura^euse- 
ment Henri II au cours du voyage que le roi fit dans le Maine et l'Anjou en 
1 174 pendant la révolte de ses fils (^). En 1 i8/| il eut à payer une amende 
pour avoir fait défaut à une assise ^''l C'est un des bienfaiteurs de l'abbaye 
d'Aunai(^l 

Arnulfus, Aernulfus., JErn., Ërn., Hem., Lexoviensis episcopus. 

La forme Aernulfus se rencontre au bas d'une cliarte originale de l'église 
de Winchester, qui paraît dater de la première année du règne et que Warner 
a reproduite dans son recueil (11° 38). Armilfus est de beaucoup la forme la 
plus ordinaire. 

Arnoul, évéque de Lisieux, depuis 1 1 4 i, renonça à l'épiscopat et se retira 
en 1 182 dans l'abbaye de Saint-VictorW. 

Balduinus, Cantuariensis archiepiscopus. — Baudouin, précédemment 
évècjue de Worcester depuis 1181 (^\ fut élu archevêque de Cantorbéry en 
décembre 1 i84^^°h il pi'it possession de son siège archiépiscopal au mois de 
mai 1 1 85(^^1 II eut des entrevues avec le roi, dans le Maine ou la Normandie, 
pendant l'été de 1 187^^^). Rentré en Angleterre au mois de janvier 1 188^*^^ il 
fut chargé au mois de juillet suivant de remplir une mission auprès de Phi- 

f') Sta^pleton, Rot. Scacc. Norm., t. I, p. 57 ''' Charte des Ai'chives nationales, S. ^9 73, 

et 116. n° 6. 

(*^ N" 466 de notre Recueil. '*' Robert de Torigni, t. II, p. 107. 

^'^ Palœograph. Society, pî. igS. ''' Robert de Torigni, t. I, p. 96. 

(*) Mon. angl.,t. V, p. 666. f'"' Ibid., p. 129. 

('5 Rad. de Diceto, t. I, p. 879. '"^ Rad. de Diceto, t. II, p. 24 et 26. 

^*î Stapleton, Rot. Scacc, t. I, p. 116 et ''^^ Notamment à Alençon. Gervasius Can- 

117. Fragment du Rôle de ii84, paragraphe tuariensis, t. I, p. 38o. 

XXVI, plus haut, p. 3/4o. ^"^ Ihid., p. 398. 

45. 



:\bC) 



\. \OTKS lUOCJUI'IIIOliKS. 



lippe Aii^uslo^'el rcsla en Francc^-^ jusqiia ravèiiomont de Kicliard (^œur-dc- 
lionqiii, avanl d'allerse laire couronner en Angleterre, se lit absoudre de la 
faute qu'il avait commise en se révoltant contre son père'*). Les chartes royales 
expédiées en Normandie auxquelles Baudoin a pu prendre part comme témoin 
scmt les unes peut-être de i 187 et les autres très certainement de 1 188 ou 
I 1 89. 

Balduinus de Redviers. — 1 1 7/1. «De scutagio milituin Balduini de Ued- 
\ers. » — Pipe Roll x\ H. II, p. 9 3. 

Bartholomaeus , Exoniensis episcopus. — Barthélemi, archidiacre d'Exeler, 
lut sacré évèque de la même ville en 1161, et mourut en ii8/i(''). Gautier 
Map(^) s'exprime ainsi au sujet de ce prélat : «Bartholomaeus, Exoniensis 
episcopus, vir senex et facundus ». 

B[artholom8eus|, decanus Sancti Mauricii Turonensis. — Barthélemi, doyen 
de Tours depuis 1 1 55 au plus tard , devint archevêque de la même ville en 
1 174 et mourut en i2o6(''^. 

Bartholomaeus, Sancti Nicolai Andegavensis abbas. — Barthélemi, abbé de 
Saint-Nicolas d'Angers depuis 1 149, avait un successeur en 1162 '^'^K 

Benedictus de Angervilla, de Ansgervilla. — Benoît d'Angerville avait en 
1180 la garde du château d'Amanville^^^ (aujourd'hui Osmanville), près 
d'Isigni. — Il donna à l'abbaye de Blanchelande une partie de la dime de Bio- 
ville et une terre sise à Carquebu^'^^. 



''' Le passage de Baudouin est ainsi men- 
tionné dans le Pipe Roll , que cite le Rév. Eyton 
(p. 287): «In passaglo archiepiscopi Cantua- 
riensis et episcopi Lincolniensis et aliorum 
nuntiorum régis, in quatuor de melioribus 
navibus de Dovra. » 

'"' Rad. de Diceto (t. II, p. 62) nous a con- 
servé une lettre de l'archevêque Baudouin 
dans laquelle celui-ci parle de son séjour en 
Normandie. 

'^^ Jbid, t. H, p. G 7. 



<*' Rad. de Diceto, t. I, p. 3o4- — Gerv. 
Cantuar. , t. I, p, 169. — Robert de Torigni, 
t. I, p. 333, et t. II, p. 5i5. — Monast. angi, 
t. II, p. 5i5. 

'*^ De Nugîs ciirialiiivi , I, xii, éd. Wright, 
p. 20. 

'■"'' Gallia christ., t. XIV, col. i45. 

''^ Gallia christ . , t. XIV, col. 676 et 677. 

'*' Stapleton, Rot. Scacc, t. I, p. 82. 

'°^ Arch. de la Manche, fonds de Blanche- 
lande. 



BALDUINUS. — BERNARDUS. 357 

Bernardus Chalonis. — A une séance plénière de la cour du roi, tenue à 
Chinon en 1182W, assistait Bernard Ghalon, qui, l'année précédente, avait 
délivré une charte à l'abbaye de Saint-Serge d'Angers (^). Le même Bernard 
figure comme témoin dans une notice duCartulaire de Saint-Jean d'Angers^^^ 
que l'éditeur, Gélestin Port, rapporte à la période comprise entre 1 i85 et 
1188. Les archives de l'abbaye de Savigni^^^ contiennent une charte de Bernard 
( Jialon , qui se dit neveu d'Etienne de Tours , et qui , en qualité de sénéchal 
de Mayenne, appose son sceau à une transaction de la fin du règne de 
Henri II. — Voir plus loin la note relative à Calo prepositas. 

Bernardus Cumin, Comin. — Une charte de l'abbaye du Bec constate le don 
(jue «Bernardus Comin senior » avait fait à l'abbaye du Bec de 100 acres de 
terre à lui précédemment données par l'Impératrice Mathilde, dans le pays 
de Caux, aux essarts de la forêt de Caux(^). Le roi Henri II, en 1181 ou 
1182, confirma la vente de terrains situés à Rouen , que Bernard Cumin avait 
faite à Gautier de Coutances(^). 

Bernardus, episcopus de Sancto David. — Bernard Fils Gerald, évéque de 
Saint-David, suffragant de l'archevêché de Cantorbéry, de 1 1 /48 à 1176. 

Bernardus de Sancto Walerico. — Henri II le chargea démissions à remplir 
en 11 65 auprès du pape Alexandre DI^''), et en 1186 auprès de Philippe 
Auguste (^l II est inscrit sur le rôle des fiefs de 1172 comme n'ayant point 
rendu d'aveu (^). Il figure dans les Pipe Rolls des années 1 1 72-1 1 76^^*^^. 
Gaignières nous a conservé le dessin du sceau qu'il avait apposé à une 
charte de l'année 1181, relative à une donation faite aux religieuses de 



''^ N" 4^2 de notre Recueil. 
'-' Collection Moreau, vol. 85, fol. 66. 
''' P. XI, charte x. 

'*' « Bernardus Chalonis, nepos Stephani de 
Turonis. . . Testes sunt Bernardus Chalonis. 



^^ Ms. latin 12884, part. 11, loi. 122. 

■"') N° /i3i de notre Recueil. 

'' Hoveden, t. I, p. 280. 

) Rad. de Diceto, t. Il, p. d3. 

' « Bernardus de Sancto Galerico , pro f eodo 



tune senescallus Meduane, qui remistam sigilli de Valle de Duno. » Rec. des hislor., t. XXIII, 

suimunimine confirmavit. » Cartulaire de Sa- p. 698 h. 

vigni, n" 4^3. La charte originale est aux Ar- C^) Voir les tables des vol. publiés en 1891, 

chives nationales, L. 978. 1895-1897 et 190/1, t. i8, 19, 21, 22 et 25. 



358 X. NOTES BIOGRAPHIQUES. 

Foiik'Maulf : on y voit un écu chargé de deux lions passants^'). Bernard de 
Sainl-\aleri est le véritable fondateur de l'abbaye de Godesfort, au comté 
d'Oxford : il abandonna au roi Henri II les droits qu'il avait sur cette maison 
pour (pi'elle pût jouir des me^mes prérogatives que les abbayes royales (^). 

Bernard était seigneur d'un terrain situé près de la eatliédrale de Rouen , 
([ui donna lieu en i i 7-7 à des conventions arrêtées par devant le maire et les 
pairs de la ville (^). C'est à l'occasion de ce fief que Bernard de Saint-Valeri 
écrivit la lettre suivante, qui est un des plus anciens documents relatifs à 
l'exercice de la juridiction de la commune de Rouen : 

B.deSancto Walerico,majorietparil)us communie Rothomagensis , salutem et magnum 
amorem. AucUvi quod vos misistis in placitum Walterum, fratrcm meum,de masura mea 
que [est] juxta atrium Béate Marie de Rothomago, unde non parum miror, cum non defe- 
cerim alicui de recto tenendo. Mando igitur vobis quod dimittatis michi curiam meam 
sicut alii barones régis, vel etiam minores, habent, quia iibenter quando requisitus fuero 
rectum faciam. 

Par une charte d'une calligraphie remarquable, datée de 1181 ^^\ Bernard 
de Saint-Valeri donne à une religieuse de Fontevrault, danna Philipa, une 



'•: Ms. latin 5480, t. I, p. 267. 

^*^ « Ut prefata abbatia de cetero habeatur 
libéra et in capite corone régis slt, sicut abba- 
tia Sancti Edmundi et aUe regales alîbatie que 
per regnum Anglie sunt constitule. » Monust. 
anglic, t. IV, p. 364- 

''^ «Inpresenlia Bartholomei Fergant, qui 
tune erat major communie I\othomagi, et pa- 
rium ipsius civllatis, présente et concedente 
Bernardo de Sancto Walerico, domino feodi, 
talis facta est conventio inter Walterum de 
Sancto Walerico, Rothomagensem archidia- 
conum , et fJios Geroldi Mali Clerici , de vadio 
quod Reinaldus de Sancto Walerico, pater 
ipsius Walteri archidiaconi, habebat super do- 
mum de atrio Sancte Marie , que fuit predicti 
Geroldi, et de novis edificiis que ipse Walterus 
fecit in predicto feodo ...» Cartul. de Téglise 
de Rouen, fol. 111, n° i83. 

'*' Ibidem., fol. 112, n" 189. 



'"' « In nomine sancte et individue Trini- 
tatis. Bernardus de Sancto Walerico, omnibus 
hominibus suis francis et anglicis, saluteui. 
Notumsit omnibus hominibus , tam presentibus 
quam futuris , quod ego Bernardus dedi domine 
Philipe, sanctimoniali Fontis Ebraldi, singulis 
annis, unam marcham argenti recipiendani 
in Anglia meo schecario, ad festum sancti 
Michaelis, quamdiu vixerit. Post autem illius 
obitum , dedi et concessi in perpetuam elemosi- 
nam illam predictam marcham Sancto Johanni 
eAvangeliste Fontis Ebarldi {sic), et sacerdotibus 
et clericis ibi Deo servientibus , pro amore Dei 
et sancte Marie et sancti Johannis ewangeliste , 
et pro anima Henri ci, régis Angiie, et pro 
anima patris mei et antecessorum meorum et 
mei , et Aanoridis , uxoris mee , et filiorum et 
filiarum mearum. Hanc elemosinam concesse- 
runt Kenaldus et Bernardus, filii mei, et mei 
alii pueri. T[estibus]: Milone capellano meo, 



BERNARDUS. — BERTRANNUS. 350 

rente viagère d'un marc d'argent à prendre sur son échiquier en Angleterre ; 
il y mentionne feue sa femme Aanordis, et ses enfants Renaud et Bernard. 
Celui-ci, Bernardus junior de Sanwaleri, est cité en i 190 comme n'étant plus 
en vie^''. 

Bernardus, Sancti Ebrulfi abbas. — Suivant les auteurs de la GaJUa chris- 
liana (t. XI, col. 822), il ne fut abbé de Saint-Evroul que pendant une année 
et fut déposé en 1 lôg. 

Bernerius, Nogeriensis abbas. — Cet alDbé de Noyers en Touraine est 
celui qui est appelé , peut-être indûment, Hmjo Bernerius et qui serait mort 
après 1 1/19, suivant la Gallia christiana^^^ . Une pancarte originale de l'abbaye 
de Fonte vrault(^), émanée de Henri, duc de Normandie, prouve qu'il était 
encore en vie au mois de mai 1 \h[\. 

Bertrandus, Burdegalensis archiepiscopus. — En 1 166 il siégeait au concile 
(lu Mans où fut décrétée la levée d'une collecte en vue d'aller au secours de 
la Terre Sainte (''K Sa trace disparaît à partir de 1170. 

Bertrannus, Berteramus de Verdum, de Verduiio — Bertran de Verdun 
était un chevalier de l'Avranchin, à qui la garde de Pontorson fut confiée à 
une date indéterminée. Guillaume de Saint-Jean lui concéda des parcelles de 
terres sises à Moidrei, dont il se croyait propriétaire; mais, par suite d'une 
réclamation des moines de Savigni, il dut révoquer cette donation (^^. L'état 
de la vicomte d'Avranclies à la fin de la seconde moitié du xii^ siècle men- 
tionne ainsi le fief que Bertrand de Verdun possédait à Chavoi : « Bertran de 
Verduno, Sanctam Mariam de Caveio^'"' ». Les fiefs que le mémo seigneur 

et Ansero clerico meo , et Bernardo Mule te , ^ '^^ T. XIV, col. 291. 

Radulfo de Bavencurt, Bernardo Cache leu, et ''^^ N° 76* de notre Recueil. 

Johanne prière Fontis Ebraldi, et Gaufrido ''^ Gervais de Cantorbéry, t. I, p. 198. 

priore de Alte Bruerie. Anno M. G. octogesimo '^' Cartul. de Savigni, n° 89 : « Concessi 

primo. » (Original jadis scellé sur double queue Bertranno de Verduno, ([uando custodiebat 

de parchemin. — Archives de Maine-et-Loire, Pontem Urson, de dominio quod habebam in 

Fontevraalt , titres d'Angleterre.) maretis de Maidreio. » 

'*' Epistolœ Canlaar., éd. Stubbs, p. 329. '*' Plus haut, p. S/iy. 



'^<''<^ X. NOTES BIOGRAPHIQLKS. 

lenail en Angleterre sont éniunérés dans le Liber niger Scaccariii^). En faisait 
partie l'église de « Liinberga », qui lui venait d'une concession de Richard du 
Hommet et qu'il donna aux moines d'Aunail-'). Ses rapports avec le seigneur 
du Hommet sont attestés par une charte à laquelle il servit de témoin en 
1 1 70 (^), et mieux encore par la charte de fondation de l'abbaye de Croxden, 
dans laquelle Bertrand de Verdun s'exprime ainsi lui-même : « pro animabus 
\ormanni de Verduno palris mei, et Luceline matris mee, et Richardi de 
Humez, qui me nutrivit, et predecessorum meorum, et pro salute mea et 
Koehais uxoris mee. . . W ». 

Le nom de Bertrand de Verdun se rencontre dans beaucoup de chartes de 
Henri II et de comptes inscrits sur les Pipe Rolls, années 1 1 59-1 161, 1 167, 
1 168, 1 171-1 17 G. En 1 172, alors qu'il était fermier du domaine des comtés 
de Warwich et de Leicester, il soutint ses vassaux dans la lutte qu'ils entamèrent 
contre les hommes du comte de Leicester(5). — Bertrand resta fidèle au hm 
en 1 173 lors de la révolte des princes C^). Il remplit les fonctions de justicier 
pendant plusieurs années (^). En 1177 il fut chargé d'une mission en Espagne ('^), 
et en 1 i85 il alla en Irlande, investi des fonctions de sénéchal (^). La même 
année, la garde de l'honneur de Chester lui fut confiée pendant la minorité 
de Renouf, fils du comte de Chester t^"). 

Bertrand partit pour la croisade avec Richard Cœur-de-lion, qui lui confia 
la garde de la cité d'Acre le 21 août 1191. Il mourut à Jafta peu de temps 
après (^^). 

Sur Bertrand de Verdun, on peut consulter deux notes, l'une de M. Joseph 
Tardiî [Coutamiers de Normandie, Le très ancien couliimier, texte latin, p. 106), 
et l'autre de M. Paul Meyer ) L'Histoire de Guillaume le Maréchal, t. IH, p. xxx). 

'"' P. i4i. — Jl eut la ferme des domaines '•*' Geslu Henrici, l. 1, p. 5i. 

des comtés de Warwick et de Leicester depuis CJ Ibid. , t. I, p. 107 et t. II, p. 88, noie d.. 

1 169 jusqu en 1 184, et pendant cette période — Madox, Exchequer, p. 6^ et 87. 

il parait avoir résidé dans son château de ''^ Gesta Henrici , t. I, p. ibn. 

Brandon. Foss, The Judges, t. I, p. 3 18. C) Giraud le Cambrien, De rébus a se geslis , 

'') Charte des archives du Calvados, fonds II, xiii, éd. Brewer, t. I, p. 65. 

^'A""«'- ''"^ Foss, The Jadges, t. I, p. 3x8. 

<') Monasl. angl, t. IV, p. 361 . C^) Gesta Henrici, t. II, p. 1/19 et 190. Cf. la 

(*' Ibid.. , t. V, p. 6G5. Chroniffuc de Crokesden, Monast. angl., t. V, 

''^ Pipe Roll xriii H. Il , p. 109. n. (i6i. 



BERTRANNUS. — CLAREMBALDUS. 361 

Briencius, Brienn. , Brientius de Martigneio , Martineio, Martiniaco. — Brient 
de Martigné, connétable du comte d'Anjou en ii52W, est cité dans un 
assez grand nombre de chartes du commencement du règne. Dans le fief de 
ce seigneui' était comprise une île appelée Offart, située près de Saumur^^J. 

Calo, Chalo preepositus. — Ce prévôt d'Angers était déjà en fonctions du 
vivant deGeofîroi Plantegenèt. D'après une pièce du Cartulaire de La Roue, 
il prit part à un jugement rendu par Joscelin de Tours du temps d'Ulger, 
évèque d'Angers, c'est-à-dire au plus tard en i i A9. Il siégeait à la cour du roi 
à Angers quand elle refusa de donner suite à une plainte déposée par « Har- 
duinus Culfarin », contre les moines de Saint- Aubin (^) . 

Ce prévôt d'Angers devait appartenir à la même famille que Bcrnardus Cha- 
lunis, qui fut prévôt d'Angers à la fin du règne de Henri IW. 

Carpentarius de Sancto Hilario. — Ce seigneur, sous le simple nom de Car- 
pentarius, figure sur la liste des tenants du roi dans l'Avrancliin, vers la fin du 
xii*^ siècle ^^). 

En 1 1 08 « Hasculfus de Sancto Hilario Filins Pétri », à l'occasion de la prise 
d'habit de son cousin Carpe nlerias , qui s'était fait moine dans le prieuré de 
Sacé, au diocèse d'Avranches, confirma les donations que son père avait faites 
à ce prieuré (*^). 

Chalo, Pictavensis episcopus. — Chalon, évèque de Poitiers, de 1 i55 à 
1 1 57. 

Christianus, episcopus Candide Case de Galveia. — Chrétien, évèque de 
Galloway, de i i5/i à 1 186. 

Clarembaldus , abbas Sancti Augustin! Cantuariensis. — Cet abbé, élu en 
1 1 63 (^^, fut dégradé en 1 1 7 3 1^'. 

<"' N" 23* de notre Recueil. ^''' A oir plus haut, p. SSy, au nom de Ber- 

'*^ Collection Housseau, vol. V, n" i823. nardus Chalonis. 

''> Notice originale vue en i853 dans une '*' Plus haut, p. 345. 

collection particulière, et que j'ai communi- '^^ Ms. latin 5/i4i, t. II, p. 167. 

quée à M. B. de Broussillon, pour être insérée ''^ Gervasius Cantuar. , t. I, p. 173. 

dans le Cartiil de S. Aubin, t. II, p. 25o. '*' Rad. de Diceto, t. I, p. 35/1. 

CIIAKTES ET DIPLOMES. ■ — IV. ^6 

lUPniMElVlE NATIONALE. 



:\{}'2 



X. NOTKS BKXiUAPlIlOUES. 



Conanus Britaimiae dux, dictus Grossus. — Conan 111 dil le Gros, duc de 
Bretagne de i i i 2 à i i/i8. 

Conanus cornes (ou dux) Britanniae. — Conan IV, ou le Petit, duc de Bre- 
tagne (1 1 55-1 171), est cité, sous la dénomination de Conanus cornes ou cornes 
Britannie , dans des chartes de Henri II qui paraissent bien avoir été expédiées 
en 1 1 Gy et 11 68(^) ; mais dès cette date Henri U s'était fait céder le gouverne- 
ment de la province pour son lils Geoffroi, qui était fiancé à Constance, héri- 
tière de Bretagne. Dans un acte de donation faite à l'église de Notre-Dame 
d'York, après s'être intitulé duc de Bretagne et comte de Richement (^), il rap- 
pelle que son père Alain de Penthièvre était neveu des comtes de Richemont, 
Alain le Roux et Alain le Noir(^). A la fin de sa vie il était considéré par 
Henri II simplement comme comte de Richemont, représentant son aïeul le 
comte Etienne, comte de Penthièvre (^). 

David de Gastelbria, de Castro Briencii. — Témoin à une donation que 
« Girbergis cambiatiix w fit à l'abbaye du Roncerai ^^), à une notice du Cartu- 
laire de Saint-Jean d'Angers, que l'éditeur rapporte à la période comprise 
entre les années 1 1 85-i 1 88 (''^ et à une charte d'Emma, abbesse du Ron- 
cerai C). 



(1) ^o. ^^j^ 1-76, 177 et 177 A. de notre Re- 
cueil. 

'■' «...Ego Conanus, dux Britannie et 
cornes Richmondie , Alani comitis filius , con- 
cessi et dedi. . . ecclesie S. Marie Eboraci. . . 
pro salute patris et matris meae et pro anima- 
bus avunculorum patris mei, comitum vide- 
licet Alani Rufi et Alani Nigpri,» etc., Monast. 
anglic, t. III, p. 55o. 

''• Les donations faites par les comtes Alain 
le Roux et Alain le Noir sont rapportées dans 
la très ample confirmation des biens de Notre- 
Dame d'York qui porte la souscription de 
Thomas, archevêque de Gantorbéry. Monast. 
anylic. , t. III , p. 5/i8. 

<*' « H. . rex Angl. et dux Norm. et Aquit. 



et comes Andeg. , comiti Conano comiti Rich- 
monde, salutem. Precipio quod Ruaidus, con- 
stabularius , teneat bene et in pace et juste 
terram que fiiit Humfridi Filii Mon ni, sicut 
comes Stephanus , avus tuus , iliam ei dédit et 
carta sua confirmavit; et nuHus eum inde 
vexet vel in pîacitum ponat injuste; et nisi fe- 
ceris , justicia vel vicecomes meus faciat fieri. 
Teste R. comité Cornubie. Apud Wodestocam. » 
Copie du Rév. Salter, d'après l'original, en 
mauvais état, dans les archives de Westminster, 
XLI, 1. 

<'' Cartul. du Ronceray, II, c. 

<") Cél. Port, Cartul. de S. Jean d'Angers, 
p. XI , n° X. 

C) //)ù/.,p. xv,n"XII. 



CONANUS. — EGIDIUS. 363 

David, f rater régis Scotiœ. — David, comte de Huntingdon, frère de Mal- 
colm IV, roi d'Ecosse de i i 53 à i i G/j., et de Guillaume, roi d'Ecosse de 
I i65 à 1 2 1 4. 

Durandus , pincerna. — L'officier de la maison de Henri U qui fi^ire sous 
ce nom parmi les témoins des chartes royales s'appelait Durand Bureau et 
appartenait à une famille du Maine. Un article lui est consacré dansVObituaire 
de la cathédrale du Mans^^\ au 5 octobre : « Sic obiit Durandus Burel, régis 
Henrici pincerna, qui huic ecclesie dédit duas justas, unam deaurateucn et 
alleram argenteam , unam ad portandum crisma , alteram ad portandum oleum 
in cena Domini ». Des chartes de Henri Plantegenét le citent sous le nom de 
« Durandus Burellus », notamment une charte de l'année 1 1 5 1 pour le prieuré 
de Fontaine-Saint-Martin, en original aux archives de la Sarthe(^). 

Egidius, Gilo, Ebroicensis episcopus. — -Gilles, précédemment archidiacre 
de Rouen, fut élu évèque d'Evreux en 1 1 70^^) et mourut en 1 180, suivant 
Robert deTorigni(*) et l'auteur des Gesia Henrici II ^^\ Mais la mort du prélat 
arriva en 1 179. Je puis en donner une preuve décisive. D'une part, Gilles 
assista au concile tenu à Rome pendant le mois de mars 1 1 79; d'autre part, 
Rotrou, archevêque de Rouen, dans une charte datée d'Evreux le 1 3 jan- 
vier 1 180 (idibus januarii MCLXXIX, vieux style), dit positivement que le 
siège épiscopal d'Evreux était alors vacant (^^ Gilles est donc mort entre 
le mois de mars 1179 et le i3 janvier 1 180. Gomme son anniversaire est 
marqué au 9 septembre dans les obituaires de la cathédrale d'Evreux, de 
l'abbaye de Lire et de l'abbaye de La Groix-Saint-Leufroi (^^ je crois qu'il a 
dû finir ses jours vers le 9 septembre 1179. 

Les actes expédiés en Angleterre et souscrits par Gilles, archidiacre de 
Rouen, doivent être au plus tard de l'année 1 166. 

^) Éd. Bosson et Ledru, p. 268. <*' Ihid., p. 89. 

'^^ N° 22* de notre Recueil. Voir aussi un ''' T. I, p. 269. 

accord conclu dans la cour de l'évêque du '*^ «Assensu capituli Ebroicensis, quoniam 

Mans, dont le texte avait été vu dans le char- sedes illa vacabat». Lebeurier, Notice sur l'ahb. 

trier de Marmoutier par Gaignières. (Ms. la- de La Croiœ S. Leufroy,'^. k']- 

tin 54/I1, t. II, p. 2/u.) ''' Recueil des historiens, t. XXIII, p. 46d, 

''' Robert deTorigni, I. II, p. 21. 474, 478. 

46. 



304 X. NOTKS BIOCK \PlllOL KS. 

Elias Giffard. — Xombrcuses menlions do « llclias Gifiard », dans les Pipe 
liolls de 1 1 ()o à 1 1 yo. 

Emma Rothomagensis vicecomitissa (voir p. 21 4)- — Aux renseignements 
que j'ai donnés ci-dessus au sujet des opérations de la vicomtesse de Rouen, 
il faut ajouter une cliarte du Cartulaire de Saint-Lazare de Paris (fol. /il v"), 
qui prouve que cette dame était copropriétaire de bateaux employés à porter 
à Paris du sel et des harengs : 

Notinn sit omnibus, tam prcsentibus (|u;un futuris,